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Interview   

Annihilator : Jeff Waters fait peau neuve


Il semblerait que la pandémie, qui aura valu à Jeff Waters une version sévère du Covid-19, a été source d’introspection et de remise en question, pour reprendre la main sur sa santé, mais aussi revoir ses plans musicaux. Waters a tout l’air d’être en train d’opérer un tournant dans sa carrière : il a vendu tout son catalogue à earMusic pour que celui-ci soit entretenu comme il faut, avec, à la clé, la réédition de pas moins de vingt-deux disques. L’un aura même eu droit à un traitement spécial : Metal qui se voit affublé d’un alter égo, baptisé Metal II, remanié et réenregistré avec le batteur Dave Lombardo (Suicidal Tendencies, ex-Slayer) et le chanteur Stu Block (Into Eternity, ex-Iced Earth).

Envisageant deux tournées en forme de célébration de carrière avec les anciens line-up, avant de mettre Annihilator en sommeil, il prévoit déjà l’avenir en étant actuellement en studio pour confectionner le premier album de son nouveau groupe. Changement de décor pour Jeff Waters qui compte bien assouvir une passion vieille de trente-cinq ans, dont on avait déjà eu un aperçu avec sa reprise de « Romeo Delight » de Van Halen et un ou deux titres d’Annihilator (« Shallow Grave » par exemple) : le hard rock. Car Jeff Waters est resté avant tout un fan de musiques hard et heavy sous ses diverses formes, et il suffit de le lancer sur ses premières amours pour ne plus l’arrêter ! On vous laisse le découvrir par vous-même dans l’entretien ci-après.

« Je n’ai pas donné le meilleur de moi-même [sur l’album Metal], parce que j’étais en train de communiquer avec tous ces invités […]. Donc je ne pensais pas au mixage, aux sons, au mastering et à plein d’autres choses, je pensais aux e-mails. »

Radio Metal : Ballistic Sadistic est sorti en janvier 2020. Deux mois plus tard la pandémie arrivait et le monde rentrait en confinement. Donc tu n’as pas vraiment pu tourner pour cet album…

Jeff Waters (guitare) : Non, en fait c’est une histoire intéressante. C’est la seule fois de ma carrière, avec mes nombreux albums, que j’ai dit à la maison de disques : « Généralement, on écrit un album, on fait quelques clips, on fait de la promotion, on fait un paquet de phoner pour parler à des webzines et à la presse papier, et ensuite l’album sort et peut-être qu’on fait une tournée la même semaine, une semaine après ou un mois après, mais cette fois, faisons l’inverse. Faisons une tournée durant l’hiver 2019, en octobre, novembre et décembre. Faisons quelques clips d’abord, faisons écouter quelques morceaux aux gens, trois ou quatre, et ensuite on tournera. Et après Noël, quand on aura fini de tourner, on sortira l’album. » La promotion de l’album était donc la tournée. De nos jours, il y a ce qu’ils appellent les préventes. Disons qu’ils annoncent qu’un groupe sort un nouvel album en janvier, ils lancent les préventes peut-être en septembre, octobre ou novembre. Nous avons annoncé la tournée, les préventes ont commencé et nous avons tout de suite vendu tous les albums que la maison de disques avait pressés. Ça a été un vrai succès pour nous cette fois. Donc une fois que la grande tournée – plus de deux mois – était finie, il y a eu Noël, puis ma femme et moi avons voyagé au Canada, en Hollande, en Suisse et en Allemagne, puis la pandémie est arrivée. Donc j’avais presque terminé. C’était presque comme si la sortie de l’album était la dernière chose à arriver et grâce aux préventes, la majorité des ventes ont eu lieu avant Noël, avant la sortie de l’album. C’était une chance pour moi et les gars. Evidemment, nous ne pensions pas que notre tournée allait si bien marcher. Nous pensions que ça allait être comme chaque année, mais cette fois, nous avons joué dans de plus grandes salles et les spectateurs étaient plus nombreux dans la plupart des pays. Ça a grandement profité à la musique. C’était parfait. Quand le Covid-19 est arrivé, ça a bousillé la carrière et la vie de plein de groupes, et la vie de plein de gens était brisée, mais moi ça allait.

J’ai contracté le Covid-19. Ma famille l’a eu en avril 2020, une forme sévère et ça m’a méchamment foutu en l’air pendant deux ou trois semaines. Ma femme a toussé pendant de nombreux mois, mais moi j’ai eu les vraies complications pulmonaires. J’ai eu l’habitude de fumer des cigarettes et je ne faisais pas beaucoup d’exercice, et je suis plus vieux qu’elle, donc quand je l’ai attrapé, je l’ai pris de plein fouet. Après ma guérison du Covid-19, je crois, à la fin avril 2020, il m’a fallu environ six mois pour que mes poumons s’en remettent. Ça a été long, mais durant cette période, j’ai réalisé : « Le monde est en confinement et j’ai ce magnifique studio. Profitons-en pour faire des choses que j’aurais dû faire il y a ça de nombreuses années, mais que je n’ai pas faites parce que j’étais trop occupé avec Annihilator. » Certaines choses étaient liées à ma santé. J’avais besoin d’une opération chirurgicale pour soigner un truc, qui va bien maintenant. J’ai mis du temps à récupérer parce que le Covid-19 avait détruit mon système immunitaire. Quand j’ai été opéré pour soigner un muscle déchiré à l’estomac, alors que normalement c’est censé guérir en deux ou trois mois, il m’a fallu six ou sept mois, donc longtemps.

Mais aussi, je voulais récupérer tous mes anciens albums, tous ceux que je pouvais. Nombre d’entre eux ne sont pas disponibles sur iTunes, sur Spotify ou en CD. Il y a plein d’endroits dans le monde où la majorité d’entre eux est introuvable. Je me disais qu’il fallait que je récupère tous les albums que je pouvais pour les remasteriser, les remixer, améliorer les artworks, ajouter des titres bonus, etc. J’ai récupéré vingt-deux des vingt-six disques d’Annihilator. J’ai passé trois mois à travailler sur le son de tous ces albums, DVD et tout. J’ai trouvé une société qui s’appelle Edel en Allemagne ou earMusic. Je voulais mettre le passé derrière moi. C’est très difficile de veiller sur tous ces albums. C’est beaucoup de travail avec le business, et je faisais du mauvais boulot. Donc je me suis dit que j’allais vendre ma discographie à une maison de disques qui pourrait faire du bon boulot. C’est ce que j’ai fait. J’ai déjà les albums et bientôt tous mes albums seront enfin disponibles partout sur iTunes, sur Spotify, en magasin, etc. ; plus de bootlegs et plus de CD à plus de cent euros sur eBay.

Une fois que j’ai fait ça, j’ai dit : « Ok, c’est mon passé. Tout va bien. Ensuite, j’ai encore plein de choses à faire. » Par exemple, nous allons faire une tournée anniversaire pour les trois premiers albums avec les chanteurs originaux. Stu Block chantera l’album Alice In Hell à la place de Randy Rampage qui était le chanteur sur cet album et qui est décédé en 2018. Nous allons donc retrouver les anciens gars et faire une belle grosse tournée européenne, avec des festivals. Maintenant, on parle de ces rééditions, et il y en a énormément qui vont sortir, et la maison de disques voulait que je les aide à trouver une idée pour annoncer la discographie, genre : « On a une vingtaine de trucs qui arrivent. » J’ai eu une idée : « Pourquoi ne pas faire une seconde version, une version différente d’un de mes albums avec d’autres gens ? » C’est ainsi que j’ai eu l’idée de faire Metal II avec Dave Lombardo et Stu Block. Nous allons donc sortir la version originale et la nouvelle !

Cette version Metal II a subi un vrai lifting. Tu as même réarrangé la tracklist, le morceau « Operation Annihilation » a disparu et certaines parties de chansons ont été revues, comme l’intro de « Couple Suicide »…

Tu as fait tes devoirs ! Bon boulot, mec. De toutes les interviews que j’ai faites, tu es la seule personne à l’avoir remarqué. Peut-être que tu es le seul à avoir écouté l’album [rires].

« Stu est fan d’Annihilator depuis des années et ça faisait longtemps que je le voulais dans le groupe. Et Dave Lombardo est un ami depuis longtemps, mais évidemment, en tant que fan… C’est Dave Lombardo ! Une légende ! »

Tous ces changements sont le résultat de toutes ces années de prise de recul ou bien ce sont des regrets que tu avais déjà à l’époque ?

C’est un peu tout ça, je dirais, mais l’idée n’était pas de refaire un album important qui rivaliserait et serait aussi bon voire meilleur que l’original. Ce n’était pas l’objectif. Ce qui s’est passé, c’est que Dave Padden était mon chanteur pendant onze ans, il jouait de la guitare en live et chantait sur l’album Metal d’origine. Moi, je jouais les guitares et la basse. Le batteur, Mike Mangini, les gens le connaissent pour avoir joué sur les albums Set The World On Fire, All For You et Metal d’Annihilator, mais aussi avec Steve Vai, Extreme et maintenant Dream Theater. Tous les trois, nous étions les principales personnes à avoir enregistré l’album. Mike, en tant que batteur, est assez célèbre, tout le monde voulait l’embaucher pour qu’il joue et il était très occupé, donc quand nous avons enregistré un autre CD d’Annihilator, il n’a pas passé beaucoup de temps dessus pour être créatif et faire des trucs cool. Il s’est contenté de faire le job, car il était trop occupé. Dave Padden, notre chanteur, était distrait. Il vivait à Vancouver et a pris l’avion pour se rendre dans ma ville, à Ottawa, et enregistrer, et je pense que quelque chose l’embêtait. Il y avait un truc de famille ou je ne sais quoi qui faisait qu’il avait la tête ailleurs. Il n’était pas là. Enfin, il était là, mais ça ne sonnait pas comme s’il était vraiment dedans. J’ai travaillé avec ces deux gars sur des albums avant et c’était toujours super, mais pour celui-ci, ils n’ont pas donné le meilleur d’eux-mêmes. Et je n’ai pas donné le meilleur de moi-même, parce que j’étais en train de communiquer avec tous ces invités, ces douze ou treize musiciens connus et géniaux, et je devais prendre contact avec leur maison de disques et leurs managers pour essayer d’obtenir la permission d’utiliser leur prestation. Donc je ne pensais pas au mixage, aux sons, au mastering et à plein d’autres choses, je pensais aux e-mails.

S’il y a un album que j’aurais souhaité refaire complètement, c’était celui-ci, mais j’ai pensé que ce serait beaucoup plus amusant et intéressant pour la maison de disque actuelle – car ils cherchaient une idée pour faire parler de la discographie qui ressort – de se dire : « Pourquoi est-ce que je n’appellerais pas mon batteur et mon chanteur préférés pour qu’ils refassent les parties et sortir les deux albums ? » Nous n’essayons pas de nous débarrasser de l’ancien album. Les anciens sont généralement considérés comme les classiques, les meilleurs. Donc ce serait comme un album différent, c’est autre chose. Stu Block et Dave Lombardo étaient les deux premières personnes à qui j’ai pensé, et j’ai eu la chance de pouvoir les avoir. Stu est fan d’Annihilator depuis des années et ça faisait longtemps que je le voulais dans le groupe. Je ne pensais pas que ça se ferait dans ces circonstances, mais c’est bien ! Et Dave Lombardo est un ami depuis longtemps, mais évidemment, en tant que fan… C’est Dave Lombardo ! Une légende !

Comme tu l’as dit, les chansons étaient dans un ordre différent, car j’y ai repensé et je me suis dit : « Je préfère cette chanson maintenant. » Je trouve que certaines chansons sont meilleures maintenant, tant d’années après, donc je les ai placées par ordre de préférence, mais il en manque effectivement une, « Operation Annihilation » – Michael Amott d’Arch Enemy jouait dessus. C’est bien qu’on ait aussi la version originale, car pendant des années j’ai eu plein de studios d’enregistrement au Canada, dans différentes villes, et à l’époque… Dans ton travail, tu as des logiciels de sauvegarde au cas où ton ordinateur tombe en panne. C’est pareil avec le studio, il faut remplacer son ordinateur tous les trois ou quatre ans. Je n’avais pas de logiciel de sauvegarde, donc je faisais toujours ça à la main, en faisant des glisser-déposer dans des répertoires. Quand j’ai regardé dans mes répertoires, j’ai réalisé que j’avais fait une sauvegarde en 2008, mais « Operation Annihilation » n’était pas là. Je n’ai pas pu la retrouver, donc j’ai perdu la chanson.

C’est pourquoi j’ai mis d’autres chansons parce qu’il fallait combler. J’ai donc mis, bien sûr, la reprise de Van Halen. Elle est loin de rivaliser avec l’original. Je veux dire que c’est juste une petite tentative, personne n’est aussi bon que Van Halen. Mais avec la mort d’Eddie Van Halen, comme c’était une énorme inspiration pour moi, c’était mon musicien préféré, je me suis dit que ce serait sympa de rajouter ce morceau. Puis je me suis dit : « Merde, mettons aussi la reprise d’Exciter. » Dan Beehler, le chanteur-batteur d’Exciter, et Allan Johnson, le bassiste, ont joué sur la chanson. Ils existaient avant Slayer et plein de gens ne savent pas que les deux premiers albums d’Exciter étaient une énorme influence pour tous les groupes de l’époque, notamment le Big Four. En gros, Exciter était le premier groupe à prendre ce que faisait Motörhead et à l’accélérer, et à en faire son propre truc – un groupe typé speed metal. Je me disais que Dave Lombardo aimerait cette chanson parce que lorsqu’il était très jeune et qu’il commençait à jouer du metal dans son groupe, ils étaient probablement fans de cette chanson, « Heavy Metal Maniac », ainsi que « World War III » et les premiers morceaux d’Exciter. J’avais raison, bien sûr. Donc c’était cool d’avoir Stu Block qui est canadien, moi qui suis également canadien, les chœurs de Dan Beehler sont toujours présents dans le morceau, Allan Johnson joue la basse, et ensuite on a Dave Lombardo qui joue la batterie. C’est le truc le plus fun et le plus cool qui soit pour moi, en tant que fan de metal d’Ottawa. Ensuite, évidemment, il y a un autre truc qui était super et qui est très important, c’est qu’Alexi Laiho shreddait sur le morceau qui s’appelle « Downright Dominate ». Nous avons fait des échanges de solos et c’était juste extraordinaire, et lui aussi est décédé.

Le but n’était pas de faire un album spécial et incroyable à gros budget. Le but était de faire un album amusant, enregistré rapidement en live, avec un Dave Lombardo et un Stu Block bruts de fonderie. Ils ont fait leurs pistes très vite et très simplement. On peut entendre ces musiciens sans bidouille sur l’ordinateur, sans gros studio, tels qu’ils sonnent vraiment quand on les laisse faire leur truc. C’était vraiment cool à entendre. Ce n’est pas un nouvel album, c’est plus une manière amusante de refaire autrement un vieil album.

« Ma musique peut être bluesy, jazzy, classique, punk, de la ballade, du metal kitsch des années 80, mais aussi heavy, thrash metal, du metal traditionnel britannique… […] ma musique est composée de différents styles et Stu est capable de toucher à tous les styles qu’il veut. »

Stu est un vrai caméléon vocal, comme Dave Padden d’ailleurs, mais encore plus. Est-ce ce qui faisait de lui un chanteur idéal pour Annihilator à tes yeux ?

Oui, c’est la raison pour laquelle je voulais l’avoir, parce que ma musique peut être bluesy, jazzy, classique, punk, de la ballade, du metal kitsch des années 80, mais aussi heavy, thrash metal, du metal traditionnel britannique… J’adore Slayer, mais j’adore aussi Judas Priest. J’adore les premiers Metallica et Anthrax, « Death From Above » avec Neil Turbin… J’adore tout ça, Priest, Maiden, Saxon, Ozzy, Kiss, AC/DC, Van Halen… J’aime tout, toutes sortes de metal, de Cannibal Corpse jusqu’au hair metal, j’adore ça aussi. Je suis juste un gros fan de metal et de hard rock. Je ne sais même plus quelle était la question… J’ai la tête dans un autre monde en ce moment. On va appeler ça le Covid long [rires]. Ah, je me souviens : c’est à ça que ressemble ma musique, elle est composée de différents styles et Stu est capable de toucher à tous les styles qu’il veut. J’insiste : il faut garder à l’esprit qu’il n’a pas passé deux semaines en studio sur ses parties de chant pour l’album. Il y a passé à peine deux jours, avec le sourire, en s’amusant. Je suis sûr que Dave et surtout Stu auraient pu faire un album incroyable, mais alors nous aurions dépensé énormément d’argent et nous aurions passé beaucoup de temps pour faire ça, et ce n’était pas l’idée. L’idée, c’était de s’amuser avec un vieil album que je voulais changer un peu.

Les fans ont tous leurs préférences, ils aiment quand Randy Rampage chante ou alors quand c’est Coburn Pharr, ou ils aiment King Of The Kill, un album que j’ai fait quand c’est moi qui chantais, ou ils aiment quand Dave Padden chante sur Schizo Deluxe ou Feast. Les fans aiment plein de choses différentes ; ils n’aiment pas ceci et ils aiment cela. C’est pareil pour tous les groupes. Tous les groupes ont des albums qu’on aime et d’autres qu’on n’aime pas trop. Mais c’est vraiment cool d’avoir ces deux personnes extrêmement talentueuses sur celui-ci. Et c’était une bonne idée pour présenter les rééditions : « Oh, et soit dit en passant, au cours des deux prochaines années, je suis vraiment désolé, mais vous allez voir et entendre parler de tous ces albums qui vont sortir, et vous pourrez vous procurer ceux que vous n’aviez pas encore entendus et décider si vous les aimez ou pas. » Donc c’est cool.

Tu as dit que ça faisait longtemps que tu voulais que Stu rejoigne Annihilator. Au final, qu’est-ce qui a empêché que ça se fasse ?

J’ai essayé de l’avoir juste avant que Jon Schaffer l’ait. Je crois que Jon Schaffer d’Iced Earth l’a eu il y a plus de dix ans, je ne me souviens plus… Donc une fois qu’il l’a eu, j’ai laissé tomber. Je ne me souviens plus quelles années c’était, mais je sais que Stu était occupé, donc j’ai pensé : « Oh, d’accord, bon, je ne vais pas pouvoir avoir Stu. » Il y a quelques années, j’organisais un jam sur la croisière 70,000 Tons Of Metal. Nous y avons joué plusieurs fois avec Annihilator, et lors d’une des dernières croisières, je crois que c’était sur la chanson « Painkiller », je me suis mis avec Dave Lombardo et Stu Block. Quand nous nous sommes réunis tous les trois dans ma cabine, ma chambre d’hôtel sur le navire, et que nous avons jammé sur la chanson, il y avait quelque chose d’étrange, car Dave Lombardo était en train de promouvoir et de travailler dur sur son groupe Dead Cross, Stu était dans Iced Earth et j’étais très occupé avec Annihilator, car le groupe a progressivement repris de l’ampleur durant les sept ou huit dernières années. C’était super pour moi, mais nous étions tous occupés ! Nous ne nous sommes jamais posés pour dire : « Eh, on devrait créer un groupe ! » Je suis sûr que nous y avons tous pensé, mais en réalisant : « Nan, il est trop occupé et il est trop occupé. » Donc nous n’en avons pas vraiment parlé. Mais maintenant, quand la pandémie est arrivée et que j’ai appelé tout le monde, ils étaient là : « Oui, on y va ! »

Et maintenant, Stu est-il officiellement le nouveau chanteur d’Annihilator ?

Non. Stu a fait cet album, mais je ne prévois pas de faire un autre album d’Annihilator. J’en ai fait dix-sept, le dernier étant Ballistic, Sadistic. J’ai été le principal compositeur sur cent quatre-vingts chansons [rires]. Je joue généralement toute la basse et toutes les guitares, j’écris la majorité de la batterie, je produis, j’ai la casquette d’ingénieur, je fais la majorité du mix et du master, je m’occupe en majorité du management et d’une partie du booking pour les festivals et les tournées, etc. Ma vie est très chargée avec tous ces trucs. Je suis aussi un grand fan de différentes sortes de groupes. Donc sachant que j’écris tout ça, que je suis le principal compositeur, je savais qu’à un moment donné ce serait trop, que j’allais trop me répéter ou que j’emprunterais trop à d’autres groupes que j’aime énormément. Au cours des dix dernières années, j’ai toujours dit que si je faisais un album qui me ferait dire : « Je ne pourrais probablement pas faire mieux », ce serait le moment où il faudrait que j’arrête de faire des albums. C’est un peu le sentiment que j’ai avec Ballistic, Sadistic, il est vraiment bon.

Ce que j’ai envie de faire, c’est une tournée anniversaire pour nos trois premiers albums avec les chanteurs originaux et Stu, et faire le Sweden Rock, le Hellfest, le Wacken et tous ces grands festivals, et m’amuser avec les premiers albums et line-up. Je pense que c’est le prochain truc que je vais faire live, peut-être en 2023. Et ensuite, peut-être une autre grande tournée pour le reste de la discographie avec les autres chanteurs et membres, de manière à aider la maison de disques. J’ai donc en tête encore deux grandes tournées. Ce sera vraiment amusant.

« Je ne prévois pas de faire un autre album d’Annihilator. […] J’ai toujours dit que si je faisais un album qui me ferait dire : ‘Je ne pourrais probablement pas faire mieux’, ce serait le moment où il faudrait que j’arrête de faire des albums. C’est un peu le sentiment que j’ai avec Ballistic, Sadistic. »

Quand tu dis que tu n’as « pas prévu de faire un autre album d’Annihilator », tu veux dire jamais, vraiment ?

Oui, probablement pas. Je trouve que dix-sept c’est beaucoup, non ? Je me fais vieux, mais pas dans ma tête. Je fais cent fois mieux attention à ma santé maintenant qu’il y a un an. J’ai tout changé, car je n’ai pas bu d’alcool pendant plusieurs décennies, j’ai arrêté de fumer des cigarettes il y a un petit moment et je ne prends pas de drogue, mais je ne me nourrissais pas bien et je ne faisais pas beaucoup d’exercice. Je ne réalisais pas que je mangeais très mal, genre des trucs chimiques, de la mauvaise bouffe, de la merde. Je ne m’en rendais pas compte jusqu’à mon opération chirurgicale pour le problème que j’avais. Ils m’ont dit qu’il fallait que je change ma vie si je voulais vivre longtemps. Donc je l’ai fait, et maintenant je pète la forme ! J’ai l’impression d’avoir retrouvé mes vingt ans. Mais si tu regardes dans mon petit monde, nous avions fini la tournée d’Annihilator et tout allait bien, le Covid-19 a débarqué, je suis tombé très malade, il m’a fallu longtemps pour récupérer, j’ai eu cette opération pour une hernie de l’estomac, j’ai eu des calculs rénaux douloureux et j’avais de l’hypertension, trop de cholestérol, tout ce qui fait dire qu’on va finir par avoir une crise cardiaque un jour. Dans ces deux années, j’ai réussi à faire baisser mon taux de cholestérol, mon hypertension, mon rythme cardiaque à un niveau parfait, genre comme un athlète, et puis je me suis occupé de ma discographie, j’ai enregistré l’album Metal II…

Je viens aussi juste de finir d’enregistrer un album que j’avais envie de faire depuis trente-cinq ans et ce n’est pas Annihilator, ce n’est pas du heavy metal, ce n’est pas du thrash metal, ce n’est pas du metal. C’est du hard rock. C’est un nouveau groupe. La batterie est en cours d’enregistrement en ce moment même à Vancouver. Le chanteur va arriver des Etats-Unis dans deux jours ici en Angleterre. La tournée anniversaire et la promotion de la discographie, puis l’autre tournée en 2024 pour le reste de la discographie, c’est pour Annihilator, mais ce nouveau groupe que j’ai est extraordinaire. C’est en gros du hard rock. Vous ne vous rendrez probablement pas compte que c’est moi à la guitare si vous l’entendez. C’est donc une autre facette de ma musique et de mon écriture que je n’ai jamais exploitée. Ce n’est pas un album de jazz. Ce n’est pas un album solo. Ce n’est pas instrumental. Ce n’est pas du blues. Ce n’est pas un genre de plagiat ou de mauvaise version d’AC/DC des années 80. C’est un groupe de hard rock. Donc c’est plutôt cool. Si je ne me trompe pas, ça sortira probablement en juin 2023.

Tu ne penses pas qu’à un moment ta créativité thrash te démangera ?

Tu rigoles ? Aucune chance ! Peut-être dans quelques années… Mais j’ai beaucoup joué de guitare dernièrement ! Je viens de faire deux mois d’enregistrement pour le nouvel album du nouveau groupe ici. Je n’ai pas de label pour ça, mais je vais en trouver un. La musique est trop bonne. Je suis très confiant, prétentieux et arrogant en ce moment. Je sais que c’est bien en tant que fan. Je sais que la musique déchire et ce n’est pas un truc hommage. Ce n’est pas non plus un genre de projet Zoom où quatre gars enregistrent dans différentes villes dans le monde. C’est un enregistrement à gros budget avec Mike Fraser qui a enregistré avec Van Halen et AC/DC. J’essaye de faire un album à l’ancienne à gros budget, sans ordinateur et sans Auto-Tune. C’est hyper excitant, j’ai trop hâte ! Enfin, ça pourrait être nul au final. Peut-être que dans deux ans, j’y repenserai en me disant : « Ce n’était pas bon du tout », mais au moins je vais m’amuser à le faire.

Metal est l’album d’Annihilator comprenant le plus d’invités. Ton but était-il de faire une déclaration sur la scène metal, de montrer que c’était une grande famille ?

Ce n’était pas l’intention. Il y avait différents types de musiciens. Tu as Steve « Lips » Kudlow d’Anvil, qui est un musicien très différent de l’ex-In Flames Jesper Strömblad, puis tu as Danko Jones qui est un genre de metalleux punk pop, puis tu as Willy [Adler] de Lamb Of God, par exemple. Ils représentent tous différents types de musique et de metal, mais ça ne se voulait pas être une quelconque déclaration. Au début, j’ai pensé : « Oh, je peux peut-être parler à KK Downing ou à Dave Mustaine… » J’ai parlé à Dave, mais il était trop occupé à tourner. Il y avait plein de musiciens super stars issus de plus gros groupes que j’aurais probablement pu avoir sur l’album, mais je me souviens qu’un ami m’avait dit à l’époque : « Tous tes fans vont savoir ce que tu es en train de faire. Ils vont penser que tu vas chercher ces personnes super célèbres pour toi-même essayer d’avoir l’air célèbre et essayer de faire en sorte que ton groupe vende plus d’albums. » J’ai pensé : « Oh oui, c’est vrai » car c’est ce que j’avais en tête. Je me disais : « Ouah, ce serait génial d’avoir toutes ces célébrités ! » Donc mon ami m’a dit à l’époque, c’était en 2006 : « Pourquoi est-ce que tu n’invites pas tout simplement tes amis qui viennent chez toi, que tu vois en tournée ou avec qui tu traînes ou parles, comme Alexi, Steve d’Anvil, Dan Beehler d’Exciter – il vit dans la même ville où je vivais –, des gens dont tu aimes la musique et qui aiment ta musique. Ne cherche pas à avoir les plus grandes stars, à débourser de l’argent et tout. Fais ça comme il faut. » C’est donc ce que j’ai fait. J’ai envoyé des emails et téléphoné à un paquet de copains. C’est tout ce que c’était. C’est passé de « oh ouah, ce serait énorme » à « non, ce n’est pas ça qui compte. Ce qui compte, c’est d’avoir des gens cool sur ton album. » C’est tout.

« Sachant que j’écris tout ça, que je suis le principal compositeur, je savais qu’à un moment donné ce serait trop, que j’allais trop me répéter ou que j’emprunterais trop à d’autres groupes que j’aime énormément. »

Crois-tu que la communauté metal soit une grande famille d’ailleurs ?

Plus ou moins, un petit peu. C’était le cas dans les années 80. Puis dans les années 90, plein de choses ont changé. Alors on voyait les groupes qui restaient se rallier avec d’autres groupes, comme Testament, Overkill, Exodus et Annihilator qui ont continué dans les années 90, ils n’ont pas arrêté. Enfin, Testament s’est arrêté un court moment quand Chuck [Billy] était malade, je crois qu’il avait un cancer. D’une certaine manière, ces groupes formaient une famille. Je veux dire que tout le monde sait qu’il y a les gars de la Bay Area qui se serrent les coudes, qui sont amis et qui ont grandi dans la même ville, région et scène. Mais il y avait aussi un autre type de scène et c’était cool de voir plus tard dans les années 90 les groupes de metal plus petits qui restaient, continuaient et jouaient dans de plus petites salles, même si nous galérions financièrement pour payer les musiciens et survivre. Je pense que c’est ça ma famille, c’est-à-dire, encore une fois, Overkill, Exodus, Annihilator, Testament, les groupes qui n’étaient pas les plus gros groupes, mais qui sont là depuis la vieille époque. Pour mon type de musique, c’est l’idée que je me fais de ma famille.

Et le fait de voir ces gens au fil des années… Nous avons souvent joué avec Testament. L’album avant Ballistic Sadistic s’appelait For The Demented, et pour celui-ci nous avions fait deux tournées européennes avec Testament. Nous avons aussi fait des festivals avec eux avant, nous les voyions partout. Ils nous ont pris sur notre première tournée aux Etats-Unis et au Canada en 1989 ; ils venaient de sortir Practice What You Preach et nous Alice In Hell. C’est ça la famille, ces gens à qui tu parles toujours trente ans plus tard et qui ne se sont jamais arrêtés. C’est mon idée de la famille. Et tu sais quoi ? Les Allemands ont aussi leur scène. On voit Destruction, Kreator, Sodom et tous ces super groupes allemands. Je ne sais pas quel est leur niveau d’amitié, mais on sait qu’ils forment une famille, d’une certaine façon. Peut-être que c’est une famille dont les membres ne se voient pas tous les jours, mais c’est une famille quand même.

Mon groupe était plus un projet solo, donc je faisais plein de choses moi-même, je ne constituais pas de réseau et tout. Il n’y avait que moi en studio et ensuite j’embauchais des musiciens pour partir en tournée, mais quand j’étais en tournée, oui, la communauté metal… Non seulement ça, mais plein de fans de la vieille époque sont devenus des gens qui ont fait des affaires, qui sont devenus propriétaires de restaurants ou de magasins de musique et ce genre de chose. Là aussi il y a une famille. A chaque fois que je voyage, nous allons dans des magasins de musique, des restaurants et d’autres endroits où il y a des fans qui sont devenus des amis au fil des années et qui ont réussi dans leurs affaires. Parfois, tu te retrouves avec ton avocat qui était un fan. Il était en école de droit quand tu étais en train de tourner pour Never, Neverland ou Set The World On Fire, et il était fan. C’est assez sympa quand ce genre de chose arrive. Donc oui, il y a une sorte de famille, mais je ne vois pas tout le genre musical et tous les groupes partout comme formant une grande et heureuse famille. Je n’ai jamais vu ça, mais il y a des familles sous différentes formes un peu partout. C’est une bonne question. Une longue réponse !

Tu as mentionné la reprise de « Romeo Delight ». Elle est originellement sortie sur l’album suivant, sans titre, de 2010. On s’était parlé à l’époque et on t’avait demandé si tu étais le Van Halen du thrash parce que, tout comme Eddie Van Halen, tu es très créatif avec tes solos mais aussi tes parties rythmiques. Tu étais très modeste dans ta réponse, mais est-ce que c’est avec Eddie Van Halen que tu as appris à être inventif ?

Pour moi, ce n’est pas tellement une question d’inventivité. C’est plus qu’il m’a appris… Et il ne le disait pas, mais c’est ce que j’ai entendu quand j’étais gamin, que j’avais douze ans, que j’ai entendu « Eruption » et les premiers albums, et qu’ils étaient en train de tourner. Je crois que j’avais quatorze ans quand la tournée de Women And Children First est passée pour la première fois dans ma ville, à Ottawa, mais je n’ai pas pu les voir. Je me suis posé à l’extérieur de la salle et j’ai écouté dehors, là où étaient les bus de la tournée, car j’étais trop jeune pour aller au concert. Mais c’est presque comme s’il m’avait parlé durant ces années-là et avait dit : « Ne fais pas ce que tous tes amis font », c’est-à-dire le tapping et les hammer-on, parce que ce n’était qu’une petite partie d’Eddie Van Halen. Plein de gens passaient à côté de ça ; plein de gens ont compris, mais plein d’autres n’ont pas compris. Eddie ne se résumait pas à ça. Ce qui était important chez Eddie était qu’il composait des chansons incroyables. Ensuite, il y avait son jeu rythmique à la guitare qui était démentiel, c’était tellement bon. Oh et puis oui, c’était un super guitariste lead, innovant et créatif, et il a fait découvrir tout un nouveau monde aux guitaristes, bassistes, batteurs, chanteur et claviéristes. C’est ce qu’à fait Eddie avec son groupe, avec [David Lee] Rock, Alex [Van Halen] et Michael [Anthony]. Mais ce qu’il me disait vraiment, sans le dire, c’était : « Jeff, oublie les hammer-on que je fais dans mes solos. C’est mon truc. Tout le monde est en train de me copier. Fais ton truc, mais fais ce qui est important, et ce n’est pas le jeu solo. » Quand j’étais gamin, il me disait : « Ecris des chansons et des riffs, et apprends à jouer de la guitare rythmique, parce que tu peux être le meilleur… » Par exemple Steve Vai : tu peux être le meilleur et le plus technique des guitaristes que j’ai jamais vu, mais les chansons qu’Eddie Van Halen et les gars composaient, c’est autre chose. Ce n’est pas un solo, c’est une chanson, avec le jeu rythmique et les riffs. Il m’a appris à oublier les solos, à écrire des chansons et à jouer des rythmes.

« Ce qu'[Eddie Van Halen] me disait vraiment, sans le dire, c’était : ‘Jeff, oublie les hammer-on que je fais dans mes solos. C’est mon truc. Tout le monde est en train de me copier. Fais ton truc, mais fais ce qui est important, et ce n’est pas le jeu solo.' »

Tout d’un coup, quand j’ai appris cette leçon, boum, je me suis intéressé à Venom, Slayer, les premiers albums de Metallica. Et avant ça, Venom était presque le premier groupe heavy que j’ai entendu. Exciter du Canada, bien sûr, était le premier que j’ai entendu, car je suis allé au lycée avec le batteur et j’étais un grand fan. Et ensuite Razor est arrivé quelques années plus tard et a été une influence. Et tous les grands du heavy metal : Priest, Maiden, Ozzy avec Jake E. Lee et Randy Rhoads, et Van Halen, AC/DC, Kiss… La première moitié de la carrière de Kiss jusqu’à l’album Dynasty : Love Gun, Rock And Roll Over… Mon Dieu, il y a des albums de Kiss extraordinaires ! J’avais le hard rock, le heavy metal et le thrash qui coulaient dans mes veines, mais Eddie est vraiment celui qui m’a appris qu’il ne fallait pas forcément être le meilleur, mais qu’il fallait, pas une, mais trois choses : composer les chansons, bien jouer les rythmes et avoir des solos de guitare. C’était le meilleur dans les trois domaines. Et ensuite, il avait une troisième composante – en dehors du clavier sur les albums 1984 et Diver Down, c’était une grosse influence aussi – qui était, comme les gens le savent, qu’il avait construit l’amplificateur, l’enceinte, la guitare, les pédales les plus incroyables qui soient. Il faisait des innovations et avait des idées pour le matériel de guitare. Tout mon mur de ce côté du studio est rempli de ses amplificateurs, guitares et tout. C’est génial !

Peux-tu nous en dire plus sur ton histoire avec cette chanson en particulier « Romeo Delight » et l’album Woman And Children First ?

Mon album préféré…. Il y en a trop. J’aime les six premiers. Et j’aime aussi Balance et quelques autres, pour le son de la batterie et des guitares, pour le mix, pour le son global du groupe, et ils avaient de super chansons. « Amsterdam » est une chanson incroyable. « Right Here, Right Now »… Il y a de bonnes chansons avec Sammy Hagar. Mais si je devais choisir un album, ce serait Women And Children First. Il s’avère que Kerry King est du même avis que moi. J’ai lu dans une interview l’an dernier que « Romeo Delight » était sa chanson préférée et qu’il trouvait que c’était le morceau le plus heavy que Van Halen ait jamais écrit. C’est ce que j’ai toujours pensé quand j’étais gamin. « Romeo Delight » est le morceau le plus heavy qu’ils aient jamais fait, il est vraiment génial. Je me suis donc intéressé à Van Halen, mais après 1984 quand Roth est parti, c’est là que j’ai découvert le thrash metal, j’étais à fond dedans et je n’écoutais rien d’autre. J’ai perdu Van Halen de 1985 à 2005. Ça m’a donc pris vingt ans pour m’y remettre. Et alors, en 2005, je suis redevenu le plus grand des fans de Van Halen.

J’ai cinquante-cinq ans aujourd’hui, presque cinquante-six. Quand j’étais gamin, c’était la mode du disco. Donc j’écoutais « I Was Made For Loving You » de Kiss, mais aussi Kiss Alive II. J’écoutais « Saturday Night’s Alright For Fighting » d’Elton John et le groupe Sweet, « Ballroom Blitz », « Fox On The Run », et d’autres groupes vraiment cool. Je recevais donc toutes ces influences disco et hard rock. Puis j’ai commencé à m’intéresser à la vague britannique, comme les albums de Priest et de Maiden, et à partir de là je suis parti dans des trucs plus heavy jusqu’à arriver à Venom et Exciter, pour finalement avoir les premiers albums de Slayer, Anvil, le Big Four… J’ai essayé de caser Annihilator dans le thrash et le heavy metal, mais le hard rock, le thrash, le heavy metal sont tous mes influences, et c’est pourquoi j’attends avec impatience mon prochain projet, parce que ça me permet de mettre de côté le thrash et le heavy metal pour me concentrer sur le hard rock que j’aime. C’est vraiment la seule fois où Eddie Van Halen et Van Halen auront une influence sur mes morceaux.

En 2010, tu nous avais dit qu’un jour, quand tu serais très vieux, tu ferais peut-être un album de reprises. Quelles chansons – en dehors de « Romeo Delight » et Heavy Metal Maniac » – qui ont eu un important impact sur toi et ton jeu verrais-tu dans un tel album ?

Je ne vais pas faire un album de reprises maintenant parce que je réalise que quand j’ai dit ça, je partais du principe et pensais qu’Annhilator allait être ce que j’allais faire pour le restant de ma vie. Mais comme je suis en train de faire cet autre album, ça me permet d’exprimer mon côté hard rock. Donc ce n’est pas un hommage, mais c’est là que vous verrez toutes mes autres influences que j’adorais étant plus jeune ; on verra où ça va, si ce sera bon ou pas, ou si ce sera génial ou merdique ou entre les deux. Mais si je faisais des reprises… Mes albums de metal préférés, c’est Fire Down Under de Riot, Wheels Of Steel de Saxon, Hard ‘n’ Heavy d’Anvil, Heavy Metal Maniac d’Exciter… Mais j’aime aussi Sweet, Desolation Boulevard étant probablement l’un des meilleurs albums jamais faits – avec Fire Down Under de Riot. Il y a tellement de super albums. J’aimais pas mal de vieux Judas Priest quand ce n’était pas tellement metal et plus blues, c’est génial. C’est drôle parce qu’un des albums que je citais au début dans mes interviews, il y a deux ou trois semaines, c’est Bat Out Of Hell, c’était assez raccord avec l’actualité sans le vouloir. Cet album m’a beaucoup affecté. J’étais très jeune quand il est sorti. Je devais avoir dix ou onze ans, mais il m’a énormément marqué. La voix de Meat Loaf est vraiment puissante, mais son côté théâtral aussi était incroyable. On dirait presque que Paul O’Neil de Savatage et Trans-Siberian Orchestra s’est beaucoup inspiré de Meat Loaf et son partenaire d’écriture. J’aime le groupe The Knack qui a les chansons « My Sharona » et « Good Girls Don’t ». J’aime un peu de Rod Stewart. Plein de trucs datant de ma jeunesse.

« J’ai essayé de caser Annihilator dans le thrash et le heavy metal, mais le hard rock, le thrash, le heavy metal sont tous mes influences, et c’est pourquoi j’attends avec impatience mon prochain projet, parce que ça me permet de mettre de côté le thrash et le heavy metal pour me concentrer sur le hard rock que j’aime. C’est vraiment la seule fois où Eddie Van Halen et Van Halen auront une influence sur mes morceaux. »

Une chose que je n’écoutais pas quand j’étais jeune… Il y avait deux publics au lycée. Il y avait les metalleux et metalleuses qui écoutaient Sabbath, Ozzy, Kiss, AC/DC, Van Halen. Et il y avait ceux qui écoutaient Led Zeppelin, les Who, Jim Morrison et les Doors, les Rolling Stones. Les buveurs étaient du côté metal et les fumeurs de drogue, d’herbe, de marijuana étaient de l’autre côté. Maintenant, depuis un an et demi, je commence à vraiment aimer – et je n’aurais jamais cru dire ça – les Rolling Stones. Il y a certaines vieilles périodes qui sont juste fantastiques. Il y a un morceau sur mon nouvel album avec mon nouveau groupe dont le titre de travail est « Stones Bells ». A ton avis, quelles sont les influences pour un tel titre de travail ? Les Rolling Stones et « Hells Bells » d’AC/DC bien sûr. Ensuite, notre batteur a dit : « Tu devrais même l’appeler ‘Stones Bells Roses’. » Pas pour… En fait, si, il y a à la fois du Rose Tattoo et du Guns N’ Roses ! Il y a un peu des deux. J’aimais aussi pas mal de punk. J’aimais les Dead Kennedys et GBH. Et même à l’époque, les Clash et U2 étaient un petit peu pop punk, n’est-ce pas ?

Pour revenir aux rééditions d’Annhilator, as-tu d’autres idées pour revisiter ou réinventer certains de tes albums passés, comme Remains peut-être, par exemple ?

Non. La seule raison pour laquelle j’aurais refait quoi que ce soit, comme avec Metal II, c’était si je savais que nous pouvions faire mieux, mais les autres albums me vont bien. Il n’y avait que celui-ci dont je n’étais pas satisfait, il aurait dû être meilleur, pas à cause de Mike et Dave – le batteur et le chanteur –, mais à cause de Mike, Dave et Jeff Waters ; nous aurions pu faire du meilleur boulot. Donc j’ai fait ça et je suis content de tout le reste. Il y a deux chansons sur Remains, l’une qui s’appelle « Murder » et l’autre « Tricks And Traps », que j’ai toujours adorée, elles déchirent. Et oui, ce serait cool de les refaire avec une production moderne, mais tu sais quoi ? Je trouve que c’est plus marrant d’écrire de nouvelles chansons.

C’est tout pour moi. Merci d’avoir pris le temps d’échanger !

Prends soin de toi ! Peut-être que je te verrais en France un de ces jours. J’espère que ce sera au Hellfest 2023, ce serait sympa, ou avant. Nous sommes en train de réfléchir à cette tournée de reformation, car ça impliquera beaucoup de gens, plusieurs bus, de la production et de plus grandes salles. Donc nous sommes en train de nous demander si, en 2023, nous ferons une tournée et peut-être six semaines en Europe. Dans ce cas, quand ? J’ai pensé : « Il fait froid et il y a de la neige parfois en février, donc peut-être qu’il faudrait faire ça plutôt en mars ou avril. » Mais alors j’ai réfléchi et je me suis dit : « Oui, mais si on joue en avril, on ne peut pas revenir pour faire les festivals un mois plus tard. » J’ai parlé à quelques tourneurs et ils ont dit : « Oui, il faut que tu choisisses ce que tu veux. Est-ce que tu veux faire quinze festivals ? » Et les festivals, c’est parfois là qu’on peut se faire un paquet d’argent, si tu es un genre de tête d’affiche ou un événement spécial comme serait cette reformation anniversaire. D’un point de vue financier, tu te fais beaucoup d’argent avec de tout petits concerts, mais tu as plus de dépenses. Donc c’est un peu du pareil au même, et nous ne savons pas si nous allons tourner ou alors juste faire une douzaine de festivals. Je ne sais pas.

Si nous faisions ça sur des festivals, ce serait en nocturne. Avec Annihilator, nous avons habituellement le vieux show à la AC/DC où nous mettons juste quelques lumières, nous jouons, nous suons, nous essayons de courir partout, de bien jouer, de regarder le public, de lui parler, de nous éclater et de sourire, mais pour cet anniversaire, pour une fois, nous avons envie de faire une vraie production théâtrale où il se passe des choses sur scène, avec les lumières, les accessoires, des gens qui débarquent habillés en poupées de chiffon comme Alison Hell. Nous avons envie de faire quelque chose de divertissant et je pense que c’est le genre de spectacle qui ne se fait qu’en nocturne. Il y aura probablement toujours des festivals qui voudront nous voir jouer, mais pas énormément non plus. Donc peut-être que nous devrions faire une tournée du 15 mars au 30 avril. Voilà. Oui, c’est bien. C’est drôle parce que ce n’est pas avant 2023, mais ce qu’il se passe parfois, c’est qu’on vit sa vie et, tout d’un coup, on est déjà en 2023. Ça va aller vite. Donc passe une bonne soirée et merci beaucoup pour l’interview !

Interview réalisée par téléphone le 25 janvier 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Kai Swillus.

Site officiel d’Annihilator : www.annihilatormetal.com

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  • Super interview du gars que je considère comme l’artiste le plus sous estimé de totue la sphère metal.
    Créatif, humble, techniquement incroyable, Jeff Waters (et il le reconnait lui-même) n’a qu’un défaut dans ce monde, c’est un piètre business man et il n’a jamais établi de plan de carrière.
    La discographie d’Annihilator renferme tellement de morceaux fabuleux (et aussi des baisses de régimes, mais ce qui compte, c’est ce qui est bien, le reste, il suffit de ne pas l’écouter)
    Merci pour ce long entretien très instructif et qui ne fait que confirmer tout le bien que je pense de lui.

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