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Chronique   

Arkan – Kelem


Arkan - KelemNombreux sont les groupes de metal qui promettent d’évoluer dans leur musique et de mûrir dans leur style lorsqu’ils sortent un nouvel album. Ce qui réunit une grande partie de la scène metal française, c’est qu’ils tiennent souvent leurs promesses. Plus de mélodicité, de recherche et de richesse… Tous ces éléments qu’ils appellent « la maturité ». Les parisiens d’Arkan ne dérogent pas à la règle, comme ils nous l’ont confié récemment. Le groupe catégorisé comme du death mélodique oriental avait déjà changé son cap avec le précédent album Sofia, bien moins agressif que ses prédécesseurs et davantage axé sur la mélodie, notamment via les vocalises de la chanteuse Sarah Layssac. Kelem est un nouveau départ à bien des égards, en particulier parce que cette dernière est remplacée par Manuel Munoz, que l’on prend plaisir à retrouver sept ans après la disparition de The Old Dead Tree, pour assurer le chant clair. Cet opus a vocation d’être une photographie du printemps arabe et de ses conséquences, ainsi qu’un concentré des éléments de la discographie du combo… Voyons ce qu’il en est.

Les premières notes de guitare qui introduisent l’album plantent d’emblée le décor mélancolique de l’album, avant d’enchainer rapidement sur un puissant riffing. Fort d’une production organique équilibrée, Kelem place très vite l’auditeur sur un chemin vallonné entre une forme de brutalité et une sensibilité dans le jeu mais aussi et surtout par le chant envoûtant de Manuel, à l’image de « Nour » qui passe de riffs deathcore à des accalmies doucereuses. La dualité entre le chant clair – majoritairement exploité, d’autant que Manuel s’adapte avec un certain talent au contexte oriental (« The Call ») – et celui growlé de Florent Jannier permet justement de faire jaillir une émotion entre la tristesse et la colère, et, quelque part, ressentir une certaine impuissance, appuyant la position de témoins des évènements tragiques qui se succèdent depuis quelques années, choisie par le groupe.

Kelem, de par sa richesse et variété mélodique, s’inscrit dans une structure d’avantage progressive, que ce soit dans les chansons ou l’agencement de l’album. L’esprit peut se rapprocher de Katatonia dans la composition et la sensibilité, et évidemment d’Orphaned Land, quand bien même les inspirations de la musique orientale se veulent plus discrètes et subtilement exploitées. Mais résumer les sophistications de l’opus à ces quelques références serait céder à une facilité, car l’inspiration de l’album se trouve clairement dans l’essence même de l’histoire d’Arkan. Ainsi, le furieux « Erhal », presque entièrement death metal, fera davantage appel à la période Hilal, tandis qu’on va jusqu’à retrouver un peu de Sofia avec « Just a Lie » et « Beyond The Wall », deux titres marqués par les envolées vocales impressionnantes de Manuel, véritable marqueur d’intensité émotionnelle. Ces basculements d’une ambiance à l’autre au fur et à mesure de l’album imageront un voyage. L’acoustique « Eib » en plein milieu d’album accompagne l’auditeur dans ce périple. Les influences des musiques orientales, apportées par des instruments à cordes traditionnels posés çà et là, comme en effet de transition au départ de « The Call », transportent et appuient le récit.

Le combo conclut l’opus avec la chanson éponyme divisée en quatre parties. Celle-ci décrit le dilemme d’un habitant d’une capitale qui sombre dans le chaos – on peut évidemment faire le parallèle avec ce qui se passe actuellement à Alep – n’ayant le choix que de combattre en rebelle ou de vivre en victime. Le titre se veut poignant, notamment par les growl enragés de « Capital City Burns », et s’achève sur un extrait du sombre témoignage d’une jeune fille dénommée Jasmine Harvest et quelques notes acoustiques. Attention cependant à ne pas appuyer trop tôt sur le bouton « stop », car Arkan réserve une surprise, un second final acoustique, avec « Ray Of Hope II », en référence au premier du nom sur Burning Flesh, le premier EP du groupe. Un final ayant pour vocation d’offrir une note d’optimisme mais qui surtout embaume l’auditeur dans une sublime tristesse, le temps de lui soutirer une dernière émotion.

Avec Kelem, Arkan démontre qu’il est désormais sûr de ses acquis et de la singularité de sa musique. Il est évident que l’étiquette « metal oriental » n’est qu’une façade tant sa musique s’est progressivement complexifiée dans ses couleurs. A la fois varié et cohérent, Kelem est le genre d’album à écouter en entier. Le terme Kelem désignant la possibilité de s’exprimer, Arkan le fait ici avec sa meilleure plume, et raconte avec justesse le monde dans son aspect le plus tragique.

L’album en écoute intégrale :

Album Wakrat, sorti le 10 novembre 2016 via Overpowered Records. Disponible à l’achat ici.



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