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Chronique   

Anneke Van Giersbergen – The Darkest Skies Are The Brightest


La cabane au fond des bois. C’est littéralement dans ce contexte qu’Anneke Van Giersbergen a décidé d’écrire et de réaliser ce nouvel album solo. Un opus méditatif qui doit permettre à la chanteuse de régler des questionnements intimes liés à une période difficile de sa vie. La réception mitigée de son projet metal Vuur n’a pas donné justice à l’investissement économique de l’artiste, engendrant un questionnement sur l’avenir de la formation et ses risques financiers. Si l’on y ajoute quelques déboires personnels tels qu’un mariage fragilisé, Anneke est légitime quant à son désir de se recentrer et d’échapper à toute forme de pression. The Darkest Skies Are The Brightest a donc été réalisé dans une modeste demeure isolée aux alentours d’Eindhoven. Inspiré par l’art du kintsugi (l’art japonais de réparer des objets en porcelaine ou en céramique en soulignant leurs lignes de faille avec de l’or), il clame haut et fort qu’on doit trouver les solutions en soi-même et se servir de ses fêlures pour se sublimer.

The Darkest Skies Are The Brightest a été réalisé à l’aide du producteur et ami d’Anneke, Gijs Coolen. Évidemment, la démarche et la méthodologie qui engendrent The Darkest Skies Are The Brightest impliquent une musique plus « intimiste » dans le sens où Anneke fait la part belle aux instruments acoustiques et à des instrumentations épurées. Elle évite cependant le minimalisme d’un One Alone (2019) de William Duvall par exemple, où ce dernier se retrouvait seul avec sa guitare. The Darkest Skies Are The Brightest est un opus avec une véritable recherche d’orchestrations, impliquant cordes, cuivres et percussions maniés avec subtilité. L’atmosphère générale de l’album est immédiatement installée par les premiers arpèges acoustiques d’« Agape », le phrasé délicat d’Anneke et les ponctuations de violon. Anneke emprunte ainsi un vocabulaire très proche de la folk voire parfois de la world music, croisant les cultures et s’efforçant de ne jamais créer trop de contrastes d’intensité. « Hurricane » prend davantage l’allure d’un récital chamanique – Through Shaded Woods (2020) de Lunatic Soul est tout proche –, porté par une pulsation et les mélodies hypnotiques d’Anneke. Cette dernière n’hésite pas à moduler sa voix pour transformer intégralement la chanson, accompagnée par des cuivres jazzy savamment distillés. Elle ne recule pas non plus devant des instrumentations plus arides, à l’instar d’« I Saw A Car » : une progression qui part d’une rythmique et d’une ritournelle de guitare presque ascétiques. Il y a même une influence de la variété des années 70-80 transparente sur la fausse légèreté de « The Soul Knows » et ses mélodies sautillantes ainsi que l’optimisme contagieux de « Survive », dont la rythmique est jouée avec une fougue toute latine.

Ce qui intrigue avec The Darkest Skies Are The Brightest est la capacité d’Anneke Van Giersbergen de tutoyer par moments les maîtres d’un genre qui ne serait pas le sien en premier lieu. La chanteuse se rapproche par endroits de Joanna Newsom pour cette capacité à faire émerger sa voix au sein d’une composition dénudée, à l’image de « The End ». Le travail ingénieux d’orchestration évoque quant à lui Agnes Obel dans son utilisation des cordes sur « My Promise ». Enfin, les arrangements des voix, notamment les vocalises doublées sur « Hurricane », sont à mettre en parallèle avec le Boucle (2006) de Claire Diterzi. Si l’on omet les compositions plus traditionnelles dans leur approche (la ballade « Losing You » est aussi agréable qu’épisodique, la conclusion « Love You Like I Love You » peine à se dégager de certaines platitudes), The Darkest Skies Are The Brightest met en avant une facette musicale d’Anneke qui mérite l’exploration. Comme une ouverture potentielle vers un avenir radieux, pas nécessairement dans un registre déjà parcouru de nombreuses fois.

The Darkest Skies Are The Brightest a ses moments d’éclat. Ceux qui nous donnent envie de dire à Anneke : « Tu as ta réponse sous les yeux. » Ils sont suffisamment brillants pour suppléer les carences et les facilités de certains titres. Avec de la réflexion et du recul, The Darkest Skies Are The Brightest est un exercice réussi de Kintsugi. Reste à appréhender ce qui permet la résilience pour en faire une force motrice à l’avenir. Un indice : The Darkest Skies Are The Brightest se doit d’être un point de départ.

Clip vidéo de la chanson « Hurricane » :

Clip vidéo de la chanson « My Promise » :

Album The Darkest Skies Are The Brightest, sortie le 26 février 2021 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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  • Du coup je découvre la discographie de The Gathering…
    25 ans après ?!?!!

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  • La plus belle voix d’entres toutes, justesse, vibrato, émotion et puissance: elle possède tous les ingrédients pour nous envouter, et je ne parle que de ses qualités musicales, pas de son physique.
    Son évolution est intéressante après the GATHERING, on ressent vraiment son besoin de s’exprimer auprès de divers musiciens ( Devin Townsend, Ayreon, écoutez Amadeus Awad !!!=)
    J’écouterai très volontiers son prochain album solo et on est jamais déçu par sa voix qui est toujours magnifique.

    [Reply]

  • Quelle voix, mais quelle voix…

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