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Chronique   

Annihilator – Suicide Society


Annihilator - Suicide SocietyUne fois de plus, c’est un retour à la case départ pour Jeff Waters. Cela faisait tout juste dix ans que le guitariste avait construit une solide relation avec le chanteur Dave Padden, sans doute le plus doué qu’il ait eu dans sa carrière, au point qu’il en venait à qualifier Annihilator de « Waters/Padden Project ». Et il est clair que l’arrivée de Padden et la sortie d’All For You en 2004 avait ouvert un des chapitres les plus exaltants du groupe ; peut-être même le meilleur depuis les deux incontournables premiers albums. Annihilator avait pris un coup de jeune en mêlant les influences old school de Waters à la sensibilité plus actuelle de Padden. Mais voilà, ce dernier a quitté le navire de façon impromptue, se disant fatigué des tournées (mais Waters lui-même ne croit pas vraiment à cette justification, comme il nous l’a avoué dans un entretien à paraître). On ne peut s’empêcher de penser qu’on perd là un duo de choc et Annihilator une symbiose. Mais Waters ne se démonte pas, se retrousse les manches et prend les choses en mains. Comme toujours, en réalité. Juste que nous avions presque oublié ces dernières années qu’Annihilator était avant tout le groupe d’un homme.

Le guitariste a donc décidé de reprendre le micro, en plus de gérer de A à Z toutes les guitares, la basse, la composition, les paroles, la production, le mixage, le mastering… Ouf ! Heureusement, Mike Harshaw est toujours de la partie pour se charger des batteries, mais Annihilator en 2015 ressemble fortement à un one-man band, exactement comme à l’époque de King Of The Kill (1994). Sauf que de nul retour en arrière il est question. Au contraire, le nouvel opus Suicide Society tend à maintenir Annihilator sur sa lancée. Il semblerait que chaque changement majeur (de chanteur surtout) offre une occasion à Waters de se surpasser. Suicide Society est un album de thrash ouvert, intelligent, avec ses fulgurances techniques (certains plans, comme sur le titre éponyme par ailleurs assez groovy, qui peuvent faire penser à Dream Theater – si on ose la comparaison -, ces lignes de basse savoureuses sur « Break, Enter » ou la batterie volubile de « Narcotic Avenue ») et aussi son appui mélodique particulièrement développé (ce final gilmourien sur « Narcotic Avenue » ou les refrains entêtants de « Snap » ou « Creepin’ Again »). Plus que jamais Annihilator creuse sa dynamique, alliant riffs heavy (celui sur « Snap », littéralement « emprunté » à « Ich Tu Dir Wer » de Rammstein) et thrash qui décoiffent à une certaine dentelle mélodique élégante (l’abrasive « My Revenge », qui lorgne globalement du côté du vieux Metallica, en est un bon exemple avec sa respiration centrale, sans même parler des leads toujours aussi racés), posant parfois des atmosphères prenantes (le milieu de « Death Scent »), si bien que cela confère certains relents progressifs à ce Suicide Society, sans pour autant s’égarer. Les chansons restent plutôt concises compte tenu de leur relative densité. On aurait même tendance à penser que Waters s’est contenu pour ne pas trop disperser sa musique, s’abstenant de développer davantage certains plans ou passages qui l’auraient peut-être mérité (le milieu de « Death Scent », encore une fois, qui est brusquement avorté pour revenir sur un riff thrash). Mais c’est ainsi que Waters parvient à un équilibre et à maintenir l’efficacité de sa musique.

Et le chant dans tout ça ? On ne peut que constater l’effort et l’implication de Waters qui a été jusqu’à prendre des cours de chant pour se mettre à niveau. Il est certain qu’on n’oubliera pas Padden tout de suite, mais le travail a payé pour le guitariste qui signe une prestation remarquable, variée, à la fois old school et moderne à bien des égards, pleine d’émotion lorsque nécessaire (« Every Minute »), un poil théâtral à d’autres moments (« Snap » où il joue le désabusé par dessus un shuffle basse/batterie)… On voit bien que pendant dix ans il a côtoyé un chanteur dont les capacités l’ont inspiré (d’autant que le timbre vocal ne diffère pas énormément) et qu’il n’était pas question de laisser le niveau soudainement et significativement s’abaisser. A ce titre, on ne peut qu’admirer la combativité de Waters qui, avec ce Suicide Society, a véritablement donné de sa personne et refuse de transiger avec sa musique. Au final on peut être déçu de voir une si formidable osmose entre deux musiciens prendre fin mais l’on est rassuré de voir qu’Annihilator maintient le cap de l’excellence, inébranlable.

Voir le clip de « Suicide Society » et « Snap » :

Ecouter la chanson « Creepin’ Again » :

Album Suicide Society, sortie le 18 septembre 2015 chez UDR Music.



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