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Interview   

Dans les arcanes de Sirenia


Arcane Astral Aeons est le second album de Sirenia où Emmanuelle Zoldan assure le chant principal, après avoir travaillé pendant des années avec le groupe en tant que choriste. Le précédent album avait notamment été marqué par l’urgence, la chanteuse n’ayant eu qu’une courte période pour se faire à son nouveau rôle et pour poser une voix sur un album alors déjà en cours d’enregistrement. Ce nouvel album est lui le résultat d’une expérience plus sereine et d’une collaboration ayant naturellement gagné en assurance, le temps et la tournée étant passés par là.

Morten Voland nous parle de ce qu’est Sirenia aujourd’hui et en particulier sur ce disque. Véritable tête pensante du projet – au propre comme au figuré puisqu’il assure à lui seul toute l’écriture –, il nous parle notamment de sa manière de constamment rafraîchir sa musique avec de nouveaux éléments, comme ici avec des influences black metal, tout en essayant de préserver un délicat équilibre avec ce qu’est déjà le son de Sirenia. Si cela reste un processus spontané pour lui, les textes semblent en revanche lui demander plus d’énergie.

En fin d’interview, il aura quelques mots émus pour un public qui, malgré ce qu’est l’industrie du disque aujourd’hui, continue d’investir dans les artistes.

« Évoluer avec la musique me vient un peu plus naturellement, je dois travailler plus dur sur les paroles, je dois creuser plus profondément pour dénicher de nouveaux sujets, de nouvelles idées. »

Radio Metal : Le titre du nouvel album, Arcane Astral Aeons, est composé d’allitérations, comme c’était le cas de Dim Days Of Dolor. Qu’est-ce que cette figure de style représente pour toi ?

Morten Veland (guitare, chant et autres instruments) : Pendant longtemps, nous avons utilisé les chiffres et la numérologie dans nos titres, c’est l’un des nombreux procédés que j’utilise quand j’écris les paroles. Quand j’ai trouvé le titre pour l’album précédent, il n’y avait rien de planifié, ça s’est juste passé de cette façon, et j’ai vraiment aimé le titre. D’une certaine façon, quand j’ai commencé à travailler sur un nouveau titre pour cet album, j’ai naturellement suivi cette voie. La numérologie a toujours fait partie de Sirenia, mais nous avons fait beaucoup, beaucoup d’albums et je me suis dit qu’il était peut-être temps de changer un petit peu.

Quelle est la signification cachée derrière ces trois mots : Arcane Astral Aeons ?

Je n’ai jamais été très à l’aise pour expliquer mes paroles ou mes titres [petits rires]. J’ai toujours été le genre de mec qui préfère laisser les auditeurs et les fans interpréter mon travail. Nick Cave, par exemple, est un de mes artistes préférés depuis des années ; une fois, il a dit lors d’une interview qu’il pouvait passer sept ans à écrire les paroles parfaites et ensuite ça ne lui prend que dix secondes en interview pour gâcher toute la magie, tout le sens. Je pense vraiment qu’il marque un point : je consacre beaucoup de temps aux paroles et j’essaye de créer quelque chose d’artistique et, à chaque fois que j’essaye d’analyser mes paroles de façon plus poussée en interview, j’ai tendance à les gâcher. Je préfère laisser les auditeurs se faire leur propre idée. Je n’ai jamais été à l’aise avec l’idée d’interpréter mon propre travail.

Quand tu écoutes un album ou regardes une peinture, est-ce que tu as parfois ta propre interprétation de l’œuvre, et puis quand tu lis le sens de l’œuvre selon l’artiste, cela gâche l’interprétation que tu t’en étais faite ?

Ça m’est arrivé oui, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je n’aime pas parler de mes paroles. L’autre raison, c’est que je ne me suis jamais senti à l’aise pour en parler, mais ce que tu dis est totalement vrai. J’ai lu les paroles de beaucoup de mes artistes préférés et j’en ai fait ma propre interprétation, et à un moment, j’ai probablement vu une vidéo dans laquelle ils expliquent plus en détail leur travail et, bien souvent, il se trouve que c’était complètement différent de l’interprétation que j’en avais faite. Parfois, je préférais ma propre interprétation de la chanson et tu te dis « oh, ça parle de ça en fait » et dans certains cas c’était décevant [petits rires]. J’ai toujours pensé que c’était mieux de laisser les auditeurs interpréter l’œuvre. J’apprécie aussi beaucoup les paroles qui ne sont pas trop directes, mais plutôt indirectes, qui permettent aux auditeurs d’user de leur imagination et de vraiment interpréter comme ils l’entendent. Ça a toujours été le genre de paroles que j’apprécie.

L’album commence fort avec une chanson très épique et grandiloquente, « In Styx Embrace », qui comporte tous les éléments de Sirenia. C’est généralement le genre de chanson que l’on trouve plus tard sur un album voire même à la fin. Est-ce qu’il s’agit de ta façon de saisir l’auditeur immédiatement et de l’immerger dans ton monde ?

Oui, je me suis dit que ce serait cool de commencer avec quelque chose de très puissant et grandiloquent, et « In Styx Embrance » comporte beaucoup des éléments typiques de Sirenia et, en même temps, je pense aussi que la chanson montre les nouveaux aspects de Sirenia. Par exemple, Emmanuelle met en valeur un plus grand nombre de ses capacités vocales classiques et le tempo est un peu plus élevé et les riffs et le reste… Il y a beaucoup de choses nouvelles et fraîches dans cette chanson et en même temps il y a évidemment beaucoup d’éléments typiques de Sirenia. C’est très accrocheur, très puissant et grandiloquent et j’ai trouvé que ce serait une bonne façon d’ouvrir l’album.

L’album contient quelques influences black metal, les plus flagrantes étant sur « Desire », « Aerodyne » ou « Love Like Cyanide ». Quelle a été ta relation avec le black metal ?

J’écoute ce genre de musique depuis le début des années 90, quand ce style commençait à attirer beaucoup d’attention et à gagner en popularité au niveau international, et j’ai toujours été un grand fan de groupes comme Emperor et Satyricon par exemple, et Immortal. Donc j’ai plus ou moins suivi ce style depuis le tout début. J’ai également intégré des éléments de ce style dans mes propres chansons très tôt, depuis le milieu des années 90, 95-96 ; j’ai commencé à intégrer ce genre d’éléments dans mes chansons et ça a toujours plus ou moins fait partie de mon concept ou de mon idée : essayer d’écrire des chansons qui incluent de nombreux éléments de styles de musique que j’apprécie, que j’écoute. Je suis très ouvert d’esprit en ce qui concerne la musique, j’écoute de tout, que ce soit, comme tu l’as dit, du black metal ou de la musique classique, et à peu près tout ce qui se situe entre les deux. Je pense que ça aussi ça se voit dans la musique de Sirenia, on y trouve vraiment beaucoup de choses, beaucoup de styles différents, et ce sont des choses que j’aime écouter dans ma vie quotidienne.

« J’ai toujours eu le sentiment que je composais mieux et que j’étais plus créatif en étant seul. »

Dans quelle mesure est-ce que cela a été difficile d’inclure ces éléments de black metal dans la musique de Sirenia, tout en conservant la cohérence de la musique ?

Je pense que cela vient assez naturellement. Je fais ça depuis tellement d’années maintenant, et le black metal en particulier, c’est un style que j’apprécie depuis de nombreuses années, j’en écoute depuis vingt-cinq ans. Donc, c’est facile. Je vais peut-être travailler un peu plus sur d’autres parties, d’autres choses, peut-être des styles que j’ai découverts plus tardivement, j’ai besoin de plus me concentrer, mais j’ai le sentiment que le black metal est vraiment quelque chose qui est en moi musicalement. Si je le voulais, si j’avais le temps, je pourrais facilement écrire un album entier de black metal, mais je le ferais d’une façon totalement différence de ce que je fais avec Sirenia. Avec Sirenia, j’aborde les choses d’une tout autre façon, je voulais une production plus moderne et je veux conserver les éléments symphoniques et le reste. Je suppose que les parties sont assez typiques du genre, mais je pense que je les ai légèrement modelées et modifiées pour les incorporer dans le concept Sirenia. J’aime faire ça d’une façon qui est, d’après moi, appropriée à notre musique, et cela vaut pour tous les genres ou éléments que j’apporte dans Sirenia. Je trouve que c’est plus exigeant et plus intéressant de faire des albums dans lesquels j’inclus beaucoup de styles et d’éléments, c’est plus intéressant pour moi en tant que compositeur et auteur, donc c’est ce que je fais. Mais le black metal fait partie des styles de musique que j’adore.

Dans la biographie promotionnelle, il est écrit que Jacob Hansen, le producteur, a réussi à « harmoniser le côté plus doux de Sirenia avec des sonorités metal audacieuses et livrer un voyage parfaitement équilibré ». Est-ce qu’atteindre cet équilibre est ton plus grand défi avec Sirenia ?

Oui, rien que notre concept musical, le fait de mélanger tous ces éléments tirés de différents styles, il s’agit de trouver un équilibre sans que ça aille trop dans une direction ou une autre. C’est quelque chose dont je suis très conscient durant le processus, du moment où je commence à écrire en me basant sur les toutes premières idées jusqu’à la toute fin quand nous mixons. J’ai toujours pensé que la dynamique d’une chanson est très importante, nous y prêtons beaucoup attention, et ça a été très important pour moi au fil des années, avec chaque album, d’apporter quelque chose de nouveau, quelque chose d’original à notre musique, mais en essayant en même temps de garder le son et le concept de base de Sirenia ; j’essaye de trouver un équilibre entre les deux et de créer un album dont les auditeurs diront : « Oh, c’est cool, il y a du nouveau, il y a des choses intéressantes mais ça sonne quand même comme du Sirenia. »

Est-ce que ça t’est déjà arrivé d’écrire une chanson et de te dire « c’est parti trop loin, je ne vais pas pouvoir incorporer ça dans la musique de Sirenia » ou quelque chose comme ça ?

Je pense que ça arrive tout le temps. J’adore composer pour créer des paysages sonores complexes et riches, en ajoutant des couches, beaucoup de mélodies variées qui s’harmonisent joliment. Généralement, quand j’écris une chanson et que j’en arrive au moment où j’ajoute quelque chose et me dis « ok, c’est trop cette fois » et qu’ensuite je retire cet élément, ça veut généralement dire que la chanson est plus ou moins là où elle est censée être, elle est quasiment terminée. Ça m’arrive souvent d’en arriver là, au moment où j’ai toujours envie d’en ajouter encore plus [petits rires] mais il faut que je trouve la limite, le moment où trop c’est trop. Généralement, quand j’en suis là et que je commence à enlever des idées, je sais que je suis très proche de la fin du processus de composition et à vrai dire ça arrive assez souvent.

Tu as déclaré que tu « voulais toujours d’un nouvel album qu’il ressemble à Sirenia et qu’il soit complètement différent ». Ça parait être une équation impossible à résoudre. Est-ce que ça ne devient pas frustrant parfois d’essayer d’atteindre ce but ?

Je suppose que j’ai dit que je voulais que ça ressemble toujours à du Sirenia, mais pas complètement différent. Je crois que ce que j’ai dit, c’est que je voulais toujours ajouter quelque chose de nouveau, mais pas complètement différent. C’est important pour moi d’avoir cet équilibre : que les fans et auditeurs reconnaissent Sirenia, mais je veux y ajouter un petit quelque chose de nouveau. Nous avons neuf albums maintenant et j’ai l’impression de devoir creuser encore plus avec chaque album pour trouver de nouvelles choses à incorporer dans notre musique. C’est un peu plus facile en ce qui concerne la composition, la musique elle-même, que ça l’est avec les paroles par exemple. Après avoir écrit tant de paroles au fil des années, c’est devenu plus compliqué de trouver de nouveaux sujets à propos desquels écrire. Ça doit être le plus difficile pour moi je pense. Évoluer avec la musique me vient un peu plus naturellement, je dois travailler plus dur sur les paroles, je dois creuser plus profondément pour dénicher de nouveaux sujets, de nouvelles idées.

Est-ce que tu as déjà été tenté de te lâcher complètement et de composer quelque chose qui ne ressemble pas du tout à du Sirenia ?

[Petits rires] Je suppose que ça m’arrive de temps en temps. Ça m’arrive en studio d’avoir des idées folles, mais la plupart du temps elles sont soit mises de côté quelque part, soit transférées vers un projet différent que je vais peut-être faire à l’avenir, ou alors elles finissent par être changées pour mieux correspondre à la musique de Sirenia. J’aime bien expérimenter un peu avec ces choses, et je suppose que je me retiens un peu pour ne pas partir totalement en vrille, mais il m’arrive de composer des choses bizarres. Je me souviens qu’à l’époque d’un album précédent, je crois que c’était Perils Of The Deep Blue, je travaillais sur une chanson – une chanson norvégienne d’ailleurs –, et je trouvais sans cesse de nouvelles idées et de nouveaux riffs quand je composais, les idées n’arrêtaient pas de venir et à un moment j’ai pensé : « La vache, cette chanson va finir par être beaucoup trop longue et ça ne marchera jamais ! » Mais j’ai continué à travailler et je ne me suis jamais lassé de la chanson, j’ai réussi à la garder intéressante tout du long. Il me semble que la chanson faisait treize minutes à la fin. Aujourd’hui encore, quand je l’écoute, je la trouve cool, il n’y a aucun moment de la chanson qui m’ennuie, il y a tellement de riffs et de thèmes et de changements d’atmosphères, de dynamiques. Je trouve toujours qu’elle mérite de faire treize minutes, ça fonctionne comme ça. Mais c’est très rare et ça n’était pas prévu, je ne me suis jamais posé en me disant : « Je vais composer une chanson super longue », ça s’est juste produit naturellement.

« Quand nous avons abordé le début de l’enregistrement de l’album, je savais qu’il était hors de question que je fasse un compromis sur la qualité, j’allais faire un album de haute qualité, et apparemment la meilleure option de nos jours est d’utiliser le financement participatif. »

On peut entendre un peu de français sur la chanson « Desire », et « Nos Heures Sombres » est entièrement en français. Etant donné qu’Emmanuelle est française, c’était l’occasion d’inclure cette langue dans la musique de Sirenia, mais qu’est-ce que le français représente pour toi et qu’est-ce que cela apporte à Sirenia ?

Je pense que le français est une langue absolument magnifique, je suis d’ailleurs un grand fan de toutes les langues qui viennent du latin et je trouve que ce sont toutes des langues très musicales. L’italien est aussi une très belle langue pour la musique. J’ai toujours voulu inclure cette langue, mais jusqu’à présent nous n’avions pas eu l’opportunité de le faire. Quand nous avons fait le premier album avec Emmanuelle en tant que chanteuse principale, c’est-à-dire l’album précédent, Dim Days Of Dolors, il y avait une chanson, une ballade, que je voulais faire en français. J’avais une idée précise en tête et cette vision que ce serait magnifique et j’ai demandé à Emmanuelle de traduire la chanson en français, ce qu’elle a fait, et lorsque nous l’avons enregistrée, j’ai trouvé que le résultat était encore plus beau que la version originale en anglais. Je me rappelle qu’à ce moment j’ai pensé : « Le résultat est tellement beau, il faut qu’on essaye d’en faire plus sur le prochain album. » J’ai décidé que je voulais une chanson en français et Emmanuelle a écrit les paroles de cette chanson, et nous avons écrit une chanson appelée « Desire » ; elle a écrit les passages en français, j’ai écrit les passages en anglais, et elle a également traduit quelques passages de l’anglais au français pour moi. Je trouve que le résultat est très bon et j’aime vraiment beaucoup ces passages en français sur l’album, ça apporte une atmosphère différente et une bonne variation aux chansons. Je suis persuadé que cela ajoute quelque chose de spécial à notre musique. Je me souviens que quand j’étais petit, au début des années 80, j’étais fan de Sandra et elle ajoutait des passages en français aussi, et déjà à cette époque, j’étais jeune mais je trouvais que ça sonnait magique, vraiment spécial, unique. Donc ça a toujours été là, presque aussi longtemps que la musique, je connaissais cette langue dans un contexte musical. C’est vraiment cool de pouvoir incorporer ça dans les chansons de Sirenia. J’adore vraiment ce que ça a donné, j’en suis très content.

Est-ce que tu parles un peu français ?

Oui, un petit peu, juste les choses de base. Nils [Courbaron], qui nous a rejoints il y a un an, est aussi français, et il m’a appris quelques mots et quelques phrases, mais je ne pense pas que je puisse répéter ce qu’il m’a appris maintenant pendant cette interview [rires].

Selon toi, comment le français, l’anglais et le norvégien, ta langue natale, se comparent en termes de qualités musicales ?

Je trouve que l’anglais est aussi une langue très musicale, c’est une langue très riche avec beaucoup de synonymes, il y a tellement de choix de mots que ça facilite les choses quand il s’agit d’écrire des paroles poétiques et de trouver les bonnes rimes, etc. C’est beaucoup plus dur avec le norvégien par exemple parce que c’est une langue plus directe, nous n’avons pas autant de synonymes et c’est compliqué de trouver une bonne rime. Il y a aussi le fait que beaucoup de mots contiennent beaucoup plus de consonnes, ce qui ne marche pas toujours très bien pour le chant. Je trouve personnellement que le français fonctionne extrêmement bien, mais je ne comprends malheureusement pas assez la langue pour pouvoir écrire en français. Tout ce que je sais, c’est que c’est une langue avec une très belle sonorité et la prononciation en fait une langue typiquement vocale, les mots contiennent beaucoup de voyelles et cela rend vraiment bien quand elle est chantée.

Il s’agit du second album avec la chanteuse Emmanuelle Zoldan, ce qui veut dire qu’elle a maintenant deux ans d’expérience au sein du groupe, à chanter l’ancien répertoire. Quelle différence cela a fait comparé à Dim Days Of Dolor ?

Je pense que ça a beaucoup aidé. Quand nous avons enregistré le premier album avec Emmanuelle en tant que chanteuse principale, nous n’avions qu’une courte période pour travailler. Elle a rejoint le groupe alors que nous étions en plein enregistrement de l’album, donc elle a dû directement aller en studio et commencer à enregistrer. Elle n’a eu qu’un petit peu de temps avant pour apprendre les chansons. Nous avons passé beaucoup de temps sur la route pendant deux ans, à travailler ensemble, et ça a facilité l’enregistrement du nouvel album et je crois pouvoir dire que de toute ma carrière, Arcane Astral Aeons a probablement été l’album le plus simple et agréable à enregistrer. Je pense que c’est en grande partie dû à l’expérience que nous avons acquise jusque-là, et je pense aussi que chaque musicien dans le groupe est extrêmement professionnel et a beaucoup de talent. Nous avons aussi eu le privilège de travailler avec des gens absolument fantastiques : des ingénieurs, ingénieurs son, producteurs et autres. Tout le processus d’enregistrement de cet album s’est déroulé sans problème, en toute simplicité et c’était une aventure agréable du début à la fin.

Emmanuelle travaillait avec vous depuis un certain temps en tant que membre de chœur. Est-ce que tu penses que ça a rendu la collaboration avec elle plus facile quand vous l’avez engagée comme chanteuse principale ?

Oui. La transition avec l’arrivée d’une nouvelle chanteuse dans le groupe s’est faite facilement et naturellement. Nous travaillions avec elle depuis 2003, donc nous savions qu’elle était très professionnelle et le simple fait de la connaître depuis tant d’années, c’était différent de si nous avions intégré une personne totalement nouvelle dans le groupe, là c’était quelqu’un que nous connaissions depuis des années, quelqu’un avec qui nous avons travaillé depuis des années, donc nous savions de quoi elle était capable en tant que chanteuse. C’était facile, il n’y avait aucune inquiétude ou stress. Elle est simplement arrivée dans le groupe et a rendu les choses beaucoup plus faciles pour tout le monde et nous a permis, en tant que groupe, de tourner plus que jamais. En gros, tout s’est grandement amélioré pour nous quand elle a rejoint le groupe.

« La plupart des jeunes aujourd’hui pensent que la musique est quelque chose qu’on trouve gratuitement sur internet, mais c’est incroyable de voir qu’il y a encore des fans hardcore, qui font tout ce qu’ils peuvent pour soutenir leurs groupes préférés. »

D’après toi, dans quelle mesure est-ce que c’est difficile de passer de chanteuse de chœur à chanteuse principale ?

Je dirais que ça dépend beaucoup de la chanteuse. Emmanuelle avait des années d’expérience en tant que chanteuse principale, elle était la chanteuse principale dans un groupe et elle a tenu le rôle principal dans des opéras sur de grandes scènes en France pendant douze ou treize ans. Elle a suivi un enseignement en musique pendant sept ans et je pense que c’est venu naturellement pour elle. Au début, cela faisait un petit moment qu’elle n’avait pas chanté dans un groupe de rock, donc elle a eu besoin d’une petite période d’adaptation car elle avait l’habitude de travailler pour l’opéra ces douze dernières années, mais je pense qu’elle a vraiment trouvé sa place rapidement et elle est une chanteuse incroyable, capable de reproduire la même qualité en concert. Je trouve ça très impressionnant. J’ai vu tellement de chanteuses au fil des années et je pense qu’Emmanuelle fait, pour sûr, partie des meilleures, c’est une chanteuse très talentueuse et très professionnelle.

Sirenia a toujours eu un line-up un peu étrange et cela a presque toujours été seulement toi et la chanteuse en studio. Est-ce que tu as déjà pensé retourner vers un line-up plus traditionnel ou est-ce que tu penses que cela briserait la vision et la dynamique du groupe ?

C’est vrai que c’est comme ça depuis que Sirenia a commencé, et donc c’est devenu la norme, nous avons travaillé comme ça depuis presque vingt ans. C’était différent avec mon groupe précédent, mon premier groupe, et ça n’a pas très bien marché et j’ai changé les choses après ça. Mais quand il s’agit de composer, j’ai toujours trouvé que c’était mieux pour moi de le faire seul. J’ai essayé de composer avec d’autres musiciens, mais pour composer, tu as besoin d’être dans un certain état d’esprit, tu as besoin de beaucoup de concentration et tu as besoin de l’inspiration, d’être dans une ambiance créatrice. C’est quelque chose de très spécial et ça ne marche pas quand je suis avec d’autres personnes, parce qu’une grande partie de mon attention est dirigée vers les interactions avec les personnes, ce qui fait que je ne peux pas me dédier à cent pour cent à la composition. J’ai toujours eu le sentiment que je composais mieux et que j’étais plus créatif en étant seul, donc c’est comme ça que nous fonctionnons la plupart du temps, quasiment depuis le début. Même au tout début, avec mon premier groupe, Tristania, je composais toutes mes idées seul, mais ensuite je travaillais avec le claviériste et nous rassemblions les idées ensemble, il ajoutait des choses, quelques idées, ou alors c’était l’inverse, mais pour moi ça a toujours mieux fonctionné en étant seul parce que j’ai besoin de me trouver dans un état d’esprit particulier pour composer.

Est-ce que c’est ton expérience avec Tristania qui t’a poussé vers cette configuration de groupe inhabituelle, afin d’éviter certains conflits ?

Au début, quand j’ai commencé Sirenia, c’était censé être un projet solo. Nous avons fait le premier album, j’ai quasiment tout fait moi-même, j’ai engagé quelques chanteuses pour chanter sur l’album et voilà. Mais peu de temps s’est écoulé avant que ça ne me manque vraiment de faire des concerts, donc j’ai ressenti le besoin de rassembler un line-up afin que nous puissions partir en tournée. Ça ne m’a pas pris très longtemps pour trouver des musiciens. J’ai trouvé un guitariste et un claviériste assez rapidement. Je n’ai pas réussi à trouver de chanteuse pour le premier album, donc nous avons eu recours à une chanteuse de studio et nous avons trouvé notre première chanteuse plus tard, quand nous sommes revenus en Norvège et que nous avons commencé à chercher plus de membres pour compléter le line-up. Je crois que c’était au début de l’année 2003, deux ans plus tard, que nous avons finalement complété notre line-up et commencé à jouer des concerts en tant que Sirenia.

Arcane Astral Aeons est le premier album fait avec vos fans via une campagne Pledge Music. Qu’est-ce qui t’a poussé à faire ça ?

Nous avons été obligés de faire ça. L’industrie a tellement changé ces dernières années. J’ai signé mon premier contrat avec une maison de disque en 1996, donc il y a vingt-deux ans, et au cours de cette période, les choses ont énormément changé. Nous devons essayer de nous adapter à toute cette nouvelle technologie et tous les changements qui ont lieu dans l’industrie. Le financement participatif est une pratique qui devient de plus en plus courante de nos jours. Toute l’industrie, les maisons de disque et compagnie ne gagnent pas autant qu’avant, du coup quand les artistes vont en studio, leur budget a tendance à baisser et c’est plus dur de sortir de meilleurs albums, avec une meilleure qualité, quand ton budget diminue sans arrêt. Quand nous avons abordé le début de l’enregistrement de l’album, je savais qu’il était hors de question que je fasse un compromis sur la qualité, j’allais faire un album de haute qualité, et apparemment la meilleure option de nos jours est d’utiliser le financement participatif, comme tous les autres font, et c’est ce que nous avons fait. Nous avons été très soutenus par nos fans et ça nous a vraiment aidés à faire l’album que nous voulions faire. Nous avions un petit budget en plus qui nous a permis de travailler avec de super partenaires et de très bons studios, ça nous a aidés à créer un album de très bonne qualité.

Est-ce que tu penses que ça vous a rapproché de vos fans ?

Absolument, oui. Nous avons rencontré beaucoup de ces fans en personne sur des tournées, je reconnais leur nom grâce à la campagne de financement, etc. C’est quelque chose de spécial, je me sens tellement privilégié et reconnaissant que ces personnes soient si passionnées par la musique de Sirenia qu’elles font ce qu’elles peuvent pour nous aider et nous soutenir. Cela fait chaud au cœur de nos jours, avec tous les téléchargements gratuits et les gens qui n’ont plus ce soutien passionné pour la musique. Je crois que la plupart des jeunes aujourd’hui pensent que la musique est quelque chose qu’on trouve gratuitement sur internet, mais c’est incroyable de voir qu’il y a encore des fans hardcore, qui font tout ce qu’ils peuvent pour soutenir leurs groupes préférés. Je me souviens quand j’étais jeune, je travaillais beaucoup dès que je n’étais pas à l’école, je travaillais dur et je dépensais tout mon argent dans la musique et j’avais une collection de CD gigantesque. Mais les temps changent et c’est différent aujourd’hui… Il y a toujours beaucoup de fans qui achètent les CD, certains ont même commencé à faire revenir les vinyles, mais aujourd’hui, on dirait que c’est le financement participatif qui marche pour les fans vraiment dévoués, comparé aux années 90 par exemple, quand j’ai commencé.

Interview réalisée par téléphone le 1er novembre 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription et traduction : Lison Carlier.
Photos : Béranger Bazin.

Site officiel de Sirenia : www.sirenia.no

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