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Live Report   

Apocalyptica : le sens du spectacle


C’est la curiosité qui a dû mener certains membres du public devant les grilles du Transbordeur de Villeurbanne en ce soir du 9 juin où allait se produire Apocalyptica. Car même après quinze ans d’existence, les violoncellistes finlandais à poil long restent une bête curieuse dans le metal. Certes, ce triple quinquennat et sept albums ont prouvé que cette originalité avait trouvé son public et Apocalyptica n’est plus seulement le chaînon manquant dont avaient besoin les headbangueurs pour prouver que le metal n’est pas si éloignée de la grande musique.

Il y a quinze ans, avec leur album de reprises de Metallica, Apocalyptica était original, prouvant – peut-être pour la première fois – à Maman que votre musique préférée n’était pas réservée qu’à une bande de bourrins grattant frénétiquement leurs instruments électriques mais qu’elle sied aussi à la musique de chambre. Mais depuis, avec Internet, des reprises aussi – sinon plus – originales de metal avec parfois des instruments non moins originaux se sont multipliées sur les sites de vidéos en streaming. Alors que reste-t-il de ce qui fait la particularité de ce groupe ?


Artistes : ApocalypticaFor Many Reasons
Lieu : Lyon (Villeurbanne)
Date : 9 juin 2011
Salle : Transbordeur

David (F.M.R.)

On entre dans le Transbo pour trouver la réponse où nous recevra déjà un groupe de première partie local, semble-t-il programmé quelques jours seulement à l’avance, jouant un death bien éloigné du style d’Apo, sans doute parce qu’il n’est pas évident de trouver quoi que ce soit qui y ressemble d’assez près. C’est For Many Reasons, dit F.M.R.

For Many Reasons – connu jusqu’alors sous l’abréviation F.M.R. – est le regroupement de plusieurs musiciens reconnus de la scène lyonnaise, notamment l’ex-bassiste de Destinity, David, à la guitare et au chant, et le bassiste actuel de Benighted, Eric. Formé à l’initiative du premier suite à son départ de Destinity, le groupe avait suscité de vives critiques. Notamment au lendemain de leur tout premier concert en première partie de Hypocrisy en février 2010. Était-ce la jalousie de voir un « jeune » groupe faire déjà une belle première partie ? Était-ce la mauvaise fois des sympathisants de l’ancien groupe de David (la séparation ne s’est pas faite très amicalement) ? Était-ce parce que David travaillait dans l’organisation du concert et que, pour certains, ce n’est déontologiquement pas juste ? Ou était-ce tout simplement parce que les critiques étaient fondées ?

Plus d’un an après leurs débuts scéniques, For Many Reasons revient sur une plus prestigieuse scène. Autant dire que ça jase encore, d’autant plus que le death mélodique du groupe semble décalé par rapport au genre particulier d’Apocalyptica et son public. Mais laissons tomber les a priori et voyons ce que le groupe a véritablement dans le ventre. Car au final c’est bien ça qui compte et donnera une légitimité au quatuor.

Eric (F.M.R.)

D’emblée le public se tourne automatiquement vers David, au centre, cheveux tombant sur le visage et revêtu d’une chemise et une guitare blanche contrastant avec le style présenté. Force est de constater qu’il a su conquérir honorablement son poste de frontman. Imposant lorsqu’il se tient derrière le micro, énergique lorsqu’il s’en sépare. Les interventions auprès du public pourraient néanmoins être un peu plus charismatiques. En effet, elles laissent parfois l’impression qu’il s’adresse à des potes plus qu’à une audience. Mais peut-être est-ce simplement parce que le groupe joue à domicile et que nombre de personnes dans l’assistance les connaissent. A sa gauche, Eric fait le show, comme à son habitude, peut-être un peu moins furieux qu’au sein de Benighted. Mais c’est toujours un plaisir de le voir se la donner sur les planches. De l’autre coté, Dédé manque à l’appel. Son remplaçant est discret mais fait parfaitement le job. Notons qu’en réalité l’absence de Dédé n’était qu’éphémère puisqu’il viendra quand même s’ajouter, tout sourire, sur la fin de la prestation pour balancer du riff à trois guitares. Au fond, le cogneur, avec ses lunettes qui lui donne un look de premier de la classe, assure les fondations avec une précision exemplaire et un jeu non dénué de subtilités.

David (F.M.R.)

D’ailleurs, si certains ne les avait pas jugées en place il y a un an – à tort ou à raison – avouons que cette accusation ne tient plus aujourd’hui. Le groupe sonne professionnel. Sa musique, qui plus est, s’avère efficace, avec de très bons riffs. On regrettera seulement quelques vocalises en voix claire de la part de David pas forcément maîtrisées.

Le groupe quitte la scène sur une outro pendant laquelle chaque musicien s’éclipse un a un. Ça fait toujours son effet. Au final, For Many Reasons aura donné un concert de qualité, même si l’audience aura été peu réactive. Normal, comme évoqué plus haut, le public de la tête d’affiche n’est pas forcément le plus à même d’apprécier le death metal des Lyonnais. On attend donc de revoir le groupe sur une affiche plus appropriée et en espérant qu’il saura davantage démarquer sa musique dans un genre où les postulants sont nombreux. Mais pour toutes les bonnes raisons évoquées plus haut, il est clair que For Many Reasons avait tout de même sa place sur la grande scène du Transbordeur ce soir.

Perttu Kivilaakso (Apocalyptica)

Autant le dire tout de suite : le bilan de ce concert d’Apocalyptica ne sera pas négatif. Alors passons tout de suite sur les points noirs pour ne pas conclure là-dessus.

A deux poils près, la liste des titres joués ce soir-là était identique à celle d’octobre dernier au Zénith de Paris. Bien sûr, les Finlandais sont toujours en tournée pour promouvoir leur dernier bébé, leur Septième Symphonie et il est donc relativement normal que plus du tiers de la setlist soit occupée par sept des neuf titres de ce nouvel opus. Mais on ne peut s’empêcher de se dire que ce concert doit être réglé comme du papier à musique et que l’impulsivité a dû avoir le temps de laisser la place à des habitudes, des gimmicks scéniques réchauffés salle après salle, ville après ville.

Mais nous y reviendrons car ce n’est pas le plus dérangeant. Le plus regrettable dans ce concert fut la trop grande place laissée aux reprises. En fait à deux en particulier car on ne peut pas tellement reprocher l’usage de reprises à ce groupe dont les fondations sont ancrées dans leurs premiers succès en tant que cover-band. Même si la sale bête que je suis ne peut s’empêcher de se demander si les Finlandais ne comptent pas trop sur le capital sympathie de titres ultra-connus pour chauffer la salle avec du Metallica et du Sepultura, force est de constater que le public ne s’en plaindra pas.

Paavo Lötjönen (Apocalyptica)

Ce dont on aimerait qu’il se débarrasse à l’avenir dans leur setlist, c’est surtout des chef-d’œuvres dans leur genre que sont « Master Of Puppets » ou « Refuse/Resist » qui sont déjà parfaits dans leur forme originelle et qui se retrouvent défigurées par ces ré-interprétations. Apocalyptica semble s’être bien trop approprié le classique des classiques des Four Horsemen en faisant une version sans sel d’un pilier du thrash. Quant au chant protestataire des Brésiliens, il entraîne plutôt la protestation de nos oreilles quand Perttu Kivilaakso fait grincer son crin-crin pour contrefaire le timbre de la voix de Max Cavalera.

Pour le reste, on ne grognera pas. Même si le passage « reposant » ‘Beautiful/Sacra’ casse un peu le rythme et par conséquent est un peu longuet, sa conclusion avec non pas « Bittersweet » comme ils ont eu l’habitude de le faire pour le reste de leur tournée mais avec leur version du « Nothing Else Matters » de Metallica met tout le monde d’accord.

Eicca Toppinen (Apocalyptica)

Nous supposions plus tôt que ce concert pourrait être réglé comme du papier à musique et que l’impulsivité aurait pu depuis être remplacée par des gimmicks scéniques réchauffés. Eh bien, si c’était le cas, ça ne se voyait pas du tout ! Apocalyptica offre un vrai show. Alors qu’on voit souvent le public français jouer les sceptiques même devant les plus grands, refusant de se laisser guider par les harangues des musiciens, là, les violoncellistes venus du froid ont rapidement brisé la glace.

Perttu scie son instrument avec fureur. Paavo Lötjönen est vraiment l’amuseur public numéro 1, déambulant parfois de manière assez comique sur la scène, lançant parfois un geste vers la fosse pour exciter les rangs de spectateurs devant lui. Eicca, moins démonstratif dans son jeu de scène, se rattrape par son seul charisme (ou son charme selon vos préférences sexuelles). On aime aussi passer du temps (parfois des morceaux entiers) à regarder le jeu de Mikko Sirén derrière ses fûts qui en plus d’apporter de la puissance à la musique d’Apocalyptica, ajoute au spectacle par son style.

Mikko Sirén (Apocalyptica)

Et Tipe ? Bien sûr, il y a Tipe Johnson, chargé du chant pendant la tournée, mais même s’il se montre un frontman énergique et maîtrisant bien son organe, le seul fait qu’il ne fasse que passer de temps en temps et sur seulement quatre morceaux nous empêche de considérer sa présence autrement que comme accessoire (sans compter qu’il ne parvient pas à faire oublier la version studio d’un « I’m Not Jesus » avec Corey Taylor).

Fin de la parenthèse Tipe. Même sans trouver les compositions d’Apocalyptica révolutionnaires, on ne peut mentir sur le fait qu’il savent faire un très bon concert, dynamique et divertissant, plein d’énergie jusqu’au bout de leur rappel avec le classique (lui aussi) « Hall Of The Mountain King » dont tout le monde reprend l’air en criant et en tapant des mains. Ils ne sont pas de ces groupes qui viennent, qui jouent, disent quelques mots entre les morceaux, demandent si « ça va » et s’en vont. Ils ont le sens du spectacle et c’est une bonne raison pour aller au moins une fois à un de leurs concerts.

Une mention très spéciale doit aussi être accordée aux jeux de lumières qui nous en ont mis plein les yeux.

Animalement vôtre.

Setlist d’Apocalyptica :

On The Rooftop With Quasimodo
2010
Grace
Master Of Puppets (reprise de Metallica)
End Of Me
I’m Not Jesus
For Whom The Bell Tolls (reprise de Metallica)
Refuse/Resist (reprise de Sepultura)
Beautiful
Sacra
Nothing Else Matters (reprise de Metallica)
Last Hope
Bring Them To Light
Seek & Destroy (reprise de Metallica)
Inquisition Symphony (reprise de Sepultura)

Rappels :
At The Gates Of Manala
I Don’t Care
Hall Of The Mountain King

Live Report d’Apocalyptica par Animal
Live Report de For Many Reasons par Spaceman

Photos : Spaceman



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  • Dark Zicos dit :

    Je ne suis pas complètement d’accord avec vous sur F.M.R. :
    peut-être ont-ils évolués depuis leur précédent passage sur Lyon (je ne les avais pas vu alors),
    en tout cas, je trouvais que ça manquait encore de mise en place, surtout au niveau de la batterie (qui n’était pas toujours dans le rythme) et du chant (principalement le chant clair qui n’était pas dedans).
    Toutefois, pour nuancer un peu le propos, je trouve que le groupe a d’excellentes idées musicales qui ne méritent que d’être développées.

    Pour Apocalyptica, je ne les avais pas vu lors de leur dernier passage en France (à Paris) donc mon propos est peut-être plus édulcoré :
    c’est un groupe que je prends plaisir à voir et revoir et qui, d’album en album et de tournée en tournée réussi toujours à me surprendre par son évolution continuelle.
    Seul bémol, le chant de Tipe qui n’arrive pas à remplacer ses compères Joe Duplantier ou Corey Taylor… Mais bon, peu de personnes ont une voix caméléon (comme Aspho !!!)

    A part ça, excellent concert !!!
    A quand le prochain DVD du groupe ?

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  • Je suis en extase devant les photos. Spaceman est un bon.

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  • Assez d’accord dans l’ensemble sur ce compte rendu du set lyonnais. Mon seul regret concerne le « Bring them to Light », morceau dont la puissance vocale a été totalement anihilée par le pauvre Tipe Johnson, mais bon pas facile de rivaliser avec notre Joe Duplantier national 🙂

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  • Ah ce concert au Hellfest avec ses deux petites gourdes ^^ je parle bien sur de la fausse note pendant Nothing Else Matter et le jonglage de baguette foiré…
    Néanmoins content de les avoir vus en live, même si je ne sais pas trop si leur prestation était à la hauteur de leurs précédantes…

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    Iadrov

    Je suis admin d’Apo France donc non-objective. ^^ Le concert du Hellfest était pas top, Perttu avait mal à la main, et un problème de piézo à son cello au début. Celui de Lyon était en revanche un des plus beau auquel j’ai assisté, et on se dirige vers la trentaine.

  • Animal, je te tire mon chapeau. Je t’aurais crue prompte à flinguer Apo, je me serais trompée, et j’aurais eu un air con, mérité d’ailleurs.

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