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Chronique   

Archspire – Bleed The Future


Archspire doit sa réputation à son extrême vélocité. Depuis ses débuts en 2009, le groupe canadien de death technique voue un culte à la dextérité et à l’intensité et a entraîné nombre de fidèles avec lui. Relentless Mutation (2017) peut être considérée comme l’œuvre qui a permis à Archspire de devenir l’une des formations les plus en vue de la scène extrême actuelle. Naturellement, et malgré la pandémie, Archspire a profité de cet élan pour livrer ce qui restera comme son effort le plus abouti sur le plan de l’écriture. De quoi cimenter son statut de groupe essentiel dans le genre. Bleed The Future est à la fois une accélération inattendue et un effort d’intelligence nécessaire pour éviter l’indigestion et l’ennui. Conceptuellement, il est né d’un rêve farfelu d’Oli Aleron : que se passerait-il si les humains donnaient naissance à des non-humains ? Archspire aime mêler dilemmes éthiques et science-fiction.

Archspire a la chance de profiter d’un line-up stable. Oli Aleron vocifère toujours au milieu des diatribes guitaristiques de Dean Lamb et Toni Morelli et des prouesses rythmiques du bassiste Jared Smith et du batteur Spencer Prewett. Bleed The Future est en premier lieu la concrétisation d’une camaraderie de longue date qui met à l’honneur la composition « en personne » malgré les impératifs logistiques. Bleed The Future doit ses morceaux à un processus long et méticuleux, de quoi occuper le groupe pendant plus de deux ans, libéré de son cycle de tournées par la force des choses. Il s’est à nouveau attaché les services de Dave Otero pour améliorer le son forgé sur Relentless Mutation. Sur ce plan, Bleed The Future incarne toutes les facettes du death technique contemporain : il privilégie un son limpide nécessaire pour développer toute sa technicité et pâtit en revanche d’une forme de froideur dans les sons de guitares stéréotypés et ceux d’une batterie qui doit tuer toutes ses harmoniques. Un compromis inévitable pour permettre la densité. Bleed The Future est d’ailleurs un concentré de violence, huit titres pour une durée avoisinant les trente minutes. Archspire a respecté ses impératifs de concision, ne gardant que ce qu’il estime le meilleur. « Drone Corpse Aviator » introduit l’opus par les blasts typiques du groupe effectués à la vitesse-lumière, une trame de fond qui permet quelques élans néoclassiques et le phrasé haché et guttural d’Oli Aleron à la vélocité parfois ahurissante (« Bleed The Future »). Les premiers indices de progression du groupe se révèlent par une part plus importante accordée aux « aérations » des compositions, des mélodies que le groupe cherche à mettre en valeur pour faciliter l’appréhension de l’auditeur. Certes, Bleed The Future réussit l’improbable exercice de reléguer son prédécesseur au statut d’échauffement : la conclusion « A.U.M. » est une épreuve physique, le titre le plus rapide du groupe. Archspire sait toutefois qu’il ne perdurera qu’à condition d’éviter la surenchère.

« A.U.M. » laisse effectivement s’exprimer quelques plages gracieuses à l’image de ses lignes de basse hypnotiques. Cet accent porté sur la mélodie se retrouve à maintes reprises, à l’instar des leads d’« Abandon The Linear » qui brille davantage lorsqu’il alourdit ou aère son propos. Lorsque Archspire écrit une mélodie claire qui transcende ses élucubrations rythmiques, la formule prend tout son sens. C’est le cas de « Bleed The Future » qui s’impose lorsqu’il ne se perd pas dans des articulations complexes. Archspire a la capacité de faire preuve d’élégance – l’introduction de « Drain Of Incarnation » le démontre aisément – et Bleed The Future gagne en cachet lorsque le groupe s’y efforce. « Acrid Canon » incarne peut-être le mieux cette évolution d’Archspire en se donnant une dimension presque symphonique. Archspire gagne à être grandiloquent, ayant déjà fait étalage de sa puissance qui n’impressionne plus réellement.

Bleed The Future respecte les canons du death technique en se voulant son penchant le plus extrême. Archspire s’est à la fois dépassé et a amorcé un processus de réflexion vital. Celui-là même qui l’empêchera de se parodier à terme, en faisant du songwriting et de la dynamique la raison d’être de sa musique, là où la vitesse et la dextérité ne sont plus facteurs d’éloquence. Archspire prend conscience qu’il doit justement rester humain pour toucher, une réponse adéquate au concept développé.

Clip vidéo de la chanson « Drone Corpse Aviator » :

Clip vidéo de la chanson « Bleed The Future » :

Clip vidéo de la chanson « Golden Mouth Of Ruin » :

Album Bleed The Future, sorti le 29 octobre 2021 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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