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Interview   

Annihilator : l’inébranlable Jeff Waters


Jeff Waters - AnnihilatorC’est un coup dur qu’a vécu Jeff Waters avec le départ inattendu (autant pour le guitariste que pour le public) du chanteur Dave Padden d’Annihilator. Mais, quand on connaît un minimum l’histoire du groupe, on sait que ce genre de contretemps fait, pour ainsi dire, partie de sa génétique, au vu du nombre de frontmen qui se sont succédés au micro de la formation heavy-thrash. Juste que Padden était, non seulement une des meilleures voix qu’Annihilator ait pu accueillir en son sein mais aussi celle qui, de loin, s’est maintenue le plus longtemps (dix ans et cinq albums), si bien qu’on s’y était habitué, se disant qu’enfin c’était le « bon ».

Dans l’entretien qui suit, Waters nous raconte en détail cet épisode, depuis le chanteur qui lui annonce son départ du groupe, et dont il émet des doutes sur les justificatifs donnés quant à cette décision, jusqu’au processus qui l’a amené à décider de reprendre lui-même le micro, comme il l’avait déjà fait de 1994 à 1997. Forcément, nos échanges tournent beaucoup autour de ces sujets – le bouleversement de line-up, le chant et la persévérance sans bornes de l’homme orchestre derrière Annihilator – mais Waters donne également des éléments pour comprendre l’identité musicale du nouvel album, Suicide Society, et les thèmes abordés.

Annihilator 2015

« Je me dis que c’était un bon timing, le fait que [Dave Padden] m’ait pris par surprise et soit parti juste quand c’était presque fini, car j’étais déjà très enthousiasmé par l’album. »

Radio Metal : Le chanteur Dave Padden a quitté Annihilator en décembre dernier. C’était vraiment surprenant, dans la mesure où vous deux aviez développé une forte relation. La dernière fois que nous nous sommes parlé, tu appelais même Annihilator le « Waters/Padden Project »… Est-ce que cette décision a été tout autant une surprise pour toi ou bien était-ce quelque chose que tu as pu voir venir ?

Jeff Waters (guitare/chant) : J’étais à cent pour cent surpris ! Même pas quatre-vingt-dix-neuf pour cent ! C’était à cent pour cent une surprise pour moi. Je crois que c’était la première semaine de décembre 2014, il était prévu que nous… Dave devait prendre un avion pour venir et enregistrer le chant pour le nouvel album, et comme d’habitude, j’avais écrit toute la musique, tout enregistré, écrit les paroles et fait des versions démos du chant. J’avais un CD prêt pour lui, pour qu’il puisse l’écouter et faire l’album. Et il s’est ravisé, il m’a appelé le jour juste avant de réserver son vol pour qu’il vienne et il a dit qu’il était désolé mais qu’il devait renoncer au groupe et arrêter. J’étais là : « Wow ! » Je ne me doutais de rien ! Etait-ce quelque chose que j’ai fait ou musicalement quelque chose qu’il n’aime pas ou bien était-ce une question d’argent ? Est-ce qu’il avait besoin de plus d’argent ? Il a dit que ce n’était rien de tout ça. Ce n’était pas moi, ce n’était pas le groupe, ce n’était pas les chansons, ce n’était pas l’argent… Mais j’ai essayé ! J’ai essayé de lui offrir plus d’argent ! [Rires] Mais ça n’a pas marché. Il était donc évident que quelque chose se passait avec Dave de façon privée, j’imagine, peut-être avec la famille ou la santé ou quelque chose dont il ne voulait pas parler. Il a juste dit que c’était à cause des voyages. Il ne voulait plus voyager. J’ai essayé de lui tirer les vers du nez pour mieux comprendre mais c’est tout ce qu’il a su me dire. Je connais Dave depuis des années et lorsqu’il a dit non, il voulait vraiment dire non. Mais, tu sais, ça s’est fait de façon positive, nous nous parlons toujours tout le temps mais, ouais, il ne m’a pas dit exactement quel était le problème. J’ai tendance à croire qu’il se passait autre chose et que ça n’a rien à voir avec Annihilator. Je pense que c’est quelque chose là où il vit.

Peu importe la raison, je ne pouvais pas faire son bonheur et le convaincre de rester. Donc, tu sais, j’ai paniqué pendant une semaine et j’étais un peu sous le choc, mais après ça, je me suis rendu compte que c’est tout simplement ainsi que fonctionnent Annihilator et Jeff Waters. Nous sommes ainsi : nous allons de l’avant et faisons du mieux possible. D’une façon ou d’une autre, tout semble s’arranger à chaque fois que nous subissons un changement ou autre. J’ai juste décidé : « Ok, bon, je vais chercher des chanteurs. » Je n’arrivais pas à trouver de gars qui seraient un mélange entre la nouvelle et la vieille école. Je finissais par trouver des gars qui ne juraient que par la vieille école et puis des nouveaux et plus jeunes chanteurs qui ne juraient que par les nouveaux trucs. Je n’arrivais pas à trouver ce mec parfait qui était, en quelque sorte, à mi-chemin entre les deux. Donc il n’a pas fallu longtemps avant que je me dise : « Je vais m’en charger ! » C’est mon quatrième CD où je chante pour Annihilator. Ce n’est pas quelque chose que j’avais prévu de faire mais c’est quelque chose que je veux faire, c’est un défi. Je n’ai pas été en studio, en décidant : « Ok, je vais chanter, je vais y aller et rechanter le chant des démos que j’ai faites. » Je veux dire que j’ai un fait une petite pause par rapport à l’album mais c’était pour… Après avoir appris pour Dave et recherché pendant quelques semaines des chanteurs, sans succès, j’ai juste dit : « Tu sais quoi ? Je vais faire ça bien. Je vais prendre des cours de chant et vraiment apprendre, je vais me stimuler, essayer de m’améliorer ! » Car je ne suis pas un super chanteur ! Je voulais donc juste devenir… Bon ! [Rires] Presque bon ! C’est donc ce que j’ai fait. J’ai travaillé dur sur les cours et ensuite j’ai été en studio trois mois plus tard. Après ça, j’ai essayé très, très fort en studio et je pense ne m’être pas mal débrouillé !

Quand même, ça paraît être un sacré coup dur pour Annihilator, car le groupe semblait vraiment bien marcher avec Dave à tes côtés…

C’était le cas ! Mais voilà le truc : nous avons bien marché avec Joe Comeau – le chanteur de Carnival Diablos et Waking The Fury – il y a des années, et puis, bien sûr, nous avons bien marché avec les autres chanteurs Randy Rampage et Coburn Pharr, et puis King Of The Kill avec moi au chant a bien marché… Il y a donc toujours un peu des hauts et des bas avec n’importe quel groupe. Et avec Annihilator c’est pareil, il y a des hauts et des bas avec les différents chanteurs, line-ups, styles d’albums et styles de metal que nous faisons. C’est donc un peu comme… Ouais, je veux dire qu’une chose qui était intéressante, c’est que les trois derniers CDs se vendaient de mieux en mieux à chaque fois. Ça ne représentait pas encore des millions d’albums mais c’est quand même… Normalement, pour presque tous les groupes qui sont en activité, ça ne fait que baisser encore et encore. Evidemment, le label est content parce qu’ils voient la tendance des chiffres de ventes qui doucement augmente, et c’est toujours une bonne chose. Mais je pense que c’est juste parce qu’enfin, plein de nouveaux fans découvrent Annihilator, peut-être grâce à l’album Feast, le dernier que nous ayons fait, ou les quelques derniers albums. Mais, surtout sur internet, je vois plein de gens qui découvrent King Of The Kill, Never Neverland et Alice In Hell, ces anciens albums, et c’est génial parce qu’ils découvrent le groupe aujourd’hui et leur premier contact avec Annihilator c’était avec Padden. C’est donc assez cool que ça aille de manière ascendante ! [Rires] nous verrons ce qu’il se passera maintenant mais la maison de disques et les distributeurs semblent aimer les nouvelles chansons. Ce n’est donc que du positif à partir de là, n’est-ce pas ?

Tu as dit avoir envisagé prendre un autre chanteur. Est-ce que ça veut dire que tu as passé des auditions avant de prendre ta décision ?

J’ai parlé à quelques chanteurs… Tu sais, l’une des choses que tu fais, peut-être, c’est de demander à quelques-uns de tes amis qui sont dans d’autres groupes, dans différents pays, et peut-être qu’ils connaissent un bon chanteur. Je n’ai rien obtenu à ce niveau-là et ensuite je me suis mis à faire ce que n’importe qui ferait, c’est-à-dire se poser devant un ordinateur pendant plusieurs soirs, peut-être trois ou quatre soirs en l’occurrence. Tu prends un café, tu allumes le grand écran d’ordinateur et tu passes en revue YouTube pour regarder différents groupes. Et, tu sais, le Wacken Metal Battle était aussi une bonne piste parce que le Wacken mettait des extraits audio sur leur site web de centaines de groupes qui étaient en compétition, et je faisais un peu partie de ce Wacken Metal Battle, en tant que juge. C’était donc une super idée, car tu vois passer tous ces différents chanteurs et groupes venants du monde entier. C’était super mais, au bout du compte, je me suis encore retrouvé avec plein de chanteurs de la nouvelle école et plein de chanteurs de la vieille école, mais impossible de trouver quelqu’un qui soit au milieu et qui conviendrait aux deux aspects. Alors j’ai juste dit : « Hey, je vais m’en charger. » Comme un défi, et voir ce qu’il se passe ! [Rires]

As-tu pensé à rappeler l’un de tes anciens chanteurs ?

Non. Je veux dire qu’il y a eu des moments par le passé, je crois, où ça m’a traversé l’esprit mais… Je dirais que la plupart de ces gars ont affaire à des soucis de santé. Ils ne sont tout simplement pas en forme et ce n’est pas leur vie, tu sais. De nombreux fans parfois disent : « Oh, fais revenir ce chanteur ! Fait une tournée Never Neverland et remonte ce line-up ! » Mais les gens ne se rendent pas compte que, par exemple, dans un line-up comme celui-ci, il y sans doute juste un ou deux de ces mecs qui peuvent effectivement, physiquement, partir en tournée ! Certains de ces gars ont plus de cinquante ans. Certaines personnes de soixante ans sont en super forme et certaines de cinquante ans sont au bord de la crise cardiaque, n’est-ce pas ? Je veux dire que tu y penses parfois et ensuite tu te rends compte que « non, non, non… » [petits rires], « ça n’a tout simplement aucun sens. » Personne ne conviendrait. Je veux dire que c’est bien d’être romantique et de rêver du passé et d’un album qui a été fait il y a vingt ans avec un certain line-up, mais la réalité est que parfois les gens ne comprennent pas que beaucoup de ces mecs vivent une toute autre vie.

Annihilator live 2014

« Le compromis qui consiste à dépenser de l’argent pour que d’autres personnes aient des idées n’a pas d’intérêt à mes yeux lorsque je m’amuse à le faire moi-même. »

Comment es-tu parvenu à éviter le sentiment de régression ou même de recommencer de zéro après le départ de Dave ? Je veux dire que l’arrivée de Dave dans le groupe était un grand pas en avant pour Annihilator…

Le truc, c’est que, dans la mesure où j’écris toute la musique et les paroles et tout, c’était… Tu sais, lorsque je commence à composer un CD d’Annihilator, je suis seul avec moi-même pendant des mois et des mois, et ensuite j’enregistre la musique, je joue la basse, toutes les guitares et tout. Donc, on en arrive à un certain point où je ne parlais même pas à Dave avant que ce soit terminé. Et ensuite, venait le moment pour lui de chanter. C’était donc pareil pour cet album. Et je savais déjà ce que les paroles et le chant allaient être, tout comme la musique et l’album, et j’étais surexcité par l’album, donc… Le départ de Dave n’a pas affecté mon sentiment par rapport à l’album parce qu’il était presque terminé. Je veux dire que la composition était complètement terminée. Je pense que si j’avais été en train de commencer, que je n’avais pas de chanson, rien du tout, et que Dave partait, alors ça aurait peut-être été un peu différent. Mais je me dis que c’était un bon timing, le fait qu’il m’ait pris par surprise et soit parti juste quand c’était presque fini, car j’étais déjà très enthousiasmé par l’album, et j’étais impatient de voir ce que Dave allait chanter dessus et comment il allait le faire. Donc je pense que c’était une chance pour moi qu’il soit parti juste avant de faire le chant, lorsque j’avais presque tout terminé.

Ça faisait plus de quinze ans que tu n’avais pas chanté sur la totalité d’un album d’Annihilator, et Dave Padden était sans doute le meilleur chanteur que le groupe ait connu, étant donné sa versatilité. Bon, tu as dit que tu as pris des cours, mais plus précisément, comment as-tu abordé le chant sur Suicide Society ?

En tant que compositeur et fan de metal… Je veux dire que si tu me demandes quels sont mes chanteurs préférés, je te dirais Halford, Dickinson, Dio, David Lee Roth, Bon Scott… Tu sais, ce genre de choses. Techniquement, je suis un chanteur parce que j’ai fait King Of The Kill et quelques autres albums, et ceci est mon quatrième album, mais de façon réaliste, la vérité est que je ne suis pas du tout un super chanteur ! Je veux dire que je ne pourrais jamais chanter Halford, Dio ou Dickinson. C’est quelque que je n’essaie jamais de faire parce que je ne suis pas assez bon pour ça et ce n’est pas mon truc. Donc, lorsque je suis sous la douche ou en train de conduire ma voiture tout seul et que je chante par-dessus une chanson, pour m’amuser ou peu importe, ce sera du Metallica, Megadeth, Alice In Chains, Ozzy Osbourne, ce genre de trucs que je peux effectivement chanter. Peut-être pas aussi bien que ces supers chanteurs mais ça rentre dans ma tessiture vocale. C’est le genre de trucs que je peux chanter sous la douche. Alors que je serais bien incapable de chanter Halford [rires], tu vois ce que je veux dire ? Donc lorsqu’est venu le moment de faire l’album, je me suis dit, en gros : « Tu chantes sous la douche. Contente-toi de chanter sur la chanson, relaxe-toi et chante comme tous ces chanteurs que tu aimes. » Et ensuite, pour le premier clip qui est sorti, qui s’appelle « Suicide Society », il y a ce groove très funky à la « Immigrant Song » de Led Zeppelin, avec aussi un côté funky façon vieux Megadeth, et ensuite, lorsque ma voix entre, parfois elle a pas mal de Mustaine et de Hetfield dans le timbre, ce genre de truc. Je pense donc qu’avec ce mélange, les gens sont là : « Oh ! Ça sonne beaucoup comme Megadave ! » Bien sûr que oui ! Car c’est l’une de mes influences ! Et c’est aussi le genre de choses que j’aime chanter. Sur d’autres titres de l’album, tu entendras un paquet d’autres styles de chant, et pour la plupart, je ne m’en rends même pas compte, mais ça provient des chansons et des chanteurs que j’aime et que je peux à peu près chanter.

Tu dis que tu n’es pas un super chanteur mais il y a un beau boulot au niveau du chant sur Suicide Society de ta part, avec par exemple les harmonies vocales de « Snap »…

Le truc c’est que si ça n’avait été qu’une question d’album et que quelqu’un me demandait : « Que penses-tu de ton chant sur l’album ? » Je dirais en fait que je le trouve plutôt pas mal ! Surtout pour un gars de quarante-neuf ans qui n’a pas vraiment chanté correctement en studio depuis vingt ans – ou dix-huit ou dix-neuf, peu importe – [rires]. Mais je ne le vois pas vraiment comme ça parce que… Je sais que l’album est plutôt bon mais c’est plus par rapport au live. Je ne m’auto-congratule jamais plus de cinq minutes. Maintenant, c’est le moment de commencer à s’entraîner à la maison pour le chant en live. Nous avons fait quelques festivals mais, sur pas mal d’entre eux, je n’étais pas très bon au chant. J’ai besoin de m’exercer. J’ai besoin de m’exercer devant les gens et à la maison. Je suis sûr qu’après la prochaine tournée, qui durera quelques mois, je commencerais à bien mieux maîtriser ça. Si tu me demandes ce que je pense du chant sur l’album, je dirais qu’il est vraiment bien, mais pour ce qui est de chanter en live, j’ai encore beaucoup de travail. J’ai un mois pour travailler comme un dingue ! [Rires]

En fait, est-ce que tu as appris des choses vocalement en travaillant avec Dave pendant ces dix ans qu’il a passés dans le groupe ? Penses-tu que ta prestation sur Suicide Society a bénéficié d’avoir été à ses côtés ?

Je ne sais pas. Je ne pense pas. Je veux dire qu’avoir travaillé avec chaque chanteur que j’ai eu dans Annihilator et certains autres groupes avec lesquels j’ai travaillé, c’est… C’est quelque chose que j’adore faire : travailler avec des chanteurs. Pour une raison ou une autre, j’ai toujours pu prendre des chanteurs moyens ou pas mal ou qui ont six sur dix pour en faire des huit sur dix, juste en leur donnant un petit extra, un petit plus… Pour une quelconque raison, j’aime produire le chant avec des chanteurs. Donc, parfois, si tu entends un style un peu à la Dave Padden dans quelque chose que je fais sur le nouvel album, ça vient en fait de moi ! Car lorsque je fais ces albums, je chante tout et j’écris toutes les notes. Donc je donne juste un CD au chanteur et je dis : « Et voilà pour toi ! Voilà à peu près ce qu’il faut chanter. » Et parfois ils ajoutent un peu leur grain de sel mais en gros, c’est un peu ma patte qui passe à travers quelqu’un d’autre.

Sur cet album, tu as fait toute la composition, tous les enregistrements de guitare et basse, tout le chant, tu l’as orchestré, produit, mixé, masterisé… As-tu pensé à prendre en charge toi-même la batterie aussi ?

Eh bien, en fait, d’une certaine façon, je le fais : je m’assois derrière le kit de batterie et j’écris la majorité des parties de batterie ! [Rires] Eh ouais ! Ça donne l’impression que c’est beaucoup de travail, et ça l’est, mais j’ai mon propre studio d’enregistrement, j’ai tous les joujoux sympas, les guitares, les instruments, etc. J’adore ces trucs. C’est comme un hobby. Le travail en studio c’est amusant ! Si tu disais à un musicien ou n’importe qui : « Ok, tu seras musicien, tu auras un studio et tu composeras des chansons, tu feras des chansons et tu apprendras les trucs de studio. Et tu n’auras pas à avoir d’autre boulot. Tu n’auras pas à te rendre à un travail normal, de neuf à cinq, comme les gens normaux doivent le faire, et tu peux accommoder tes heures comme tu veux. Tu travailles quand même dur mais tu choisis tes heures. Et ça, c’est ton boulot à temps plein, toute l’année. » Alors ça devient : « Mais attends une seconde ! Peut-être que ça ne fait pas tant de travail que ça ! » Car c’est amusant, c’est ce que tu aimes faire et tu n’es pas épuisé et usé par ton autre travail. C’est donc effectivement beaucoup de boulot mais lorsque c’est un travail amusant que tu aimes faire, ce n’est vraiment pas si mal ! C’est même plutôt sympa !

Annihilator - Suicide Society

« Parfois j’écris un riff et je me dis : ‘Oh, c’est parfait !’ Et plus tard je le réécoute et je me dis : ‘Merde ! C’est Slayer !’ [Rires] »

Mais n’as-tu jamais ressenti le besoin d’une perspective ou oreille extérieure par rapport à ce que tu faisais ?

Ouais, je veux dire que depuis, je suppose, le troisième ou le quatrième album d’Annihilator, ça aurait pu toujours aider. Tu pourrais embaucher quelqu’un et le payer vingt mille euros pour mixer ton album, par exemple t’adjoindre les services d’un brillant ingénieur comme Colin Richardson – il est incroyable ! – ou Andy Sneap – encore très bon. Tu pourrais donner à quelqu’un un paquet d’argent pour faire ça, tu pourrais faire venir un producteur, tu pourrais embaucher un autre ingénieur qui pourrait apporter de nouvelles idées ou de nouveaux sons, et au final, quelqu’un comme Colin Richardson ferait encore bien mieux sonner ton CD, j’en suis sûr, un peu, au moins dix, vingt ou trente pour cent mieux, peut-être plus… Mais le truc c’est que je me suis toujours dit : « Pourquoi j’irais payer des dizaines et des dizaines de milliers de dollars pour que quelqu’un rende la musique un peu meilleure, alors que j’adore le faire moi-même ? » C’est marrant, c’est comme un fabuleux passe-temps ! Par exemple, des gens disent : « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » « Oh, je skie ! » ou « je fais du ski nautique ! » ou « je fais des peintures pendant mon temps libre ! » Alors que pour ma part, je travaille en studio ! [Rires] C’est ce que j’aime faire pendant mon temps libre, tu vois. Donc, oui, techniquement, des oreilles neuves auraient assurément aidé dans la plupart des domaines qui concernent la confection d’un album et la composition et tout, mais le compromis qui consiste à dépenser de l’argent pour que d’autres personnes aient des idées n’a pas d’intérêt à mes yeux lorsque je m’amuse à le faire moi-même. Je veux dire que si les gens commençaient à dire « C’est nul à chier ! » et qu’aucune maison de disques ne voulait le signer, que les fans ne voulaient pas l’acheter, en disant « oh bordel, cet album sonne comme de la merde ! », alors, évidemment, il est clair que je ferais appel à quelqu’un d’autre ! [Petits rires] C’est certain.

Cam Dixon et Aaron Homma ont ensuite rejoint le groupe, respectivement à la basse et à la guitare. Que peux-tu nous dire à leur sujet ? Je sais notamment que Cam a dû jeter l’éponge récemment…

Ouais. Bon, Cam est venu et est reparti aussi tôt. Il a eu une urgence familiale. Il a rejoint le groupe avant que nous filmions la vidéo de « Suicide Society » et, pendant que nous étions à l’hôtel, vers la fin du shooting vidéo en Allemagne, il y a quelques mois, il a dit que sa femme l’avait appelé pour lui dire qu’elle avait un cancer des poumons. Il a donc fallu qu’il parte immédiatement, évidemment, et nous ne pourrions jamais demander à quelqu’un de rester avec nous lorsque sa femme est aussi malade. Nous lui avons donc serré la main, nous l’avons pris dans nos bras et nous lui avons payé un billet d’avion pour revenir au Canada pour retourner auprès de sa femme. Il a donc été dans le groupe pendant très, très peu de temps et nous nous sommes retrouvés, malheureusement, en recherche de bassiste pour l’été. Alors nous avons cherché, nous sommes revenus des festivals auxquels nous avons participé et notre ancien bassiste Oscar [Rangel] est intervenu pour nous aider lorsqu’il a su que la femme de Cam était malade. Mike Harshaw est notre batteur depuis trois ou quatre ans et il est toujours avec nous. Aaron Homma est un gosse d’Ottawa, de la même ville que moi. Le bassiste, le nouveau gars sur lequel nous nous sommes décidés, il vient en fait de Moscou ! Environs deux-cent quatre-vingt bassistes nous ont soumis des vidéos pour des auditions et ce gars, en particulier, de Moscou, est vraiment sorti du lot comme étant le parfait metalleux et bassiste.

Est-ce que ça ne sera pas un peu compliqué qu’il vive si loin ?

Oh ouais, mais je veux dire qu’Annihilator a toujours eu des membres venant de différentes parties de Canada ou de différents pays. Nous avons eu un batteur allemand, je crois que nous avons eu un batteur italien à un moment donné… Ce n’est qu’un billet d’avion… Tu les fais venir en avion pour répéter, et ensuite on retourne ensemble sur leur continent pour faire une tournée ! [Petits rires]

Annihilator a toujours été un groupe de thrash metal ouvert. Mais tout en conservant les riffs thrash, Suicide Society sonne comme si tu avais voulu d’autant plus ouvrir la musique, surtout d’un point de vue mélodique. Etait-ce ton intention ?

On dirait que la mélodie est… Il semble qu’il y a toujours eu de petites parties mélodiques pour les guitares dans la musique, et ça sera toujours là. Mais je crois que vocalement, ce qui s’est passé, comme quelqu’un de la maison de disques m’a dit l’autre jour : « Un truc dont nous nous sommes rendus compte, c’est que chaque chanson dans l’album a un refrain super accrocheur ! » Tu peux qualifier ça de commercial, tu peux qualifier ça d’accrocheur, tu peux qualifier ça de mélodique, tout ce que tu veux, et c’est vraiment ce que c’est, ce sont des refrains mélodiques accrocheurs. Et ils ont dit : « C’est ce qui semble être différent par rapport à tous les autres albums. Chaque chanson a ce type de refrain. » Et ensuite ils ont passé en revue chacune des chansons et m’ont expliqué ça, et je me suis rendu compte : « Ouais, t’as raison ! » [Petits rires] Je suppose que mon style de composition pour cet album était simplement porté sur les refrains, pour une raison que j’ignore. Ça s’est juste fait comme ça, je n’y ai pas réfléchi mais j’imagine que ça vient de là. D’une certaine façon, je trouve que c’est bien si tu peux te souvenir du refrain. Que tu aimes vraiment la chanson ou pas tant que ça, si tu l’entends deux ou trois fois, ça te restera en tête ! [Rires]

Oh, tu sais quoi ? Un autre changement là-dessus dont je me rends compte à l’instant, c’est qu’avant de composer cet album, je me suis assis et j’ai fait une petite liste de notes, juste deux ou trois trucs. L’une des choses dessus, c’était : essaie de ne pas écrire autant de parties de batterie à la double grosse caisse ! Car j’écrivais toujours « diggidiggidig », ce genre de motif très simple et direct à la batterie, pour pas mal de chansons. Et des batteurs avec qui j’ai joué et d’autres m’ont toujours dit : « Bon, écoute, tu as besoin de plus de groove, il te faut d’autres rythmes là-dedans ! » J’ai donc aussi passé beaucoup de temps avec mon batteur Mike. Vers la fin de la période de composition, c’est là que j’ai commencé à titiller son cerveau pour voir ce qu’il pensait. Je me posais, faisais tous ces rythmes et j’essayais de ne pas écrire avec de la double grosse caisse. Il y en a sur cet album mais, en comparaison des autres CDs d’Annihilator, il y en a bien moins. Il n’y en a presque pas, par rapport à n’importe quel autre CD. Ça donne donc plus de groove et un côté plus mélodique qu’un son thrashy, tu vois.

Est-ce important de se remettre en question et d’essayer de nouvelles approches au sein de ton propre style ?

Un peu. Je veux dire que tu ne peux pas passer outre le fait qu’il n’y a qu’un compositeur dans le groupe. Donc, comme AC/DC ou Slayer, tu te retrouveras un peu avec le même type de son et de style, d’une manière ou d’une autre. Mais aussi, lorsque le même compositeur compose quinze albums, parfois c’est très difficile de trouver des idées, et parfois tu as plein d’idées mais elles sonnent trop comme de la musique que tu aimes bien, dont tu es fan. Parfois j’écris un riff et je me dis : « Oh, c’est parfait ! » Et plus tard je le réécoute et je me dis : « Merde ! C’est Slayer ! » [Rires] Tu vois ce que je veux dire ? Donc, parfois, il faut vraiment être vigilant parce que lorsque tu es fan de metal et compositeur à la fois, les deux peuvent se heurter l’un à l’autre et faire du désordre. Il faut donc prendre du recul et ne pas avoir trop le nez dedans. Mais ouais, tu essaies toujours, si tu le peux, de faire quelques nouveaux trucs bien sympas. Des choses simples comme le fait d’utiliser une pédale de guitare différente sur les solos, quelque chose comme ça peut changer le son d’un album. Ou comme ajouter un petit effet sur la guitare rythmique qu’on appelle un phaser ou avoir un son de batterie différent… Il y a tant de choses diverses qu’on peut faire pour créer un peu de différence mais, eh, Annihilator est ce qu’il a toujours été ; c’est du heavy metal mélodique des années 80 mélangé à du thrash metal.

Annihilator live 2013

« Et si nous étions une expérience ? Eh bien, quelqu’un devrait envoyer un robot ou une machine à tuer, tous nous tuer et recommencer depuis le début [petits rires] parce que nous avons échoué ! »

Cet album s’intitule Suicide Society. Est-ce ainsi que tu définis la société dans laquelle on vit ?

Tu sais, ce n’est qu’une des neuf idées de paroles qui sont sur l’album et je ne fais pas de trucs conceptuels où tout l’album traite d’un seul sujet. C’est plus neuf chansons individuelles différentes. Au cours de l’année, ou l’année et demie, lorsque je ne compose pas, lorsque je suis en tournée et en train de faire d’autres trucs, si j’ai une idée pour une chanson, peut-être en regardant les infos à la télévision ou parce que quelque chose m’est arrivé ou est arrivé à quelqu’un que je connais, je le pose sur papier. L’une des notes était : « Ecrire une chanson sur toutes les choses horribles que la race humaine se fait à elle-même aujourd’hui et toutes les choses horribles que nous faisons à la planète, aux animaux et à la vie sur terre. » C’est assez cliché et un sujet éculé, ça n’a rien d’original, mais lorsque j’ai commencé à écrire la chanson, c’est devenu une chanson très sérieuse parce que je me suis rendu compte à quel point nous avons perdu le contrôle de certaines des choses que nous faisons, c’est complètement ridicule. Une part de l’illustration était liée à cette chanson et s’il y avait quelqu’un là-haut, un créateur ou un Dieu, quelque chose qui a créé la vie ici-bas, j’ai toujours été fasciné avec l’idée selon laquelle nous serions peut-être une expérimentation ; peut-être sommes-nous simplement quelque chose avec laquelle quelqu’un expérimentait pour voir comment ça allait fonctionner. Et nous avons raté l’expérimentation et je me suis toujours dis : et si le créateur ou quelqu’un envoyait un monstre ou une machine tueuse, tu sais, comme un Iron Man ou un Terminator ou… C’est quoi cette pochette de Judas Priest ? Je ne me souviens plus ce que c’est mais c’est avec Ripper Owens, c’était comme un genre de monstre… Donc, et si nous étions une expérience ? Eh bien, quelqu’un devrait envoyer un robot ou une machine à tuer, tous nous tuer et recommencer depuis le début [petits rires] parce que nous avons échoué ! Mais, tu sais, il y a beaucoup de bon dans le monde et cette chanson, en particulier, ne fait que pointer du doigt à quel point c’est un foutoir honteux ce que nous avons fait aux animaux, à la terre, à l’environnement et les uns aux autres, tout. On ne peut l’ignorer. C’est peut-être une chanson négative mais c’est vraiment dégoûtant. Je ne pense pas qu’une seule personne puisse faire d’énormes changements ou quoi. Il faudrait changer les gouvernements, il faudrait changer tout un tas de trucs pour que certaines de ces choses s’améliorent mais… C’était juste une observation, hein ? C’était une chanson assez intéressante. Lorsque tu vois la chanson, tu sais, je fais des têtes bizarres sur la vidéo et le refrain et les notes qui sont chantés sont un peu plus joyeux mais la chanson en elle-même parle simplement du dégoût de la race humaine.

Et quels sont les autres thèmes que tu abordes ?

Les addictions, les drogues… Il y a une autre chanson à propos de… J’ai vu une émission de télévision sur cette fille qui était en train de mourir d’une maladie et la caméra la suivait tout au long de ses derniers jours, et le message qu’elle essayait de faire passer était le message typique de « vis au jour le jour », « vis chaque instant » et tout. On est tous d’accord avec ça mais on ne vit pas vraiment comme ça et on ne le comprend pas tant qu’on n’est pas dans une situation où on est en train de mourir ou que quelqu’un qu’on connaît est en train de mourir, n’est-ce pas ? J’ai donc écrit une chanson qui parle un peu de cette personne, avec un petit message positif, je pense. La chanson qui s’appelle « Snap », c’est un peu une histoire de maltraitance entre deux personnes et, au final, tu ne sais pas si la personne qui est maltraitée a craqué, est devenue folle et a tué son partenaire pour s’échapper de cette relation violente, ou si la personne a finalement dit « je pars, au revoir. » C’est un genre d’histoire étrange et intéressante. Tu ne sais pas si craquer et devenir fou veut dire que tu as tué la personne ou que tu es parti [petits rires]. C’est une histoire intéressante pour moi. Je ne sais pas si je l’ai assez expliqué dans les paroles. Ensuite, il y a d’autres choses, de simples observations… Il y en a une qui s’appelle « Break, Enter » qui parle de trois criminels qui sont entrés chez moi par effraction il y a de ça des années et qui m’ont volé plein d’équipements musicaux et d’autres choses. Cette chanson, de façon basique, raconte l’histoire et la musique derrière, c’est grosso-modo du thrash metal de San Francisco de 1984 [rires].

L’illustration fait très film d’action futuriste. Es-tu influencé par ce type de films ?

Oui ! Ce n’était pas tant le cas par le passé mais je le suis désormais, car la fille avec laquelle j’ai vécu durant les trois dernières années est une dingue de cinéma. Elle m’a donc fait regarder presque tous les films qui existent ! [Rires] J’ai passé les trois dernières années, je dirais, à regarder, au moins, deux films en moyenne par jour ! Ce qui fait plutôt pas mal quand tu y penses ! Ça doit presque faire un millier de films ! [Rires] Enfin, bref. Ouais, je veux dire que j’ai toujours adoré Terminator, Robocop, Iron Man, j’adore la pochette de Screaming For Vengeance de Judas Priest avec l’alien, qui crie depuis les airs, j’aime ce genre de choses. J’aime aussi un peu les films d’horreur, de science-fiction et fantastiques.

Dans le communiqué de presse, tu déclares : « Annihilator et moi sommes connus pour ne jamais abandonner et, occasionnellement, arriver avec quelque chose d’encore mieux que les sorties précédentes… »

Parfois ! [Rires] Pas toujours !

Penses-tu que ce soit le cas cette fois-ci ?

Eh bien, j’espérais ! Mais tu ne sais jamais. La plupart du temps, lorsqu’un artiste, un peintre ou un musicien, lorsque des gens créent quelque chose, en général, presque toujours, ils l’adorent et ils trouvent que c’est vraiment bon. Et parfois, ils se disent : « Oh, c’est la meilleure chose que j’ai faite depuis des années ! » Et beaucoup de gens savent que ce n’est que la passion pour ce qu’ils font qui parle, mais la vérité est que parfois, tu as ce sentiment mais ce que tu fais n’est pas si bon ; vraiment, peut-être n’est-ce pas aussi bon que ce que tu crois. Du coup, j’aime bien me laisser de nombreux mois après la sortie d’un album avant de pouvoir commenter et me faire un avis. Donc c’est dur ! Je pense avoir fait un très bon album, au minimum, parce que j’ai été mis dans une position où, à quarante-neuf ans, je me retrouve à chanter et partir en tournée en tant que frontman du groupe [petits rires]. Je trouve que j’ai vraiment fait du bon boulot en studio sur le chant. Maintenant, tout ça pour dire que je trouve que la musique est bonne, j’aime écouter quatre ou cinq chansons, je les écoute même dans ma voiture, bien que je devrais déjà en avoir marre [petits rires], alors que ce n’est pas le cas ! La première chose que tu espères, après l’avoir composé et apprécié, c’est que la maison de disques l’apprécie, ensuite, l’étape suivante, tu espères que la presse l’apprécie et ensuite, la dernière étape, évidemment, tu espères que les fans l’apprécient. Parfois les trois coïncident, tu as de la chance et tu te retrouves avec un très bon album, et parfois peut-être que la presse ne l’aime pas trop mais les fans, des années plus tard, reviennent dessus et se disent : « Merde ! C’était un super album ! » Parfois la maison de disques n’est pas à la hauteur, ils se contentent de réceptionner l’album, ils ne savent pas quoi en faire ou ils n’ont pas d’argent ou ils ont des problèmes d’argent et ne le promeuvent pas correctement… Donc parfois l’album ne passe pas ces trois étapes et n’a pas sa chance. Donc, même si tu estimes que c’est un bon album, peut-être qu’en fait il ne l’est pas et peut-être qu’il ne marche pas bien. Parfois, les albums qui ne sont pas les meilleurs sont ceux qui vendent le plus ; je pense que ça arrive à beaucoup de groupes.

Penses-tu que ce soit lorsque tu es en danger – comme là, en ayant perdu ton chanteur – que tu donnes le meilleur de toi-même ?

Eh bien, le truc, comme je l’ai dit, c’est que dans mon cas, tout était écrit, c’était terminé. Tout ce que j’avais à faire, c’était aller prendre des cours, me mettre dans le bon état d’esprit, chanter et c’est fini. C’était tout ! Tout le reste, c’était le mixage, le mastering, etc. Tout était identique à ce je fais habituellement. Je me rapproche du même artiste – un artiste brillant -, je lui dit « voilà l’idée » et il fait une illustration de tueur et un super livret. Et j’embauche de bons musiciens, ça c’est sûr, et j’aurais de bons décors et de bonnes lumières en tournée cette fois. Nous aurons un bon tour bus. Nous aurons une bonne équipe. Nous aurons de bons endossements d’Epiphone et Hughes & Kettner. Nous aurons donc tout ce que nous avons toujours mais… Tu vois ce que je veux dire ? Le seul danger pour moi, que je pouvais contrôler, c’était de chanter en studio. Tout le reste c’est soit en dehors de mon contrôle, soit c’est ce que je fais habituellement, comme je l’ai dit, le mastering, le mixage, tous les trucs que je sais que… Tu sais, je travaille avec cette bonne équipe, ces artistes, ces maisons de disques et tous ces trucs ; on sait pertinemment que ça va marcher. La partie que tu ne peux pas contrôler, c’est la réaction : « Est-ce que les gens aiment ? Est-ce que c’est bien ? ». Tu ne sais pas tant que la presse et les fans ne te le disent pas. La seule chose, pour ce qui est de ce dont tu parlais dans la question d’origine, c’est le chant. Il a juste fallu que j’y aille et je m’y mette, et tu ne peux pas te mettre à faire deux semaines de prises de chant lorsque tu es stressé et sous pression. C’est impossible. C’est trop dur de faire ça. Ceci dit, il y a des albums… Comme, l’un des CDs d’Annihilator les plus sous-estimés s’appelle Schizo Deluxe et cet album a été écrit sous énormément de pression, et pense que c’est pourquoi il était si bon, car il y avait vraiment beaucoup de pression sur mes épaules sur cet album [petits rires] !

Annihilator live 2014

« Parfois, les changements sont intéressants et nous évitent de devenir trop ennuyeux. »

Dirais-tu que le secret de la longévité d’Annihilator est le fait que tu es quelqu’un de très combatif qui est toujours prêt à relever un défi ?

Le défi, oui, mais je trouve que les changements qu’on a subis sont facilement critiqués, surtout en Amérique du Nord où nous n’avons pas beaucoup tourné et donné de concerts, et beaucoup de gens ne nous connaissent pas vraiment et nous ont découverts durant les trois ou quatre dernières années. Ils voient juste un groupe qui est là depuis longtemps mais n’est jamais venu jouer dans leur pays, et ils voient tous ces changements de line-up. « Waters doit être un vrai dictateur ! Un véritable trou du cul ! » Mais ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, c’est qu’avec Annihilator, si nous étions restés avec le premier, second ou troisième chanteur, je pense que nous aurions disparu et nous n’aurions pas pu maintenir le groupe en vie, nous serions morts aujourd’hui ! Ce qui est intéressant à propos d’Annihilator, c’est qu’il se peut que tu aimes un CD ou un chanteur, et il se peut que le suivant tu ne l’aimes pas du tout ! Mais tu as toujours en tête qu’un jour Annihilator fera un autre album et que peut-être que tu aimeras celui-là. Donc je pense que le secret c’est… Il y a plein de raisons mais la première d’entre elles est que les fans voient bien que j’adore le metal et que, parfois, les changements sont intéressants et nous évitent de devenir trop ennuyeux.

Puisque tu as fait tout sur cet album, à part la batterie. Penses-tu qu’il représente vraiment qui tu es ? Dirais-tu que qu’il est le plus proche de toi et de ta personnalité qu’un album d’Annihilator puisse être ?

Peut-être que si j’ai de la chance, le prochain ce sera ça parce que, encore une fois, cet album a été écrit en tant que Jeff Waters, le principal compositeur et musicien, avec Dave Padden. Donc j’ai composé et enregistré tout l’album, sauf le chant, en pensant que ce serait encore le truc de Dave et Jeff. Tu vois ce que je veux dire ? Donc, je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de commencer depuis le début et composer un album complet tout seul en sachant que ce serait moi qui chanterait sur cette musique, ça ne m’est jamais arrivé. Donc je pense que le prochain, ce sera celui qui dira si c’est complètement représentatif de moi. Parce qu’avec celui-ci, il faut se dire que j’avais toujours en tête que Dave chanterait dessus.

Parce que tu ne composes pas pareil suivant qui chantera dessus ?

Eh bien, je dis non mais je suis certain qu’inconsciemment ça doit jouer un peu, c’est sûr. Mais non, en général, je me contente d’écrire la musique et c’est quelque chose de totalement séparé des paroles et du chant.

Vois-tu Annihilator devenir un groupe avec un bassiste et un autre guitariste qui participeraient à la composition et les enregistrements, au lieu que ce soit toi qui gère tout ?

Non, non, ça fait trop d’années que je fais la même chose. Tu vois ce que je veux dire ? Sans doute que… Non. C’est clair que non. Ce sera probablement encore moi et le batteur et c’est tout ! [Rires]

Est-ce important qu’Annihilator reste ton bébé ?

C’est étrange parce que la manière dont fonctionne Annihilator est bizarre pour beaucoup de gens mais pas pour moi, car c’est la seule chose que j’ai connue depuis l’époque où je faisais des démos. A cette époque, je jouais même la batterie sur bon nombre d’entre elles et je chantais dessus, j’écrivais les paroles, je jouais toutes les guitares et la basse, et je gérais le petit enregistreur quatre pistes ; c’était le début de ma carrière d’ingénieur du son et je ne le savais même pas ! [Petits rires] Je suis donc passé d’une petite machine à cassettes quatre pistes à un studio de classe mondiale. C’est assez étrange mais je fais ça depuis que je suis adolescent, exactement la même chose.

Mais ne te demandes-tu pas parfois comment ça serait de travailler en échangeant des idées avec d’autres musiciens comme les groupes normaux le font ?

Ouais, je veux dire que si je me posais ce genre de question, sans doute que j’aurais monté un projet solo ou un projet avec quelques autres musiciens, que j’aurais cherché un chanteur, un autre guitariste, peut-être un bassiste et très certainement un batteur… Tu sais, Chickenfoot part 2 ! [Rires] Tu vois ce que je veux dire ? J’aurais cherché à monter une formation pour ça. Mais… Pas vraiment. Je veux dire que beaucoup de gens m’ont demandé de jouer dans leurs groupes ou de faire différents projets avec des gens mais c’est genre… Ça paraît super mais je suis heureux de faire ce que je fais ! Si tu y penses, quinze albums depuis 89, et toutes les tournées que nous avons faites, tous les hauts et les bas, et les différentes choses qui se sont passées… Ça t’occupe vraiment !

Est-ce que tu continueras à chanter dans Annihilator à partir d’aujourd’hui ?

Si je m’améliore encore et encore, oui ! [Rires] C’est le défi : constamment s’améliorer en tant que chanteur et en live. Je sais qu’en studio c’est un peu différent : tu peux te relaxer, tu peux chanter une partie vingt fois jusqu’à qu’à la rentrer correctement, mais en live, tu ne peux pas faire ça. C’est donc mon défi là tout de suite, de très rapidement [travailler pour devenir meilleur], même d’ici un mois, avant que nous commencions les répétions pour la tournée… C’est dans ce domaine qu’un défi qui m’attend et où j’ai envie de botter des culs et travailler dur.

Mais j’imagine que tu ne pourras plus autant te concentrer sur ta guitare…

Eh bien, je ne vais pas pouvoir bouger autant sur scène. Il est clair que quand je chante, je ne peux pas courir trop loin du micro comme je le voudrais… Mais il y a toujours d’autres parties dans les chansons… J’ai hâte de jouer la nouvelle setlist aussi parce qu’elle a plein de vieilles chansons et ce sera intéressant de les faire. Je veux dire que lorsque tu ne chantes pas sur scène, il est évident que tu peux davantage courir. Et je pense que la plupart des trucs que nous faisons, je peux les jouer. C’est juste que ça requiert beaucoup d’entraînement. Le meilleur au monde pour faire ça, c’est Dave Mustaine. Il joue les riffs et rythmes les plus compliqués, et il chante par-dessus en même temps. C’est un génie capable de faire ça. C’est là-dessus que je travaille maintenant. Pendant quelques jours je vais au sous-sol pendant quelques heures et je chante pour le mur [rires].

Interview réalisée par téléphone le 17 août 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Annihilator : www.annihilatormetal.com.



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