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Interview   

Andy LaPlegua est christique


Andy LaPlegua est l’unique compositeur de Combichrist.

Un groupe que les fans de metal français ont, pour leur très grande majorité, découvert lors de leur première partie de Rammstein en décembre 2009. Il y a quelques semaines, Andy et ses acolytes étaient à nouveau de passage chez nous pour trois dates données à Lyon, Nantes et Paris. Des prestations aussi intenses sur les plans musicaux que visuels.

Car Combichrist c’est l’art de la montée en régime et des compositions extrêmement puissantes où les nappes de claviers côtoient le fameux beat qui fait tant vibrer les amateurs de sons électroniques. D’autant plus qu’avec deux batteries sur les côtés de la scène, Andy au centre et son claviériste dans le fond : les concerts du groupe sont réellement impressionnants… si l’on aime se prendre des uppercuts dans la figure bien sûr ! Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque deux dates sur trois, Nantes et Paris, ont été sold-out…

Mais comme vous l’avez compris, Combichrist est avant tout le résultat du travail d’un homme : Andy LaPlegua. Il fallait absolument s’entretenir avec la tête pensante, l’âme et le cœur de Combichrist pour comprendre qui était ce personnage et ce qu’il avait dans le cerveau.

Rencontre avec Andy LaPlegua, un artiste dont le discours est aussi lumineux que la clarté de son regard.

« C’est ça qui est vraiment étrange : je n’ai jamais demandé ou même voulu faire des tournées. […] Je n’ai jamais rêvé d’être toujours loin de chez moi, tu sais. »

Radio Metal : Combichrist est un groupe connu depuis longtemps par les fans de musiques électroniques et industrielles, ce qui n’est pas forcément le cas des amateurs de metal. Peut-on dire que vous avez vraiment rencontré le public metal pour la première fois en 2009, quand vous avez ouvert pour Rammstein ?

Andy LaPlegua : Peut-être en Europe, mais certainement pas aux Etats-Unis parce qu’on a fait des tournées, notamment avec KMFDM, il y a déjà quelques années. Je pense qu’on touche le public metal aux Etats-Unis depuis déjà quelque temps et c’est une des raisons pour lesquelles nous voulions faire la tournée avec Rammstein (ndlr : qui passait par l’Europe). La plupart des membres de notre groupe écoute beaucoup de metal, de hardcore et punk. On n’écoute pas trop d’électro ou d’indus mais surtout du rock. Evidemment, nous écoutons tout de même un peu d’électro. Donc en fait pour nous c’est un développement naturel et je pense que c’est pour ça que beaucoup de fans de metal aiment Combichrist lorsqu’ils nous voient en live. Parce qu’on a beaucoup d’énergie en concert.

Il paraît que ce sont les membres de Rammstein qui vous ont choisi. Tu confirmes ?

Oui, ils ont choisi… enfin, ils nous ont demandé si on voulait faire la tournée. Nous devions faire uniquement la première partie, c’était une vingtaine de concerts, une trentaine. Puis ils ont décidé qu’ils voulaient encore que nous les accompagnions, puis encore, et encore. Nous verrons, peut-être qu’on jouera encore plus avec eux, car nous avons vraiment apprécié le temps que nous avons passé avec eux. Donc s’ils nous demandent et qu’on est disponibles, on le fera. C’est un peu comme si c’était de la famille.

Est-ce que tu n’as jamais pensé à un cadeau empoisonné en faisant la première partie de Rammstein ? Le fait est qu’un groupe comme The Answer a suivi AC/DC sur toute sa tournée mondiale et, malheureusement pour eux, aujourd’hui on en entend plus beaucoup parler… Alors que pour vous, au contraire, vous vous produisez dans des salles de plus en plus importantes.

Pour nous cette tournée était clairement l’opposée d’empoisonnée. Nous nous sommes certes beaucoup empoisonnés à l’alcool pendant la tournée, mais ce n’était pas un poison pour le groupe (sourires). A vrai dire, bien que cela nous a apporté plus de fans (et plus de tout en fait) même si ça n’avait pas été le cas, nous avons tellement appris lors de cette tournée… Tout ce que tu fais pendant ta carrière, tu en tires un enseignement. Et ce même lorsque c’est négatif. Tu en tires quand même des leçons et tu dois continuer. Certains groupes ne sont juste pas faits pour ça. Ils ont peut-être la musique et l’énergie en concert, mais ils ne sont pas faits pour les tournées : cette vie, ce n’est pas une vie normale, c’est très particulier et très étrange, et on n’est pas tous capables de la mener. Maintenant nous avons fait nos preuves à ce niveau là, je veux dire que personnellement j’ai passé la plus grosse partie de ma vie en tournée. Dix-huit ans. Donc je ne connais rien d’autre que les tournées. Une tournée comme celle avec Rammstein peut clairement permettre aux gens de se rendre compte qu’ils ne sont pas faits pour ça. Mais je pense que, dans notre cas, ça nous a renforcés et maintenant on est plus en forme que jamais.

Tu as toujours aimé cette vie spéciale, le fait de tourner etc. ? Qu’aimes-tu le plus dans cet univers ? La communication avec les gens, partager des expériences ?

Honnêtement, je ne connais rien d’autre, je fais ça depuis tellement longtemps… Donc c’est vraiment tout ce que je sais faire. Je ne sais pas ce que je pourrais faire d’autre. Je n’ai même pas besoin d’aimer ça, je ne connais que ça, c’est un peu comme… C’est ma vie, point barre.

Beaucoup de gens imaginent la vie d’artiste comme un rêve. Pour toi, c’est encore un rêve ?

C’est ça qui est vraiment étrange : je n’ai jamais demandé ou même voulu faire des tournées. J’ai toujours été un artiste et j’ai toujours voulu faire de la musique. Je voulais jouer de la musique mais je n’ai jamais rêvé de tournées, ni d’avoir du succès. Je n’ai jamais rêvé d’être toujours loin de chez moi, tu sais. Mon rêve c’était de faire de la musique et tout ça ce n’est pas mon rêve, c’est juste la conséquence de ce que j’ai fait jusqu’ici. Mais, malgré tout, il y a des hauts et des bas. Et j’aime ça. J’aime cette vie, j’aime les gens qui m’entourent. C’est vraiment un style de vie très particulier. En même temps je déteste ça tu sais, mais les pâturages sont toujours plus verts ailleurs… donc je suis presque sûr d’être plus heureux avec ce que je fais que si je faisais autre chose.

C’est le fait de composer seul de la musique électronique qui explique que tu as toujours envisagé ta musique sans la représentation live qui va avec ?

C’est sans doute une musique que je crée pour moi-même, je fais les albums de façon très égoïste. Je n’aime pas dire ça, mais je ne fais jamais la musique que je pense que les gens veulent, ou qu’ils vont aimer. Je fais la musique que j’aime, et avec un peu de chance quelqu’un d’autre l’aimera aussi. Donc c’est vraiment très égoïste. En ce qui concerne les instruments, pour moi il y a une grosse différence entre un musicien et quelqu’un qui joue d’un instrument. J’ai beaucoup de respect pour un très bon guitariste ou un très bon batteur, mais s’ils ne peuvent pas composer de musique, pour moi ce ne sont pas des artistes, ce sont juste des musiciens. Et il y a une grosse différence entre un artiste et un musicien. Personnellement, j’aime me considérer à la fois comme un artiste et un musicien, et avant de faire de la musique électronique je jouais dans des groupes de punk, de metal et de rock n’roll. Toute cette expérience, l’expérience live et tout ce que font les gens de mon groupe maintenant, ce qu’ils font sur scène quand ils jouent, je les amène avec moi dans le studio quand je crée la musique. Donc à ce niveau-là, je pense que mes musiciens live, d’une certaine manière, sont avec moi dans le studio. Même s’ils ne sont pas là physiquement.

Ta musique est de toute façon élaborée pour bouger mais ressens-tu les choses différemment dans une petite ou une grande salle ? Avec Rammstein et ses salles immenses, le pit était un gigantesque dancefloor alors que dans les clubs c’est forcément un peu plus intimiste….

C’est difficile de comparer les grosses et les petites salles, c’est un peu comme si tu essayais de comparer faire l’amour et baiser. C’est la même action, mais avec une passion différente. Les deux sont supers, mais complètement différents. L’un d’entre eux est très intime et avec beaucoup d’énergie, et l’autre est cru, et c’est toujours super et très agréable… mais c’est différent. J’aime les deux, à des niveaux différents, mais évidemment tu ne veux pas jouer devant un public assis. Parce que ce n’est pas tellement par rapport à la danse ou au dancefloor, mais c’est par rapport à l’interaction entre le public et le groupe. Elle est là, la magie. Ce n’est pas la danse ou la salle, ou quoi que ce soit de ce type, c’est la connexion entre le groupe et le public et la tension qui se crée. Pour moi c’est clairement la chose la plus importante, rien que la connexion avec le public.

Et toi, dans la vie, “Are You Connected” justement ?! (rires car allusion à la vidéo ci-dessus)

Oui, exactement (rires). Mais tu sais, c’est vraiment ça : si tu perds cette connexion avec le public, tu perds tout l’intérêt de la musique. La musique c’est les sentiments, c’est l’énergie, ce n’est pas le succès ou l’argent. C’est l’énergie, la vie et les gens. C’est l’art et la communication avec son art, donc la taille de la salle n’a pas d’importance. Si c’est une grosse salle mais que le public n’est pas en phase avec le groupe, il vaut mieux jouer dans une petite salle où il y a cette alchimie. Heureusement pour nous, nous avons une bonne alchimie avec le public, qu’il soit nombreux ou pas.

Tu étais satisfait des retours après la tournée Rammstein ?

C’était très surprenant et très positif, parce que c’était une des choses qui me rendait nerveux pendant cette tournée. C’est une chose d’être sur une grande scène et de jouer devant beaucoup de monde, mais si tu perds cette connexion que tu as dans une petite salle, c’est la merde. Donc j’avais peur que ça arrive, mais heureusement on a pu garder cette connexion…

Donc on y revient ! Pour toi c’était une sorte de cadeau empoisonné car il y avait quand même un petit risque…

Il y avait un risque, mais heureusement on a pu maintenir la connexion.

« Je pense que la seule fois où les gens ne se plaignent pas c’est quand tu n’as pas de succès, ou quand tu leur donnes ce qu’ils ont déjà. Personne ne veut du neuf, ils veulent juste une meilleure version de ce qu’ils ont déjà. Et ce n’est pas mon intention, musicalement parlant. »

Justement, en ce qui concerne le rapport aux fans, en 2007 tu as sorti l’album What The Fuck Is Wrong With You People? et à ce moment certains de tes fans les plus électro ont été assez décontenancés parce que deux ans après Everybody Hates You ils ont moins apprécié le fait que ce soit électro et plus « right in your face ». Quelle est ton opinion sur ce type de réactions ?

Je pense que la seule fois où les gens ne se plaignent pas c’est quand tu n’as pas de succès, ou quand tu leur donnes ce qu’ils ont déjà. Personne ne veut du neuf, ils veulent juste une meilleure version de ce qu’ils ont déjà. Et ce n’est pas mon intention, musicalement parlant. Ce que je veux faire c’est continuer de créer. Il ne s’agit pas de faire ce que tu as déjà fait auparavant, il s’agit de faire ce que tu veux faire pour l’avenir. Je ne compare ma musique à aucun de mes albums préférés, mais mes artistes préférés ne sont pas des artistes qui en copient d’autres, ou qui se contentent de ressasser la même chose encore et encore. Mes musiciens préférés ce sont des pionniers dans leur domaine, des pionniers qui, malgré leur succès, vont aller encore plus loin. Ils prennent le risque, ils font ce qu’ils veulent faire, quelque chose de nouveau. Pas juste ce que les gens veulent, mais ils créent quelque chose de nouveau et tout le monde déteste ça. Au début, tout le monde déteste ça, et après un certain temps ça devient peut-être le meilleur album du groupe. Personne n’aime un album génial dès le début, c’est comme ça. Moi aussi je suis comme ça. Quand j’achète un album, si ça finit par devenir mon album préféré, au début je suis un peu sceptique, parce que je ne le comprends pas. Puis plus je l’écoute, plus j’accroche. La musique ne devrait pas être aussi superficielle et rentre-dedans. Selon moi en tout cas.

Tu parles des pionniers. Quels sont les pionniers pour toi ? Quels sont les artistes que tu apprécies le plus dans des genres différents ?

Je n’écoute pas vraiment de musique qui ressemble à ce qu’on fait. J’écoute du Billie Holiday, du Frank Sinatra, du Johnny Cash, du David Bowie, Iggy Pop And The Stooges, The Who, MC5… Aucun de ces groupes n’a de musique qui ressemble à ce qu’on fait, mais l’état d’esprit de leur musique, la philosophie derrière et l’aspect personnel est plus ou moins le même que ce que je mets dans ma musique. C’est juste un type différent de musique. Ce sont ces artistes que j’admire vraiment et que j’aime vraiment écouter.

Tu parles d’artistes qui t’ont marqué mais ils appartiennent tout au passé. Y’a t-il des artistes que tu apprécies ou qui apportent selon toi quelque chose de nouveau maintenant ?

Pas vraiment. J’en suis arrivé au point où je ne m’intéresse plus vraiment aux nouveautés. Ce n’est pas que je n’y suis pas ouvert, mais il n’y a pas grand-chose à écouter. Il y a quelques artistes, dans la musique électronique il y a par exemple Justice entre autres. Ce sont des artistes d’une nouvelle époque qui ont complètement changé la musique électronique. Ils font quelque chose de génial pour leur style […] On est un peu en période creuse en ce qui concerne l’évolution musicale. C’est la même chose dans le metal et le hardcore, tout se répète un peu, il y a beaucoup de groupes qui se ressemblent. Peut-être est-ce que je deviens trop vieux pour comprendre la musique d’aujourd’hui, ou peut-être que je ne me laisse pas influencer, ou que je n’aime pas tout simplement… je ne sais pas. Mais j’attends toujours, il y aura bientôt une sorte d’évolution, tous les cinq ou six ans il y a un grand pas en avant. Donc je suppose que j’attends ça.

Depuis 2003 tu as fait un album tous les deux ans puis Today We Are All Demons en 2009 juste avant Making Monsters l’année dernière. Tu ne t’arrêtes donc jamais de travailler ?!

Non, il n’y a pas de temps pour se reposer. Il n’y a pas de temps pour quoi que ce soit, même pas pour travailler…

Tu composes en tournée, à la maison, partout ?

Tout le temps que j’arrive à trouver, je continue de travailler, comme je disais. Cette forme d’art est trop envahissante, tu ne peux pas prendre une pause. Ca fait partie de toi, de qui tu es, même si tu n’en veux pas…

Peut-on attendre un nouvel album en 2011 car j’ai lu que tu avais déjà travaillé avec Wes Borland, le guitariste de Limp Bizkit sur de la nouvelle musique ?

On verra où ça nous mènera, mais il a été très présent en concerts, donc on verra où ça ira. Il y a quelques artistes qui parlent de se joindre au groupe pour les concerts et tout. Pour l’instant il n’y a pas de projet particulier, il y a une grosse pression niveau timing. Je ne veux pas pousser quoi que ce soit, il faut que ça se fasse naturellement. Parfois ça peut prendre six mois, parfois deux ans. Je n’ai pas fixé le date pour quoi que ce soit.

Making Monsters, ton dernier disque, paraît être plus atmosphérique, moins immédiat. Es-tu d’accord et penses-tu que pour jouir pleinement de ce disque il est nécessaire de prendre un peu plus de temps que tes albums précédents pour l’approfondir ?

Je ne peux pas ne pas être d’accord. Parce que la façon dont les gens interprètent l’album ne dépend pas de moi, c’est à l’auditeur de se faire une opinion. Mais si tu veux mon avis personnel, ouais, je suis d’accord que c’est – pas vraiment plus atmosphérique – mais plus émotionnel. Parce que c’est un album très personnel, écrit d’une façon totalement différente de la plupart des autres albums. Au début j’écrivais ça comme de la fiction, j’écrivais à propos du personnage Combichrist. Pas de moi, mais de sexe, de drogues, de violence… C’était comme un film, ou un comics, mais dans les deux derniers albums c’est devenu de plus en plus personnel.

Dernière question. Tu es une personne très ouverte d’esprit et avec Combichrist tu as composé ou tourné avec des groupes comme Rammstein, Limp Bizkit ou Stolen Babies. Penses-tu que le fait d’être ouvert d’esprit est une des choses les plus importantes en musique ?

Oui, je pense. Si tu n’es pas ouvert d’esprit, tu n’es pas vraiment un artiste. Si tu es juste là dedans pour le style, pour le sentiment d’appartenance, ce n’est pas la bonne façon d’être un artiste. Pour moi la seule façon de faire de la grande musique c’est d’être ouvert d’esprit. Arrivé à un certain point, il n’y a plus vraiment de distinction entre les genres. Il y a la bonne musique et la mauvaise musique, c’est tout.

Interview réalisée le 25 janvier 2011 à Lyon
Traduction : Stan

Site Internet Combichrist : http://www.combichrist.com/



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  • Combichrist c’est bien mais c’est juste le pendant metal de ce qu’il faisait déja avec Icon of Coil: il y a plus de bruit, et d’indus barré c’est tout. Et les bons titres restent ce qu’ils sont, d’un coté ou d’un autre…

    Maintenant s’il arrive à tourner en erreur l’énorme public des bourrins fans de hard, tant mieux !!

    [Reply]

  • Je crois que lui et moi on a la même vision de la musique.

    Un artiste…

    C’est ça que je veux être!

    [Reply]

  • J’adore la photo du groupe c’est gore a souhait et un peut trash

    [Reply]

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