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Interview   

Art Of Anarchy trouve son équilibre


Il faut dire que la carrière d’Art Of Anarchy, que l’on peut facilement qualifier de « super groupe », a démarré de façon un peu chaotique, avec un premier album, certes prometteur, mais qui n’était pas encore sorti que le chanteur Scott Weiland (ex-Stone Temple Pilots) s’en dissociait déjà, se présentant comme un « chanteur de session », à la plus grande surprise des autres membres. La suite de l’histoire, on la connait : Scott Weiland décède, le 3 décembre 2015, quelques mois après la sortie de l’album, avec ses excès de consommation de stupéfiants mis en cause.

Ce que l’on sait moins, en revanche, c’est qu’à ce stade, Art Of Anarchy avait déjà commencé à poursuivre sa route avec un nouveau chanteur : Scott Stapp de Creed. Un choix surprenant étant donné, comme son prédécesseur, le peu de fiabilité dont celui-ci s’est fait une réputation par le passé, à cause notamment, comme son prédécesseur, de consommations de drogues. Mais à en croire les thématiques du nouvel opus, The Madness, Scott Stapp a vaincu ses addictions et est aujourd’hui un nouvel homme, ce que confirme le guitariste Ron « Bumblefoot » Thal, confiant envers la nouvelle voix du groupe, dans l’entretien qui suit.

C’est donc de tout ceci que nous parlons avec Thal mais aussi de ce que représente Art Of Anarchy pour lui, la majorité de sa carrière ayant été celle d’un artiste solo, profitant également de l’occasion pour revenir sur son départ de Guns N’ Roses et son expérience au sein de ce poids lourd, ainsi que pour faire un point sur sa santé, lui qui s’est fait retirer deux tumeurs en fin d’année dernière.

« Le truc par rapport aux chanteurs, ceux qui sont des icônes, ceux qui ont un énorme impact, c’est qu’il y a quelque chose de différent chez eux. Ce truc qui les rend géniaux, souvent, c’est la même chose qui peut les rendre insupportables ! [Petits rires] […] Et nous avons énormément de chance que Scott Stapp l’ait sous contrôle. »

Radio Metal : Le chanteur Scott Weiland est décédé en 2015, seulement quelques mois après avoir sorti le premier album. En fait, même avant sa mort, son statut dans le groupe n’était pas très clair… Du coup, quel était l’était d’esprit du groupe à ce moment-là ?

Ron Thal (guitare) : Lorsque nous avons annoncé le groupe en janvier 2015, nous étions évidemment [petits rires] surpris par les déclarations que Scott Weiland avait faites, alors que nous venions tous de nous mettre d’accord la veille sur ce que nous devions dire et comment nous devions le dire. Scott Weiland a très clairement fait comprendre qu’il ne voulait pas être impliqué, il voulait juste rester concentré sur son projet solo. Tu sais, il sortait son album Blaster, il tournait avec les Wildabouts, et il ne voulait pas s’impliquer dans quoi que ce soit d’autre. Donc voilà, et ensuite nous avons sorti l’album en juin, et la question était de savoir si nous voulions laisser le groupe disparaître après ce premier album ou est-ce que nous voulions continuer ? Tu sais, nous avions une liste de chanteurs dont nous pensions qu’ils pouvaient fonctionner pour le futur et le nom en haut de cette liste était Scott Stapp. Nous l’avons contacté en premier et après ça, nous avons déchiré la liste ! Nous savions que c’était le bon choix dès que nous nous sommes tous rencontrés. Donc l’album est sorti en juin, et ensuite en août 2015, moi, Jon et Vince avons pris l’avion pour la Floride où Scott vivait à l’époque et nous avons été dans une salle de répétition, nous avons jammé et fait des trucs sur place, nous avons diné, nous avons simplement parlé de qui nous étions, ce que nous voulions… Je dis toujours que c’était comme notre premier rencard [rires]. A partir de là, ça a bien marché et nous avons vu qu’il nous fallait un second rendez-vous. Donc un mois plus tard, Scott est venu à New York et John Moyer, notre bassiste, n’était pas en tournée, donc nous étions tous les cinq, et nous avons passé une semaine et demie, deux semaines, juste dans une pièce, avec notre matériel, mon ordinateur portable et une petite interface à deux canaux et deux micros, et nous avons enregistré ce que nous improvisions, et nous avons commencé à composer des chansons. Et ce n’est que récemment que je me suis rendu compte que c’était la première fois de toute ma vie où j’ai été dans un groupe où chaque membre était là et contribuait à cent pour cent, et que nous composions ensemble, et faisions tout ensemble. Tu sais, pour mon premier groupe, j’avais six ans, il a donc fallu quarante ans [petits rires] pour être dans un groupe où tout le monde était réellement là et agissait comme des partenaires et une équipe, à tout faire ensemble, à créer ensemble, à prendre des décisions ensemble, à manger ensemble pour le diner… Nous étions un vrai groupe, aussi vrai que possible ! Au cours de cette semaine et demie, à cheval entre septembre et octobre, c’est là que nous avons écrit la moitié de l’album. Nous avons composé en faisant ces jams. Les premières chansons que nous avons écrites étaient « No Surrender », « The Madness », « Won’t Let You Down », « Changed Man », quoi d’autre ? J’en oublie une. Mais ouais, il y avait cinq chansons que nous avons écrites à cette période. Et puis je suis parti juste après ça. Nous avons fini la première semaine d’octobre, ensuite j’ai dû partir pour faire la tournée Autour De La Guitare en France ; une tournée de deux mois que nous avons faite avec Jean-Felix Lalanne, Paul Personne, Axel Bauer…

Oui, j’ai d’ailleurs eu Paul Personne au téléphone il y a quelques mois, il m’a parlé de cette session que vous avez faite…

Ouais ! Pour l’album, Lost In Paris Blues Band ! Cet album était tellement amusant ! Nous avons fini tout l’album rien qu’en trois jours. Tout ce qui est sur cet album a été fait en une ou deux prises ! Je ne pense pas que nous ayons fait d’enregistrements supplémentaires ou que nous ayons corrigé des parties, nous avons juste balancé la sauce ! C’était génial. C’était comme un album live. Paul est merveilleux.

Tu as parlé de cette liste de chanteurs que vous aviez. C’était quoi les critères ?

Evidemment, ils devaient avoir une bonne voix, ils devaient être de bons compositeurs, ils devaient être disponibles, ils devaient vouloir le faire et honorer leurs engagements et ce qu’ils disent. Et puis, pour nous, Scott, évidemment, s’il allait intégrer le groupe, il devait savoir que nous n’allions pas l’inciter à prendre de la drogue ou de l’alcool, le mettre dans un environnement malsain, il devait savoir que nous ne sommes pas hostiles et que nous ne nous battons pas et ce genre de choses, ce qui n’est pas le cas, donc c’est vraiment bien. Donc nous savions tout de suite que ça pourrait marcher.

Scott Stapp, exactement comme Scott Weiland l’était, est connu pour son comportement passé capricieux à cause de problèmes de drogue. N’avez-vous pas été hésitants à cause de ça ?

Une fois que je l’ai rencontré, tout allait bien. Le gars a traversé beaucoup de choses, il a pris de la drogue et puis a mélangé ça à un état de bipolarité, et ceci détruirait n’importe qui. Mais heureusement, sa famille a fait tout ce qu’elle pouvait pour le sortir de là et l’aider. Et il voulait de l’aide, c’est ça le truc. Il y a énormément de gens qui traversent ça et qui meurent, et ils blessent plein de gens dans la foulée. Mais pas Scott. Il a travaillé tellement dur pour tout réparer, il y est arrivé. Ca mérite d’être largement applaudi et beaucoup de respect, car c’est tellement facile de suivre la solution de facilité, continuer à prendre de la drogue, rester égoïste et rester… Je ne dirais pas égoïste parce ce n’est même pas un choix parfois, tu te sens obligé de prendre ces drogues lorsque tu es accro. Donc Scott s’en est sorti. Il a non seulement survécu mais il a été un vrai champion, car il est en meilleure santé, plus heureux et plus fort qu’il ne l’a peut-être jamais été, et il est très concentré et dévoué, et il est fantastique ! J’ai foi à cent pour cent en lui en tant que personne. Il est la dernière personne, je pense, qui se remettra aux drogues.

« Tu me connais, je pars dans tous les sens, je vais musicalement aller d’un bout du spectre à l’autre, et c’est amusant mais je pense que Scott [Stapp] met de l’ordre dans tout ça, il solidifie le tout et donne un sens à mon chaos. Voilà la meilleure façon de le dire : je suis le chaos, il est l’ordre. »

Il y a quelques années, tu nous avais raconté comment tu avais essayé de fonder un groupe en 2009 et tu avais eu plein de problèmes de chanteurs, et comment ils se mettaient à faire tous les trucs qui te faisaient dire à l’âge de quinze ans que tu ne peux pas travailler avec des chanteurs. N’est-ce pas ironique que tu aies maintenant travaillé avec deux des chanteurs qui ont eu la pire réputation qui soit dans la scène en termes de fiabilité ?

[Rires] C’est vrai ! La vie est marrante ! La vie fonctionne comme ça parfois. Tu sais, c’est intéressant. Le truc par rapport aux chanteurs, ceux qui sont des icônes, ceux qui ont un énorme impact, c’est qu’il y a quelque chose de différent chez eux. Ce truc qui les rend géniaux, souvent, c’est la même chose qui peut les rendre insupportables ! [Petits rires] Donc d’un point de vue créatif, quelqu’un peut être extraordinaire, mais rien qu’avoir une conversation avec lui ou essayer de faire des plans avec lui ou essayer de dépendre de lui peut être impossible, et c’est presque comme si une partie des mêmes ingrédients produit les mêmes effets sur eux. Et je connais plein de chanteurs qui sont bipolaires, et je pense qu’une part de cette bipolarité et de l’intensité qui vient avec est super pour la créativité, mais ça peut être un enfer à gérer. Et nous avons énormément de chance que Scott Stapp l’ait sous contrôle, vraiment. Trainer avec le gars est super. Travailler avec le gars est super. Il a fait quelque chose que peu ont fait, et j’ai vu qu’en grande partie, les différences viennent du fait que, lorsqu’on a ces personnes iconiques, souvent, ils ne sont pas entourés de gens qui sont là pour les aider, ils sont entourés de gens qui sont des manipulateurs et cherchent à obtenir tout ce qu’ils peuvent d’eux. Et ils rendent les problèmes possibles et, au final, détruisent l’icône, et ensuite tous les manipulateurs se dispersent jusqu’à trouver une nouvelle icône à saigner comme des sangsues. La différence est que Scott a des gens sincères dans son entourage, qui l’aiment et se soucient de lui. Donc au lieu d’avoir des gens qui continuent à lui donner de la drogue pour pouvoir continuer à faire la fête avec lui, et continuer à prendre ce qu’ils peuvent gratuitement et simplement l’utiliser, il a des gens qui se soucient réellement de lui et veulent qu’il soit en bonne santé, heureux, en sécurité et qu’il ait une bonne vie. C’est ce qui fait une grande différence parce que lorsque ta vie est en danger, lorsque ta capacité à prendre des décisions est compromise, lorsque tu es vulnérable, c’est très facile pour des manipulateurs de venir et te dévorer comme des vautours.

La majorité des paroles de Scott dans cet album semblent parler de sa lutte intérieur et sa recherche de rédemption. Penses-tu que ce groupe ou cet album a fait partie de sa cure de désintox ?

La musique est toujours une opportunité de voir ce que l’on ressent et simplement parler via la musique, dire tout ce qu’on veut dire et faire que ça fasse partie de notre propre guérison ainsi que de celle des gens qui écoutent. Si ça n’avait pas été dans ce groupe, je suis sûr que ça aurait été avec autre chose. Mais c’est dans ce groupe et parce que tout ce qui s’est passé était frais et récent, il avait beaucoup de choses à extérioriser, il avait beaucoup de choses à dire, il avait beaucoup d’histoires à raconter, et dans cet album, effectivement, il les raconte. Je pense que le titre de l’album, The Madness, se rapporte pour une bonne part aux choses que Scott a traversées et faire cet album faisait partie de son rétablissement – je ne sais pas si c’est le bon mot. Il est de l’autre côté de la folie maintenant. Il peut voir tout ça avec du recul. Ça parle un peu de ça, de ce qu’il a traversé, vraiment. Et nous trouvions que c’était un sujet suffisamment fort et puissant, et c’était une telle partie de sa vie, que ça méritait d’être le thème et le titre de l’album.

Tu as déclaré que « le style de Scott et les paroles personnelles qu’il a écrites amènent le son dans une nouvelle direction. » Comment décrirais-tu sa sensibilité et comment est-ce que ça a affecté le son du groupe ?

Je pense que Scott Stapp dans le groupe a apporté une certaine structure que nous n’avions pas. Et tu me connais, je pars dans tous les sens, je vais musicalement aller d’un bout du spectre à l’autre, et c’est amusant mais [il réfléchit] je pense que Scott met de l’ordre dans tout ça, il solidifie le tout et donne un sens à mon chaos. Voilà la meilleure façon de le dire : je suis le chaos, il est l’ordre. Il rassemble le tout et fait que ça fonctionne [petits rires].

Penses-tu que tu as besoin d’un groupe comme Art Of Anarchy pour te canaliser ?

Je pense qu’avec n’importe quel groupe, n’importe quelle collaboration, tu peux obtenir des choses dont tu es incapable. Je suis uniquement capable de ce que j’ai dans mon âme, et peu importe avec quelle force j’essaye, je ne pourrais jamais légitimement faire plus que ça, quoi que ce soit. Et ça vaut pour n’importe qui. La meilleure façon de le dire, c’est : le sel ne peut jamais être du poivre. Le sel sera toujours une sorte de sel, et seul le poivre peut collaborer avec ce sel pour faire quelque chose qui a un joli équilibre de saveurs. C’est une bonne manière de le dire. Cette analogie me va bien ! Le sel et le poivre. Donc, pour ma part, je pourrais essayer d’imiter le poivre, mais peu importe à quel point j’ai pu essayer, ça ressort toujours comme une autre forme de sel. Et à la fois, tu verras que dans chaque groupe, avec chaque musicien, ils ajouteront une épice différente et c’est une combinaison qui, il se trouve, opère dans ce groupe et produit quelque chose qui a un goût unique. Tout seul, je ne pourrais jamais faire ce que je peux faire dans une collaboration. Certains peuvent en apprécier l’un plus que les autres, mais le fait est qu’il n’y a que dans une collaboration que tu peux devenir quelque chose de plus grand que toi-même.

« Le sel sera toujours une sorte de sel, et seul le poivre peut collaborer avec ce sel pour faire quelque chose qui a un joli équilibre de saveurs. […] Il n’y a que dans une collaboration que tu peux devenir quelque chose de plus grand que toi-même. »

Pendant longtemps, tu as surtout été un artiste solo, mais ces dernières années, tu as été dans Guns N’ Roses et tu as désormais Art Of Anarchy. Y a-t-il eu un moment où tu as ressenti le besoin d’être davantage un joueur en équipe ?

J’ai toujours voulu être un joueur en équipe, même quand j’étais un artiste solo. Je ne voulais pas être un artiste solo ! Je voulais avoir un groupe. Je voulais avoir un groupe où je composais et où d’autres gens composaient et où nous faisions tous des efforts, mais ça n’a jamais vraiment fonctionné comme ça. Je me retrouvais à tout faire et les gens jouaient en live mais ça n’a jamais… Donc j’ai toujours cherché un groupe, j’ai toujours cherché à être dans un groupe, mais je n’allais pas attendre à ne rien faire, donc j’ai continué à faire de la musique solo. Et je suis content de l’avoir fait, et je ne le regrette pas et j’aime la musique solo. Ça fait vingt et quelques années que je fais ça et j’adore ces conneries, mais ce que j’ai toujours voulu était d’être dans un groupe. Mes deux premières amours étaient les Beatles et Kiss. Maintenant, une chose à propos de ces deux groupes est que tu les connais rien qu’en prononçant les prénoms. Si tu dis John, Paul, George, Ringo, tu sais qui c’est. Si tu dis Gene, Paul, Peter, Ace, tu sais qui c’est. Et tu sais ce que ces noms signifient musicalement. Lorsque tu entends les noms John, Paul, George, Ringo, chacun d’entre eux, John correspond à un son pour toi, Paul correspond à un son pour toi, George correspond à un son pour toi, Ringo correspond à un son pour toi, le son de leur voix lorsqu’il chantent, le son de leurs instruments lorsqu’il jouent, ce que leurs compositions te font ressentir, et ça vaut pour n’importe quel groupe que tu connais rien qu’à l’évocation des prénoms, et c’est ce que j’ai toujours voulu avoir. C’est vraiment ce que j’ai toujours voulu avoir, c’est-à-dire être dans un groupe dont on connait tout le monde rien qu’avec leurs prénoms et chacun de leur nom est associé à un son, tu les assembles et ça forme quelque chose qui ne se produira qu’une seule fois dans l’univers sous cette combinaison. Donc Art Of Anarchy, d’une certaine façon… Ce n’est pas les Beatles [petits rires], rien ne sera jamais les Beatles, mais c’est en fait la première fois dans ma vie que j’ai quelque chose où tout le monde participe à ça.

Il y a quelque chose que tu as dit dans une autre interview et qui corrobore ce que tu as dit avant, qui est que « Scott est un perfectionniste, l’exact opposé de » toi. Comment peux-tu ne pas être perfectionniste avec tes compétences et lorsque tu travailles au niveau auquel tu travailles ?

Eh bien, être perfectionniste n’est pas une question de technique. [Il hésite] Comment l’expliquer ? en fait, tu veux être à ton meilleur mais à ce stade, c’est plus une question de trouver exactement les bons mots pour décrire le sentiment, de façon à ce que les gens ressentent exactement ce que tu essaies de leur faire ressentir, et le dire de la bonne façon. Donc c’est plus une question de devenir un perfectionniste en trouvant les bons mots, si ça a du sens. Et par « mots », je veux dire solo de guitare, mélodie, paroles, rythme de batterie, production, intensité et dynamique par rapport à ce que tu joues ; tout ça entre en jeu, ce sont les mots, c’est l’histoire que tu racontes. Et pour moi, et même pour Scott, c’est de ça dont il s’agit. Par exemple, je ne pense pas à ce que font mes mains ou quoi que ce soit de ce genre, c’est plutôt faire en sorte que les gens obtiennent la bonne image que j’essaie de leur montrer. Et lorsque tu es un compositeur, c’est très spécifique, tu perdras ton sommeil et cravacheras rien que pour trouver la bonne note ou le bon mot qui dit ce que tu veux dire, de façon à ce que les gens reçoivent le message correctement. Donc c’est plus ça, c’est plus une question de jauger le sentiment que la musique te procure et voir si c’est le bon sentiment. Car c’est très complexe, c’est un sentiment complexe que tu obtiens d’une chanson. Tu obtiens beaucoup de choses, ce n’est pas un simple « je suis content/triste », ça t’emmène dans plein d’endroits et c’est très coloré et c’est très spécifique dans les couleurs. Et tu veux que ce soit précisément comme il faut ou alors tu auras l’impression de rendre un très mauvais service à l’humanité et de leur avoir menti, et d’avoir créé un malentendu. Et ceci sera là pour l’éternité après ta mort, donc tu veux que ce soit exact. Donc je pense que la perfection se révèle ainsi.

Et ton chaos n’entrait pas en conflit avec le côté ordonné de Scott, pour ainsi dire ? Ne trouvais-tu pas le souci du détail de Scott trop « agaçant » parfois ?

Non ! En fait, moi aussi je prête attention aux détails, carrément. C’est ce que nous faisions en studio, nous passions parfois énormément de temps rien qu’à analyser, rien qu’en nous assurant que le message était le bon. Mais non, ce n’est jamais agaçant, car je vois que j’ai tort, que je ne suis pas juste, je ne suis que moi, et il a tort, il n’est pas juste, il est lui. Et le but est de créer quelque chose , créer une vie ayant deux esprits ou, dans notre cas en tant que groupe, une vie possédant trois esprits. C’est vraiment ce que nous essayons de faire, et ce n’est pas une compétition, ce n’est pas quelque chose qu’on devrait combattre. Au contraire, il faut adopter tout ça. Il faut essayer d’inclure dans le processus autant de choses que possible, que tu n’as pas forcément, et aussi donner tout ce que tu as dans le processus. Ce n’est pas une bataille, c’est ça le truc. Ce n’est pas un conflit. C’est un complément ; c’est une question de se compléter les uns les autres. C’est comme le truc avec le sel et le poivre, c’est le sel et le poivre qui fonctionnent et non le sel contre le poivre, la bataille du sel contre le poivre. Non, ce sont les deux ensemble qui font que c’est bon.

« [Avec Guns N’ Roses,] je contemplais ma vie et je ne faisais que tourner, et j’avais l’impression d’être davantage une utilité qu’un esprit. »

John Moyer a apporté l’idée intiale de la chanson « Echoes Of A Scream » et il a travaillé dessus avec son chanteur dans Disturbed David Draiman. N’avez-vous pas considéré d’inviter David sur cette chanson ?

Ça aurait été cool ! Ouais. En fait, je suis ouvert à tout plein de choses mais je ne sais pas si David voulait le faire, je ne sais pas si le groupe était partant, en fait je ne suis sûr de rien, mais pour ma part, je dis oui à tout [rires]. Genre : « Hey, tu veux faire ça ? » « Bien sûr ! Allons-y ! Ouais ! » Ouais, s’ils avaient voulu faire un duo ou quelque chose comme ça, ça aurait été cool. Mais il a trouvé la mélodie du refrain et tu peux facilement l’imaginer en train de la chanter, genre [il fredonne le refrain], ça sonne effectivement dans son style. Je veux dire que lorsque Scott le chante, il le fait sonner dans son propre style, mais le feeling initial, tu peux clairement entendre du Draiman là-dedans.

Lorsque tu as annoncé avoir quitté Guns N’ Roses, tu as dit : « Je contemplais ce que je faisais, et ça ne collait pas. Et j’avais juste besoin de… J’avais besoin de partir. » Peux-tu l’expliquer ?

Avant Guns N’ Roses, j’étais professeur à l’université, j’enseignais la production musicale, je produisais tout un tas de groupes en studio, je faisais de la musique pour des jeux vidéo, des émissions de télé et des petits films indépendants, je sortais des albums, je tournais en France, je collaborais avec des gens et tout, et j’adorais la moindre de ces choses. Et toutes ces choses avançaient et prenaient de l’ampleur, et c’était de mieux en mieux, et ensuite j’ai rejoint Guns N’ Roses, j’ai dû abandonner une bonne partie de tout ceci. Et je suis une créature créative, j’ai besoin d’être créatif et j’ai besoin que ça tienne une grande place dans ma vie, et toutes ces choses sont la raison pour laquelle je suis devenu musicien, et je contemplais ma vie et je ne faisais que tourner, et j’avais l’impression d’être davantage une utilité qu’un esprit. Je veux dire que c’était super, c’était génial de faire ces concerts et rendre heureux autant de gens, et je me suis fait tellement d’amis et c’est merveilleux, mais est-ce que je veux passer des années et des années de ma vie à mettre de côté des choses que seul moi peux proposer pour quelque chose que n’importe qui peut faire ? C’est ça le truc. Si je quittais le groupe, ils pouvaient avoir plein d’autres guitaristes, et c’est bien ce qu’ils ont fait [petits rires], alors que si je fais mon propre truc, seul moi peux le faire. Et même si ça ne pourrait pas remplir un stade, ça signifiait quelque chose pour suffisamment de gens et ça valait le coup de le faire. Et il y a tout un univers où chacun d’entre nous n’est pas qui il est et ne donne pas un bout de lui-même. Donc j’avais simplement le sentiment d’avoir besoin de me remettre à faire ce que je fais. Je ne sais pas combien d’années il me reste, on va tous mourir un jour, et dès que j’ai commencé à en voir plus de signes, plus de rappels, je me suis rendu compte que je n’avais pas tout le temps du monde à attendre. J’ai besoin de faire les choses qui me permettent de me sentir en vie tant que je le peux.

Néanmoins, as-tu appris des choses de ces huit années passées avec Guns N’ Roses que tu mets à profit aujourd’hui ?

Oh, j’ai tellement appris, ouais ! De petites choses comme simplement apprendre à gérer les rumeurs internet [petits rires] ou par rapport au matériel, comment tout ça fonctionne sur une grande scène, voir les gens en action et quels sont les rôles du tour manager, du road manager ou du stage manager. Tu apprends plein de choses comme ça. Tu apprends plein de choses sur les gens. Tu apprends rien qu’en traitant avec autant de personnes de plein de façons. Et tu apprends énormément sur toi-même. Tu te retrouves dans certaines situations pour la première fois, où tu fais des erreurs et ensuite tu apprends de ces choses, et tu deviens plus intelligent, plus sage, tu comprends mieux les choses. Je cherche quelque chose de plus spécifique… Mais il y a tant de choses, c’est difficile de trouver une chose en particulier. Une chose que j’ai vraiment apprise est que je préfère les petits concerts aux gros concerts. Je n’aime pas lorsqu’il y a une barricade qui sépare les gens et tu ne peux pas les atteindre et leur taper la main. J’aime lorsque c’est personnel, face à face et que tout le monde se regarde dans les yeux. J’aime vraiment ça.

A la fin de l’année dernière, tu as révélé que tu t’es fait retirer deux tumeurs de ta vessie. Du coup, comment va la santé maintenant ?

Elle va bien, en fait. Je viens d’avoir mon bilan de santé il y a quelques jours, ils y sont retournés et ont regardé, et ils ont vu ce qui ressemble à un début de… C’est comme deux petits points qui vont soit évoluer à nouveau en cancer ou alors disparaître tout seuls. Donc, il faut juste surveiller ça et attendre pour voir. Mais il est probable que je doive à nouveau combattre le cancer de la vessie perpétuellement pendant le reste de ma vie. Et je continue à le prendre très tôt et faire ce que je dois faire. Donc voilà. La chose en particulier qu’il faut vraiment que je fasse, c’est me tenir à l’écart de la fumée de cigarette ; c’en est une part énorme. Chaque médecin m’a dit quzesi j’ai attrapé le cancer, c’est à cause des cigarettes d’autres gens, à cent pour cent, il n’y a pas d’autre raison, c’est tout. Lorsque j’ingère de la fumée et qu’elle passe à travers mon corps, ça s’installe dans ma vessie, ça fait muter les parois et ça cause des tumeurs. Donc je fais de gros efforts maintenant pour éviter la fumée de cigarette.

Interview réalisée par téléphone le 22 mars 2017 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site Internet officiel d’Art Of Anarchy : www.artofanarchyband.com

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