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Chronique   

Arch/Matheos – Winter Ethereal


Arch et Matheos sont deux noms qui devraient parler à beaucoup d’amateurs de metal progressif. Jim Matheos n’est autre que le guitariste, compositeur et moteur de Fates Warning depuis 35 ans et John Arch en était le frontman original jusqu’en 1987. Ces derniers avaient débuté leurs retrouvailles musicales en 2003 avec l’album A Twist Of Fate sous le seul nom de John Arch, avant de pérenniser leur collaboration sous la bannière Arch/Matheos avec Sympathetic Resonance (2011). Huit ans plus tard, les deux musiciens se sont de nouveau réunis pour proposer leur deuxième opus, Winter Ethereal. John Arch et Jim Matheos ont cherché à briser les automatismes et à se faire violence. Winter Ethereal est à ce titre l’album qui légitime réellement l’existence d’Arch/Matheos dans la carrière des deux musiciens.

Le processus de composition labyrinthique de Sympathetic Resonance a été très largement éclairci. Arch et Matheos ont commencé à écrire Winter Ethereal en 2017 avec un dessein intangible : composer spécifiquement pour le projet, plutôt que celui-ci empiète sur le domaine créatif de Fates Warning. C’est également dans cette optique qu’une brochette de musiciens, tous plus talentueux les uns que les autres dans le domaine du progressif, vient leur prêter main-forte (Sean Malone, Steve DiGiorgio, Baard Kolstad, Thomas Lang…). Si la patte des deux musiciens entretient forcément un lien de parenté, d’autant que presque tous les actuels et ex-Fates Warning sont également de la fête (Joe DiBiase, Joey Vera, Bobby Jarzombeck, Mark Zonder et Frank Aresti), Winter Ethereal donne l’occasion au projet Arch/Matheos de prendre un peu plus son indépendance. Pour autant, les neuf minutes de « Vermilion Moons » qui ouvrent l’opus instaurent une continuité immédiate avec Sympathetic Resonance : une musique relativement sombre, complexe, à la structure alambiquée et aux arrangements pléthoriques. Quelques traits de ce qui prédomine sur Winther Ethereal émergent cependant : Arch/Matheos sonne plus heavy et plus immédiat lors des refrains. Certains les diraient plus accessibles, d’autres plus optimistes préciseraient plus accrocheurs. Les morceaux gagnent d’ailleurs globalement en concision par rapport aux deux précédents efforts du duo, il suffit de voir les timings des titres pour s’en convaincre.

Les six minutes de « Wanderlust » entraînent directement l’auditeur grâce à un départ in medias res. Le titre prend des allures d’hybride entre metal scandinave, rejeton de la NWOBHM et le Dream Theater des années 90. Cette recherche de l’accroche ne fait cependant pas sombrer Arch/Matheos dans des réflexes simplistes, loin s’en faut. Les compositions conservent un aspect nébuleux qui, d’un côté, rend plus difficile l’identification des différentes parties et, d’un autre côté, donne plaisir à s’y perdre. Fait d’autant plus bénéfique qu’il permet de mettre sur un piédestal les passages forts des titres : le refrain de « Vermilion Moons », le break de « Wanderlust », le solo de « Solitary Man », la reprise agressive de « Wrath Of The Universe », les leads épiques presque « maideniens » de « Never In Your Hands », le riffing massif et sombre de « Straight And Narrow »… Arch/Matheos fait entrevoir ce qu’il faut de ses pistes pour ne pas nous égarer sans nous tenir la main, gymnastique bienvenue qui empêche une écoute routinière et permet à chaque fois de se focaliser sur de nouveaux détails.

Au-delà d’un agencement des compositions, certes, complexe mais extrêmement astucieux, c’est la performance de John Arch qui soutient le plus l’ouvrage. Ce dernier module parfaitement son timbre aigu avec un placement du chant particulier. Les voix de Winter Ethereal sont des mélodies continues, sans cesse en mouvement et parsemées de variations, quasi labyrinthiques, en phase avec la dynamique toujours changeante de la musique, sauf lorsqu’il s’agit de poser des balises mélodiques permettant à l’auditeur, là encore, de retrouver son chemin. Si John Arch ne surprendra pas les plus habitués de ses acrobaties vocales lorsqu’il illustre des titres sinueux tels que « Vermilion Moons » ou les treize minutes de « Kindred Spirits », il interpelle et excelle lorsqu’il met en valeur la facette la plus facile à appréhender d’Arch/Matheos. La pseudo-ballade « Tethered » vit presque exclusivement en raison des lignes vocales incarnées de John Arch, prêt à ponctuellement utiliser des artifices d’un autre temps si besoin (la voix trafiquée à la Robert Plant sur le pont du morceau par exemple). Sa voix et le riffing de Matheos sont un exemple de conjugaison parfaite à de nombreuses reprises : le refrain de « Pitch Black Prism » est l’archétype de cette synergie.

Winter Ethereal est un album de metal progressif qui a su privilégier l’accessibilité de manière pertinente sans rendre le propos stérile. Arch/Matheos a conservé toute la dynamique que l’on connaît au sein du travail des deux musiciens. Il a simplement réussi à condenser ce qu’il évoque et à le rendre plus puissant en raison d’un contraste entre un agencement toujours complexe de la composition et la clarté de ses moments forts. On peut s’y perdre, et y prendre plaisir, avec la garantie de toujours s’y retrouver.

Album en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Straight and Narrow »:

Album Winter Ethereal, sorti le 10 mai 2019 via Metal Blade Records. Disponible à l’achat ici



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