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Interview   

Arch Enemy : le goût du triomphe


Arch Enemy a bien grandi. Le cycle de tournée pour War Eternal (2014) semble avoir transformé le groupe, plus que jamais figure de proue du death mélodique. On pouvait s’en douter avec l’arrivée d’Alissa White-Gluz, désormais véritable bête de scène. Toutefois, avec plus de 300 concerts donnés, personne ne pouvait prévoir l’ampleur du phénomène : Arch Enemy est désormais grand et semble le gérer sans complexe, avec humilité.

Ainsi tout le monde attendait de pied ferme Will To Power, le nouvel opus du groupe, le premier avec le guitariste Jeff Loomis en studio. Sûr de sa recette et avec une volonté d’apporter de nouveaux éléments, Arch Enemy a conscience d’être dans une dynamique extrêmement positive et semble prêt à franchir une nouvelle étape : l’effet boule de neige nous dit-on… Entretien avec le guitariste compositeur Michael Amott et la frontwoman Alissa White-Gluz, aussi détendus qu’alertes quant à la notoriété croissante du groupe.

« En tant que groupe et aussi individus, nous sommes tombés sur des obstacles et les avons tous surmontés, […] il y a toujours moyen de s’en sortir. Nous aimons que notre musique encourage les gens à trouver cette issue, ou bien l’utiliser pour rappeler aux gens qu’il y a quelque chose de l’autre côté. »

Radio Metal : Michael, la dernière fois qu’on t’as parlé, tu nous a dit à quel point tu étais surpris que le groupe ait été si bien reçu après le changement de chanteuse. Le cycle de War Eternal a été un énorme succès et le groupe est désormais plus gros que jamais. Est-ce que ça vous a mis la pression pour le nouvel album ?

Michael Amott (guitare) : Non. Enfin, je ne sais pas. Nous pensons à ces choses, nous nous disons : « Ouais, on va faire un très bon successeur à War Eternal, et il sera génial. » Mais ensuite, une fois que tu commences à écrire les chansons, tu n’y penses pas vraiment à chaque étape, tu t’immerges dans le processus. Car ceci est tellement excitant et marrant et ce processus en soi offre ses propres défis. Tu essaies vraiment de trouver la formule magique pour faire la chanson parfaite, tu tombes sur de nouvelles idées et tu écris une autre chanson… Tu arrêtes de penser à toute cette pression, genre : « On doit faire quelque chose qui aura autant de succès que War Eternal » [petits rires]. Ça ne fait pas vraiment partie de l’équation une fois que nous sommes lancés.

Le nouvel album s’appelle Will To Power, qui est un titre très positif et revigorant. Est-ce qu’il représente l’état d’esprit du groupe et là où vous en êtes aujourd’hui ?

Alissa White-Gluz (chant) : Je le pense.

Michael : C’était super, j’adore ta réponse ! [Rires]

Alissa : J’ai le sentiment qu’en tant que groupe et aussi individus, nous sommes tombés sur des obstacles et les avons tous surmontés et cette notion de triomphe, que ce soit pour quelque chose qui semble insignifiant pour les autres gens ou bien dont tout le monde se rend compte qu’il s’agit d’un gros problème, il y a toujours moyen de s’en sortir. Je pense que nous aimons que notre musique encourage les gens à trouver cette issue, ou bien l’utiliser pour rappeler aux gens qu’il y a quelque chose de l’autre côté. Donc nous nous sentons très forts en tant que groupe, surtout avec le succès de War Eternal et écrire les chansons de Will To Power, c’était comme Michael le disait, tu plantes une graine et ensuite quelque chose pousse et puis tu passes ton temps à arroser et prendre soin de cette chanson jusqu’à ce qu’elle ait totalement fleuri. Et c’est toujours une fois que tu en as suffisamment que tu te retrouves avec tout un jardin, un album complet, une forêt complète. Nous sommes donc vraiment dans cet état d’esprit aujourd’hui, nous sommes un peu euphoriques avec la création de l’album.

Michael : Quel magnifique jardin nous avons fait ! [Rires]

Alissa : Je pense que nous sommes des gens assez positifs et c’est amusant pour nous de donner un concert et voir les chansons chantées dans le public avec leurs poings en l’air mais avec des sourires sur leurs visages. Ca représente pas mal le genre de musique que nous faisons.

Alissa, ceci est ton second album avec Arch Enemy, mais le premier où tu étais là dès le début et où tu as eu tout un cycle de tournée avant. Comment as-tu évolué au sein du groupe, en tant que performeuse, chanteuse et collègue, depuis que tu as rejoint le groupe ? Te sens-tu plus confiante ?

Michael : C’est plus une question pour moi ! [Rires]

Alissa : C’est ce que j’allais dire : demande-lui !

Michael : Je pense qu’elle a énormément évolué ! Je trouvais qu’elle était extraordinaire lorsqu’elle a rejoint le groupe et les premiers concerts avec Alissa étaient supers – les enregistrements aussi étaient fantastiques -, nous étions comme : « Wah, elle est vraiment super douée en live, ça va être génial ! », et les réactions des fans étaient excellentes. Mais c’était il y a trois ans, donc depuis, nous avons donné près de trois-cents concerts ensemble et elle a énormément grandi. Je pense c’est le cas pour nous tous, en fait, parce que nous nous sommes mis dans toutes sortes de situations, avec différentes setlists, productions scéniques, de petits concerts, d’énormes concerts et tout ce qu’il y a entre les deux, nous nous sommes mis au défi. Je crois que tout le groupe a beaucoup évolué. Nous n’avons jamais été un aussi bon groupe en live qu’aujourd’hui, je pense. Elle a beaucoup évolué. Elle peut vraiment maitriser un public. Mais c’était une petite courbe d’apprentissage, presque rien, c’était presque comme si elle était destinée à faire ça avec nous et c’était génial.

Alissa : Je pense que j’ai eu une bonne éducation avant d’en arriver là. J’avais déjà beaucoup tourné et joué et j’avais fait pas mal d’apparitions en tant qu’invitée avec d’autres groupes, sans aucune répétition. Donc je grimpais sur scène sans… Je veux dire que je n’ai strictement jamais répété avec Kamelot et j’ai donné des centaines de concerts avec eux. Je suis monté sur scène avec Merauder et de plus petits groupes, tout un panel de… Testament aussi à un festival, sans répétition, rien ! Rien qu’en y allant et faisant une chanson que j’avais peut-être entendue le matin même. Donc je suis devenue très à l’aise avec l’idée de croire en moi en tant qu’interprète et sachant que… Je veux dire que j’ai chanté pour Nightwish à l’improviste, aussi. Donc c’était des situations bizarres dans lesquelles je me suis retrouvée assez souvent, mais j’avais toujours conscience que ce pourrait aussi être des opportunités assez intéressantes. Donc j’étais presque habituée à l’idée d’être balancée dans des situations inconfortables [rires]. Et ceci étant dit, être – à défaut de trouver un meilleur mot – balancée dans Arch Enemy était en réalité une situation confortable, parce que c’était un groupe que je connaissais déjà, des gens que je connaissais déjà et un style de prestation qui m’était déjà familier, que de toute façon je faisais déjà. Lorsque je chante sur scène, je ne fais vraiment que manifester ce que les chansons me font ressentir et c’est très facile à faire avec les chansons d’Arch Enemy, parce qu’elles me font ressentir des choses fortes.

« Je sais que le chant clair est un tabou pour plein de fans de death metal et que c’est un terrain dangereux à fouler, mais j’ai le sentiment que si c’est bien fait, les ballades de metal font partie des chansons les plus créatives et inspirantes qui soient. « 

Will To Power est le premier album avec Jeff Loomis. Michael, tu as dit qu’il n’avait pas contribué à la composition des chansons. Mais d’après Jeff, il avait proposé quelques chansons. Du coup, comment se fait-il qu’il n’a pas été inclus dans le processus de composition ?

Michael : C’est un super compositeur dans son propre style. Mais si tu as déjà entendu sa musique, c’est très différent de ce que fait Arch Enemy. C’est une combinaison de différents facteurs. C’est juste le fait que les trucs qu’il apportait, je n’arrivais pas à les voir comme des chansons d’Arch Enemy. Aussi j’étais en train d’écrire beaucoup de musique et je me suis éclaté à écrire les finitions des chansons avec Daniel, notre batteur, c’est aussi un grand compositeur et ça fait vingt ans que nous jouons ensemble, moi et Dan. Donc c’est difficile de pénétrer dans une telle relation en débarquant en tant que nouveau membre dans le groupe. Ça ne colle pas toujours à cent pour cent comme ça, en un déclic. Je veux dire que ça colle en live et lorsque nous jouons ensemble et tout, mais la composition c’est une autre histoire. Alissa écrit avec Arch Enemy et ça fonctionne. Ça pourrait être une autre personne et ça ne fonctionnerait pas. C’est juste l’alchimie, pour ce qui est de ce genre de choses. Et peut-être que la prochaine fois ce sera différent. Nous ne savons pas. Et un groupe n’est pas une démocratie non plus. Ce n’est pas genre, tu intègres un groupe, on est cinq et on composera chacun à hauteur de vingt pour cent. Ça ne marche pas vraiment comme ça. Peut-être que certaines personnes ne comprennent pas comment ça marche. Ce qui est vraiment important, c’est le fait qu’il adore être dans Arch Enemy et il adore tourner avec nous et tout.

Alissa : En fait, toutes les idées de chansons que Jeff avait pour Arch Enemy vont quand même probablement voir la lumière du jour avec ma voix parce que je vais sans doute travailler avec Jeff pour mon projet solo. Donc il n’a pas à s’inquiéter de ça [rires]. Ses idées sont très demandées. Donc les gens vont pouvoir les entendre.

Par le passé, il y a eu beaucoup de contributions de ton frère Christopher aux compositions, tout comme Nick Cordle sur War Eternal. Est-ce que ça signifie que vous n’avez pas trouvé ce même genre d’alchimie avec Jeff ?

Michael : Nous n’avons pas tellement essayé, pour être honnête. Il traversait pas mal de trucs personnels, ce qui fait qu’il n’a pas vraiment proposé d’idée avant la toute fin. Donc j’avais déjà plus ou moins tout fini.

Alissa : Je pense que vous avez une super alchimie ! En les voyant faire avec un regard extérieur, ils jamment en coulisses, jouent de la guitare avant les concerts lorsque nous sommes en tournée et ainsi de suite et ils trouvent de supers idées sur place. Je pense que c’était plus une histoire de timing. Parce que nous sommes tous des musiciens très occupés, et évidemment, Arch Enemy est un groupe très occupé et Jeff a beaucoup de choses de son côté, donc je pense que le timing n’était pas complètement là.

Michael : Et aussi Daniel est une part importante du groupe, j’écris beaucoup de musique avec lui, donc ça fonctionne vraiment bien. Si tu écoutes l’album, c’est incroyable. Donc la preuve est dans le pudding comme on dit en Angleterre [petits rires].

Alissa : Nous avons tous plein d’idées, donc c’est une bonne chose, en fait. Nous avons bien trop d’idées, d’ailleurs [rires].

La plus grande nouveauté sur Will To Power, c’est la toute première ballade d’Arch Enemy, qui s’appelle « Reason To Believe ». Pouvez-vous nous expliquer comment cette chanson s’est faite et s’est retrouvée dans l’album ?

Michael : Nous avons pas mal parlé de cette chanson aujourd’hui ! [Rires]

Alissa : Michael est toujours très proche de son frère Christopher et c’est en fait quelque chose qu’ils ont fait ensemble, sans vraiment intentionnellement essayer de faire une ballade d’Arch Enemy, mais c’était une idée très solide. Et c’était en fait la dernière chanson que j’ai entendue, par rapport à la musique, donc je ne savais même pas que nous prévoyions de faire une ballade [rires].

Michael : J’avais peur de la montrer à Alissa parce qu’il me fallait une bonne manière de lui présenter cette chanson. Parce que c’est le genre de choses qui pourrait vraiment très mal tourner ! [Rires] Et ça pourrait être quelque chose à virer ou ça pourrait-être la chanson la plus géniale de l’album ! C’est ce sur quoi tu tombes lorsque tu changes un peu les choses, lorsque tu foules de nouveaux territoires. Mais le résultat est vraiment joli, je trouve.

Alissa : Ouais ! Michael a écrit les paroles et il m’a présenté l’idée, genre comment seraient les paroles dans la chanson, dans la pièce, assis-là, et j’ai l’impression que j’ai tout de suite capté l’idée, j’étais là : « Je sais exactement ce que tu veux pour ça. » Et c’était le cas !

Michael : C’était super parce que je ne voulais pas avoir à lui remontrer ! [Rires]. J’espérais bien que tu captes tout de suite…

Alissa : Je sentais que c’était exactement une ballade d’Arch Enemy. C’est complètement ça. Ça sonne comme Arch Enemy mais c’est lent, assez profond, comme une ballade, mais elle a quand même toute l’intensité des chansons rapides, et en fait, c’est toujours…

Michael : …heavy mais différemment !

Alissa : Ouais ! J’étais super content d’avoir une chanson comme ça où je pouvais exprimer des paroles autrement. J’ai demandé à Michael sur quel sujet il a écrit les paroles et à quoi il pensait et ensuite ça m’a fait encore plus prendre conscience que je devais incarner ces mots de manière très particulière, je pense que nous avons accompli exactement ce que nous voulions avec cette chanson.

« Je suis dans cette scène depuis un moment, je n’arrive tout simplement pas à croire à quel point le chant crié est accepté, tout comme la double grosse caisse, les guitares sous-accordées… »

Sur War Eternal, le chant clair ne servait qu’en soutien en arrière-plan et je sais Alissa que tu as fait très attention avec ça, pour ne pas que ce soit déséquilibré. Du coup, comment avez-vous décidé de vous jeter à l’eau et mettre en avant du chant clair dans cette chanson mais aussi un peu dans « Murder Scene » ?

Je pense que c’était le bon moment ! C’est le dixième album pour Arch Enemy et cette chanson méritait ce type d’approche. Elle ne méritait pas qu’on la confine dans un carcan, juste parce qu’il le faut. En fait, il est toujours nécessaire de mettre en valeur les chansons de la meilleure façon possible, y compris lorsque je chante sur n’importe quelle chanson. Par exemple, sur le refrain de « The Race », j’ai intentionnellement quelques notes dans les cris et je les fais sonner de façon un peu plus désespérée, en faisant exprès d’avoir une voix un peu détruite parce que ça correspond à ce dont je parle. La chanson sonne comme si tu courais désespérément vers quelque chose. Ou par exemple, sur « Murder Scene », il y a quelques types de voix différents là-dedans, parce que c’est ce qui selon moi illustre le mieux cette partie de la chanson et c’est ce qui fonctionne le mieux avec les instruments dans cette partie de la chanson. Donc dès que Michael m’a donné le feu vert pour chanter comme ça, j’étais là : « Bon, dans ce cas, je vais rendre ça putain de génial ! » [Rires]. « Reason To Believe » est vraiment intense et, d’ailleurs, pour une majorité de journalistes à qui j’ai parlé, c’est leur chanson préférée. Je sais que le chant clair est un tabou pour plein de fans de death metal et que c’est un terrain dangereux à fouler mais j’ai le sentiment que si c’est bien fait, les ballades de metal font partie des chansons les plus créatives et inspirantes qui soient. Donc j’aime à penser que nous sommes parvenus à créer une de ces chansons.

On dirait que vous avez encore fait un pas de plus aussi dans le travail d’arrangement avec les claviers, l’électronique et les orchestrations. Votre attention s’est-elle beaucoup portée sur cet aspect ?

Michael : Ça devient juste quelque chose que nous faisons de plus en plus. Nous avons commencé il y a un moment, peut-être sur Wages Of Sin, en fait même depuis le premier album nous avons ajouté un peu de clavier, des pads et autre. Mais ensuite nous sommes devenus progressivement meilleurs là-dedans, peut-être. Ce n’est pas une chose sur laquelle nous nous reposons ; tu ne comptes pas sur ces extras pour faire une bonne chanson. Il faut que ce soit une bonne chanson rien qu’avec les guitares, la batterie, la basse et le chant, c’est le plus important. Mais ensuite c’est vraiment sympa de pouvoir ajouter différentes textures. Pourquoi pas ? Nous avons travaillé avec un orchestre sur « A Fight I Must Win », la dernière chanson de l’album. C’est le genre de son que tu ne peux pas vraiment obtenir avec autre chose, ce sont vraiment les violons, violoncelles et tout et les arrangements de ces derniers qui créent ce son et cette atmosphère, et c’est beau, n’est-ce pas ? C’est juste de la musique. Je veux dire que c’est difficile de dire « on ne va pas utiliser un instrument parce que ce n’est pas metal. » D’accord, peut-être le xylophone ou…

Alissa : Je ne sais pas… Je connais un groupe qui utilise un xylophone !

Michael : Oh, ok. J’essayais de trouver un instrument ridicule… Mais c’est ce qui sonne bien, quoi que ça puisse être, je suppose. Nous avons vraiment tendance à ajouter plein de… tu sais, la guitare électrique n’est pas aussi riche harmoniquement. Avec les cordes et les claviers, tu peux apporter un son plus gros, nous utilisons beaucoup de ça, et nous avons un invité sur « Dreams Of Retribution », en l’occurrence, nous avons Jens Johansson, qui joue avec Ritchie Blackmore’s Rainbow et Stratovarius, il a été avec Yngwie Malmsteen dans les années 80. Donc il joue du clavier sur une chanson. C’est donc le seul véritable invité. Et ensuite Daniel fait pas mal de programmation, d’orchestrations et de trucs avec les claviers.

En parlant de l’artwork, tu as déclaré que vous avez parlé de « l’épée à double tranchant qu’est l’ambition humaine, à quel point ça peut être remarquablement créatif et beau mais ça peut aussi devenir quelque chose de sombre et puissant. » Est-ce quelque chose que vous avez vécu vous-même ?

Bien sûr ! On voit ça tous les jours, n’est-ce pas ? Ça fait partie du monde dans lequel on vit. Des gens très ambitieux et talentueux peuvent nous offrir certaines des choses les plus extraordinaires, comme comment rendre l’eau potable pour que les gens puissent boire de l’eau sûre partout dans le monde ou bien tu peux simplement dire : « Comment est-ce que je privatise l’eau pour en tirer de l’argent, de façon à ce que personne ne la boit s’ils ne peuvent pas se la payer. » Tout est motivé par l’ambition humaine, ou l’avidité, ou la volonté de pouvoir ! [Rires] Je pense que c’est un concept très large et c’était suffisamment large pour pouvoir être utilisé en tant que titre d’album aussi car ça touche à tout ce que tu veux.

A l’instar du titre, il semble y avoir beaucoup de positivité dans certaines des chansons, comme « The World Is Yours », « Reason To Believe » et « A Fight I Must Win ». Est-ce important en tant qu’artistes de délivrer des messages positifs et de donner de la force à vos fans ?

J’aime beaucoup ça. C’est vraiment mon truc. J’adore faire ça. J’ai écrit plein de paroles par le passé comme « We Will Rise » et ce genre de chose. J’aime les choses qui donnent de la force. Ça colle aussi avec la musique heavy. Si tu es en dehors de la scène metal, tu regardes ce qu’il se passe dans un concert de metal, c’est effrayant, genre : « Pourquoi tous ces gens se battent devant la scène ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi tous ces gens crient et chantent ? » C’est presque une atmosphère hostile mais une fois que tu es dans ce club, lorsque tu fais partie de cette société secrète, tu sais ce qu’il se passe et tu comprends, c’est une atmosphère très chaleureuse, très positive et c’est fraternel. C’est une atmosphère très valorisante et positive. Donc pourquoi ne pas réinjecter un peu de ça là-dedans ? Je veux dire que nous n’avons jamais été un groupe qui chante que la vie n’en vaut pas le coup, qu’on ferait aussi bien de se tailler les veines maintenant parce que rien n’a d’importance… Nous n’avons jamais eu ce genre d’atmosphère dans nos paroles, même s’il y a de l’obscurité, car il y a plein d’obscurité dans la vie, mais c’est un équilibre.

« Pas une fois je n’ai fait de compromis. Je n’ai jamais fermé ma gueule en tant que végétalienne, je n’ai jamais changé mon allure pour qui que ce soit, je n’ai jamais changé la façon dont je sonne pour qui que ce soit, et me voilà, je peux crier, et être moi-même, et avoir plus de succès que j’en ai jamais eu ! »

Alissa : Je pense que Michael est meilleur pour écrire les trucs vraiment exaltants. J’ai l’impression que j’ai tendance à me focaliser sur le côté obscur lorsque j’écris mais c’est en fait parce que j’essaie de transformer ça en quelque chose de beau et je m’identifie beaucoup aux chansons d’autres groupes et artistes qui parlent de choses horribles, ou de vraie destruction, ces chansons me parlent, mais c’est parce que maintenant, j’ai cette mauvaise chose qui devient une bonne chose, car la chanson est une bonne chose. C’est comme un relâchement, d’une certaine façon, une catharsis. Même les paroles de « The Race », « Constricting like a heart attack… », c’est putain de… déprimant ! [Rires] Ce n’est pas très exaltant mais lorsque j’écoute la chanson, j’imagine des gens qui se soulèvent contre ça, pas que nous nous en plaignons ou le célébrons, nous nous rendons compte que ça existe et nous allons nous battre contre ça. Donc c’est exaltant d’une autre façon.

Michael : Je le pense aussi ! C’est pourquoi c’est super que nous écrivions tous les deux des paroles, d’une certaine façon, parce que nous abordons ça sous des angles différents. Ça donne plus de variété.

Arch Enemy a atteint un succès énorme. Auriez-vous pensé il y a vingt ans que le death metal pouvait devenir si attirant pour les gens ?

Non, pas du tout. Je n’ai jamais pensé ça, je n’aurais jamais pu le prévoir. En fait, j’étais impliqué dans le death metal dès son origine, lorsqu’il n’y avait que des cassettes et que c’était underground, les groupes qui sont devenus de gros groupes, comme Morbid Angel ou peu importe, n’avaient pas encore vraiment sorti leurs premiers albums, voilà à quel point c’était underground à l’époque. C’était sous la surface mais c’était une scène très vivante, ça bouillonnait d’activité et personne ne savait ce que c’était. Et ensuite, tu avais tous ces autres trucs qui se passaient au grand jour, une scène metal un peu mieux acceptée, mais on avait l’impression que « on ne va probablement jamais obtenir de contrat de maison de disque. » Il n’y avait pas vraiment d’ambition de sortir d’album et partir en tournée, ça ne semblait juste pas du tout réaliste, vraiment. L’idée était plus d’organiser des concerts isolés ici et là avec des groupes d’amis. Mais c’était un réseau mondial, mais underground. Je ne pouvais pas imaginer… Et même lorsque j’ai rejoint un groupe anglais, Carcass, et commencé à partir sur les routes avec eux, c’était des anglais cyniques, évidemment et ils étaient là : « Personne ne se souviendra de cet album ou cette musique dans cinq ans ! Ça sera mort et enterré. C’est juste un truc qui aura existé aujourd’hui. » Mais maintenant, je suis sur le cul de voir à quel point les groupes de metal extrême sont devenus populaires. Je ne qualifierais pas Arch Enemy de groupe de death metal, nous avons des éléments de death metal, mais pas seulement, c’est bien plus que ça, et je pense que ce n’est pas juste envers les vrais groupes de death metal de qualifier Arch Enemy de groupe de death metal, et ce n’est pas vraiment juste envers nous-même parce qu’il se passe beaucoup plus de choses dans notre musique aussi, mais nous avons assurément des éléments de death metal. Mais parce que je suis dans cette scène depuis un moment, je n’arrive tout simplement pas à croire à quel point le chant crié est accepté, tout comme la double grosse caisse, les guitares sous-accordées, parce que nous sous-accordions nos guitares bien avant Korn et ce genre de choses, ils ont pris ça de groupes comme Carcass. C’est juste incroyable pour moi que ce soit devenu un son courant aujourd’hui. C’est super, c’est fantastique ! Je ne dirais pas que ça s’est dilué mais ça s’est assurément beaucoup diversifié. Ça s’est transmis tellement de fois de groupe en groupe et il y a de jeunes groupes et personnes qui font différentes choses en faisant des pollinisations hybrides, peu importe comment on appelle ça [petits rires], tant de choses se sont passées avec ça ! Mais c’est super de voir que les gens acceptent presque les vocalistes qui crient et ce genre de choses. L’acceptation envers ça, ce n’est pas comme « c’est quoi ce bordel ? Ils ne peuvent pas juste chanter ? » Alors qu’avant c’était très divisé sur le sujet !

Alissa : Pour moi, c’est un peu un « je vous emmerde » adressé aux gens pace que depuis que depuis que j’ai commencé à chanter dans des groupes, j’ai rencontré tellement de : « Écoute, si tu retires ça, tu teins des cheveux en blond et chantes normalement… Je parle de succès du niveau de la pop… » Et j’étais là : « Mais je n’aime même pas leur musique ! » Et ensuite j’ai eu affaire à l’autre extrême aussi, parce que lorsque j’ai commencé à faire davantage de concerts dans l’underground, genre les groupes de crust punk ou peu importe : « Pourquoi est-ce que tu fais du chant clair ? C’est une blague ! » C’était littéralement ces mots : « Tu es une blague. » « Tu devrais uniquement chanter en cris ! Pourquoi avez-vous des mélodies dans les guitares ? Pourquoi faites-vous ça ? » Donc ça venait des deux côtés, genre : « Allez, t’es tellement mignonne, contente-toi de faire de la pop et tu auras du succès ! » ou : « Pourquoi est-ce que tu fais la vendue en chantant en voix clair ? Tu devrais juste crier ! ». Et j’étais là : « Eh bien, je vais faire ce que j’aime ! ». Et ensuite j’ai pu, au moins, voir une assez solide… Tu sais, ma carrière a connu une progression lente mais stable [petits rires]. Donc c’est plutôt sympa pour moi de me dire : « Hey, même pas une fois je n’ai fait de compromis. Je n’ai jamais fermé ma gueule en tant que végétalienne, je n’ai jamais changé mon allure pour qui que ce soit, je n’ai jamais changé la façon dont je sonne pour qui que ce soit, et me voilà, je peux crier, et être moi-même, et avoir plus de succès que j’en ai jamais eu ! » Donc c’est vraiment cool.

Michael : C’est super. Et je pense que c’est tout aussi vrai pour notre groupe. Le groupe n’a fait que grandir, et maintenant nous pouvons communiquer avec tant de gens, et pour en revenir à ta question, c’était au-delà de mon imagination à l’époque qu’Arch Enemy puisse devenir ce que c’est devenu. Rien qu’en pensant au style d’Arch Enemy lorsque nous avons commencé si modestement et ensuite, pendant de nombreuses années, le fait de le construire encore et encore, c’est comme un effet boule de neige, plus tu deviens gros…

Alissa : …plus tu as de surface pour accueillir plus de neige !

Michael : Ouais, c’est presque comme ça avec les fans ! On gagne en adhérence, d’une certaine façon. Ça devient de plus en plus gros, c’est super ! Mais le but n’a jamais été de devenir gros. Maintenant, nous apprenons à gérer ça à mesure que nous grossissons. Ça aussi c’est une courbe d’apprentissage, n’est-ce pas ? Tu es là : « Ok, maintenant, on doit faire de plus gros concerts, on doit faire une production scénique plus imposante, on doit jouer plus longtemps… » Nous apprenons au fur et à mesure. Ce n’est pas comme si nous avions un plan.

Alissa : Car c’est toujours une question de créer une super expérience et de réinvestir le temps, l’énergie et la matière grise dans Arch Enemy pour continuer à grandir en tant qu’entité.

Interview réalisée en face à face le 30 juin 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Introduction : Thibaud Bettencourt.
Photos : Katja Kuhl.

Site officiel d’Arch Enemy : www.archenemy.net.

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