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Chronique   

Animals As Leaders – The Joy Of Motion


Animals As Leaders n’a que faire de la fainéantise. La passivité de l’auditeur est une chose foncièrement incompatible avec la musique qu’il délivre. Appréhender ne serait-ce qu’un seul titre du groupe instrumental au terme d’écoutes éparses est un exercice vain, voire sacrilège. « Animals As Leaders est complexe et technique »; constat qui résonne comme l’essence même de l’euphémisme. « Animals As Leaders est ennuyeux »; constat qui résonne comme l’essence même de la précipitation… Ou de l’incompréhension. Assurément, la facette technique du groupe est l’un des piliers de sa réputation. Tosin Abasi et Javier Reyes n’ont plus rien à prouver de ce côté-là. La technicité n’est pourtant rien sans ce que certains appellent l’ « inspiration », la « créativité », l’ « ingéniosité », l’ « inventivité » et autres termes d’une précision inégalable. En cela la musique d’Animals alimente le fameux débat entre virtuosité et spontanéité. Et celui-ci ne peut désormais être abordé sans citer leur troisième opus, The Joy Of Motion, en tant qu’argument d’autorité. En d’autres termes, Animals As Leaders a parlé.

Être catalogué « djent » laisse une pléthore d’indices quant à la nature de la production musicale. Outre les tournées communes, il n’est pas anodin que la tête pensante de Periphery, Misha Mansoor, ait accepté de s’atteler à l’essentiel de la production de l’album et que le mixage soit assuré par son acolyte « Nolly » Getgood. De fait, justice est rendue à la guitare huit cordes. La production est chirurgicale, massive et personnelle. Le credo est simple : tout doit être perceptible. Le discours protéiforme du combo est ainsi parfaitement servi. Animals As Leaders est un groupe mouvant, façonnant sans cesse des contextes différents pour son auditeur. Sous l’oppressante catégorisation « djent » se cache ici une richesse que beaucoup d’autre groupes ainsi qualifiés sont en peine d’atteindre. Certes, l’héritage de Meshuggah est bien présent (« Tooth And Claw ») mais il est digéré depuis longtemps. Le trio est capable de passer d’une ambiance industrielle (« Lippincott ») à une atmosphère beaucoup plus chaleureuse, mélangeant des influences flamenco et jazz (« Another Year »), voire latines (« Para Mexer »). Parfois, il est seulement possible de contempler la sophistication d’un monument rythmique et ses intrications qui paraissent quasi-infinies (« The Woven Web »). Ce qui caractérise cette musique, au final, c’est le dépaysement, doublé de l’imprévisibilité qui la rend si attrayante. Les interstices blues et le lead de « Nephele » démontrent à quel point la formation peut rendre la notion de « genre musical » pratiquement obsolète. La cohérence dans la diversité, rien que ça.

Certaines mauvaises langues pourraient renommer l’opus d’Animals As Leaders « prolégomènes à l’étude de la guitare », entendant ainsi qu’ils se complaisent seulement à pratiquer une musique complexe, apparemment valorisante car volontairement hors de portée. Oui, Animals As Leaders est technique, mais jamais élitiste. The Joy Of Motion est un ouvrage indéniablement plus varié que son prédécesseur Weightless (2011) et suscite une incessante curiosité à l’instar de leur premier album. Parfois, il est impossible d’apprécier la musique sans efforts. Animals As Leaders les récompense sans cesse. Quant au fameux débat « virtuosité-spontanéité », The Joy Of Motion donne effectivement une réponse : dans le cas d’Animals as Leaders, il est caduque.

Ecouter l’album en intégralité :

Album The Joy Of Motion, sorti le 24 mars 2014 chez Sumerian.



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