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Interview   

Andy James & Angel Vivaldi en synergie


Voir Andy James et Angel Vivaldi en live n’est pas chose facile. En effet, ces deux shredders qui pratiquent du metal instrumental de haute voltige sont plutôt des habitués de YouTube et autres réseaux sociaux, ou de cliniques lors de salons pour promouvoir les marques avec lesquels ils travaillent.

Leur passage au Warmaudio de Décines, le 16 octobre 2017, était donc une chance de les voir jouer live leurs morceaux accompagnés d’autres musiciens, mais aussi de pouvoir leur poser quelques questions sur leur manière très différente de composer, leur opinion sur le G3 mené par un certain Joe Satriani et qui passera par la France l’année prochaine, mais aussi et surtout de savoir qui est le meilleur !

« J’ai réalisé que je suis accro à l’inspiration. Des fois, en tant que musicien, c’est difficile d’être inspiré, et j’ai pensé à ce qui m’inspirait le plus. […] Chaque chanson parle des produits chimiques dans le cerveau, des différentes émotions, des différentes réponses. »

Radio Metal : Comment vous êtes-vous rencontrés et qui a décidé de faire une tournée commune ?

Andy James (guitare) : Nous avons le même agent. Je connais aussi Angel de nom depuis longtemps. Je l’ai tout d’abord connu par ses nombreuses vidéos sur YouTube, qui font un peu genre Andy James vs Angel Vivaldi. Je suis avec mon agent depuis un moment et on cherchait à faire une tournée et nous avons demandé à Angel s’il voulait venir en Europe. Et comme c’est trop loin pour faire juste un concert, nous nous sommes dit « pourquoi ne pas faire une tournée en co-tête d’affiche ». En fait, j’ai toujours voulu jouer mes propres morceaux en live, et je n’ai jamais vraiment fait de tournée. J’ai sorti mes albums et j’ai fait des cliniques. Du coup, nous lui avons dit : « Ça te dirait ? » Et il a répondu : « Ok ça a l’air cool. » Angel et moi avons discuté par Skype quelques fois, et comme j’étais à New York il y a quelques mois, nous nous sommes rencontrés pour la première fois en personne. Nous avons alors décidé de faire une chanson (« The Wave Of Synergy », NDLR) ensemble pour promouvoir la tournée.

Et vous allez faire la même chose ensuite aux USA ?

C’est légèrement différent…

Angel Vivaldi (guitare) : Oui, là-bas ça va être la 1ère tournée avec le Guitar Collective qui est une sorte de G3 composé de moi-même, Andy et Scale The Summit. Nous avons déjà fait une prestation au NAMM, et maintenant ça va être une tournée, ce qui est très excitant. Andy va ouvrir et je vais être co-tête d’affiche avec Scale The Summit. C’est un peu similaire et différent en même temps.

Vous arrivez à la fin de la tournée, comment s’est-elle passée ?

Andy : Oui, ce soir c’est l’avant dernier concert. Ça s’est bien passé en fait. Nous n’avons pas rempli les salles, mais tu vois, c’était la première fois qu’Angel venait en Europe, et c’est ma première tournée en tant qu’artiste solo. C’était en quelque sorte un test, et vraiment les retours sont bons, ça valait le coup de faire les concerts. Définitivement, c’est un bon commencement pour moi dans l’optique d’envisager une carrière en tant que groupe live, plutôt que de jouer sur des backing tracks.

Avez-vous eu des moments marrants ou gênants sur cette tournée ?

Ouais ! Je ne vais pas en parler pendant cette interview, mais oui ! [Rires]

Angel : Je dirais que le mien concerne la chanson que nous jouons ensemble « Wave Of Synergy ». A chaque concert d’Andy, je m’absente… Des fois par exemple je suis en train de parler avec un fan, je suis dehors, ou je suis en train de faire quelque chose d’autre, et quand je dois jouer avec Andy, il est là sur scène à me chercher et à dire : « Ou est Angel ? »

Andy : Je suis là sur scène et je l’attends !

Angel : Et moi : « Je suis là, je suis là ! »

Vous avez tous les deux sortis un album récemment. Comment l’avez-vous envisagé ? En comparaison avec les précédents ?

La plupart de mes albums sont des albums concepts. Mais cette fois j’ai réalisé que je suis accro à l’inspiration. Des fois, en tant que musicien, c’est difficile d’être inspiré, et j’ai pensé à ce qui m’inspirait le plus. L’album s’appelle Synapse (la synapse est une région spécialisée où un signal nerveux saute d’une cellule nerveuse à une autre, NDLR). Chaque chanson parle des produits chimiques dans le cerveau, des différentes émotions, des différentes réponses. Ce que j’ai fait, c’est que j’ai donné une couleur à chaque chanson, le noir, le vert, etc. (voir vidéo, NDLR). Procéder ainsi a été une manière complètement différente d’écrire, et ça m’a aidé à être inspiré pour chaque chanson, à être concentré dessus. J’avais un grand mur jaune en face de moi, c’était l’intention : rester là, voir du jaune partout. C’était très long, car c’était beaucoup de travail de procéder ainsi. Ça a marché, et je suis très heureux de la manière dont ça s’est passé.

Cette fois c’est un album, car avant c’était plutôt des EPs…

Oui, il était temps [rires] Parce que j’ai fait trois EPs pour le moment et beaucoup de fans me disaient : « Très bien c’est super, mais où est l’album complet ? » Et le voilà !

Andy : Mon album était une erreur complète et il n’était pas prévu que j’en fasse un. En fait, j’étais en train de faire des démos pour une société australienne qui s’appelle STL. Un producteur australien voulait faire des produits du type package d’un artiste. Ils m’ont contacté et ils m’ont dit qu’ils voulaient faire un « profil pack », et m’ont demandé si ça me dirait. Et nous l’avons fait ! Craig [Daws], mon bassiste, a loué un studio pour une journée et nous avons essayé plein de sons avec différents amplis dans l’idée de les tester. Nous avons décidé d’écrire des chansons, telles qu’elles venaient en fonction des différents sons, afin que nous puissions entendre ces sons en situation, plutôt que de rester là et de les balayer les uns après les autres. Parce que la plupart des sons sonnaient bien avant de les mixer, et ils auraient pu être à chier une fois mixés. Les chansons venaient plutôt bien, et après avoir écrit toutes ces démos, j’ai fini par avoir un album. Certaines démos étaient trop bonnes pour finir en démos pour un logiciel, et j’ai voulu les pousser, les mener au bout, les finir proprement. Je suis revenu dessus pour faire quelques changements, les mixer proprement, et à la fin j’avais un album ! C’est un peu venu comme ça. Les morceaux attendaient là depuis quelques mois, c’était déjà prêt en quelque sorte. Ensuite, j’ai rencontré un gars qui s’appelle George Vallee, qui travaille avec Angel, d’autres artistes, et aussi il manage Devil You Know, et mon autre groupe Wearing Scars. Nous étions en tournée avec Devil You Know, et grâce à ça je l’ai rencontré. Il voulait me manager, car je n’avais pas de manager avant. Il m’a dit : « la première chose que tu dois faire, c’est d’avoir un nouvel album. » Je lui ai répondu : « En fait, j’en ai déjà un ! Il n’y a rien à faire ! » Il m’a envoyé vers Mike Gevorgian de Urban Yeti, qui a vraiment aimé. Il a voulu signer l’album et le promouvoir. C’est un peu bizarre comme création d’un album qui attendait là, plutôt que quelque chose qui serait venu et aurait déclenché l’inspiration à le faire. Je l’ai appelé Exodus, ce qui est étrange, car c’est en quelque sorte contradictoire. Ça signifie la fin de quelque chose, comme si ça allait être la dernière fois que je faisais un album instrumental, alors que maintenant nous sommes en train de faire une tournée, et ça signifie plutôt que c’est le début de quelque chose, et qu’il faut continuer à le faire. La signification contradictoire, mais c’est plutôt cool je pense.

Il me semble avoir vu des vidéos de tes chansons avant qu’elles ne sortent sur l’album…

« Hurricane » était une leçon. Il y a effectivement quelques pistes qui sont devenues des parties des futurs morceaux. Et oui, il y en a une autre « Ever After », ainsi que « A World Once Lost ». Ces chansons étaient déjà réalisées avant. Mais je les ai remixées et j’ai refait quelques parties pour être plus cohérent avec le reste de l’album, pour que ça ressemble plus à un album plutôt qu’à une suite de démos.

Comment gagnez-vous votre vie, étant donné que l’industrie musicale n’est pas au mieux en ce moment ?

Oh non, je ne gagne pas vraiment d’argent avec ma musique. Je donne des cours, j’ai mon académie de guitare. Je fais des vidéos pour ma chaîne, et je suis endossé entre autres par une marque de guitare. Des médiators à mon nom vont sortir. Je touche des royalties de sociétés qui donnent des cours, pour lesquelles j’ai travaillé auparavant. Ça permet de vivre. Tu dois faire un tas de choses différentes, parce qu’aujourd’hui faire un album et attendre les revenus c’est trop compliqué, même pour des artistes de haut niveau.

Angel : Pour moi, ça a toujours été les ventes d’albums, le streaming des albums, et le merchandising… mais c’est principalement les ventes liées à ma musique. Je ne donne pas trop de cours, je m’amuse plus à enregistrer, faire des vidéos. Tu dois être vraiment créatif pour avoir un maximum d’options, car si une s’arrête, tu dois pouvoir compter sur une autre. Donc tu dois être créatif, toujours penser à la suite. Ou il y a peut-être un autre moyen de le faire mais aux frontières de ta morale et de ton éthique personnelle, quelle qu’elles soient. Mais pour moi, par chance c’est la musique !

« On peut se demander si ces choix, comme celui du dernier line up pour le G3, ne sont pas juste une question de business, plus qu’autre chose. »

Andy, je crois que tu as arrêté Sacred Mother Tongue car vous ne gagniez pas assez d’argent ?

Andy : C’était un peu différent, je veux dire… Il y avait pas mal d’histoires internes, que je ne vais pas trop détailler. Le communiqué de presse que nous avions sorti d’un commun accord disait que nous ne pouvions pas rendre le projet viable. Nous n’avions pas assez de temps à consacrer à ce projet, pour le faire marcher au niveau que nous voulions. Personnellement, j’ai beaucoup appris depuis, à faire mes propres vidéos, comme celles que j’ai faites pour mon académie, ce qui m’évite d’avoir à payer quelqu’un pour le faire. C’est la même chose avec la phase d’enregistrement, tu vois. J’ai vraiment essayé de m’appliquer à produire des choses de qualité pour ce que je réalise officiellement, plutôt que de payer un studio et ne pas avoir trop de contrôle sur le résultat final. Avec Sacred Mother Tongue, nous sommes allés en studio, et nous avons fait des choses de qualité, mais ça a coûté beaucoup d’argent. Je pense que, maintenant, si nous avions continué, ça aurait peut-être pu marcher, mais je ne sais pas… Ça s’est passé ainsi à l’époque. Je me souviens avoir discuté avec Darrin [South, chanteur] au téléphone, et je lui ai dit que je n’y étais plus vraiment, et il m’a répondu « moi-aussi », et ça s’est terminé ainsi…

Parlez-moi de votre choix de ne pas avoir de chant sur vos enregistrements. Etait-ce parce que vous vouliez être libres, vous ne vouliez pas de chanteur, ou vous ne vouliez faire que de l’instrumental ?

Pour ma part, j’ai aussi Wearing Scars avec des solos et du chant. C’est quelque chose de complètement différent. En tant qu’artiste solo, j’ai plus le contrôle de ce que je fais, je n’ai pas besoin d’expliquer aux autres ce que je suis en train de faire. Etre dans un groupe avec trois autres mecs, ça signifie qu’ils peuvent dire « non je n’aime pas trop, je ne veux pas faire ça… »

Angel : Pour moi, ça fait un moment que je fais ça. Depuis 2004. En fait c’est ma voix, tu vois. Des fois, je pense que les mots peuvent être très réducteurs. J’ai toujours trouvé quelque chose de très beau dans le fait de séparer ce que les mots peuvent exprimer avec la musique. Ceux qui écoutent peuvent avoir leurs propres sentiments à propos des chansons, ce que ça signifie pour eux par rapport à ce qu’ils entendent. Une chanson que j’ai pu écrire à propos d’une relation peut faire penser à autre chose pour celui qui l’écoute, et je trouve ça très beau. C’est mon univers, ce à quoi je suis le meilleur. Ce que je fais de mieux c’est avec la guitare !

Quand aurons-nous la chance de voir vos noms dans le G3 avec Joe Satriani et Steve Vai ?

Tu sais quoi, en fait non, je ne suis pas dans l’état d’esprit d’attendre que ça arrive, c’est pour ça que le fais déjà à ma façon [rires].

Andy : Je ne suis pas vraiment sûr qu’ils m’appelleront…

Angel : Il serait temps !

Andy : Je ne comprends pas vraiment leur manière de faire… Tu sais il y a Phil Collen de Def Leppard qui le fait. Je me demande pourquoi ; c’est plus dans l’idée de maintenir en place les stars, plutôt que de prendre des nouveaux talents, je ne sais pas vraiment…

Angel : C’est ce que je ressens aussi.

Andy : Je pense que Steve Vai a eu une approche différente concernant cette nouvelle génération de fans. Lui, de son côté, est vraiment plus dans l’idée de balayer les anciennes générations de guitaristes. Je pense que c’est important, parce que c’est vraiment comme s’il introduisait une nouvelle génération. Je ne veux en aucun cas leur dire ce qu’ils ont à faire, mais je pense qu’ils sont dans une position unique où ils peuvent, s’ils le veulent, présenter des nouveaux artistes. Ce serait cool par exemple si Satriani invitait Plini ou quelqu’un comme lui, plutôt que d’appeler Phil Collen qui doit avoir 65 ans, ça ne me semble pas vraiment adapté.

Angel : Oui, quand on y pense, ils ont une responsabilité. Comme il vient de le dire, ils sont dans une position unique où ils pourraient mettre en avant auprès de leur public, qui aime quand ça joue bien et vite, des nouveaux guitaristes. Je pense que Steve Vai le fait vraiment plus, il est plus à l’écoute. Il a mis en avant Animals As Leaders et Plini récemment. Satriani est plus dans l’esprit old school, ce qui est cool aussi… C’est plus une question de personnalité d’avoir envie de partager, de faire connaître ou pas.

Andy : On peut se demander si ces choix, comme celui du dernier line up pour le G3, ne sont pas juste une question de business, plus qu’autre chose.

Angel : C’est intéressant de parler de ça. Ils ne peuvent clairement pas descendre de leur niveau de reconnaissance. Ce sont les guitaristes modernes qui émergent qui peuvent les aider à maintenir l’intérêt pour ce type de musique, et donc pour eux. Des guitaristes « old school » comme MacAlpine, tous les gars de Schrapnel comme Marty Friedman tournent avec des guitaristes modernes tout le temps. Nous nous entraidons, car c’est obligatoire !

Andy : J’aimerais avoir cet appel, mais je pense qu’il n’arrivera jamais…

Qui est le meilleur guitariste entre vous deux ? Et ne me mentez pas…

Angel : Oh je dirais Andy, du fait qu’il a tellement de technique. Pour moi, tu es le mec à copier, l’objectif, si tu vois ce que je veux dire.

Andy : Je donne des cours !

Angel : Je veux dire, ça requiert beaucoup de discipline pour avoir un niveau technique aussi solide et qui te permet de jouer à ce niveau chaque soir.

Andy : C’est vrai, mais pour ta défense, je fais souvent les mêmes choses tout le temps [rires], j’emploie souvent les mêmes trucs !

Angel : Oh, tu veux dire comme les chansons de Metallica ? [Rires]

Andy : Ce que j’ai vraiment appris d’Angel sur cette tournée ne concerne pas directement la guitare, mais plutôt des trucs pour être plus présent médiatiquement. Parce que je ne passe pas vraiment beaucoup de temps sur l’aspect visuel. Quand je fais des videos playthrough, je suis juste assis dans mon studio devant ma caméra avec ma guitare et je joue ! Je me posais justement la question du rendu live. Quand je fais des vidéos, je n’ai pas l’air très enjoué. J’essaye de me concentrer sur ce que je suis en train de faire la plupart du temps. C’est en quelque sorte à double tranchant de faire ce genre de choses, car bien sûr les gens regardent les vidéos et heureusement ils aiment la musique. Mais il y a aussi beaucoup de personnes qui secrètement veulent voir si tu y arrives ou non. Ca amène une pression supplémentaire. Je pense que je suis trop à me concentrer sur le fait d’être à un haut niveau technique, à être bon dans le jeu, et pas assez sur l’ensemble de la performance. Des fois je néglige les autres aspects de la performance, car je me concentre trop à faire bien plutôt que d’avoir une approche rock n’ roll comme Angel. J’ai vraiment quelque chose à apprendre de lui sur ce sujet.

Interview réalisée en face à face le 16 octobre 2017 par Sébastien Dupuis.
Traduction et retranscription : Sébastien Dupuis, Chantal Saclier, Roberta, Rosie Snow, Brittany M.

Site officiel d’Andy James : andyjamesguitaracademy.com.
Site officiel d’Angel Vivaldi : www.angelvivaldiofficial.com.

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