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Interview   

Aquaplaning avec Kiko Loureiro


Kiko Loureiro est un bavard ! Impossible d’en placer une avec ce type ! C’est quand on croit qu’il a fini sa réponse et qu’on commence à poser la question suivante qu’il reprend et argumente à nouveau. Mais, entre nous, c’est toujours un plaisir de s’entretenir avec un artiste plein de bagou comme Kiko. Son accent brésilien ajoutant un charme certain. Et puis ça nous a permis d’aborder un sujet fort intéressant qui pourtant n’était pas prévu au programme : celui de la langue portugaise, la langue maternelle d’Angra, et la raison qui a poussé le groupe, finalement, à si peu l’utiliser dans sa musique.

Bien entendu Kiko nous dévoile les secrets d’Aqua, le tout nouvel album d’Angra. Un album fort, assurément, et aux multiples couleurs. Sans compter qu’il marque le retour au bercail de l’éminent batteur Ricardo Confessori. Kiko nous relate aussi la tournée en co-headlining avec l’autre grosse pointure brésilienne – qui, n’en déplaise à ses détracteurs, se porte également à merveille musicalement – je parle bien entendu de Sepultura. C’était aussi l’occasion d’évoquer les vingt ans que le groupe s’apprête à fêter et poser la question fatidique : à cette occasion, un événement réunissant Angra et ses anciens compères, André Matos et Luis Margutti, pourrait-il être envisageable ?

Toutes les réponses ci-après.

(A propos de Ricardo Confessori) « Nous avons passé huit ou neuf ans ensemble et, aujourd’hui, lorsqu’on regarde en arrière, on ne se souvient que des bonnes choses. Si on y réfléchit, nous n’avons eu des problèmes avec lui que pendant six mois, et pour le reste, ce sont huit années d’amitié. C’est comme ça que nous voyons les choses. »

Radio Metal : En 2008, un message d’Edu Falaschi annonçant qu’Angra était « terminé » a provoqué quelques malentendus. Quel était le statut du groupe à l’époque ? Avez-vous simplement fait une pause, ou avez-vous vraiment envisagé de tout arrêter ?

Kiko Loureiro (guitare) : Nous avons enregistré Aurora Consurgens en 2006, puis nous sommes partis en tournée en 2007. En 2008, nous avons eu des problèmes de management. Pour moi, ce n’était qu’une pause. Nous étions en plein changement de manager : le groupe était toujours là, mais d’un point de vue artistique, il ne se passait rien. Tout s’est très bien passé : Rafael a enregistré son album solo, moi le mien, et je suis parti en tournée avec Tarja Turunen. Nous avons pris une pause d’un an et ça s’est très bien passé. En 2009, nous avons décidé de revenir pour donner des concerts, sans enregistrer d’album. Nous avions simplement envie de monter sur scène. Puis nous avons ensuite été en contact avec Sepultura et sommes partis en tournée avec eux, en tant que deuxième tête d’affiche. De toute notre carrière, nous n’avions encore jamais joué ensemble. C’était génial d’avoir les deux groupes sur la même scène, surtout pour le public brésilien. Fin 2009, nous avons commencé à composer ce nouvel album. Au milieu de notre année de break, les gens ont commencé à évoquer plein de choses différentes. Nous ne voulions pas parler de cette histoire de management ; tout ce que nous voulions, c’était parler musique. Du coup, nous ne nous sommes jamais exprimés dans la presse sur ce qui se passait et le public a fini par croire que l’aventure était terminée. Ce n’était pas le cas.

En mars 2009, Angra a annoncé le retour de Ricardo Confessori. Comment cela s’est-il fait ?

Rafael a invité Ricardo à participer à son album solo. Ces deux-là n’ont jamais cessé d’être amis, ces dernières années, alors Rafael a demandé à Ricardo de venir jouer sur quelques chansons de son album solo. Ricardo a ensuite approché le groupe et nous avons retrouvé notre vieille amitié. Nous avons arrêté de jouer ensemble en 2000 et nous ne l’avions pas vu depuis des années. Nous avions des problèmes avec notre batteur de l’époque, Aquiles [Priester] : il avait son propre groupe, dans lequel il était très impliqué. Et comme Ricardo souhaitait revenir chez Angra…

Ricardo a été plus ou moins abandonné par ses collègues de Shaman et a dû trouver de nouveaux musiciens pour enregistrer un troisième album. Cet album n’a eu que peu de succès. Penses-tu que cela l’ait motivé à rejoindre Angra ?

Il a toujours son groupe, tu sais. Je pense que ce qui l’a motivé – et nous avec – c’est l’alchimie qu’il y avait entre nous par le passé. C’était vraiment génial de jouer ensemble. Le feeling était excellent. Et jouer de nouveaux et de vieux titres avec Ricardo et son style de jeu était un vrai bonheur. Ce qui motive les musiciens avant tout, c’est la musique. Le public peut penser que nous sommes motivés par autre chose, mais notre priorité, c’est la musique et ce qu’on ressent quand on joue ensemble. Et puis Ricardo a toujours son groupe. Je ne sais pas combien de temps nous jouerons ensemble mais ça n’a pas d’importance parce que tout se passe bien pour l’instant. C’est le plus important.

Vous avez retrouvé les mêmes sensations qu’il y a neuf ans ?

Oui, exactement. C’est ce qui a motivé tout le monde. C’est surprenant parce qu’on a beau voyager partout, lorsque l’on retrouve quelqu’un que l’on n’a pas vu depuis longtemps, on a l’impression qu’il a toujours été là. C’est presque comme s’il n’y avait jamais eu de break. Les gens ne changent pas tant que ça, c’est drôle. Et d’ailleurs, seuls les bons souvenirs demeurent. Nous avons passé huit ou neuf ans ensemble, et aujourd’hui, lorsqu’on regarde en arrière, on ne se souvient que des bonnes choses. Si on y réfléchit, nous n’avons eu des problèmes avec lui que pendant six mois, et pour le reste, ce sont huit années d’amitié. C’est comme ça que nous voyons les choses.

Angra s’apprête à sortir un nouvel album, Aqua. Cet album démarre avec le titre « Arising Thunder », qui fut le premier à être révélé. C’est une chanson de speed metal classique, assez différente du reste de l’album, qui est lui plutôt progressif. Était-ce une façon de commencer l’album en terrain connu avant de dévoiler les nouveautés ?

Tu peux le voir comme ça. Mais chaque chanson de cet album est différente de la précédente, et je pense qu’Angra a toujours fait ça. Il y a la traditionnelle chanson speed, qui est celle-ci ; il y a aussi un titre progressif, un titre pop-rock, une ballade calibrée radio, une chanson plus classique, une autre ethnique… On essaie d’avoir un peu de tout, et il faut bien commencer par quelque chose. Tout est une question d’énergie, pas de facilité d’écoute. Je ne sais pas si cette chanson est facile d’accès, mais elle est puissante et directe. Il y a aussi la question des paroles : nous avons utilisé une pièce de Shakespeare comme fil directeur de l’album. Cette chanson parle d’orage et de tempête. Nous voulions suivre le schéma de la pièce et commencer par ce titre.

Cette piste est la seule chanson de l’album qui soit rapide et directe. Toutes les autres sont plus subtiles, plus relax et progressives, avec des parties instrumentales très intéressantes, comme sur « Weakness Of A Man ». L’album dans son ensemble est très varié. Qu’est-ce qui a poussé le groupe vers cette diversité ?

Nous aimons nous diversifier. Il y a beaucoup de musiciens dans le groupe et tout le monde compose et apporte ses propres idées. Pendant notre break, nous avons eu beaucoup d’idées et composé presque trente chansons. Tout le monde y a mis du sien, c’est pour ça que l’album est si progressif et si varié. Pendant le break et pendant la tournée avec Sepultura, nous avons eu le temps de rassembler énormément d’idées.

Il y a un côté presque jazz-fusion sur certaines parties de l’album, comme sur le passage instrumental de « Hollow ». Ton expérience sur tes albums solos a-t-elle influencé le processus de composition de cet album ? Je pense particulièrement à Universo Inverso, qui est un album très orienté jazz…

La musique brésilienne, le jazz… J’ai toujours aimé cette musique, puis je l’ai utilisée sur Universo Inverso. Quand je sors un album solo, je veux montrer une facette différente de ma personnalité et jouer autre chose. Mais j’ai bien sûr utilisé ces influences chez Angra par la suite, et le groupe a adoré. « Hollow » a effectivement un côté très jazz, avec un solo jazzy. D’autres parties de l’album partagent cet aspect. Mais même lorsque nous donnions dans un metal plus direct, il y avait toujours un petit côté progressif. Nous ne sommes pas progressifs parce que nous écoutons des groupes de prog, mais parce que nous écoutons de la musique totalement différente : jazz, flamenco, tango, classique… Angra n’est pas un groupe progressif influencé par des groupes progressifs. Nous sommes très différents des groupes prog, je trouve. C’est notre ouverture d’esprit vis-à-vis de la musique qui apporte un aspect progressif. Le jazz est là, au cœur des chansons. Parfois, c’est évident et parfois non.

Cet album contient davantage d’influences brésiliennes, avec plus de percussions que sur les trois derniers albums. On s’en rend bien compte sur les titres « Awake From Darkness », « The Rage Of The Waters » ou « Weakness Of A Man ». Est-ce quelque chose que Ricardo a rapporté avec lui ?

Non, même s’il a bien sûr joué un rôle important, car c’est lui le batteur. C’est une chose qui est venue du groupe. On aime ce genre de rythmique. « Weakness Of A Man », par exemple, est un titre que nous avions avant le retour de Ricardo. Ça n’a pas uniquement à voir avec lui, mais maintenant que nous l’avons, nous savons que nous sommes capables de nous engager dans cette direction car il fera ça bien. Quel que soit le compositeur, il peut se permettre de pousser un peu le côté latin, et Ricardo soulignera cet aspect à son tour. La composition et le son global de l’album sont des choses sur lesquelles nous avons travaillé tous ensemble.

Vous sentiez-vous plus limités sur cet aspect lorsque Aquiles faisait partie du groupe ?

Oui, il était plus metal. Nous avions également ce côté latin, mais il était plus dans un style metal très direct. C’était un très bon batteur, mais très metal et pas très ouvert à d’autres influences.

« Le marché pour cette musique a imposé la langue. Si nous avions joué de la pop, nous aurions chanté en portugais. Là, on serait passés à la télé et à la radio, avec des chansons romantiques par exemple. Mais pour le heavy metal, le marché, c’est le Japon, l’Europe et les États-Unis. Il fallait que nous chantions en anglais pour que nos albums sortent quelque part. »

L’album s’intitule Aqua, ce qui signifie « eau », l’essence de la vie. Penses-tu que cet album représente l’essence d’Angra ?

Oui, par beaucoup d’aspects. L’essence d’Angra, notre musique, peut prendre différentes formes, comme l’eau. Nous sommes vraiment convaincus que notre musique est très variée et cet album est très varié, comme l’eau. Mais ce n’est qu’une interprétation du titre car, comme je l’ai dit, c’est également une référence à une pièce de Shakespeare, « La Tempête ». L’artwork tourne autour de la pièce et de son personnage principal, Prospero. C’est lui, sur la couverture. Ce qui se passe dans la pièce nous rappelait ce que nous avons vécu ces dernières années : comme Prospero, trahi par son frère, nous avons été trahis par quelqu’un de très proche. De nombreux éléments de la pièce parlaient au groupe : l’île, la magie, le monstre… Aqua est un nom simple, comme Angra, et nous aimons aussi cet aspect-là. Les noms qui décrivent un album de façon simple sont les meilleurs.

Que représente « La Tempête », pour vous ? Pourquoi avoir choisi de baser l’album sur cette pièce ?

C’est l’histoire qui nous intéressait. Prospero finit par pardonner celui qui l’a trahi et c’est exactement ce que nous ressentons aujourd’hui. Nous avons continué Angra, nous n’avons jamais regardé en arrière. Nous avons toujours une vision optimiste de l’avenir, un peu comme dans la pièce. L’histoire avait beaucoup à voir avec le groupe. Et puis c’est toujours bien d’avoir une ligne directrice pour les paroles. Pour cet album, trois personnes se sont occupées des paroles : Felipe, Rafael et moi. Dans de telles conditions, une ligne directrice est une bonne chose, sinon n’importe qui peut écrire sur n’importe quoi et le concept de l’album disparaît. Les symboles de la pièce sont bien représentés dans les paroles. Nous ne racontons pas la pièce en elle-même, nous utilisons seulement des phrases et des albums. C’est un album très cohérent.

J’ai lu quelque part qu’il allait y avoir une édition limitée de l’album avec un deuxième CD intitulé « Edu Falaschi Era ». De quoi s’agit-il ?

Je crois qu’il s’agit d’une compilation de titres des anciens albums. Il me semble que SPV fait ça pour les groupes avec une longue carrière derrière eux. L’an prochain, nous allons fêter nos vingt ans, et Edu est avec nous depuis dix ans. Je crois que c’est une façon de célébrer l’anniversaire. Les nouveaux fans, ceux qui découvrent Angra, pourront écouter ce CD et s’intéresser au passé du groupe. Je crois qu’il y aura également une version vinyle, ce qui est très cool. C’est bien d’avoir plusieurs versions d’un même album.

J’ai également lu que vous aviez décidé de sortir l’album par vous-mêmes au Brésil. Pourquoi ?

En fait, nous avons un label qui nous aide, alors nous savons comment nous y prendre. Nous avons une grosse maison de disques au Japon et, en Europe, nous avons SPV qui est assez conséquente également. Mais ici, au Brésil, nous en avons une plus petite et c’est beaucoup mieux. C’est le marché qui veut ça. Avec les ventes de disques qui s’effondrent, il faut faire de son mieux si on veut vendre. Il faut toucher le public qu’on veut toucher, faire des produits spéciaux ou travailler avec des partenaires qui savent ce qu’ils font. Certaines grosses maisons de disques se fichent complètement de la musique. Au Brésil, nous avons une fanbase importante malgré le fait que nous chantions en anglais. Mais le marché est bien plus important pour la musique locale. Alors il faut s’entourer de gens qui savent faire leur boulot. Nous faisons ceci depuis des années, donc nous savons ce qui est le mieux pour nous.

Étant donné que le marché brésilien est si important pour le groupe, pourquoi n’avez-vous jamais enregistré plus de chansons dans votre langue maternelle ?

Bonne question. On aurait dû le faire. Mais à ce moment-là, nous n’aurions vendu qu’au Brésil.

Beaucoup de groupes suédois ou finlandais chantent dans leurs langues maternelles…

Je sais, mais ce folk metal à la finlandaise semble être une mode assez récente. C’est sympa, d’ailleurs. Mais chaque pays fonctionne différemment. Je ne sais pas ce que penserait le public si les groupes français se mettaient soudain à chanter en français. Après presque vingt ans, il faudrait trouver un moyen très spécial de faire chanter Angra en portugais. Le public penserait sans doute que nous voulons passer à la radio ou devenir plus populaires. Il se dira que c’est une technique marketing et non artistique. Si vous chantez dans la langue de votre pays, il est beaucoup plus facile de toucher les gens et d’attirer une fanbase plus importante. Mais les fans d’Angra savent que nous sommes un groupe international et ils aiment ça. D’un autre côté, ils ont un sentiment patriotique, ils sont fiers de voir un groupe brésilien sur la scène internationale, alors ils respectent nos chansons en anglais. C’est une histoire compliquée. Si on ne fait qu’une ou deux chansons dans sa langue ou une partie d’une chanson, comme nous l’avons déjà fait, ça passe mieux. C’est drôle parce que, quand vous enregistrez une chanson en portugais, les fans de tous les pays adorent. Pour les Brésiliens, ça n’a rien de particulier ! Les étrangers trouvent cool que vous chantiez dans votre langue maternelle, ils peuvent découvrir comment celle-ci sonne. C’est mieux accepté que dans votre propre pays où c’est considéré comme un outil marketing.

D’un point de vue artistique, le portugais est une langue très musicale…

Oui, c’est vrai. Et nous avons déjà enregistré quelques chansons avec des parties en portugais. On devrait faire ça plus souvent : avoir une partie des paroles en portugais ou enregistrer une version d’une chanson dans cette langue. Mais enregistrer un album complet en portugais aurait l’air trop commercial. Ou alors, on donnerait l’impression de s’intéresser uniquement au Brésil. Si nous faisions un album tout en portugais, il se pourrait que personne ne veuille le sortir en dehors du Brésil. Tout dépend de l’image du groupe : si un groupe de folk finlandais a commencé avec des chansons en finnois et connu le succès grâce à ça, il devrait s’y tenir. Le public sait à quoi s’attendre, il n’y a aucun souci. C’est la même chose pour Rammstein qui chante en allemand depuis le début.

Décider de chanter en anglais dès ses débuts, n’est-ce pas également un coup marketing ? Le but n’est-il pas de toucher un public plus international ?

Au tout début d’Angra, ce type de musique n’existait pas au Brésil. La scène était minuscule et très underground. Certains groupes chantaient en anglais, comme Sepultura, et d’autres en portugais, mais le tout restait très underground. Le but était de travailler dans un contexte plus professionnel ou, au moins, de toucher plus de monde avec l’anglais. Lorsque nous avons lancé Angra, notre seul contrat était avec le Japon. L’Europe est venue plus tard et, après seulement, nous avons eu un contrat pour le Brésil. Le marché pour cette musique a imposé la langue. Si nous avions joué de la pop, nous aurions chanté en portugais. Là, on serait passés à la télé et à la radio, avec des chansons romantiques par exemple. Mais pour le heavy metal, le marché, c’est le Japon, l’Europe et les États-Unis. Il fallait que nous chantions en anglais pour que nos albums sortent quelque part. Il ne se serait jamais rien passé si nos chansons avaient été en portugais. C’est la même chose pour les groupes suédois ou finlandais : s’ils veulent une carrière à l’international, il faut qu’ils chantent en anglais. Mais on en vient presque à un autre sujet : la domination de la langue anglaise dans le monde. Si tu veux faire partie de ce monde, tu dois accepter cette domination. Tout ce qu’on peut faire, c’est montrer que nous sommes brésiliens dans la musique elle-même. C’est ce que nous avons toujours essayé de faire, notamment avec les percussions. Nous ne renions pas nos origines et nous composons comme on compose de la musique brésilienne. Même les grands artistes de bossanova ont dû chanter du Frank Sinatra à leurs débuts ! C’est une histoire de domination, il faudrait retourner soixante-dix ou quatre-vingt ans en arrière et se plaindre de cet état de choses !

« Si je recevais une invitation ou si je les croisais dans un bar, on pourrait discuter, se souvenir de nos débuts il y a vingt ans et se rappeler à quel point tout ça était cool. Dans ce cas, nous pourrions réfléchir à un événement spécial pour l’anniversaire et, par exemple, jouer « Carry On » comme nous le faisions il y a vingt ans. […] On pourra y penser pour l’an prochain. Je ne sais pas pour eux, mais personnellement, ça ne me poserait aucun problème. »

Comme tu l’as dit plus tôt, en 2009, Angra et Sepultura ont assuré une tournée ensemble. Bien que les deux groupes soient les deux formations brésiliennes les plus emblématiques, leurs styles de metal sont très différents. Comment ce package a-t-il été reçu par le public ? N’était-ce pas trop dur pour Angra de convaincre les fans de Sepultura, et vice-versa ?

Au début, nous avions vraiment un doute et puis nous avons décidé de nous lancer malgré tout. Nous avons reçu de bonnes critiques des médias, ce qui était très sympa – avoir les deux groupes sur la même scène, c’est un bon sujet de discussion. En général, les fans de metal respectent les deux groupes en raison de leur histoire. Si nous avions fait cette tournée en 1995, par exemple, il y aurait sans doute eu un problème. Mais aujourd’hui, les gens sont plus ouverts à des genres différents. La génération iPod écoute de tout. Pendant la tournée, lorsque nous étions sur scène, les fans de Sepultura restaient derrière, et les nôtres étaient devant. Quand venait le tour de Sepultura, leurs fans se rapprochaient. Mais nous avons également vu pas mal de personnes en T-shirt Sepultura aux premiers rangs pendant nos concerts, et des gens en T-shirt Angra reprenaient les paroles des chansons de Sepultura. Ils sont fans de metal, ils écoutent n’importe quoi. Personnellement, je peux écouter Whitesnake un jour et Slayer le lendemain sans aucun problème. Évidemment, certains fans soutiennent un groupe comme ils soutiendraient une équipe de foot et haïssent tous les autres mais c’est loin d’être la majorité. Nous ne savions pas ce qui allait se passer. Peut-être que certains fans ne sont pas venus nous voir, car passer de Angra à Sepultura était trop extrême pour eux. On n’en sait rien, peut-être que ce package a fait peur aux adolescentes. Mais les fans de Sepultura ne sont pas aussi agressifs qu’on le croit. Les fans de death metal européens sont beaucoup plus extrêmes.

Avez-vous déjà pensé à une collaboration studio entre les deux groupes ?

Pourquoi pas ? Lorsque nous étions en tournée, nous avons échangé beaucoup d’idées. Ça pourrait se faire. Andreas [Kisser, guitare] est très ouvert. Mais quand la tournée s’est terminée, nous voulions vraiment faire un nouvel album d’Angra. La collaboration peut attendre.

En 2009, tu as sorti un album solo intitulé Full Blast. C’est ton troisième album en quatre ans. Il semble que tu prennes un vrai plaisir à faire ces albums solo, et plus particulièrement Full Blast, qui est très varié. Est-ce parce que tu te sens bridé par le style musical d’Angra et par les attentes des fans que tu ressens le besoin de faire des albums solos plus diversifiés ?

Effectivement, je ressens vraiment le besoin de faire ces albums. Toute ma vie tourne autour de la musique, je compose énormément. Je veux seulement composer et enregistrer, ce que je n’ai pas pu beaucoup faire dans les années 90. Aujourd’hui, j’ai vraiment besoin d’enregistrer la musique instrumentale que je compose. Ça n’affecte en rien mon travail avec Angra et j’ai l’occasion de montrer l’autre facette de ma personnalité. C’est un hobby en plus d’être un travail. Pour que ma relation avec Angra reste saine, il faut que je fasse autre chose et que je joue avec d’autres personnes. Sinon, ce serait très ennuyeux. La musique, ce n’est pas comme le mariage : si on va voir ailleurs, on n’aura pas de problèmes ! On a le droit de jouer avec d’autres musiciens et de passer du bon temps avec d’autres personnes.

Es-tu en train de dire que tes collègues d’Angra sont ennuyeux ?!

Non ! Mais parfois, on ressent le besoin de faire autre chose. Les gens peuvent avoir des hobbies, jouer au foot ou au golf, jouer aux jeux vidéo… Moi, je joue de la guitare avec d’autres personnes. C’est une bonne chose, c’est sain. Dans le cas contraire, on se contente de vivre la même vie et de jouer les mêmes chansons. Je ne fais pas ça juste pour l’argent mais pour le plaisir de jouer de la musique. Il n’y a aucune raison de se restreindre sur d’autres types de musique.

Dans ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’enregistrer un album solo ? Le premier, No Gravity, n’est sorti qu’en 2005…

Je ne sais pas. J’ai toujours été plus concentré sur Angra et sur d’autres projets. Je n’ai pas fait un album solo parce que j’avais envie d’une carrière solo. C’était simplement le bon moment. Je travaille avant tout pour Angra et, si j’ai le temps, je fais autre chose. Aussi peut-être que je n’avais pas assez d’expérience. Angra me prend beaucoup de temps et, jusque-là, je n’avais pas eu le temps de composer un album solo et de l’enregistrer. Avant, je me contentais des solos de guitare avec Angra, mais les choses ont évolué naturellement. À un moment, j’ai réalisé que j’avais beaucoup de chansons et que je pouvais faire un album. C’était une expérience sympa. Après ça, un ami m’a suggéré d’en faire un autre mais dans un style différent.

Changeons un peu de sujet : as-tu eu des contacts avec André Matos et Luis Mariutti ces dernières années ? Quelle est ta relation avec eux, aujourd’hui ?

São Paulo est une grande ville, on ne va pas se croiser dans la rue ! Nous nous sommes croisés dans des clubs ou des festivals, ce genre de choses. On a un peu discuté. Rien de plus.

Votre amitié de l’époque te manque-t-elle ?

Je n’y pense pas, en fait. Évidemment, ce serait sympa si tout le monde avait de bonnes relations. C’est pour ça qu’il était particulièrement agréable de retrouver Ricardo. Mais les choses se sont faites naturellement : on retrouve quelqu’un, on parle du bon vieux temps, on passe un bon moment et, finalement, on lui propose de jouer à nouveau dans le groupe. C’est ce qui s’est passé avec Ricardo et nous avons réalisé que l’alchimie était toujours là. Ça ne s’est pas passé comme ça avec André. Un agent nous a un jour demandé d’appeler André pour une tournée. Ça aurait semblé contraint alors qu’il faut que ce soit naturel. Mais l’ambiance chez Angra est super à l’heure actuelle, il n’y a aucune raison de rappeler quelqu’un pour bousiller la situation.

Comme tu l’as dit, l’an prochain verra la célébration des vingt ans d’Angra. Serait-il envisageable de retrouver André et Luis pour un événement spécial ?

Ce serait cool. C’est une idée, il faudra y réfléchir. Mais ce n’est pas comme si j’avais besoin de ces deux gars pour être heureux. Ce serait sans doute sympa pour les fans mais, à l’heure actuelle, le groupe se porte très bien. C’est pour cela que je dis que les choses doivent être naturelles et non forcées. Si je recevais une invitation ou si je les croisais dans un bar, on pourrait discuter, se souvenir de nos débuts il y a vingt ans et se rappeler à quel point tout ça était cool. Dans ce cas, nous pourrions réfléchir à un événement spécial pour l’anniversaire et, par exemple, jouer « Carry On » comme nous le faisions il y a vingt ans.

Mais si vous attendez qu’ils fassent le premier pas et qu’eux attendent un signe de votre part, il ne se passera jamais rien !

Oui, c’est sûr, on pourrait les inviter. On pourra y penser pour l’an prochain. Je ne sais pas pour eux, mais personnellement, ça ne me poserait aucun problème.

Interview réalisée par phoner en septembre 2010.
MySpace d’Angra : http://www.myspace.com/angraofficial
MySpace de Kiko Loureiro : http://www.myspace.com/kikoloureiro



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