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Interview   

Anti-Mortem : la jeunesse sudiste se soulève à nouveau


Rares sont les groupes à signer sur une écurie aussi prestigieuse que Nuclear Blast aussi jeunes et pour leur tout premier album. C’est bien que le label, et plus particulièrement Monte Conner – l’ex découvreur de talents de Roadrunner Record – y a vu des garanties. Et, en effet, Anti-Mortem fait preuve d’une étonnante maturité pour des jeunes d’une moyenne d’âge de 21 ans. En même temps le groupe existe depuis plus de six ans et et a largement roulé sa bosse sur les scène locales du Sud des États-Unis.

Et le Sud est ce qui transpire à travers l’album, que ce soit son power metal faisant du pied à la scène texane ou ses senteurs sudistes à la Lynyrd Skynyrd. Le sud, enraciné dans la culture du combo, mais de manière plus générale l’histoire américaine qui leur permet de prendre du recul sur les dérives du présent. Nevada Romo, le guitariste et frère de Larado, chanteur de la bande, ne mâche d’ailleurs pas ses mots lorsqu’il s’agit de dénoncer le matérialisme qu’il associe à de l’esclavage ou les « génocides et meurtres que nous laissons nos leaders et grands businessmen perpétrer en toute tranquillité dans tous les pays ». Voilà de toute évidence d’où provient la hargne dont fait preuve Anti-Mortem sur son premier album, le bien nommé New Southern. On en parle avec le guitariste ci-après.

« Je crois fermement que toute musique a quelque chose à offrir. »

Radio Metal : Votre nouvel album s’intitule New Southern. Il contient une connotation de renouveau. Vous considérez-vous comme la prochaine génération de rock et metal sudiste ?

Nevada Romo (guitare) : Je pense que tous les dix ans, il semblerait que la musique évolue. Les artistes actuels deviennent des légendes et les légendes deviennent des dieux, laissant alors un espace que les gamins peuvent investir. Donc ouais, en ce sens, je dirais que oui.

Peux-tu nous en dire plus sur vos racines sudistes ? A quel point la culture du sud est ancrée dans le groupe et dans la personnalité des membres du groupe ?

J’aime la nature et j’aime la tranquillité. Je suis attaché à ma famille et ceux qui me sont chers ou je prends des bières au bar avec les fans. Je ne qualifierais pas tant cela de sudiste que de classe ouvrière, et après avoir tourné, je vois ça partout où je voyage. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, il y a toujours une putain de quantité de matérialisme inutile qui n’est autre que de l’esclavage, mais je vois ça aussi un peu chez moi.

L’illustration de l’album fait référence à la Guerre de Sécession. Peux-tu nous dire ce que cette illustration symbolise ? Est-ce vous êtes de manière générale branchés par l’histoire américaine ?

J’aime l’histoire… Énormément. [Rires] Je suis un crack pour ce qui est de ça. Pour moi, c’est la mort des stéréotypes dans le Sud et l’Ouest. Je ne suis pas un plouc idiot qui vénère le Nascar. Je ne suis pas raciste. J’en ai simplement ras le cul de la manière dont notre monde est géré. C’est aussi simple que ça. Il y a un message si tu écoutes, nous sommes encore en train de créer notre son, mais globalement j’aime ce que ça signifie.

Dans le communiqué de presse que nous avons reçu avec l’album, le chanteur Larado Romo est cité déclarant que le « hard rock est en train de stagner ». Donc, comment, selon toi, votre musique pousse le genre hard rock vers l’avant ?

Je le soutiens sur ce sujet. Nous sommes à une drôle d’époque, tout est si prévisible, tout a le même son, contient les mêmes accords, les mêmes idées. Dans toutes les musiques. Je pense que la musique va commencer à venir d’autres endroits. En ce qui concerne notre album, je pense que certaines parties sont géniales et d’autres ont des manques. Nous sommes toujours en train d’évoluer, tout comme l’industrie. Il y a des passages sur l’album qui, je trouve, déchirent grave et ensuite des parties où je suis là… « Suivante ! » Mais je pense que c’est une bonne chose. Je pense que c’est un super premier album, mais je fais ça pour construire un héritage tout comme mon groupe, donc nos esprits sont tournés vers le prochain album. Une bonne partie est écrit et nous avons hâte d’entendre le son qu’on aura alors créé.

« Les gens sous-estiment ce qu’un homme pauvre peut apprendre et accomplir s’il arrête de se considérer comme un homme pauvre. »

Dans votre musique, on peut entendre aussi bien du power metal à l’américaine comme Pantera que du rock sudiste à la Lynyrd Skynyrd. Est-ce que ces deux genres sont vos influences principales ?

Eh bien, pour sûr. Mais en aucun cas je les appelleraient mes influences principales. Je ne peux pas dire que j’ai des influences principales. Je crois fermement que toute musique a quelque chose à offrir. Je regarde donc chaque documentaire sur chaque album que je peux, tout particulièrement si c’est dans le périmètre du classic rock.

En tant que titre bonus, il y a sur l’album une reprise de la chanson « A Little Too Loose » de Mr. Big. Ce n’est pas nécessairement le type de reprise qu’on aurait attendu d’un groupe comme le vôtre. Peux-tu nous en dire plus sur ce choix ?

Mec… [Rires] C’est à propos d’Oklahoma City, ça tombait sous le sens, sans compter que ces mecs sont comme des dieux en tant que musiciens. Je suis d’accord : au départ je me disais que c’était un peu étrange pour nous.

L’âge moyen dans le groupe est de 21 ans. Mais d’un autre côté, votre musique sonne très mature. Comment avez-vous atteint cette maturité ?

Eh bien, c’est une longue histoire mais globalement, je dirais que c’est une questions d’être pauvre mais riche dans sa tête et dans son éthique de travail. Nous essayons de retranscrire le monde et ses problèmes dans une chanson. On emmerde l’argent, on emmerde la gloire, si jamais je commence à m’inquiéter de la perversion du monde qu’est le maternalisme et la mode et toutes les distractions que la vie t’envoie, je ne pense pas que je m’intéresserais aux sujets qui m’intéressent ou que je serais la personne que je suis. Je crois que l’oppression à laquelle nous avons toujours été confronté vient de nous-mêmes. Les gens sous-estiment ce qu’un homme pauvre peut apprendre et accomplir s’il arrête de se considérer comme un homme pauvre.

Le groupe comprend deux frères. Est-ce que ça aide à construire une alchimie créative, au moins entre ces deux membres ?

Oh, bien sûr, je dirais que ça pose les bases. Rado et moi allons partir en vrille face à tous les autres [comme on l’a] toujours fait [rires] mais nous nous sommes tous rencontrés à un âge si jeune que nous sommes tous frères aujourd’hui. Nous n’avons pas peur de franchir ces limites personnelles. Ils sont ma famille, je les aime.

Le nom du groupe renvoie au terme « antemortem », ce qui signifie « qui précède la mort ». Donc, qu’est-ce que cette mort à venir représente ? Est-ce qu’il y a une symbolique là derrière ?

Oui et non. Nous étions jeunes et avons simplement coupé « ante » pour mettre « anti », ce qui pour moi signifiait « anti-mort ». Ce qui est carrément pas metal, n’est ce pas ? Mais je crois que le problème est que nous ne ressentons pas un truc ou je ne suis pas en colère sans raison. J’en ai marre du génocide et des meurtres que nous laissons nos leaders et grands businessmen perpétrer en toute tranquillité dans tous les pays. Je suis contre toutes leurs morts, toutes leurs conneries de guerre, leurs fausses nourritures. Ce groupe, pour moi, est l’épée qui me permet de traiter les problèmes dans ma vie. Donc, tu ne peux pas m’enlever l’idée que c’est en train de revenir à ceux qui ont créé le problème et qu’ils devront avoir à faire à lui d’une manière ou une autre.

« L’important c’est le voyage, pas la destination, je ne suis donc pas pressé. »

Le groupe a commencé en 2008, mais votre premier album, New Southern, ne paraît que six ans plus tard. Qu’est-ce qui a pris tant de temps pour sortir ce premier album ?

Nous avons en fait commencé fin 2006. Mais j’avais quelque chose comme treize ans, Rado en avait onze… Nous étions extrêmement jeunes. Il fallait que nous grandissions, nous avions des amis à rencontrer, des gens qui devaient nous escroquer… Et ensuite, c’est sans parler de ce dinosaure mou du cul qu’est l’industrie de la musique.

Est-ce que l’album a été conçu au cours de ces six années ?

Ouais, mais c’est une petite partie, nous avons des centaines de chansons, de jams et d’idées. Tu peux en trouver une ou deux du temps de mes battles de groupes du lycée qui se sont retrouvées sur l’album [rires]. Il a été commencé le premier jour. En partant des endroits différents d’où nous venions, nous avons tous commencé à jouer de la musique et à évoluer. Certaines chansons sont plus récentes, d’autres super vieilles.

Pas beaucoup de groupes signent chez Nuclear Blast pour leur tout premier album. Comment en êtes-vous arrivés à signer chez eux ?

Lorsque Monte Conner était chez Roadrunner, Steve de Skinlab nous a recommandés après avoir ouvert pour eux et nous avons fait des démos avec Bob Marlette pour Roadrunner. Monte et Roadrunner se sont séparés, ce qui nous a renvoyé dans les limbes en termes de label [rires]. Mais ensuite il a contacté notre management, et boom me voilà ! [Rires] J’aime mon label, ils ne nous poussent pas à être vraiment quoi que ce soit et c’est ce qu’on adore.

Vous avez ouvert pour Black Label Society, Killswitch Engage et Five Finger Death Punch. Comment avez-vous réussi à décrocher ça sans même un album en poche ?

De la même manière que les scènes locales le font partout dans le monde. Quelque part dans ta ville il y a une salle où les groupes locaux se bougent le cul, vendent des billets pour se faire un nom. Nous avons fait la même chose et a travers les années, nous avons saisi les occasions d’ouvrir pour nos héros. Ce n’est pas impossible : il faut commencer à jouer partout où tu peux.

Considères-tu le groupe comme pleinement lancé désormais ? Est-ce que nous verrons des album d’Anti-Mortem paraître de manière plus régulière ?

Nous avons toujours été pleinement lancé dans nos têtes [rires]. Mais oui, nous prévoyons de rester pour construire notre héritage. Ça va être du gros boulot mais l’important c’est le voyage, pas la destination, je ne suis donc pas pressé.

Interview réalisée par e-mail le 16 avril 2014 par Spaceman.
Traduction et introduction : Spaceman.
Photos de Clark Deal.

Page Facebook d’Anti-Mortem : AntiMortemUSA

Album New Southern, sorti le 15 avril 2014 chez Nulcear Blast Records.



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