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Interview   

Andi Deris (Helloween) frappe à la tête et aux portefeuilles


Ce serait avancer avec des œillères de croire qu’Andi Deris n’est que le frontman d’Helloween, voué à n’évoluer que dans un registre plus ou moins léger qui forme depuis toujours l’univers des citrouilles allemandes. Non, Deris est un homme qui a des choses à dire. Critique, parfois cynique, le chanteur sait durcir son propos. Car, par ce Million Dollar Haircuts On Ten Cents Head, l’homme démontre une facette plus sombre de sa personnalité qui, de fait, transparaît à travers la musique de ce nouvel album solo. Le chanteur en profite ainsi pour glisser une volée de tacles à hauteur de genoux au monde de la banque tout comme à cette société hypnotisée et manipulée par les médias de masse. Mais Deris n’est pas animé par quelque conviction politique et ne fait que jouir de son statut de chanteur afin de transmettre sa vision personnelle du monde.

Mais au-delà du fond, Andi Deris reste un musicien qui fait de la musique. Dans le cas présent, le frontman s’est entouré des jeunes Bad Bankers pour travailler sur ce nouvel opus. Le chanteur nous explique alors comment il en est venu à ce nouvel album et pourquoi celui-ci ne s’est pas fait avec certains de ses anciens collègues. Sans oublier de nous parler du futur proche de Helloween.

« Nous essayons toujours de réarranger quelques chansons de façon à ce qu’elles aient plus le style Helloween, mais parfois tu réalises que la chanson est complètement massacrée. »

Andi Deris (chant) : Je me souviens avoir visité Lyon quand j’étais gamin à l’âge de 17 ans, avec l’école.

Radio Metal : Tu te souviens de quoi en particulier de cette ville ?

Oh, je me souviens que c’est une ville très moderne, pour autant que je me souvienne, en comparaison avec Paris. C’est probablement une ville plus récente, et on a visité… c’était comme des bâtiments en cercle assez hauts et remplis de boutiques et de trucs comme ça, un gros centre mais qui était en cercle et au centre il y avait une immense fontaine.

Ouais, c’est la Place des Terreaux [Rires].

Exactement, exactement. C’est là que nous sommes restés pendant près de trois ou quatre heures. On était comme des collégiens tarés qui courraient à droite et à gauche pour acheter des drapeaux français, des bannières et d’autres trucs comme ça !

OK, génial. Évidemment, tu es l’un des musiciens les plus connus des Bad Bankers, mais peux-tu nous en dire plus sur les autres gars qui jouent avec toi ?

C’est une anecdote marrante parce que ma femme et moi regardions un concert sur Tenerife, sur notre île, et j’ai dit « Eh bien, c’est vraiment bon ce qu’on est en train d’écouter là » et elle me dit : « Tu ne te souviens pas de ces gars-là ? » Alors je lui réponds : « Non, je devrais ? » et elle me dit : « Oui, c’est l’ancien groupe de ton fils » et j’étais là « Ah ?! » [Rires] Je connaissais déjà ces gars mais je ne les avais pas vus depuis quatre ans et d’un coup je les vois à l’âge adulte sur scène avec des barbes et des muscles… Tu sais, je me souvenais d’eux il y a quatre ou cinq ans quand c’étaient des ados. Alors c’était tellement marrant que je suis allé leur demander s’ils étaient partants pour m’aider à enregistrer le nouvel album et ouais, évidemment ils ont aimé l’idée.

Et pourquoi n’as-tu pas décidé de travailler avec les musiciens avec qui tu as enregistré tes derniers albums ?

Tout ces gars sont en quelque sorte coincés avec leurs boulots. Par exemple, le batteur Ralph [Maison] est maintenant à la tête d’une des plus grandes écoles de musique du sud de l’Allemagne alors il a probablement la pire dose de stress que tu puisses imaginer. Il n’aurait même pas le temps de venir me rendre visite pour des vacances de trois ou quatre jours. Depuis cinq ans, il n’est pas venu me rendre visite alors le seul de nous deux qui puisse donner signe de vie de temps en temps, c’est moi parce que lui n’a plus le temps de rien faire. Les autres gars vivent maintenant en Amérique du Sud, ont aussi un boulot, sont mariés et ont des enfants, alors il n’y a plus de temps pour ces choses-là.

Peux-tu nous en dire plus sur la façon de fonctionner du groupe en ce qui concerne l’écriture et l’enregistrement ?

Eh bien, toutes les chansons sont en quelque sorte des démos que j’ai accumulées au cours des dix à douze dernières années et qui sont très éloignées du style de Helloween, mon groupe principal, et qui n’auraient donc définitivement pas leur place sur un album de Helloween. Mais ce sont quand même des chansons que je me suis pris à aimer au cours des années, un peu comme mes bébés, et quand tu as assez de petits bébés, en fait tu as vraiment envie de les amener vers ce qu’on appelle la lumière, pour que le reste du monde puisse les entendre à leur tour. Ça m’a pris pas mal de temps d’avoir enfin douze chansons que j’aimais vraiment assez pour les sortir. Au niveau de l’enregistrement et des arrangements, c’était vraiment bien d’avoir d’autres personnes, un groupe à mes côtés, parce que faire ça tout seul de son côté est vraiment ennuyant. J’ai fait mon dernier album entièrement tout seul et je ne veux jamais avoir à refaire cela. Avoir des opinions différentes et des idées nouvelles de la part de jeunes musiciens est une très, très bonne chose. Alors je pense que je veux continuer à procéder de cette façon dans le futur.

« Pour moi c’est un agglomérat de trous du cul qui ne sont pas foutus de faire un monde meilleur. »

Et en fait tu as essayé de proposer ces morceaux à Helloween et ils ont été rejetés ou bien tu n’as même pas essayé ?

En fait, j’ai fait écouter chacun de ces morceaux aux gars de Helloween. Le problème, c’est que Helloween fait plus ou moins du speed metal ou du power metal mélodique et quand tu arrives avec des idées de nouveaux genres de metal, ça ne va absolument pas sur un album de Helloween. Nous essayons toujours de réarranger quelques chansons de façon à ce qu’elles aient plus le style Helloween, mais parfois tu réalises que la chanson est complètement massacrée et qu’il vaut mieux ne pas y toucher et la laisser telle quelle. Mais si on les laisse tels quels, des morceaux comme « Cock » ou « Banker’s Delight » ou « Blind » sont trop bons, selon moi, pour rester uniquement chez moi et ne jamais voir la lumière du jour. Alors un jour ou l’autre t’as vraiment envie de prendre ces morceaux et de les présenter au reste du monde, parce qu’ils sont bien trop éloignés de Helloween pour pouvoir atterrir sur un album de Helloween.

Vous en êtes où avec Bad Bankers ? Allez-vous partir en tournée et enregistrer d’autres albums ?

Ce serait un beau rêve. Pour garder les pieds sur terre je me suis dit : OK, nous allons répéter en gros trois ou quatre [NDT : morceaux] de mon ancien groupe Pink Cream 69, et peut-être trois ou quatre tubes que j’ai écrits pour Helloween, et quatre ou cinq du nouvel album, peut-être un autre de mes anciens albums solos et nous présenterons ça comme un set de 45, 50 à 60 minutes. Et peut-être, c’est là que le rêve prend forme, peut-être qu’on pourrait jouer en début d’après-midi sur quelques festivals quelque part dans le monde, ce serait fantastique. Et puis en partant de là, peut-être que nous pourrons aussi avoir quelques offres de la part de promoteurs pour donner des concerts dans des petits clubs. Mais tu ne peux jamais savoir, je veux dire que nous devons attendre de voir ce qu’il va se passer mais nous sommes vraiment heureux et nous avons hâte de voir comment les choses vont se dérouler.

Musicalement, cet album est bien plus agressif que Helloween. Tes deux premiers albums solos étaient aussi beaucoup plus sombres. S’agit-il d’un côté de la musique qui te manque dans Helloween ?

Ça dépend, parfois tu peux faire ça, mais ça doit rester dans le style de Helloween. Helloween, en soi, peut très bien rester « happy happy Helloween » même avec des morceaux plus sombres, mais il faut les combiner avec des doubles guitares, des solos en duo, quelque chose comme ça. Je pense que c’est là le style du groupe, et nous devons rester dans ce style si nous voulons qu’il s’agisse de Helloween, nous devons rester dans ce périmètre. Maintenant pour parler de chansons comme « Banker’s Delight » ou « Cock, » tu ne peux pas mettre de duos de guitares et de trucs speed metal sur ces morceaux, ce n’est pas possible.

« Maintenant on a aussi la télévision et les gens sont plus ou moins abrutis, sourds et aveugles à cause de cela. »

L’album s’appelle Million Dollar Haircuts On Ten Cent Heads. Tu as déclaré que le thème principal de l’album est « que les banques, les managers et les banquiers aillent tous se faire foutre ». Penses-tu qu’ils soient responsables de la crise économique actuelle ? Peux-tu développer cette réflexion ?

Ouais, on devrait aussi ajouter la majorité des politiciens parce qu’ils sont pas mal impliqués dans cette merde. Pour moi, c’est une agglomérat de trous du cul qui ne sont pas foutus de faire un monde meilleur. Tout le monde sait que nous sommes depuis quatre ou cinq ans dans la plus grande merde qu’on puisse imaginer, parce que quand ça commence comme ça, tu vas voir qu’à la fin il y aura des millions et des millions de personnes sans emploi. Dans le pays dans lequel je vis, c’est déjà horrible, en Espagne il y a près de 60% de chômeurs parmi les jeunes de 20 à 30 ans. C’est incroyable. 50 à 60%, c’est une catastrophe, et ça ne va pas concerner uniquement l’Espagne mais aussi l’Italie, peut-être l’Allemagne, la France à l’avenir, même des pays qui s’en sortent bien à l’heure actuelle. On devra bouffer de la merde, alors quelqu’un doit porter la responsabilité, mettons les choses comme ça. Et honnêtement, qui d’autre pour porter le chapeau si ce n’est ces fils de pute cupides ?

S’agit-il de la seule interprétation ou bien le titre peut-il aussi s’adresser aux personnes qui font trop attention à leur apparence plutôt qu’à leurs actes ?

Non, c’est principalement pour ces fils de putes bien riches. [Rires] Quelqu’un qui mettrait réellement un million de dollars dans une coupe de cheveux, je pense que tout le monde le prendrait pour un abruti alors il aurait vraiment une tête qui vaut dix centimes. Donc ça fait en fait beaucoup d’argent pour des personnes stupides.

Ton premier single s’appelle « Don’t Listen To The Radio ». Par cela, veux-tu dire que les radios grand public ne passent jamais de bonne musique ?

Non, « Don’t Listen To The Radio » parle de l’histoire de « The War Of The World » d’Orson Welles, qui s’est passé en 1938. En fait, c’est l’histoire de personnes qui écoutent les médias et qui croient vraiment ce qu’ils entendent parce qu’il s’agit d’un média. Les gens croient automatiquement ce que disent les médias. Alors peu importe ce qui passe à la radio, ou de nos jours à la télévision, les gens ont tendance à le croire. Parce que si tu écoutes un truc dix à quinze fois, à la fin tu ne réalises même pas que c’est tout d’un coup devenu ton opinion, parce qu’on t’a lavé le cerveau avec. C’est un cliché, et tout le monde s’imagine que ça ne marche plus de nos jours mais c’est juste que c’est mieux dissimulé. Alors les gens ont tendance à se moquer des gens de 1938 parce qu’ils ont réellement cru que la Terre était attaquée par des extraterrestres et se demandent comment ils ont pu évacuer des villes en une vague de panique à cause d’une pièce à la radio. Mais de nos jours, je pense qu’on a toujours le même problème, ce n’est pas uniquement la radio, maintenant on a aussi la télévision et les gens sont plus ou moins abrutis, sourds et aveugles à cause de cela. En fait, tu ne relèves pas la tête pour te forger ta propre opinion parce que tu es trop fainéant pour le faire, et c’est une triste histoire. On se moque de ce qu’ont pu faire les gens par le passé mais en fait on est dans le même bateau aujourd’hui pour ainsi dire.

« En fait tu ne relèves pas la tête pour te forger ta propre opinion parce que tu es trop fainéant pour le faire, et c’est une triste histoire. »

Peux-tu nous dire ce que Helloween a prévu de faire pendant les prochains mois ?

Nous revenons tous juste d’une tournée en Amérique et au Canada, ensuite nous avons deux semaines de vacances puis nous retournons au Mexique avant de descendre sur l’Amérique du Sud pour les quatre semaines suivantes. Nous sommes de retour à la maison pour Noël puis nous allons commencer à écrire de nouveaux morceaux pour préparer le prochain album. C’est à ce moment-là que nous allons répéter avec Bad Bankers.

As-tu déjà quelques riffs ou peut-être même des morceaux ?

Oh oui, j’en ai. J’ai toujours quelque chose dans les tuyaux ! [Rires] Mais c’est du style… Peut-être que quand je vais écouter toute cette merde que j’ai enregistré sur mon petit ordinateur, il y aura deux ou trois riffs pour lesquels je me dirai : « Ouais, c’est putain de bon, il faut que je bosse sur cette idée, » tu vois, mais il y a toujours quelques trucs que j’enregistre au jour le jour, ou simplement quelques passages fredonnés, ou parfois j’écris simplement une phrase et je me souviens de la mélodie que je voyais avec cela. Alors ouais, il y a déjà des tonnes d’idées mais je ne pourrais pas te dire exactement quelles idées vont se retrouver sur des morceaux, quel sera leur style ou quelle en sera l’ambiance. C’est encore totalement libre.

Interview réalisée par téléphone le 28 octobre 2013 par Metal’O Phil.
Retranscription et traduction : Natacha.
Introduction : Alastor

Andi Deris & Bad Bankers sur Facebook.

Album Million Dollar Haircuts On Ten Cents Head, sortie le 22 novembre 2013 chez earMUSIC.



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  • tout à fait d’accord avec Andi sur sa vision du monde et des gens

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  • J’adore ce mec… Tout ce qu’il dit sur les banquiers, les politiciens, et la manipulation des masses par les médias, reflète exactement ce que je pense.
    En plus d’être le meilleur chanteur du monde (ce n’est que mon avis, hein 😉 ), il est extrêmement lucide sur le monde de merde dans lequel on vit. Putain, j’adore ce mec.

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    Dana Fuchs @ Massy
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