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Live Report   

Animals As Leaders & Tesseract : du dépassement du « bon musicien »


La scène musicale en France est parfois d’une étrangeté sans nom. Bien que l’on puisse déplorer certains de ses inconvénients; à savoir l’absence de publicité pour certains artistes qui n’usurpent rien et l’étroitesse intellectuelle qui entoure le concept d’ « exception culturelle française » et qui n’est au final qu’un frein regrettable ; ce paradigme donne lieu à des moments insolites où le talent s’exprime dans des cadres plus intimistes. 22 octobre, Rillieux La Pape : Navene-K, Animals as Leaders et Tesseract. Un concert de Parisiens a priori, si l’on ne comptait pas sur la diligence de la MJC Ô Totem et de SLH Productions pour proposer une affiche de ce calibre. À ceux qui n’ont encore pas eu l’occasion de fréquenter cette salle de concert, trouvez une excuse. Il est difficile d’envisager que ce puisse être une mauvaise expérience. Ce sont certes des considérations matérielles, mais ô combien essentielles pour ne pas faire d’un concert une sorte de pénitence. Ces organismes font partie de l’identité de la musique metal en France, car ce sont eux au final qui permettent au genre d’exister et de se développer : merci à eux.

Pourtant, la soirée démarrait sous de mauvais auspices. Un temps minable qui inspire le doute même parmi les baroudeurs de salles les plus chevronnés. Va-t-on assister à un concert dans une salle remplie au tiers ? Au final cette dernière était pleine : ne jamais douter d’un public. Celui-ci était tout simplement excellent, plutôt connaisseur au demeurant. Surtout, sobre et assez distingué pour ne pas proférer des beuglements et invectives en guise de pseudo « bonhomie » envers une musique et des artistes qui s’y prêtent assez mal. Toutefois, l’arrivée du premier musicien de la soirée, Navene-K, l’a laissé quelque peu circonspect.

Artistes : TesseractAnimal As LeadersNavene-K
Date : 22 octobre 2014
Salle : MJC Rillieux
Ville : Rillieux [69]

Navene-K

Ce dernier est apparu sur scène presque de manière incongrue, se présentant succinctement et peut-être trop rapidement. Navene-K n’est autre que Navene Koperweis, ancien batteur d’Animals As Leaders remplacé par Matt Garstka en 2012. Navene ouvre le set en proposant une performance de multi-instrumentiste, à l’aide d’une guitare, de sa batterie et de son ordinateur. L’alternance continue entre les trois éléments, les différents triggers de samples et lignes de guitare enregistrées en chaîne rapprochent sa prestation de celle d’un véritable DJ. Pour autant, son instrument de prédilection est bel et bien la batterie, et rien d’autre. Le niveau technique y est infiniment supérieur, Navene réussit de multiples transitions entre les rythmiques djent et celles apparentées au dubstep, avec quelques hommages subreptices au drum and Bass plus classique. Subsiste cependant un certain vide. La ligne entre démonstration et réelle performance est assez ténue. Navene-K peine à véritablement transporter, et le fait qu’il soit en première ligne d’Animals as Leaders et Tesseract ne peut pas l’excuser entièrement. La nonchalance et le flegme de l’artiste peuvent en gêner certains, d’autres apprécieront son aisance insolente. Cependant, tous s’accorderont sur la relative froideur de sa prestation, qui s’illustre élégamment par les dernières phrases prononcées par celui-ci : « That’s all I have for tonight ». Au final, Navene-K nous laisse autant impressionnés qu’hébétés.

Animal As Leaders

L’appréhension d’Animals As Leaders est radicalement différente. À la fois concert de djent, de prog’ et de guitar-heroes, les performances de Tosin Abasi et ses acolytes n’ont que très rarement déçues. Le dernier album du trio, The Joy of Motion était une réussite et sera à l’honneur ce soir. Une interrogation subsiste : le son. La musique d’Animals As Leaders et empreinte d’artifices ou « cosmetics » si l’on emprunte le jargon, le moindre écart de ce côté est donc impardonnable. Chose que l’ingénieur du son a parfaitement intégré. Il lui a fallu à peine deux titres pour corriger les aigus et arrondir les graves en fonction de la foule et de l’intensité des morceaux. Et de prouver que deux guitares huit cordes peuvent se passer d’une basse sans perdre en profondeur. On comprend que certaines marques de micros s’en réfèrent à Tosin Abasi et Javier Reyes pour vanter les mérites de leur électronique. En réalité, c’est très simple. En live, Animals As Leaders est une entité de grande classe. La technique ne supplante jamais la musique pour peu que l’on cherche à s’immerger dans un univers singulier qui emprunte à énormément de cultures musicales.

Très vite, Animals se distingue des performances type G4 (bien qu’à l’affiche de la prochaine édition). Le groupe communique très discrètement, nous gratifiant de quelques « comment ça va ? » et de « merci beaucoup ». Surtout, la complexité musicale n’empêche pas le public de se raccrocher à certains titres phares. L’introduction de « Tempting Time » fait toujours son effet et présage du riffage assassin qui va suivre. « The Woven Web » est tout bonnement spectaculaire. Si certains titres de Meshuggah apportaient déjà des éléments de réponse, il est effectivement humainement possible de soutenir sans accrocs des rythmiques venues de l’espace. Animals As Leaders maîtrise aisément l’organisation d’une setlist, en clôturant sa prestation par « CAFO », l’une de ses compositions les plus « médiatiques ». Présence scénique, humilité, technique, sensibilité : tout y est. Animals As Leaders n’a rien d’un conglomérat de musiciens studio, ce qu’il prouve de manière irréfutable. Le trio quitte la scène en clamant « You’ve been an excellent crowd ». Certes ils ne leurrent personne quant à l’exclusivité de cette phrase, mais c’est toujours plaisant.

Tesseract

L’organisation a décidé de présenter Tesseract en tant que troisième et dernier groupe. Ayant récemment signé chez K-Scope, label référent de la musique progressive, la prestation avait de quoi intriguer. En effet, leur dernier opus Altered State (2013) sacrifiait certains pans de l’agressivité du groupe pour davantage de complexité dans les compositions. À l’inverse d’Animals As Leaders, Tesseract n’a rien de minimaliste sur scène. Les cinq membres occupent l’intégralité de l’espace et l’ambiance qui entoure le show a une aura quasi-mystique. Daniel Tompkins, récemment revenu dans le groupe en succédant à Ashe O’Hara saisit pleinement son rôle de frontman malgré un léger côté « minet » irritant. Fi de ce genre de considérations, sa prestation est impeccable bien qu’un tantinet grandiloquente. Sans doute que la réverb’ y participe…

Musicalement, Tesseract est irréprochable, le son étant encore plus propre que pour Animals As Leaders. Altered State a un potentiel live énorme, le triptyque « Proxy-Retrospect-Resist » est une très belle orchestration avec des temps forts et interludes savamment distillés. Le public reprend d’ailleurs la plupart des refrains du combo, le « wake me up » de « Nocturne » fait son effet. Pourtant, Tesseract n’arrive que difficilement à déployer tout son potentiel. Le groupe laisse cette impression en demi-teinte caractéristique d’une performance trop académique. Tesseract s’est appliqué, mais ne semble pas s’être lâché. Si le groupe les précédant n’avait pas été Animals As Leaders, sans doute que l’impression serait moins mitigée. Tesseract abandonne toutefois la scène au terme d’un concert plus que remarquable, invoquant eux-aussi certains poncifs de la relation public-artiste tels que le « wonderful privilege » de jouer ici en France. Animals As Leaders aura sans doute été le groupe le plus impressionnant de la soirée. Quand on connaît la qualité de Tesseract, ce n’est pas peu dire. La prestation des deux groupes a le mérite de démentir une critique trop souvent prononcée à l’encontre des groupes dits « djent » : l’absence de chaleur et d’authenticité. Parfois c’est effectivement (souvent) le cas, mais pas ce soir. Pour défendre de telles compositions, il faut dépasser le cadre du « bon musicien ». Pré-requis que les artistes de ce soir ont dépassé depuis fort longtemps.

Merci messieurs !

Setlist Animal As Leaders (sous-réserve) :

Tooth And Claw
Tempting Time
Wave Of Babies
Ka$cade
Lippincott
Air Chrysalis
Point To Point
The Price Of Everything And The Value Of Nothing / Behaving Badly
Espera
Physical Education
The Woven Web
Weightless
CAFO

Setlist Tesseract (sous-réserve) :

Of Matter – Proxy
Of Matter – Retrospect
Of Matter – Resist
Concealing Fate, Part 2: Deception
Concealing Fate, Part 3: The Impossible
Concealing Fate, Part 4: Perfection
Concealing Fate, Part 5: Epiphany
Concealing Fate, Part 6: Origin
April
Of Energy – Singularity
Of Mind – Nocturne
Concealing Fate, Part 1: Acceptance

Live report : Thibaud Bétencourt.
Photos : Emilie GarcinFacebook.



Laisser un commentaire

  • C’est bizarre le 21 j’y était et c’était tesseracT avant animals

    [Reply]

  • Je suis arrivé sur la fin de Nevane-K et du coup j’ai pas vraiment d’opinion sur son set.

    Animal as Leaders a été juste énorme.

    Néanmoins Tesseract ne m’a pas transporté. Je pense pas que ca vienne de l’ordre. Je pense que ca vien de la téchnologie.

    Je m’explique: Si vous avez regarder le dernier Rig Rundown de Periphery, Misha évoque le fait que le groupe,qui joue aussi sur axe effect ( comme Tesseract et AaL ), a remis des amplis de puissance et des cab sur scène ( comme AaL ).Tesseract ne l’a pas fait du coup on se retrouve avec un ambient Djent mais qui sonne comme un CD dans la mesure ou la basse ( qui du coup disparait presque totalement) et autre palm mute ne nous traverse pas le corp durant la performance comme dans une amplification classique.Et donc on sent un terrible vide …

    [Reply]

  • J’avais vu ces 3 là à Nantes, au Ferrailleur. Et j’ai un avis un poil différent de celui du rédacteur sur Navene-K.
    Je trouve qu’il a été parfait en première partie. Il a tout a fait remplis son rôle de mise dans l’ambiance du reste de la soirée, et nous a sortit des compos pour le moins remarquable, même sur ses solo. C’en était presque frustrant de le voir si bien maitriser tout son attirail!

    Pour Animal, rien a redire. C’était parfait! Ils se sont même permis de jouer un peu avec le public. On sentait clairement qu’ils aimaient ce qu’ils jouaient. Ils suffisait pour ça de lire les sourires sur leurs visages entre deux mimiques concentré.
    C’était de loin la meilleur prestation de la soirée. Ils auraient dû être la tête d’affiche.

    Pour Tesseract c’était bien. Surement très bien mais fade après Animal As Leaders. ils auraient dû passer avant.

    [Reply]

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