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Chronique   

Annihilator – For The Demented


Transition réussie pour Annihilator et son frontman Jeff Waters, suite à un Suicide Society où ce dernier avait repris le micro vingt ans après Refresh The Demon. Même si Waters a toujours été le gardien du temple Annihilator, et s’il a toujours plus ou moins été lui-même le compositeur des parties de chants et ses collaborateurs des exécutants, la tâche n’était pas forcément aisée de passer après des vocalistes tels que Dave Padden ou Joe Comeau. Mais force est de constater que Waters s’en est sorti avec les honneurs, et un album s’inscrivant dans une continuité, rassurant quant à la santé de la formation ; pour preuve, Suicide Society a été un joli succès commercial à l’échelle d’Annihilator et son label.

En dépit des premiers sons de cloche venant de Waters lui-même, pas de changement fondamental dans la formule de ce seizième disque, For The Demented, mais bien quelques remises en questions et ajustements. En premier lieu, il fallait se débarrasser de ce côté un peu trop « fanboy » assumé, qui poussait le guitariste à s’inspirer trop ouvertement de ses pairs – on se souvient encore du cas « Snap » et son « emprunt » à Rammstein. Et pour se faire, Waters a, peut-être pour la première fois de sa carrière, impliqué une autre personne dans le processus de composition. Le bassiste Rich Hinks, qui n’a pourtant pas joué sur l’album, a été chargé du rôle de guide critique pour pousser ainsi le maestro à retrouver ce qui faisait la personnalité d’Annihilator sur ses quatre premiers albums référentiels.

Faut-il pour autant voir en ce For The Demented un album nostalgique regardant dans le rétroviseur ? Il est certain que « Twisted Lobotomy », un thrash plutôt bas du front mais qui a le mérite de défouler et démarre l’album en trombe, et le heavy nerveux de « One To Kill » sèment un instant le doute avec leurs échos au passé. Cependant, assez vite, des indices font comprendre que Waters n’a rien perdu de sa verve créative, en témoigne ce break progressif, où les traditionnels crissements de guitare façon « Alison Hell » côtoient des changements de rythmes rafraîchissants. Ce que vient confirmer un « For The Demented » aux lignes de guitares joliment tricotées, mais aussi son break à la whammy produisant un curieux effet. Le genre d’originalité qu’on aurait davantage imaginé sortir de la guitare de Tom Morello dans un album de Rage Against The Machine que chez un groupe de thrash old-school… Peut-être parce que justement, Annihilator n’a jamais été aussi old-school qu’on pourrait le croire, ni complètement thrash.

For The Demented reste un jouissif terrain de jeu pour Waters le mélomane, qui va chercher dans le groove sournois sur « The Demon You Know », la ballade pleine de sensibilité mais aussi ténébreuse avec « Piece Of You » ou l’ambiance énigmatique avec l’interlude « Dark ». Sans parler des refrains entêtants, qu’ils soient scandés ou mélodiques, encore disséminés au fil des chansons, malgré un vœu de moins céder à la facilité à cet égard (une autre des remises en question du frontman). Et c’est carrément son penchant schizophrène que Waters ressort sur « Not All There » lorsque, sans crier gare, il récidive dans le funk, à la limite du disco, et se la joue Kool And The Gang. Et c’est de façon tout aussi fluide et déconcertante qu’il enchaîne sur un développement planant à la « Welcome Hone (Sanitarium) » de Metallica.

Car malgré tous les efforts pour se démarquer d’influences trop évidentes, celles-ci n’ont pas totalement disparues, que ce soit le riff typiquement Megadeth (et le mimétisme vocal qui va avec) de « Not All There », ou cette mélodie en guitare claire, très simple et chantante, qui repose sur une épaisse rythmique à la « Orion », si ce n’est en plus lente, au cœur de « Phantom Asylum ». On notera également le punk n’ roll infectieux de « The Way » qui n’est pas sans rappeler les hits de son copain Danko Jones… Jeff Waters ne sait décidément pas cacher ses inspirations ! Mais qu’importe, tant que la passion est là, tant que Waters s’éclate, tant que ça reste bien fichu, tant qu’Annihilator conserve ses riffs virtuoses, ses mélodies mémorables, ses étonnants rebondissements, son fin mélange d’efficacité et de sophistication… Car For The Demented est bien tout ça à la fois ; le reste ne sont que les états d’âme d’un compositeur qui, après plus de trente ans de carrière, continue de douter et se demander comment faire mieux, ce qui, en définitive, est plutôt sain et rassurant.

Le clip vidéo de la nouvelle chanson « Twisted Lobotomy » :

Album For The Demented, sortie le 3 novembre 2017 via Neverland Music/Silver Lining Music. Disponible à l’achat ici



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