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Chronique   

Anna von Hausswolff – Dead Magic


En trois albums, la Suédoise Anna von Hausswolff s’est forgé une place à part dans le paysage musical contemporain, un pied dans la pop, l’autre dans la musique expérimentale. S’inspirant autant de Nico que d’Earth, elle évoque, avec son instrument fétiche, l’orgue, et sa voix tantôt douce, tantôt terrifiante, des mondes sombres et fantastiques où guère d’autres artistes se sont aventurés. Après Ceremony, son deuxième album, où l’orgue était à l’honneur pour la première fois, The Miraculous, en 2015, affirmait la singularité de sa personnalité – ambivalente, insaisissable – et de son approche, libre et à mille lieux des sentiers battus. Avec Dead Magic, son dernier album sorti il y a quelques mois, on se demandait où l’artiste allait nous emmener, cette fois-ci : loin du merveilleux, certes assombri, de The Miraculous, Dead Magic s’annonce noir et désenchanté.

« Considérez le destin d’un être humain, ligne fine, pathétique qui délimite et encercle un silence infini et inconnu. C’est dans ce silence, en son centre inconnaissable qui ne peut être qu’imaginé, que les légendes s’épanouissent. » Ces quelques lignes de l’auteur suédois Walter Ljungquist font partie des seules informations qui ont accompagné la sortie du disque, et comme pour les illustrer, Dead Magic s’ouvre d’abord sur un silence. En émergent cinq titres longs, tortueux et accidentés où l’artiste va utiliser toutes les ressources de son orgue et de sa voix pour exprimer terreur et puissance, cauchemars et espoirs. En effet, accompagnés par un trio basse/guitare/batterie, ce sont à nouveau ces deux éléments – deux instruments à vent que l’artiste aborde de manière finalement assez similaire – qui sont à l’honneur. L’orgue de la Marmorkirken (littéralement « église de marbre ») de Copenhague tout d’abord, recommandé à Anna par Randall Dunn (connu pour ses collaborations avec Sunn O))) ou Wolves In The Throne Room) qui s’est proposé de produire Dead Magic : tantôt doucereux comme un orgue de Barbarie, tantôt tonnant de toute l’emphase de la musique religieuse dans l’instrumental « The Marble Eye », la musicienne en tire de long drones calmes autant que des arpèges anguleux semblants tout droit sortis d’une composition de Goblin pour un film de Dario Argento dans « Ugly And Vengeful », centre foisonnant de l’album où la créativité de la Suédoise a, en 16 minutes, toute la place de se déployer. Et puis sa voix ensuite : si sur The Miraculous déjà la chanteuse montrait qu’elle était plus qu’une pâle successeuse de Kate Bush, sur Dead Magic elle apparaît libre, aussi polymorphe et démesurée que l’orgue qui l’accompagne, capable des envolées les plus sauvages, de hululements étranges et d’exclamation qui piquent comme du venin dans un « The Mysterious Vanishing Of Electra » dont la lourdeur laisse à entendre l’influence qu’ont pu avoir sur l’artiste les mois passés à tourner avec les légendes de Swans.

Car en effet, la richesse et l’épaisseur de ce canevas élaboré une fois de plus avec beaucoup de doigté – ambitieux mais jamais grandiloquent, gardant toujours une sécheresse d’encens d’église – ne fait pas oublier la bile dont il semble avoir été tiré : l’orgue ne génère plus l’émerveillement et la rêverie comme sur The Miraculous, mais matérialise les facettes multiples de l’angoisse et de la colère. Le titre de l’album le proclame haut et fort : point de miracle cette fois-ci, la magie est morte. Dead Magic retrace la trajectoire de sa composition, des doutes et de la perte – de soi cette fois-ci, et pas des autres comme dans Ceremony – exprimés dans « The Mysterious Vanishing Of Electra » (« La disparition mystérieuse d’Electra », Electra étant le quatrième prénom de l’artiste) à la redécouverte de la source de l’inspiration dans le dernier titre de l’album, « Källans Återuppståndelse » (« La source ressuscitée » en suédois), comme un retour à Källan, l’œuvre de Walter Ljungquist que l’on retrouve en filigrane de cet album comme du précédent ainsi que de l’EP éponyme, source si ce n’est de la magie, au moins de la créativité. Écrit pour se battre contre le sentiment d’Anna von Hausswolff d’avoir vu s’épuiser son inspiration après The Miraculous, vaste architecture de grondements, de voix flûtée et de silence, Dead Magic prouve que même où elle semble avoir disparu, la magie peut jaillir de plus belle.

Chanson « The Truth, The Glow, The Fall » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « The Mysterious Vanishing Of Electra »

Chanson « Ugly And Vengeful » en écoute :

Chanson « The Marble Eye » en écoute :

Chanson « Källans återuppståndelse » en écoute :

Album Dead Magic, sorti le 2 mars 2018 via City Slang. Disponible à l’achat ici



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