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Interview   

Apocalyptica repart à zéro


Qui a dit qu’il était impossible de faire du metal sans guitare ? Certainement pas les violoncellistes d’Apocalyptica, qui nous prouvent admirablement depuis plus d’un quart de siècle que la distorsion et les riffs burnés ne sont pas l’apanage des gratteux. Après être passés des reprises instrumentales de Metallica aux compositions originales, avoir accueilli dans leurs rangs un batteur permanent, s’être entourés de guests prestigieux pour des titres plus calibrés radio, et enfin avoir fait appel à un chanteur unique, les Finlandais opèrent aujourd’hui un retour aux sources avec Cell-0, premier album intégralement instrumental depuis Reflections, sorti il y a déjà dix-sept ans.

Ironiquement, c’est avec le seul membre actuel de la formation à n’avoir pas enregistré Reflections que nous avons pu échanger sur cette évolution et cet Apocalyptica cuvée 2020. Seul musicien « traditionnellement » metal d’un groupe qui fait toujours figure d’ovni dans le milieu, le batteur Mikko Sirén n’est pourtant pas le dernier à revendiquer les racines classiques de ce nouvel opus. De l’influence de Metallica au concept pointu de l’album, nous avons évoqué avec Mikko la genèse de Cell-0 – et les surprises qui émailleront la future tournée européenne du groupe, en compagnie d’un certain groupe suédois que même son sang finlandais ne l’empêche pas de porter aux nues.

« Nous avons beaucoup parlé ! [Rires] Nous parlons bien trop – peut-être que nous devrions jouer plus et parler moins ! »

Radio Metal : Quand Cell-0 sortira, ça fera presque cinq ans que Shadowmaker est sorti. Vous avez d’ailleurs dit que le fait d’avoir fait une pause dans le cycle habituel était « un vent d’air frais et [que] ça a en grande partie impacté la façon dont [vous] vouli[ez] composer le nouvel album ». Penses-tu que vous avez atteint dans votre carrière un stade où vous avez eu besoin de prendre un peu de recul pour avoir un nouveau regard sur votre musique et le concept d’Apocalyptica ?

Mikko Sirén (batterie) : Non ! [Rires] A l’origine, nous avions un autre plan. Nous avons sorti Shadowmaker en 2015 – comme tu l’as dit, il y a cinq ans qui séparent ces deux albums. Puis nous sommes partis en tournée avec Shadowmaker – nos tournées prennent généralement deux ans, à peu près – et après cette tournée, nous avons réalisé : « Hey, ça fait vingt ans que le premier album d’Apocalyptica, Plays Metallica By Four Cellos, est sorti. Faisons une toute petite tournée pour célébrer cet album ! » Nous pensions que nous ferions vingt, peut-être trente concerts maximum, dans les grandes villes d’Europe, quelques-unes aux Etats-Unis, peut-être un peu en Amérique du Sud, peut-être en Asie, une ville en Russie… Nous avons mis en vente ces concerts, et tout d’un coup, il y a eu une énorme demande de la part des promoteurs, donc nous avons ajouté quelques dates. Mais ça ne s’est pas arrêté là, donc nous en avons encore ajouté. Les gens étaient vraiment excités : « Pourquoi est-ce que vous allez ici et pas là ?! » Donc nous avons ajouté encore plus de dates, et c’est devenu incontrôlable ! Ce qui est super, nous en sommes plus que reconnaissants. Mais l’idée de faire vingt ou trente concerts, puis d’aller en studio, est partie en vrille. Ça n’a tout simplement pas marché. Nous avons fini par tourner pendant deux ans et demi et jouer deux cent trente concerts dans quarante-sept pays. C’est devenu absolument dingue. Mais c’était super, et en fait, ça a été crucial pour cet album, Cell-0.

Quand nous avons fait la tournée Plays Metallica, nous étions revenus au point de départ d’Apocalyptica. C’était des violoncelles qui jouaient du metal progressif, des versions instrumentales. Et quand nous avons vu la réaction du public, à quel point ils embrassaient l’atmosphère que nous créions… Ils étaient tellement excités et contents de nous voir faire ça après tout ce temps que nous avons commencé à penser que peut-être nous devrions faire plus de choses comme ça. Pas plus de chansons de Metallica, mais plus de ce qui représente le noyau dur d’Apocalyptica : le metal progressif avec les violoncelles mis en avant. Tout le cycle nous a fait dire que c’était exactement ce que nous devions faire. Ceci nous a conduits en studio bien plus tard que nous l’avions imaginé à l’origine, mais avec une idée toute fraîche. Si nous avions été en studio directement après Shadowmaker, il est très probable que nous aurions fait un tout autre type d’album. Je ne dis pas que ça aurait été mieux ou pire, mais ça aurait été différent. Etant là maintenant, après tous les retours de nos fans, nous sommes super fiers et contents d’avoir pu créer un album conceptuel orignal d’Apocalyptica, dix-sept ans après le dernier album instrumental. C’était très inspirant, et nous sommes fiers et contents d’être là pour parler de notre nouvel album.

Commercialement parlant, ça avait du sens d’ajouter du chant à vos chansons, car les gens s’identifient plus naturellement et facilement avec un chanteur que des violoncelles, surtout dans le metal. Mais penses-tu que le groupe avait perdu une part de son caractère, de sa spécificité ou même de son charme originel en faisant ça ?

Je pense que c’est une question de goûts personnels. Personnellement, je dirais oui et non. Je crois que nous avons beaucoup gagné quand nous avons commencé à ajouter du chant. Nous avons gagné d’autres dimensions. Disons qu’après Cult, qui était le précédent album instrumental, si nous avions continué à faire des musiques instrumentales, le groupe aurait depuis longtemps disparu. L’une des clés dans ce groupe, c’est qu’il faut que nous ayons l’impression de nous développer et de nous donner des défis, que nous allions de l’avant. En conséquence, le fait d’ajouter du chant était crucial pour notre motivation et notre passion. Nous avons pu créer de la musique qui n’aurait pas été possible avec seulement des violoncelles. Maintenant, nous sortons de nouveau un album instrumental, et le fait que nous puissions sortir tous ces types de musique crée une aventure incroyable. Très peu de groupes sont en position de pouvoir faire ça. Nous sommes de gros chanceux : nous pouvons nous amuser et faire cette extraordinaire musique tout en restant constamment fidèles à nous-mêmes. Durant tout ce temps, nous avons eu le sentiment de faire la musique que nous voulions faire. Je ne retirerais pas un seul jour de cette carrière. Encore une fois, nous adorons toujours jouer ces chansons. Il y a une grosse portion de nos fans qui adorent absolument « I Don’t Care », ou notre version de « Seemann », ou peu importe quoi. En conséquence, ce n’est pas quelque chose que nous pensons être mieux ou moins bien. Ça fait partie de ce qu’est Apocalyptica.

Comment comparerais-tu l’expérience d’écriture de morceaux prévus pour être chantés et celle pour des morceaux instrumentaux ? Quels sont les avantages et inconvénients des deux approches ?

C’est comme les pommes et les oranges – deux approches différentes – et j’adore les deux. Quand on fait des morceaux chantés, surtout quand ils sont prévus pour être des chansons qui pourraient passer à la radio, il y a beaucoup de règles à respecter. Ça fait que le bac à sable dans lequel on travaille est assez réduit. Mais je vois les règles comme étant inspirantes ; je ne les vois pas comme étant limitantes. Il faut trouver comment cocher tout ce qui est nécessaire, mais de façon intelligente et originale. Puis avec la musique instrumentale, et surtout avec le metal progressif instrumental, tu fais la meilleure musique possible et dont tu peux être fier. C’est la seule règle, et c’est extraordinaire. Nous étions aux anges en faisant cet album. Durant l’enregistrement, nous avons en fait trouvé que nous nous étions créé des règles et des restrictions que personne d’autre ne réclamait. Nous étions là : « Non, on ne peut pas faire ça ! » Et puis, nous nous sommes demandé : « Pourquoi on ne peut pas le faire ? » « Non, on ne peut pas le faire ! » « Mais pourquoi ?! » « Eh bien… Parce que… » Sans raison ! Et alors nous l’avons fait. C’était libérateur de réaliser qu’à certaines occasions, nous sommes en fait nos pires critiques – de façon négative, car nous nous mettons des barrières qui ne devraient pas exister. Nous avons pu nous débarrasser en grande partie de tout ça durant le processus de création de cet album.

« Si tu penses à une chanson, tu fais de petites notes, des breaks, et des pauses. Tout ça crée une chanson – presque. Ce qui définit une chanson, c’est cette cellule zéro, le facteur X, l’âme de la chanson, qu’on ne peut pas marquer avec des notes. »

Justement, était-ce aussi libérateur de ne pas avoir les contraintes des paroles et des lignes de chant ou était-ce un défi de faire des morceaux instrumentaux qui soient intéressants sans cet élément d’accroche qu’est le chant ?

Oui, les deux. Evidemment, les textes dictent pas mal la chanson, alors que la musique instrumentale ne fait que donner des pistes. Le contenu qui est évident, c’est le titre du morceau. Encore une fois, je trouve les deux approches extrêmement excitantes et fascinantes, et j’adore faire les deux. Maintenant, pour revenir à cet album, comme nous avons fait beaucoup de morceaux chantés par le passé, c’était quelque chose que nous avons pris beaucoup de plaisir à faire à ce moment-là. Nous étions ravis de plonger là-dedans. A la fois, curieusement, nous avons encore plus réfléchi qu’avant au titre de l’album et aux titres des chansons. Ce sont les seuls indices que nous voulions donner – excepté la pochette. Ça aussi a été hyper réfléchi et est très lié au contenu. Cell-0 est un album conceptuel. Nous voulions sortir un album qui soit soigneusement réfléchi, sachant que nous ne donnerons pas toute l’histoire ; nous donnerons seulement de très subtiles lignes directrices générales, et ensuite les gens prendront la musique, les titres de chansons, les tout petits indices que nous donnons, et ils créeront leur propre histoire à partir de ça. Nous avons créé ce… Comment aborder ça ? Bon, nous avons beaucoup parlé ! [Rires] Nous parlons bien trop – peut-être que nous devrions jouer plus et parler moins ! Mais bref, nous avons beaucoup parlé et nous en sommes venus à penser à de petites particules.

C’est là-dessus que se basent principalement la pochette et la conception de cet album : comment on prend de petites particules et les assemble pour créer quelque chose de grand et d’imposant. Si tu penses à un organisme vivant, les cellules créent des entités, mais même là, il manque quelque chose. Donc nous avons créé cette « cellule zéro », qu’on peut appeler la particule de Dieu – quelque chose d’indéfinissable, quelque chose qu’on ne peut pas identifier, quelque chose qui est dans l’essence de tout. C’est quelque chose sur lequel nous nous sommes focalisés quand nous avons pensé à la manière dont les particules créent des entités. Si tu penses à une chanson, tu fais de petites notes, des breaks, et des pauses. Tout ça crée une chanson – presque. Ce qui définit une chanson, c’est cette cellule zéro, le facteur X, l’âme de la chanson, qu’on ne peut pas marquer avec des notes. Ça ne se traduit pas, c’est juste quelque chose qui est là – ou n’est pas là. C’est un peu la cellule zéro pour la musique. Quand on pense aux êtres humains en général, c’est extraordinaire de voir à quel point l’homme est devenu doué pour réaliser des créations magnifiques à partir de toutes petites particules – des puces ou des gadgets électroniques ou des édifices. Les êtres humains sont très bons quand il s’agit de manier ces particules et d’en faire quelque chose de plus grand. Et malgré tout, nous dépensons de plus en plus d’énergie et de temps à détruire les choses… Nous dépensons plus d’argent et faisons plus d’effort pour créer des flingues et des explosifs pour bousiller des trucs, au lieu de nous concentrer pour faire les choses comme il faut, résoudre des problèmes ou créer des médicaments.

Ces particules qui se connectent étaient notre fil rouge quand nous avons commencé à parler de l’univers de Cell-0, et à partir de là, sont venus les titres des chansons, auxquels, comme je l’ai dit, nous avons passé beaucoup de temps à réfléchir. Nous nous sommes demandé comment ils s’intégreraient à l’histoire et comment ils apporteraient des approches différentes à l’ensemble. Comme nous n’avons pas de textes et que nous n’allons pas donner toute l’histoire ou toutes les réponses, nous voulons déclencher une étincelle qui soulève une question. C’est important pour nous que les gens se demandent : « Est-ce qu’ils ont voulu dire ça ? Qu’est-ce qu’il y a là-derrière ? » C’est excitant. Et ensuite, ce sera intéressant d’entendre l’interprétation des gens : « Quand j’ai entendu la chanson et vu le titre, j’ai pensé ceci. » C’est cool.

Eicca a déclaré que vous aviez « trouvé des particules de [votre] univers qui [vous] était jusqu’alors inconnus ». Quelles sont ces particules que vous avez trouvées ? Et comment êtes-vous parvenus à les trouver – en dehors du fait de trop parler ?

[Rires] Je pense que c’est ça le truc : quand nous nous sommes débarrassés de ces limites que nous nous imposions nous-mêmes, nous avons réalisé que nous pouvions aller plus loin. Pour parler de façon très technique, nous pouvons inclure des instruments que nous n’avions pas encore inclus jusqu’à présent. Ça nous a ouverts à d’autres univers. Je ne sais pas exactement à quoi Eicca faisait référence, mais je pense qu’il y a sûrement de ça. Encore une fois, nous avons beaucoup parlé durant la conception de cet album…

Mais c’est bien ! Un groupe a besoin de communiquer !

Oui, mais peut-être que nous devrions jouer davantage ! [Rires] Mais comme je l’ai dit, nous étions tellement excités de faire de cet album une œuvre d’art globale que nous trouvions important qu’il contienne ce message, même s’il n’est pas entièrement expliqué au public. Il est là. Il était dans nos têtes quand nous avons écrit la musique et pendant que nous produisions l’album. L’artwork en faisait également partie. Quand nous avons trouvé le titre Cell-0, ce cadre principal pour l’ensemble, nous avons abordé chaque chanson comme une peinture dans ce cadre. Quand vous pourrez enfin voir les illustrations, vous verrez qu’il y a des ouvertures dans le livret. Il y a neuf ouvertures, et chacune d’entre elles est comme une œuvre d’art, comme une peinture représentant chaque chanson. Ça donne une autre dimension et profondeur à chaque chanson.

C’est intéressant. Aujourd’hui, les gens ont tendance à acheter les albums en digital. Pour celui-ci, il faudra clairement qu’ils se procurent la version physique !

J’ai vu la version vinyle il y a quelques jours. Je ne pouvais pas l’emporter, mais j’étais là : « Oh, c’est magnifique ! » « Ce n’est pas à toi, rends-le ! » C’est extraordinaire. C’est un double vinyle, avec trois panneaux quand tu l’ouvres. Il y a ce gros livret de la taille d’un vinyle, avec des images vraiment stupéfiantes. Nous sommes également très excités par ça. Nous sommes excités par tout ce que nous faisons ! C’est tellement égoïste de notre part !

« C’est aussi une façon de dire : ne nous collez pas d’étiquette ! […] Il y a des éléments classiques évidents, parce que c’est avec ça que les gars ont grandi. Et puis, il y a plein d’éléments de la musique populaire, que ce soit le metal, le hip-hop ou autre. Tout ça se retrouve dans cette grande marmite. »

On ne peut s’empêcher de remarquer à quel point ce nouvel album est imprégné de musique classique, ce qui crée un meilleur équilibre ou une meilleure fusion avec les influences metal. Etait-ce une décision consciente pour rapprocher encore plus les deux mondes ou bien était-ce votre façon de vous émanciper des deux mondes à la fois ? Car on pourrait dire que cet album n’est ni vraiment metal ni vraiment classique… et pourtant un peu des deux à la fois.

Je pense que tes deux interprétations sont justes. C’est notre manière de montrer que nous venons des deux mondes. Et c’est aussi une façon de dire : ne nous collez pas d’étiquette ! Mettre une étiquette sur l’album, ou je ne sais quoi, ce n’est absolument pas intéressant. Ça reflète tout ce qu’Apocalyptica était en 2019, quand nous l’avons enregistré. C’est un peu un journal intime ; c’est ce que nous sommes, tout est là-dedans. C’est l’un des rares albums où nous avons le sentiment d’être parvenus à faire tout ce que nous cherchions à faire. Rien n’était pas à la hauteur, genre : « Oh, ça, ça aurait pu être un petit peu mieux. » Nous sommes parvenus à créer tout ce qui était dans nos capacités. Aussi, nous n’avons pas voulu nous limiter en termes de style. Nous ne voulions pas penser à des étiquettes. Tous les quatre, nous sommes des personnes très différentes, et musicalement, c’est pareil – nos backgrounds, nos goûts, ce que nous aimons écouter… Quand nous avons tout mis sur la table, le terrain d’entente que nous avons trouvé, là où toutes nos influences se rejoignent, c’est ça Apocalyptica. Il y a des éléments classiques évidents, parce que c’est avec ça que les gars ont grandi. Et puis, il y a plein d’éléments de la musique populaire, que ce soit le metal, le hip-hop ou autre. Tout ça se retrouve dans cette grande marmite.

A l’époque où vous avez démarré votre collaboration avec Franky Perez, vous étiez hésitants à le qualifier de membre officiel, et vous aviez déclaré être passés par « plusieurs concepts, et [vous] voul[iez] encore l’option de changer de concept pour faire autre chose ». On dirait que vous aviez un peu peur que le fait d’intégrer un chanteur officiel compromette votre flexibilité et votre liberté artistique. Du coup, est-ce que Cell-0 représente le genre de flexibilité que vous voulez à tout prix conserver dans le groupe ?

Oui. Exactement. C’était la raison pour laquelle nous ne voulions pas que Franky, ou un chanteur en général, dicte notre musique. Nous adorons faire des morceaux chantés, et nous continuons à en faire. Mais même là, nous fixions des limites : le groupe n’a pas changé, nous sommes toujours aussi flexibles. Ceci est simplement la plus grande extrémité, pour nous, en termes de flexibilité dans le cadre instrumental. Ceci étant dit, même si c’est un très bon album instrumental, que nous en sommes super fiers et que nous ne changerions rien, les morceaux chantés sont aussi une part importante d’Apocalyptica. Même si ça peut paraître bizarre, dans une semaine et demie, nous prenons l’avion pour Los Angeles pour enregistrer deux morceaux chantés ! Donc on ne peut quand même pas nous étiqueter comme étant un groupe instrumental, car nous adorons tout faire. Mais avec cet album, nous nous focalisons sur la musique instrumentale.

Penses-tu que la musique instrumentale peut être aussi éloquente que les mots – si ce n’est plus ?

Clairement. Si on songe aux bandes originales de films, tout le monde reconnaîtra que les meilleures de ces dernières peuvent être incroyablement émotionnelles et évocatrices. Prends Il Etait Une Fois Dans L’Ouest d’Ennio Morricone : toute la bande originale, du début à la fin, le voyage dans lequel il t’emmène… C’est époustouflant. C’est quelque chose que nous admirons tous, et je pense que nous essayons d’injecter ces éléments et ces qualités dans notre musique.

Quand vous écrivez un morceau instrumental, avez-vous déjà en tête une idée de ce que vous voulez exprimer avec, de quoi elle parle, ou bien est-ce que ça vient après, quand vous interprétez la musique ?

Ça peut aller dans les deux sens. Quand on compose de la musique, évidemment, on s’implique énormément émotionnellement. Il faut donner de soi, et même avec de la musique instrumentale, il faut avoir une idée instinctive de l’émotion qu’elle génère, du fil rouge. Pour ce qui est de le définir pour d’autres gens, et c’est là que les titres entrent en jeu, ça peut varier après, même si l’idée de base reste la même. Il faut trouver des manières compréhensibles de la présenter aux auditeurs.

Après avoir travaillé avec de prestigieux producteurs, comme Nick Raskulinecz et Joe Barresi, vous avez décidé de produire ce nouvel album vous-mêmes. Votre philosophie à cet égard est-elle désormais qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ?

[Rires] Nous avons pu faire des choses sensationnelles avec Raskulinecz et Barresi – ou Jacob Hellner, qui a produit Worlds Collide. Nous avons énormément appris de ces gars. Et nous continuions à apprendre ! Il était d’ailleurs dans la boucle pendant que nous faisions cet album. Quand nous avions compris que nous voulions faire un album instrumental, durant la tournée Plays Metallica, nous voulions revenir aux émotions que le groupe avait en faisant les premiers albums. Donc nous nous sommes demandé : « Qui connaîtrait le mieux ce type de musique ? Oh, Apocalyptica ! Eux savent mieux que quiconque. » Je ne dis pas que nous maîtrisons tout, mais nous avons recueilli des informations grâce à toutes ces incroyables et adorables personnes. Nous avons sérieusement discuté, nous y avons longuement réfléchi, et nous étions convaincus que, pour que nous puissions créer l’album que nous voulions créer, comme nous voulions le créer, nous étions absolument les meilleurs producteurs.

Pour les morceaux chantés, nous trouvons que nous pouvons gagner à faire appel à des producteurs, donc nous avons des producteurs extraordinaires pour les chansons à venir. Mais pour Barresi et Jacob… Nous avons consulté Jacob au sujet de l’ordre des chansons. Nous avions établi un ordre, et ensuite nous l’avons envoyé à Jacob, disant : « Qu’est-ce que tu en penses ? » C’est vraiment une personne adorable. Il a dit : « Avez-vous songé à cet ordre ? » Et nous étions là : « Maintenant ça bousille tout ! Tout était génial, et maintenant un mec suédois est en train de tout démolir. » Puis nous nous sommes dit : « Il a absolument raison ! » Maintenant, nous avons déjà mixé le premier morceau chanté, et nous avons demandé à Joe Barresi de le mixer, car c’est une personnalité musicale et un ingénieur de mix extraordinaires, et c’est ce que nous recherchions chez lui. Tous ces gens nous accompagnent constamment, et le fait d’avoir les plus grands esprits musicaux au monde dans notre équipe, c’est fantastique.

« J’adore les batteurs, et je n’ai jamais l’occasion de jouer avec un batteur, parce qu’il y a rarement besoin de deux batteurs. Donc quand il y a une possibilité de jouer avec un autre batteur, c’est un enchantement absolu. »

Tu n’arrêtes pas de mentionner ces morceaux chantés, et maintenant j’ai envie de te demander : qui chante sur ces chansons ?

[Rires] Ce sont des chanteurs ! Je promets que nous ne chantons rien ! Malheureusement, je ne peux pas te dire qui c’est. Ça sortira bientôt. Nous allons sortir un troisième single instrumental de Cell-0 bientôt. Je devrais connaître la date, mais je ne m’en souviens pas ! Puis plus tard, l’année prochaine, nous sortirons des choses en plus de ça. C’est quelque chose que nous avons découvert avec l’époque moderne, des choses que nous utilisons pour encore mieux servir nos fans. Nous voulions faire cet album pour nos fans hardcore, pour montrer l’essence d’Apocalyptica. Nous ne voulons pas gâcher ça, nous voulons que l’album soit ce qu’il est, mais à la fois, nous voulons offrir ces morceaux chantés aux gens qui adorent absolument le côté vocal. Nous ne voulons pas mélanger les deux, nous voulons les sortir séparément, de façon différente. Donc ces morceaux chantés seront seulement disponibles sur les services de streaming au début.

Vous allez tourner avec Sabaton en janvier. On dirait que ces derniers temps, il y a une véritable histoire d’amour entre Apocalyptica et Sabaton : vous avez sorti la reprise de leur chanson « Fields Of Verdun » avant même que leur version originale soit sortie, et vous avez récemment collaboré sur une version retravaillée de leur chanson « Angels Calling », pour montrer à quoi les gens peuvent s’attendre sur la tournée. Qu’est-ce qui a rapproché Apocalyptica et Sabaton au départ ?

Nous voulons saluer Sabaton pour avoir initialement proposé l’idée. Pär [Sundström], qui est leur bassiste, est venu voir l’un de nos concerts il y a un an et demi, quand nous étions encore en train de faire la tournée Plays Metallica. Il nous a dit : « Ouais, je voulais juste voir le concert », et après, il nous a dit qu’il avait beaucoup aimé. Il trouvait que la manière dont la plupart des tournées étaient mises en place était un peu ennuyeuse. Il y a un groupe d’ouverture, peut-être un second groupe d’ouverture, et puis la tête d’affiche. Ils jouent les uns après les autres, puis la tournée est finie, et ils retournent à leurs autres activités. Il pensait que ce pourrait être tellement plus intéressant si on pouvait y mettre rien qu’un petit peu plus d’effort. Donc il avait une idée en plusieurs étapes. D’abord, durant la tournée, tout est entremêlé. Il voulait créer une soirée, pas trois concerts séparés. Donc ce qu’il se passe, c’est qu’Amaranthe démarre la soirée et [le violoncelliste] Perttu [Kivilaakso] joue avec eux. Quand nous jouons, la chanteuse d’Amaranthe Elize [Ryd] vient chanter avec nous, et quand Sabaton joue, nous jouons avec eux. C’est un aspect. Par-dessus ça, comme tu viens de le dire, il a suggéré : « Ecrivons de la musique en même temps ! » Juste pour la tournée, pour monter que ce ne sont pas des morceaux irrationnels pris hors de leur contexte, et que le tout forme un ensemble. Puisque nous sommes en tournée ensemble, faisons de la musique ensemble ! C’est bien plus marrant, et pour les fans, c’est bien plus inspirant : « Qu’est-ce qu’ils vont nous proposer ensuite ?! » Ces deux étapes ont déjà été faites, et il y a encore plus à venir une fois que nous serons en tournée. C’est l’état d’esprit suédois : ils sont incroyablement talentueux quand il s’agit de créer toutes sortes de choses – et c’est moi, un Finlandais, qui le dis ! Je suis un tout petit peu jaloux, mais surtout fier de mes amis suédois ! [Rires]

Tu es en train de dire face à une caméra que les Suédois sont extraordinaires, donc…

Ils ont Saab, ils ont Ikea, ils ont ABB, ils ont ABBA, ils ont Zlatan… Nous avons Nokia, mais maintenant c’est en faillite ! [Rires]

Est-ce que la prochaine étape pourrait être de faire tout un album de musique originale ensemble ?

[Réfléchit] Je pense que personne n’a pensé à ça, mais maintenant que tu le dis haut et fort… Je veux dire, qui sait ?! Tu seras la productrice ! Nous t’appellerons !

Dans le clip de « Angels Calling », on peut te voir jouer sur un kit de batterie assez inhabituel. Je suppose que c’était logique qu’Hannes [Van Dahl] joue de la batterie sur cette chanson comme il le fait d’habitude, mais comment avez-vous imaginé cette installation ?

En fait, j’ai construit ce kit pour la tournée Plays Metallica. C’est cette batterie absurdement folle que j’ai créée et appris à détester ! [Rires] C’est tellement dur de jouer dessus, et ça prend une éternité à installer et désinstaller ! Evidemment, c’est une chanson de Sabaton, et ce sont les parties de batteries d’Hannes. Donc mon truc, c’est d’aborder ça comme un percussionniste. C’était super marrant. Ce sont d’extraordinaires musiciens, et c’est toujours… J’adore les batteurs, et je n’ai jamais l’occasion de jouer avec un batteur, parce qu’il y a rarement besoin de deux batteurs. Donc quand il y a une possibilité de jouer avec un autre batteur, c’est un enchantement absolu.

Peux-tu nous en dire plus sur les collaborations sur « Fields Of Verdun » et les autres chansons de Sabaton que vous avez retravaillées et que vous jouez sur la tournée, comme « Angels Calling » ou « Carolus Rex » ? Comment avez-vous travaillé ensemble ?

« Fields Of Verdun » était une autre idée de Pär. Je trouvais que c’était le truc le plus marrant qui soit : Ils sortent un album tant attendu, et la première chose qu’ils dévoilent n’est pas leur version du single, mais la nôtre ! Ce n’était pas pour être méchants avec les fans de Sabaton, mais pour s’amuser. Et puis, peu de temps après, ils ont sorti leur propre version. C’était absolument l’idée de Pär. Il a dit : « J’ai cette idée, et je trouve que c’est génial ! » Et nous avons dit : « On trouve aussi que c’est génial ! » Ensuite, nous étions libres de faire la version que nous trouvions coller le mieux à Apocalyptica. Pour toutes les autres chansons que nous faisons durant le set – sans les citer pour ne pas gâcher la surprise des gens qui viendront voir le concert, je peux quand même dire qu’il y en a pas mal –, les arrangements ont été faits très simplement. Genre : « Il y a l’arrangement de Sabaton. Qu’est-ce que des violoncelles pourraient apporter en plus ? Où peut-on trouver de la place pour avoir un rôle prépondérant et où peut-on venir en soutien ? » C’est l’interaction normale entre musiciens, mais encore une fois, c’était très marrant. En étant sur scène avec eux : ils ont une énergie tellement positive lorsqu’ils jouent. Ils sont tout sourires, et ça se reflète dans le public qui les leur renvoie. Les soirées qu’ils créent sont extrêmement chaleureuses.

En dehors du fait que vous ayez directement travaillé avec le groupe, quelles sont les différences entre jouer Metallica par quatre violoncelles et jouer « Fields Of Verdun » par quatre violoncelles ?

[Réfléchit] Je ne sais même pas s’il y a une différence. C’est une chanson que nous essayons de jouer de façon à mettre l’accent sur les caractéristiques principales. Nous essayons de trouver les éléments clés, les pierres angulaires émotionnelles, et nous les soulignons. C’est ce qui arrive pour les chansons de Metallica comme pour celles de Sabaton. Ensuite, nous essayons de jouer aussi bien que possible. Je ne crois pas, en fait, qu’il y ait une énorme différence. Avec Metallica, nous sommes fans depuis tout gamins, donc les chansons ont un certain point, mais rien d’autre.

Interview réalisée en face à face le 27 novembre 2019 par Tiphaine Lombardelli.
Retranscription : Tiphaine Lomnbardelli.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ville Juurikkala (2 & 4) & Leyda Luz (5).

Site officiel d’Apocalyptica : www.apocalyptica.com.

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