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Chronique   

Arcturus – Arcturian


Arcturus - ArcturianArcturus avait surpris son monde en annonçant son retrait de la scène en 2007, deux ans après la sortie de Sideshow Symphonies (2005). Mais voilà, un alien aurait murmuré à l’oreille du chanteur ICS Vortex qu’une réunion devait se faire en 2011… Surtout, celui qui fut mis à la porte du poste de bassiste-chanteur dans Dimmu Borgir, se retrouvait soudainement avec du temps sur les bras et libre de monter et ressusciter quelques projets ; son groupe solo, son retour dans Borknagar, bientôt le retour de Lamented Souls, et aujourd’hui, donc, celui d’Arcturus que les autres membres envisageaient déjà de leur côté. 2011 marquait la volonté du groupe de s’exprimer à nouveau mais il aura tout de même fallu quatre ans pour voir arriver cet Arcturian. Au moins quatre ans de gestation pour parvenir à créer une entité débridée, éclatée et surtout foisonnante. Arcturian incarne une forme singulière d’opulence.

Les styles ? Les catégories ? Honnêtement, Arcturus semble n’y accorder aucune attention. Arcturian semble endosser toutes les personnalités simultanément, toutes reconnaissables sans être totalement perceptibles. À ce titre l’artwork de Costin Chioreanu se conjugue parfaitement avec le ressenti qu’a l’auditeur, plongé dans une mystique étrange ; effectivement celle d’une civilisation qui nous est mystérieuse. Arcturian ne déstabilise pas pour autant, tout du moins lorsqu’on est déjà entré en contact avec l’oeuvre passée de l’entité. La versatilité de sa musique ne déroge pas aux règles qu’avaient déjà instaurées les Norvégiens, caractérisée par une curieuse beauté, plus folle qu’avait pu l’être l’album de 2005 mais pas complètement aussi singulière que l’OVNI incontournable qu’est encore La Masquerade Infernale (une chanson comme « Bane » se rapproche pourtant fortement d’un « The Chaos Path » et ses traits empruntés à la musique de cirque). Elle est servie par une production raisonnable qui permet à toutes les plages instrumentales de s’exprimer sans s’oblitérer. « Raisonnable », car les guitares souffrent de quelques retraits qui empêchent de pleinement apprécier le travail de Knut Magne Valle. Certes, une surproduction n’a pas lieu d’être chez Arcturus et participe à entretenir cette parenté avec le black metal, et, surtout, la production d’Arcturian rejoint le son nébuleux qui participait au charme et au caractère tellement à part de La Masquerade Infernale.

C’est un fait, Arcturian est évidemment complexe. Un titre comme « Angst », directement issu du black symphonique de la fin des années 90 et grandiloquent à souhait, va côtoyer sans aucune fracture le très electro et « cosmique » « Warp ». Les samples utilisés ont eux-mêmes différentes facettes, qui va de la rythmique electro-pop grossière de « The Arcturian Sign » au pseudo dubstep-industriel de « Demon », véritable petit bijou de bizarrerie mélodique où le phrasé de Vortex rappelle un certain Marilyn Manson. La variété des registres qu’il pratique et ses contorsions vocales étonnantes sont parmi les clés de la profondeur de cet Arcturian, à l’image du heavy et orientalisant « Crashland » qui, sous la légèreté des violons, des arpèges et des lignes de chant, a des airs de Fair To Midland. Vortex se permet même de distordre sa voix à propos (« Game Over ») et de rajouter au sentiment d’étrangeté. Aussi fantasmagorique que puisse être Arcturian, il ne sombre jamais dans l’exubérance. Même lorsque plusieurs mélodies convergent, lorsque les claviers s’expriment en abandonnant toute idée de sobriété, lorsqu’Hellhammer… fait du Hellhammer et blaste à tout-va. Ce n’est pas exubérant, ce n’est simplement pas le même monde, donc pas les mêmes standards. C’est ce qui permet, quelque part, de mélanger acoustique pure, avec une instrumentation issue de la musique ethnique, et électro en accentuant ce que les genres ont de différent au sein du même titre, le gracieux « The Journey ».

Arcturus propose une musique qui se tient à distance de ses contemporains. C’est une culmination des éléments qui font la force du black symphonique, que le groupe semble avoir dépassé depuis longtemps en lui associant une pléthore de nouvelles inspirations. Arcturian crée un macrocosme qui a en son sein un paradoxe constant : il est énergique et délicat, extraverti et touchant, fou et pourtant si cohérent.

Ecouter le morceau « ‘The Arcturian Sign » :

Album Arcturian, sorti le 8 mai 2015 chez Prophecy Records.



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