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Chronique   

Angra – ØMNI


Dire qu’Angra a perdu un de ses membres emblématiques est un euphémisme. Malgré tout le talent que l’on peut volontiers reconnaître à Marcelo Barbosa, la flamboyance guitaristique de Kiko Loureiro faisait depuis toujours partie de l’identité d’Angra et était un de ses atouts majeurs. Seulement, le guitar hero a depuis répondu à l’appel de Dave Mustaine pour donner un nouveau souffle au mastodonte thrash Megadeth. Autant dire que l’inquiétude quant à l’avenir de la formation était grande, mais c’était sans compter sur la ténacité du tout aussi essentiel Rafael Bittencourt, désormais dernier rescapé du line-up dit « classique », pour tenir la baraque et faire avancer Angra coûte que coûte.

D’ailleurs, un mince espoir de voir le duo de guitariste œuvrer malgré tout sur le neuvième disque, intitulé ØMNI (« tout » en latin), persistait : si Loureiro avait déserté les prestations live, aucune communication officielle n’avait acté son départ (la page Facebook du groupe le mentionne d’ailleurs encore comme faisant partie du groupe). Mais un rapide coup d’œil à la tracklist nous fait comprendre la réalité de line-up : Loureiro est réduit au simple rôle d’invité sur la chanson « War Of Horns ». Une apparition avant tout symbolique, tant la chanson en soi ne se démarque pas particulièrement dans l’album, si ce n’est pour son break instrumental rutilant et virtuose.

Ce que l’on constate d’emblée avec « Light Of Transcendence », c’est qu’Angra va plus loin encore que Secret Garden dans la part réservée au symphonique. C’est un déluge orchestral et de guitare néo-classique qui introduit l’album dans un procédé – il faut le dire – éculé qui n’est pas sans rappeler Rhapsody, sensation forcément appuyée par l’entrée de Fabio Lione et la cadence rythmique soutenue. Angra serait-il tombé dans les travers du speed-metal sympho, lui qui a toujours su les éviter avec élégance ? Heureusement « Travelers Of Time », démarrant avec les traditionnelles percussions brésiliennes, nous ramène illico au cœur de l’univers d’Angra, avec un riff à la fois chiadé et efficace, ainsi qu’un refrain lumineux, sur lequel on jurerait presque retrouver Edu Falaschi et son indéfectible sourire. Une impression qui confirme surtout l’élasticité vocale dont fait preuve Fabio Lione depuis son intégration. En témoigne encore le refrain entêtant et le pont tout en sensibilité de « Black Widow’s Web ». Chanson où le groupe récidive en invitant deux chanteuses : la discrète brésilienne Sandy, qui apporte de la douceur en début et fin, et Alissa White-Gluz qui vient logiquement incarner la Veuve Noire par ses growl mais tend à banaliser la chanson (à force de l’entendre multiplier les featurings) et brouiller la lisibilité de cette dernière par une prestation très chargée. Rafael Bittencourt donne à nouveau de la voix sur la ballade symphonique « The Bottom Of My Soul » pour une interprétation poignante, ainsi que quelques interventions ici et là sur le reste des chansons, apportant une variété vocale bienvenue au disque. Et c’est carrément une opulente chorale qui vient donner une envergure grandiose à un « Insania » au leitmotiv (trop) répétitif, mais marquée par une section basse-batterie-percussions pleine de dextérité.

Mais pour voir Angra véritablement déployer ses ailes sur ØMNI, il faut attendre d’arriver à mi-parcours et un « Caveman » où les membres du groupe s’amusent comme des fous : chant et percussion tribaux, un cachet progressif des grandes heures, quelques petites incursions dans le jazz (notamment la basse du toujours aussi époustouflant Felipe Andreoli)… On prend ensuite plaisir à évoluer dans les méandres de « Magic Mirror », balisé par un refrain d’une parfaite clarté. Deux titres qui prouvent qu’Angra n’a pas besoin de tomber dans les ficelles du symphonique pour scotcher l’auditeur. « Always More », ballade légère, quelque peu guimauve, a le mérite d’apaiser les oreilles avant de partir dans le final épique de l’album. Dans ce dernier, on retiendra surtout « ØMNI – Silence Inside » et son introduction latente à la basse fretless et aux guitares latines. Une chanson tortueuse, oscillant entre montées en puissances, accalmies subtiles et élans instrumentaux tonitruants, qui nécessitera plusieurs écoutes pour être pleinement assimilée.

« ØMNI – Infinite Nothing » clôt le disque, une plage purement orchestrale reprenant des thèmes des chansons précédentes, agréable mais parfaitement dispensable, symbole d’un album conceptuel ambitieux mais qui semble par moments se chercher. Un concept (qui est censé relier tous les concepts précédents pour « créer une inter-connectivité » et établir le fait que « tout ce qui s’est produit par le passé a conduit à ce que le groupe est aujourd’hui ») surtout incarné dans la musique par le caractère pompeux des arrangements, sa diversité de registres et une certaine forme de synthèse de ce qu’a été, est et sera probablement Angra. Prendre le raccourci de la quasi absence de Kiko Loureiro pour expliquer les quelques inégalités de l’album paraît bien trop facile, d’autant que la paire Bittencourt/Barbosa n’a pas à rougir de son travail… et pourtant on ne peut s’empêcher d’y songer. ØMNI n’en demeure pas moins un album d’Angra avec son lot d’étincelles, et rien que ça devrait permettre de rassurer les fans inquiets.

Lyric vidéo de la chanson « Travelers Of Time » :

Album ØMNI, sortie le 16 février 2018 via Burger Records. Disponible à l’achat ici



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