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Chronique   

Anathema – The Optimist


Une chose est certaine, Anathema fait partie de ces groupes qui se sont complètement émancipés au fil du temps, n’ayant que faire des doléances des fans de la première heure ou des pressions commerciales. Chaque disque est l’occasion pour la formation d’explorer de nouveaux territoires et de ne pas se laisser aller à la facilité. Distant Satellites avait justement été réalisé dans la douleur, en raison d’un processus d’enregistrement oppressant pour reprendre les dires de Vincent Cavanagh. The Optimist, leur onzième album studio, résulte d’une meilleure préparation, d’un matériel narratif parfaitement maîtrisé. Surtout, le noyau même de la musique d’Anathema subsiste : l’émotion.

Le concept derrière The Optimist provient de l’artwork de l’album A Fine Day To Exit (2001). Le titre d’ouverture de l’album est justement les coordonnées exactes de la plage de Silver Strand à San Diego, dernier endroit connu où est allé l’Optimiste, un homme qui cherche à s’échapper de sa propre vie, à recommencer de nouveau. The Optimist intègre justement une composante presque autobiographique où le protagoniste accueille toutes les peurs, les sentiments et les doutes des membres du groupe. Ainsi, Daniel Cavanagh résume élégamment la tonalité de l’album qui prend la forme d’un véritable « dialogue intérieur ». Pour autant, le lien avec A Fine Day To Exit n’est qu’essentiellement conceptuel. Ce dernier proposait des titres aux sonorités plus directes, proche du rock alternatif. The Optimist emprunte en revanche le chemin tracé par Distant Satellites (2014), en intégrant à nouveau des éléments électroniques à l’instar du beat d’introduction de « Leaving It Behind » ou son pont qui rappelleront sans peine un Radiohead voire un Massive Attack. Là où Anathema aurait pu se contenter d’enrichir une recette commencée avec le précédent disque, à savoir un enchevêtrement de riffs et de mélodies entrecoupés de samples discrets, le groupe a savamment décidé de multiplier les registres, sans doute porté par la polyvalence du jeu du batteur-claviériste Daniel Cardoso (les percussions massives de « Wildfires » à son apogée d’intensité). « San Francisco » prend ainsi l’allure d’un trip électro porté par une ligne de piano rappelant les performances de Nordic Giants. « Close Your Eyes », soutenu par la délicatesse du chant de Lee Douglas et l’utilisation subtile de cuivres prend l’air d’une composition de John Coltrane.

Surtout, au-delà de l’inspiration évidente derrière The Optimist, c’est la cohérence de la narration avec l’atmosphère des compositions qui importe. Anathema place une nouvelle fois la catharsis et l’émotion au centre de son propos. L’énergie d’un « Leaving It Behind », son refrain dramatique et ses riffs résolument rock incarnent la résignation d’un personnage prêt à faire table rase. La grandiloquence d’un « Endless Ways » illustre l’ampleur de la tâche qu’est la reconstruction de soi, nécessitant des moments plus introspectifs (« Springfield », « San Francisco », « Close Your Eyes »). On se prend enfin au jeu amorcé par Anathema en replaçant nous-mêmes nos préoccupations dans l’Optimiste, en acceptant que tout ne peut être effacé via le très pop et mélancolique « Can’t Let Go », qu’il est finalement possible de recommencer sur de nouvelles bases sans tout détruire, à l’image de la fin enjouée de « Back To The Start », portée par des cordes et chœurs presque soul, seul véritable moment d’ « optimisme » dans un recueil musical finalement plutôt ombragé. L’album se conclut de manière symbolique sur le bruit d’un homme qui frappe à une porte et des notes de guitare jouées au milieu de voix d’enfants. Cette simplicité dans la description des sentiments est la force principale de The Optimist. Anathema ne veut pas surcharger ses compositions en arrangements inutiles et leur confère tout de même une puissance évocatrice conséquente, sans jamais frimer, sans « bravado ».

Anathema est libre. Libre et inspiré. Les années où le groupe s’illustrait à travers des compositions doom semblent désormais bien loin. Tantôt progressif, jazz, électro, la seule véritable constante dans les titres de ce The Optimist est le leitmotiv d’Anathema, à savoir faire ressentir sans artifices. Du besoin de tout quitter, d’évacuer sa colère et ses déceptions à l’acceptation et à la reconstruction, The Optimist prend la forme d’un itinéraire introspectif qui, à son terme, nous paraît si évident.

Chanson « Springfield » en écoute :

Album The Optimist, sortie le 9 juin 2017 via Kscope. Disponible à l’achat ici



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