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Chronique   

Armored Saint – Punching The Sky


Cinq années séparent Punching The Sky, dernier opus d’Armored Saint, de son aîné Win Hands Down (2015). Un laps de temps qui n’étonne aucunement de la part des Américains qui ont accusé plusieurs hiatus – un en 1992 après le décès du guitariste Dave Prichard et le transfert de John Bush chez Anthrax, et un autre en 2001 suite à la sortie de Nod To The Old School – et sont connus désormais pour prendre leur temps. Armored Saint n’a jamais obtenu la considération qu’il méritait, leur réputation étant entachée par de nombreux problèmes de line-up et de label. Aujourd’hui, le groupe n’a qu’une seule chose en tête : « écrire de la très bonne musique ». L’essentiel et rien d’autre, en somme. Les rêves de gloire ne sont plus à l’ordre du jour, malgré quarante ans d’une carrière louable. Il y a une certaine lucidité qui se dégage de ce Punching The Sky : Armored Saint veut réaliser quelque chose de galvanisant et d’entraînant en s’affranchissant du petit jeu aliénant des registres musicaux. Punching The Sky est une conversation franche et directe, qui ne s’embarrasse d’aucune ambiguïté ou d’hypocrisie.

Punching The Sky a été réalisé par le bassiste Joey Vera qui possède aussi la casquette de producteur. Il a été accompagné de Jay Ruston au mix, un ami proche du groupe. Armored Saint veut privilégier le travail en interne. Un choix qui lui réussit : Armored Saint conserve une approche heavy metal des sons de guitare faisant honneur à ses racines tout en parvenant à sonner actuel. « End Of The Attention Span » a des allures de jeune Metallica qui aurait bifurqué à l’embranchement de la mélodie heavy et des soli à la Maiden. Cette parenté avec les titans du metal est particulièrement flagrante sur « Do Wrong To None » qui voit le son des guitares retravaillé pour gagner en agressivité et en lourdeur. Armored Saint réussit à être suffisamment incisif pour honorer le power-thrash old-school sans le parodier. Un écueil évité par le chant chaud et puissant de John Bush qui fait office de balise au milieu d’un album extrêmement varié. Une preuve qu’Armored Saint privilégie la qualité d’écriture par rapport à un cahier des charges imposé par un label ou des considérations commerciales. Malgré son intro laissant envisager un tournant industriel, « Bubble » voit le groupe s’adonner à un hard rock FM à la fois raffiné et taillé pour la radio, tandis que « My Jurisdiction » a un flair groovy aux allures de King’s X.

Si la polyvalence d’Armored Saint an’est plus à démontrer, on ne l’attendait pas nécessairement à un tel degré sur Punching The Sky. Les Uileann pipes, cornemuses irlandaises, qui ouvrent l’album avec « Standing On The Shoulders Of Giants » (morceau le plus long et progressif de l’album, faisant directement de lien avec Win Hands Down) avant de se muer en arpèges de guitare réussissent parfaitement à conditionner l’écoute : Armored Saint enjoint de se tenir prêt, il ne se cantonnera pas à un heavy aussi confortable que complaisant. L’approche fusion-rock de « Bark, No Bite » avec son basse-batterie sautillant et ses leads jazzy pleins de reverb’ est l’exemple le plus flagrant d’un groupe qui sait déjouer les attentes. L’avantage d’un statut plus discret, celui de ne pas jouer ce que l’auditeur désire en dépit d’autres aspirations ; d’aucuns diraient de toutes façons qu’être surpris fait partie de ce que les fans d’Armored Saint recherchent aujourd’hui. Ce qui lui permet de transiter sur « Unfair » – pseudo-ballade caractérisée par une montée continue en puissance tout en émotion, avec un John Bush qui chante son texte comme une sorte de mantra – ou d’entendre le batteur Gonzo Sandoval s’essayer à la flûte indienne sur l’introduction de « Never You Fret ». Au-delà de la variété bienvenue de Punching The Sky, c’est sa concision qui devient sa plus grande qualité. Rien n’atteint la barre des six minutes, à part « Standing On The Shoulders Of Giants », là où Win Hands Down pouvait s’étirer, peut-être futilement parfois. Une volonté assumée de la part du groupe, celle de recréer la même intensité en simplifiant son vocabulaire. Punching The Sky se parcourt facilement, sans temps mort ou remplissage. L’auditeur alterne entre la nostalgie d’une musique nourrie par le heavy des eighties bien connu (« Missile To Gun ») et les approches moins attendues. Les garanties et les prises de risque dans le même lot.

Armored Saint mérite amplement ses quarante ans de carrière. Le groupe a surmonté nombre d’épreuves pour se concentrer uniquement sur la qualité d’écriture, fort d’un statut solide à défaut d’avoir la posture d’un mastodonte. Il sait pourtant se montrer tout aussi robuste et grisant (« Fly In The Oinment ») et peut-être encore plus libre. Punching The Sky réussit à trouver l’équilibre entre concision et émotion. Il ravit surtout parce qu’il a des allures de cour de récréation pour des vétérans de la musique. Quarante ans et aucune ride.

Clip vidéo de la chanson « Standing On The Shoulders Of Giants »

Clip vidéo de la chanson « End of the Attention Span »

Album Punching The Sky, sortie le 23 octobre 2020 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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