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Live Report   

Archive : au bout de la Nuit de Fourvière


C’est seulement six mois après leur passage remarqué et remarquable au Transbordeur de Villeurbanne qu’Archive remet le couvert dans l’agglomération lyonnaise. Et, comme souvent (toujours ?) dans l’Hexagone, le groupe joue à guichet fermé, malgré le fait que l’enceinte soit cette fois-ci d’une capacité doublée par rapport à la dernière. En définitive, ce constat laisse croire qu’Archive serait tout à fait capable de passer à la vitesse supérieure et d’investir des salles plus grandes encore.

Mais avant Archive, ce ne sont pas moins de deux premières parties qui ont la charge d’introduire cette soirée. Et vu les temps de jeu accordés à chacune d’entre elle, il faudra s’armer de patience avant de se délecter de la tête d’affiche, puisque celle-ci ne foulera la scène du magnifique théâtre antique de Fourvière qu’à partir de 22h30 !

Artistes : ArchiveTindersticksValerie June
Date : 25 juillet 2013
Salle : Grand Théâtre de Fourvière
Ville : Lyon

Le premier artiste à se montrer dans l’arène est Valerie June, une jeune chanteuse afro-américaine issue d’un Tennessee au terroir musical chargé, fille d’un père qui aura fait tourner des pointures comme Prince ou Bobby Womack. Elle se présente tout sourire, lookée de manière à la fois élégante et pétillante (robe courte brillante, chignon et fleur dans les cheveux), mais il faut reconnaître que ses cabrioles vocales pas toujours très esthétiques auront un peu agacé. Musicalement on sent un groupe rétro-rock professionnel, aux influences mêlant folk, soul, bluegrass et toute la musique traditionnelle américaine, mais l’émotion n’explose pas vraiment, la faute à des compositions un peu convenues qui peinent à décoller, hormis dans le toucher d’un guitariste qui, on le devine, a été élevé à la bonne école de David Gilmour. On passe au suivant.

Visiblement, au vu des réactions dans l’assistance, une partie du public était aussi venu pour voir Tindersticks, groupe folk anglais qui a déjà entamé une belle carrière, avec un premier album salué par la critique dès 1993 et des collaborations cinématographiques régulières avec la réalisatrice française Claire Denis. Et effectivement, on change de division avec cette formation expérimentée, à la sensibilité à fleur de peau. Tindersticks est avant tout une histoire d’atmosphère, d’introspection contée par un Stuart Staples à la voix de crooner. Les lumières, à la nuit tombante, emplissent la scène et s’accommodent de l’ambiance planante et mélancolique. Une prestation agréable, agrémentée d’une reprise de Neil Young (« A Man Needs A Maid »), si ce n’est, pour certains, trop longue et monotone. Un show qui aurait gagné en force en se dispensant d’un quart d’heure en trop, pendant lesquels l’impatience commençait à s’installer. Dommage, un concert vraiment réussi est parfois aussi une question de bon timing.

Voilà Archive. Dès l’amorce du concert, on se rend compte que le show ne sera pas une redite de celui de la tournée With Us Until You’re Dead. Exit l’introduction avec les cloches enchaînée à « Wiped Out ». La troupe rentre tout de suite dans le vif du sujet, avec « Finding It So Hard », titre de plus de quinze minutes à l’origine mais raccourci à six pour le rendre plus direct, et son affolante montée en intensité. Le public est immédiatement happé par un son monumental, clair et précis. Et avec deux plateaux de claviers – ces instruments étant souvent des plaies à mixer en raison de leur éventail de fréquence qui a tendance à manger le reste des instruments – ce n’est pas un mince exploit. Archive confirme une fois de plus son caractère d’alchimiste sonore. Et à ce titre, quel son de batterie ! Avec sa caisse claire piquante, ses belles résonances, ses quelques effets sonores, etc.

Ce premier titre est interprété dans un line-up minimal puisque ni le bassiste Jonathan Noyce, ni les chanteuses Maria Q et Holly Martin ne sont présents – sans doute en coulisse se dit-on. Une nouvelle tête fait en revanche son apparition, puisque Mike Hurcombe (a priori) est venu remplacer Steve Harris sur ces dates estivales. Il se fait d’ailleurs remarquer dès le début avec un son de guitare fuzzé épais et lourd, au caractère très sludge, ajoutant à la richesse des textures et à l’intensité d’une chanson qui se termine en propulsant l’audience au quatrième ciel. Il fallait bien une petite accalmie pour enchaîner et c’est l’émouvant et toujours tendu à la fois « Wiped Out » qui a été choisi. Toujours pas de basse en vue. On s’attend à voir Noyce entrer en scène avec son regard de tueur au moment où les basses fréquences doivent venir plomber la chanson. Mais jamais il ne viendra. Noyce est tout bonnement absent de ce concert, tout comme nous nous rendrons compte que la diva Maria Q n’est pas non plus de la partie. Mais il est bien connu que le line-up d’Archive est à géométrie variable, à l’image de sa musique. C’est ainsi que les musiciens s’adaptent, déclinent leurs interprétations sous des rendus différents, donnant la possibilité de redécouvrir sous de nouveaux angles le répertoire du groupe. C’est ainsi que là où le premier climax de « Wiped Out » se fera sans basse, le second lui reposera sur une boucle de synthétiseur qui n’aura pas eu la prétention de se calquer sur la ligne originelle de Noyce mais d’apporter un nouvel élément à la chanson.

Voilà un début de concert enthousiasmant et le public ne s’y trompe pas, transporté par la musique et des jeux de lumières sublimes. Mais le soufflé retombe légèrement avec l’arrivée de Holly Martin, qui apparaît non plus blonde mais brune, sur « Hatchet ». Elle qui fut si divine six mois plus tôt se vautre vocalement avec un chant approximatif et rate la chanson. A tel point que c’est à se demander si, avec ce look et ce timbre en apparence plus grave, c’est bien elle que l’on distingue sur scène. Bref, on oublie, d’autant qu’elle se rattrapera au fur et à mesure de ses apparitions successives. Fort heureusement Dave Pen et Danny Griffith restent impeccables et envoûtants d’un bout à l’autre. Le concert n’aura de toutes façon pas manqué d’émotions fortes, c’est la moindre des choses qui est attendu de la part d’Archive. En cela ils n’auront pas été pingres, même si le concert n’aura, en définitive, duré qu’une heure trente contre deux heures six mois plus tôt. Peut-être aurait-il été plus judicieux de se dispenser d’une des premières parties et laisser la possibilité à la tête d’affiche de proposer un set un peu plus conséquent. Mais l’essentiel est là, avec l’indispensable, à la fois amer et fédérateur, « Fuck U », le classique « You Make Me Feel » qui oscille entre punch et volupté, et un dernier album With Us Until You’re Dead bien installé dans la setlist.

Arrivent les rappels, le public se lance dans le traditionnel, en ce lieu, jet de coussins qui, très vite, recouvrent la scène. Amusés, les musiciens se prêtent au jeu et s’amusent à les renvoyer aux expéditeurs avant de se lancer dans un pink-floydien « Again », dans lequel Dave Pen s’abandonne dans une interprétation des plus poignantes, mais malheureusement tronquée, à sa version édit d’environ six minutes sur les quinze que compte normalement le tire. Puis un « Dangervisit » final hypnotique et intense, sous un nouveau déluge de coussins, qui laissera chaque spectateur avec des étincelles dans les yeux et des souvenirs pleins la tête.

Archive fait mouche une fois plus, malgré un concert en mode « estival » légèrement moins consistant que ce que l’on a pu connaître.



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