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Chronique   

Apocalyptica – Cell-0


Apocalyptica cherche à conserver une forme d’indépendance créative et refuse toute forme de catégorisation. Le principal dessein de la formation de violoncellistes reste avant tout de maintenir sa motivation et son intérêt, quitte à briser une dynamique pour en embrasser une autre. Au terme de la tournée gargantuesque célébrant les vingt ans de l’album Plays Metallica By Four Cellos, Apocalyptica s’est nourri du succès de cette expérience live pour revoir son orientation musicale et ne pas produire un album équivalent à Shadowmaker (2015). Exit le chant : avec Cell-0 les Finlandais ont créé un concept entièrement instrumental, véritablement à la croisée des musiques contemporaines et de la musique classique.

L’abandon du chant n’est pas définitif, il reflète seulement la liberté que souhaite conserver Apocalyptica. Pour aller jusqu’au bout de sa démarche, le groupe s’est également passé des services de producteurs pour s’atteler à la tâche lui-même. De ce côté, mis à part quelques élans de batterie parfois prédominants, toutes les subtilités de l’instrumentation d’Apocalyptica sont respectées. Cell-0 est composé de neuf plages instrumentales progressives, suffisamment éloquentes pour se passer de lignes de chant. Tout est une histoire d’assemblages qui, pour Apocalyptica, sont à l’image de particules et cellules qui forment un organisme complexe, avec en son cœur une « cellule-zéro », soit l’âme, indéfinissable. Les compositions elles-mêmes se veulent refléter cette idée, ce dès l’ouverture « Ashes Of The Modern World » introduisant l’opus d’une manière hollywoodienne avant de s’appuyer sur un riffing pesant, vite brisé par les breaks rythmiques de Mikko Sirén qui trouve dans le format instrumental l’espace pour s’en donner à cœur joie. Apocalyptica cisèle ses atmosphères, à l’instar des sirènes d’alarme et des bruits d’arsenal balistique que l’on peut déceler en arrière-plan. La formation n’hésite pas à éclater ce qu’elle prend du temps à installer par une élancée thrash qui rappelle, à certains égards, le « One » de Metallica. Cet aspect débridé des instrumentations se ressent tout au long de l’opus. « Cell-0 » opère l’hybridation constante de lignes mélodiques classiques et de riffs metal entraînants. « En Route To Mayhem » profite de rythmes amples et appuyés qui font écho à la musique hip-hop des premières heures. Le groupe a parfois recours aux samples électroniques à l’image du délicat « Call My Name » qui n’est autre qu’une lente progression. « Fire & Ice » les utilise dans un autre registre en privilégiant une atmosphère plus grave et pesante, éclaircie seulement par des instruments à vent qui tirent le titre vers des influences folkloriques.

La fusion opérée par Apocalyptica amène logiquement des disparités au sein de sa musique. Cell-0 excelle lorsqu’il dévoile ses instrumentations classiques – plus présentes que jamais – et la manière dont il cherche à immerger l’auditeur. L’accalmie du pont de « Cell-0 » et son pizzicato deviennent aisément l’instant le plus gracieux du morceau. Idem pour les enchevêtrements mélancoliques de « Rise », rappelant les bandes originales Clint Mansell (The Fountain), qui soulignent l’école classique des musiciens et transportent bien davantage que les débauches d’énergie propres au metal. Celles-ci sont souvent caricaturales, à l’image des élans thrash de « Fire & Ice » qui sentent le Metallica réchauffé ou du « riff-refrain » pataud de « Cell-0 ». Parfois, la méthodologie d’Apocalyptica va jusqu’à balayer d’un revers de main les efforts déployés pour inciter l’auditeur à se concentrer : le riffing apathique du pont de « Beyond The Stars » explose la dynamique et ne parvient pas à élever le morceau, malgré une volonté évidente de créer une forme de catharsis en guise de conclusion. Si l’hybridation est sans doute la caractéristique principale d’Apocalyptica depuis de nombreuses années, Cell-0 révèle que sans chant, la véritable profondeur du groupe réside surtout dans la beauté de ses aspects plus classiques.

On peut se réjouir du retour d’Apocalyptica à une entreprise toute instrumentale, synonyme de créativité accrue, en particulier dans les structures et certaines sonorités. La typicité de la formation s’y prête parfaitement et Cell-0 propose quelques moments poignants. Malheureusement, la facette plus hargneuse du groupe vient trop souvent ternir ces derniers. Souvent trop convenue et abrupte, elle apporte certes de la dynamique mais au détriment de l’immersion. Certains argueront que là est tout l’intérêt de la musique d’Apocalyptica : l’existence d’une passerelle entre deux mondes, même si les deux ne réservent pas toujours un accueil similaire.

Clip vidéo de la chanson « En Route To Mayhem » :

Clip vidéo de la chanson « Rise » :

Clip vidéo de la chanson « Ashes Of The Modern World » :

Album Cell-0, sortie le 10 janvier 2020 via Silver Lining Music. Disponible à l’achat ici



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