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Chronique   

Arkan – Lila H


Chaque album est un nouveau cycle pour l’électron libre Arkan. Le groupe de metal oriental n’est pas du genre à se précipiter pour faire dans la surproduction ou pour cloner ses œuvres passées – les différences entre Sofia (2014) et Kelem (2016) en étaient déjà une démonstration. L’œuvre est une histoire de contexte, à la fois celui du groupe et celui du collectif créatif, Arkan ayant vu l’intégration du chanteur Manuel Munoz (The Old Dead Tree) il y a quatre ans, mais aussi historique et sociétal. Avec son regard musical atypique et ouvert sur le monde, Kelem dressait un tableau du printemps arabe avec une sensibilité affirmée. La cinquième pièce discographique, Lila H, propose une autre photographie, celle d’une époque à peine plus ancienne, mais qui cette fois-ci s’avère beaucoup plus personnelle.

Lila H nous emmène en Algérie dans les années 90, dans un contexte de guerre civile entre le gouvernement et des groupes islamistes. Le regard proposé ici par Arkan n’est pas une interprétation ou une vue de l’extérieur, mais un récit vécu par deux membres du groupe. Le bassiste Samir Remila et le guitariste Mus El Kamal ont vécu leur adolescence dans cette Algérie conflictuelle, et de leurs histoires et des échanges avec leurs amis du groupe est né le concept de Lila H. Fatalement, l’album est plus brutal, et ce dès ses premiers instants, avec l’énergie furieuse de « Dusk To Dawn ». Toujours accompagné de quelques arpèges orientaux, le ton est donné avec une approche offensive et directe, laissant les différents growls mener la danse. Sur « Shameless Lies », le chant délicat de Manuel Munoz tente bien de se frayer un chemin et trouve quelques respirations pour briller, mais il se retrouve en bout de course balayé par l’effroyable torrent guttural de Florent Jannier. « Broken Existences » joue la carte du death metal melodique, groovy et entraînant. Un « tube » qui croise et accentue une multitude d’émotions, en tension entre le besoin naturel d’un enfant de s’épanouir et le climat violent dans lequel il grandit. Manuel Munoz, qui doit traduire le récit de ses camarades, démontre encore une fois les prouesses vocales dont il est capable, flirtant presque avec le style d’un Serj Tankian – qui s’est lui-même illustré en incarnant le récit de drames et traumatismes historiques liés à ses origines.

Lila H est avant tout la transmission d’un vécu, et la réussite de celle-ci, Arkan la doit à sa capacité à proposer une musique intrinsèquement immersive. Il joue avec les images, celles des souvenirs, des plus beaux aux plus mélancoliques et tragiques. « Surrounded » ralentit le tempo et choisit la gravité d’un death metal lourd et oppressant, avant que « Burning Marks » ne s’enchaîne, comme une seule et même chanson, et nous soulage. Un moment de répit qui se poursuit avec « My Son », plus orchestral avec ses arrangements de violons, mais un sentiment d’angoisse plane : une sirène d’alerte à la bombe vient s’ajouter aux tonalités dramatiques et rappeler que le calme n’est qu’une notion relative en temps de guerre. La prestation de Manuel Munoz est de nouveau touchante, gommant la frontière entre espoir et détresse, jamais larmoyante, toujours intense. « Remembrance » introduit en acoustique le morceau final divisé en plusieurs parties (une tradition pour les Parisiens). « Seeds Of War » appuie sur la corde sensible avec une ritournelle mélodique comme empruntée à Anathema, tandis que « Resilience » nous laisse sur une ambiance quasi funèbre. La batterie de Foued Moukid amène la puissance, le dialogue entre Florent Jannier et Manuel Munoz la profondeur, et les couleurs des guitares renvoient l’image de décombres au sol, avant qu’une guitare acoustique esseulée laisse miroiter un horizon qui se dégage enfin.

Arkan parvient à échapper à la caricature, aussi bien sur le plan musical que lyrique. Lila H est un album juste, grave, traversant des sentiments différents, forts et authentiques, qui s’entremêlent. Il ne cède jamais à l’exécution d’une recette prédéfinie mais, au contraire, sculpte son propos musical au profit du message, d’un témoignage personnel. A chacun ensuite d’utiliser ce document pour s’y identifier, relativiser sa propre condition, absorber son message de paix qui se dessine en filigrane ou simplement vivre une expérience musicale émouvante.

Chanson « My Son » :

Lyric vidéo de la chanson « Broken Existences » :

Chanson « Crawl » :

Album Lila H, sortie le 16 octobre 2020. Disponible à l’achat ici.



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