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Chronique   

Animals As Leaders – Parrhesia


Animals As Leaders voulait être à l’origine un projet « anti-metal », pour contraster avec l’ancienne formation metalcore de Tosin Abasi. Ironie du sort, Animals As Leaders est devenu l’un des groupes de metal instrumental les plus inventifs et reconnus de la scène, et ce dès son premier opus (2009). Depuis, le trio emmené par le guitariste virtuose Tosin Abasi, accompagné de Javier Reyes et du batteur Matt Garstka, n’a eu de cesse de peaufiner sa formule musicale, quitte à accroître les prouesses techniques et à se laisser aller à quelques expérimentations, à l’instar de The Madness Of Many (2016). Inévitablement, une certaine angoisse naissait quant à la capacité d’Animals As Leaders de continuer à évoquer par l’instrumental. Parrhesia – « liberté de discours » en grec – intervient après six ans d’absence en raison de la pandémie évidemment, mais aussi d’un besoin de se préoccuper à nouveau de la pertinence d’un travail instrumental. Animals As Leaders rechigne certes toujours à nous tenir la main, il nous permet néanmoins d’imaginer à nouveau et pas seulement de plisser les yeux pour suivre.

Si l’on devait résumer Parrhesia, ce serait une sorte de compromis étrange entre The Joy Of Motion (2014) et The Madness Of Many. Parrhesia se veut plus « lourd » que son prédécesseur et effectivement, les premières guitares de « Conflict Cartography » ne trompent pas quant à l’intention du trio de mettre la puissance des huit cordes à l’honneur. « Conflict Cartography » présente un Animals As Leaders stéréotypé dans son enchaînement de structures et l’enchevêtrement de riffs au spectre des profondeurs et leads alambiqués. Ce qui est loin d’être une mauvaise chose. On reconnaît d’ailleurs la patte de Misha Mansoor de Periphery qui a prêté main-forte pour la production, ce qui se ressent lors du développement de certains phrasés leads, tels que les respirations mélodiques de « Monomyth » intervenant au milieu des convulsions rythmiques. C’est précisément ce titre qui nous rappelle qu’Animals As Leaders n’a que très peu d’égaux en ce qui concerne le songwriting instrumental. L’absence de chant n’est pas seulement comblée par de la technique, les instruments ont aussi pour dessein de démultiplier leurs modes d’expression et d’occuper plusieurs plages du spectre pour créer un autre mode de narration. « Red Miso » est un exemple du genre, une sorte de progression subtile qui emprunte quelques éléments à l’électro minimaliste avant de dévoiler une ramification à donner le tournis.

Justement, il y a une véritable question de l’accessibilité qui se pose à l’écoute de Parrhesia. Pas pour le fameux poncif du « trop technique pour toucher et donc élitiste ». Parce qu’il se place d’une manière singulière par rapport à cette interrogation. Animals As Leaders transcende l’absence de chant pour gagner en puissance évocatrice. Certes, les prouesses sont infernales lorsqu’on s’accroche aux détails des transitions et des techniques utilisées – le cœur de « Thoughts And Prayers », qui tranche avec les extrémités plus fluides voire oniriques du morceau, est presque éprouvant sur ce point, jusqu’à se faire voler la vedette par « Micro-Aggressions » et son riffing à la vivacité jouissive. En réalité, Animals As Leaders parvient à nous faire oublier ce qui devient des vétilles et se positionne en porte-à-faux de la plupart des productions instrumentales labellisées progressives. « Gestaltzerfall » ne captive pas en raison de ses rythmiques de fakir, c’est bel et bien sa construction vers une ouverture grandeur nature qui fascine, un sens du récit parfois cinématographique. C’est aussi ce qui explique qu’Animals As Leaders balise son propos d’une transition épurée qu’est « Asahi ». Cette philosophie de la musique instrumentale vient sans doute de l’approche de Tosin Abasi, qui compose pour se transporter et s’interroger lui-même, avant d’accorder un intérêt à l’expérience technique en tant que telle.

Parrhesia évoque des souvenirs de la découverte d’Animals As Leaders, la rencontre avec une musique instrumentale qui oriente toujours ses prouesses de gymnaste et sa cérébralité – pourtant extrêmes – pour que les auditeurs les ignorent justement. La condition nécessaire pour se laisser guider par une myriade d’émotions qui s’enchaînent aussi frénétiquement que délicatement. Animals As Leaders ne parvient pas toujours à dissimuler toutes ses aspérités mais peu importe, il est l’un des rares à s’être positionné intelligemment par rapport au discours instrumental.

Chanson « Gordian Naught » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « The Problem Of Other Minds » :

Clip vidéo de la chanson « Monomyth » :

Album Parrhesia, sortie le 25 mars 2022 via Sumerian Records. Disponible à l’achat ici



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