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Chronique   

Architects – Holy Hell


Les prétentions d’Architects sont hautes, suivant sa notoriété croissante. Pourtant, depuis la sortie de All Our Gods Have Abandoned Us, le groupe de metalcore britannique a accusé le décès de son guitariste et membre fondateur Tom Searle des suites d’un cancer. Architects a fait preuve de résilience, exprimant sa douleur via le single « Doomsday ». On n’attendait cependant pas nécessairement un nouvel album, en tout cas pas si vite. Architects a contredit les attentes les plus pessimistes en intégrant Josh Middleton de Sylosis à la guitare lead, ce dès 2016 pour plusieurs dates. Holy Hell est le huitième album de la formation, le premier sans Tom Searle donc, avec Josh Middleton impliqué dans le processus de composition. Holy Hell incarne une forme de rage et rend justice à ce qu’ont pu ressentir les musiciens, une sorte d’uppercut massif adressé au destin.

Ce qui transparaît dans ce Holy Hell, c’est le contexte de sa création. Impossible de le dissocier de la tragédie qui a entouré le groupe et notamment le batteur Dan Searle, frère jumeau de Tom, qui fait désormais office de parolier. Architects n’est pas avare en émotions, quitte à exprimer de manière grandiloquente une forme de tristesse et de résignation toujours teintée de colère. À ce titre, le chant sans cesse écorché de Sam Carter est flagrant de crédibilité, y compris sur les approches plus mélodiques du groupe à l’instar d’ « A Wasted Hymn ». Ce dernier n’emploie sa voix claire qu’à de très rares reprises (« Doomsday » principalement), ce qui permet à l’opus de ne pas sombrer dans les travers d’un metalcore réchauffé. Les arrangements électroniques restent eux aussi mesurés, parti pris qui rassurera ceux qui s’opposent au dernier effort de Bullet For My Valentine, Gravity (2018). Le reste du temps, tout semble sortir des tripes y compris sur les singles les plus accrocheurs, tel que « Hereafter ». « Mortal After All » est l’occasion d’entendre un Sam Carter totalement incarné et plein de maîtrise, qui semble à deux doigts de s’égosiller. Musicalement, Holy Hell lui donne de nombreuses occasions de s’illustrer : suivant la lignée d’All Our Gods Have Abandoned Us, il ne tergiverse pratiquement jamais. Le riffing est soit massif, soit incisif, soit les deux en même temps, oscillant entre le pur metalcore (« Doomsday », « A Wasted Hymn », « Hereafter », « Holy Hell », « Damnation ») et le djent (« Royal Beggars », le hargneux « Modern Misery »). Quel que soit sa forme, il est toujours d’une efficacité redoutable quitte à reléguer les groupes concurrents du même registre musical à une catégorie inférieure.

Là où Holy Hell peut provoquer une forme de lassitude, c’est par un systématisme de ses structures. Le schéma est toujours identique : une introduction chiadée, un refrain cathartique et un break qui vient changer radicalement le tempo de la chanson. Évidemment, la formule fonctionne parfaitement surtout lorsque les riffs et les mélodies sont ciselés à la perfection. Sa répétition quasi-industrielle vient cependant ternir sa pertinence et il faudra davantage de temps à l’auditeur pour permettre à certains titres de se distinguer. C’est presque une caractéristique d’Architects, l’homogénéité de la composition d’All Our Gods Have Abandoned Us souffrait du même travers. Holy Hell peut néanmoins compter sur le travail des leads auxquels Josh Middleton n’est sûrement pas étranger, apportant une influence heavy qu’il cultive au sein de Sylosis. Le son d’Architects se veut ainsi plus nuancé, résolument moderne dans son impact et teinté d’un jeu de guitare plus classique par endroits (les arrangements de guitare d’ « A Wasted Hymn » rappellent justement ceux présents sur Dormant Heart (2015) de Sylosis et sont encore plus explicites sur « Mortal After All »).

Holy Hell est un album de metalcore qui se distingue par une extrême intensité. Si l’on occulte l’effet d’indigestion qui peut survenir au terme d’écoutes prolongées et répétitives, c’est un album qui compte une dizaine de hits sur onze pistes, la dernière étant une outro de deux minutes. Holy Hell est une décharge d’énergie sincère qui déroute par le nombre impressionnant d’accroches qu’il contient. Architects a définitivement de quoi asseoir ses prétentions, celle d’être un groupe majeur de la scène contemporaine.

Album en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Death Is Not Defeat » :

Clip vidéo de la chanson « Modern Misery » :

Clip vidéo de la chanson « Royal Beggars » :

Clip vidéo de la chanson « Hereafter » :

Album Holy Hell, sorti le 9 novembre 2018 via Epitaph Records. Disponible à l’achat ici



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