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Chronique   

Annihilator – Ballistic, Sadistic


Annihilator n’a plus besoin d’être présenté étant donné la longévité et la réputation du groupe canadien. La formation a effectué ses premiers faits d’armes à la fin de l’année 1984 et n’a cessé de marquer son empreinte au sein de la scène thrash depuis. Porté par l’homme à tout faire Jeff Waters depuis le début, Annihilator s’est montré extrêmement prolifique et en arrive aujourd’hui à son dix-septième opus intitulé Ballistic, Sadistic. L’occasion de revoir ses ambitions à la hausse : pour Jeff Waters, Ballistic, Sadistic est tout le simplement sa meilleure œuvre depuis Schizo Deluxe en 2005. Un album qui puise son inspiration dans les premiers efforts cultes d’Annihilator que sont Alice In Hell (1989), Never, Neverland (1990) et Set The World On Fire (1993). De quoi ravir les fans de la première heure. Quel que soit le résultat, Ballistic, Sadistic est avant tout le produit d’un enthousiasme renouvelé.

Pour Jeff Waters, à la fois frontman, guitariste et ingénieur sonore du groupe (il s’est impliqué depuis l’écriture jusqu’au mastering), difficile de se renouveler en conservant une forme de qualité lorsqu’on est principal maître à bord. Conscient de ces écueils, il affirme pourtant que Ballistic, Sadistic a de quoi se placer dans les trois meilleurs albums de la discographie d’Annihilator. Ballistic, Sadistic est le troisième album réalisé avec Jeff en tant que chanteur depuis 2014 et le départ de Dave Padden, et force est de constater que leader a énormément travaillé sa voix, gagnant en versatilité et théâtralité (« Lip Service »). Jeff est capable d’honorer pleinement les codes du thrash avec des lignes hachées sur un titre musclé et guerrier comme « I Am Warfare » et de privilégier un chant plus mélodique, plus heavy sur « Psycho Ward » qui fait honneur aux influences plus rock n’ roll d’Annihilitor. Il y a effectivement un retour aux jeunes années thrash (mais Annihilator les a-t-il jamais vraiment quittées ?) à travers le survitaminé « The Attitude » ou la technicité d’« Out With The Garbage », véritable ode à la précision et au riffing tranchant. Le groove et les multiples breaks d’« I Am Warfare » et son solo torturé enrichissent l’atmosphère générale de l’opus et multiplient les formes d’agressivité. La violence de ces compositions cohabite sans peine avec des élancées à la mélodicité exacerbée, véritable marque de fabrique d’Annihilator, à l’image du pont du mémorable « Lip Service » (dont le basse-batterie n’est par ailleurs pas sans rappeler « Knight Jumps Queen ») aux sonorités tout droit héritées du heavy des années 80, sorte d’Iron Maiden langoureux. « Pyscho Ward » intègre justement ces sonorités de guitares pleines de reverb’ lors du solo pour éviter d’emmener l’auditeur sur un chemin trop balisé.

Le bémol est peut-être la conséquence de s’inspirer des premières années et de vouloir se focaliser autant sur l’énergie thrash. Si la production, résolument « old-school, effectuée avec une technologie moderne » pour reprendre les dires de Waters, rend parfaitement justice à l’intensité des compositions, le songwriting dégage nécessairement une impression de monolithisme, ce qu’Annihilator a pourtant souvent su éviter par le passé. Si variations de registres explicites il y a, ces derniers sont presque trop rares. « Dressed Up For Evil », dans lequel Waters recycle nombre de ses vieux gimmicks, ne s’extrait du lot que par ses interventions solo de basse impromptues et ses soli décomplexés mais peine à persister. « Riot » n’est qu’une élancée supplémentaire, une démonstration thrash académique sans véritable accroche, à l’inverse d’« One Wrong Move » qui lui succède et parvient à impliquer l’auditeur via une accalmie aussi soudaine que salvatrice en guise de pont, vite brisée par un groove qui rappellera indéniablement Pantera et son « Walk ». C’est l’hybridation qui réussit – et a toujours réussi – le mieux à Annihilator, pas l’application studieuse d’un langage connu de tous.

Le temps permettra de juger de l’importance de Ballistic, Sadistic dans la discographie d’Annihilator. Peut-être que les amateurs seront moins enjoués que Jeff Waters, qu’il faudra un nombre conséquent d’écoutes pour s’approprier les morceaux et ne pas se laisser berner par le voile nostalgique d’un « retour aux sources » – de toute façon à nuancer. L’album aurait, par exemple, mérité un vrai morceau progressif à la « Never, Neverland » ou « Alyson Hell », voire une ballade à la « Phoenix Rising », pour réellement prétendre à ce titre et à la fois offrir une palette plus panachée. Dans tous les cas, si on ne conférera pas d’emblée l’aura d’album majeur d’Annihilator à Ballistic, Sadistic, celui-ci contient tout de même pléthore de moments exaltants, auxquels personne ne pourra nier l’inspiration.

Clip vidéo de la chanson « Armed To The Teeth » :

Clip vidéo de la chanson « Psycho Ward » :

Lyric vidéo de la chanson « I Am Warfare » :

Album Ballistic, Sadistic, sortie le 24 janvier 2020 via Silver Lining Music. Disponible à l’achat ici



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