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Interview    Live Report   

As They Burn a consumé sa dernière braise


As They Burn by Anthony Dubois

La musique représente beaucoup de choses. Un dépassement de soi-même, un défi constant ; mais c’est aussi une grande famille, des liens soudés et une envie perpétuelle de donner tout ce que l’on a. C’est cette mentalité qui fait la force du quintet composé de Milton, Fabio, Hoby, Ronald et Kévin. On ne peut parler de la scène hardcore française sans mentionner As They Burn, après huit ans de carrière, deux albums et plusieurs tournées à succès. Le groupe emblématique a décidé de lever une toute dernière fois le rideau le 15 mai dernier, au Divan du Monde, afin de dire un dernier au revoir à tous ses fans.

Quelques heures avant le show final, les cinq garçons font le point avec nous sur ce qui aura été la plus grande expérience de leur vie, leurs souvenirs, bons comme mauvais, leurs projets d’avenir et leur ressenti sur la scène hardcore française, le tout dans une ambiance de fous rires et de nostalgie.

As They Burn - Will, Love, Life

« On a commencé à composer un nouvel album, et en avançant dessus on se rendait compte que c’était trop compliqué pour pouvoir sortir quelque chose qui encore une fois était un dépassement de nous-mêmes, artistiquement et même individuellement. »

Radio Metal : Après de nombreuses dates et tournées prestigieuses, avec notamment le Hellfest en 2012, quelle impression avez-vous en vous retrouvant ce soir à votre dernière date ? Le stress est-il au rendez-vous ?

Milton Bakech (batterie) : Y’a pas de stress.

Hoby Arinosy (guitare) : Pas de stress, ça dépend.

Fabio Meschini (guitare) : Le stress il a disparu depuis un moment.

Ronald Pastor (basse) : C’est un bon stress.

Fabio : Oui voilà on est à la maison et tout.

Milton : Oui voilà c’est un stress positif. Il y a quand même du stress, mais qu’on peut gérer. Mais oui si on doit faire le bilan, on arrête parce qu’on se dit qu’on a fait le taf, on a fait ce qu’on avait à faire. Et on ne voulait pas se lancer dans un projet de vouloir faire plus si on n’était pas à 110% pour le faire. Du coup en regardant derrière nous, en pensant au Hellfest entre autres, on est super fier, super content. Y’a pas de regrets.

Hoby : C’est tout pour la musique.

Votre avez dit dans votre communiqué qu’ « Il nous est impossible à ce jour de vous offrir ce que vous attendez d’As They Burn » Qu’est-ce que cela signifie ?

Milton : C’était artistiquement, voilà c’était dans ce sens-là. Dans le sens où on a commencé à composer un nouvel album et en avançant dessus on se rendait compte que c’était trop compliqué pour pouvoir sortir quelque chose qui, encore une fois, était un dépassement de nous-mêmes, artistiquement et même individuellement. Du coup on a cherché, on a essayé, et au bout d’un moment on s’est dit que ça servait à rien, qu’il fallait être honnêtes avec nous-mêmes, et forcément du coup avec les gens qui nous écoutent et qui attendaient quelque chose en plus de As They Burn.

N’était-ce pas possible de continuer le groupe plus « modestement », c’est-à-dire en diminuant les attentes, l’ambition et en baissant la barre, si c’était ça le souci ?

Non, je pense que, pour tout le monde, ce qu’on voulait faire c’était être musiciens. On ne le fait pas à moitié, on ne se sacrifie pas pour être un groupe qui fait les choses à moitié, qui fait des concerts par-ci par-là, ce n’était pas le projet.

Fabio : On ne voulait pas appliquer tout bêtement la recette d’un album précédent. C’est jamais ce qu’on a voulu faire, et là on s’est rendu compte que pour pouvoir composer ce troisième album, c’était soit on appliquait une recette, donc oui effectivement d’une manière modeste on se voit de temps en temps et on compose, soit on franchit un cap, et là on se rend compte que niveau implication de temps, etc, la machine n’était plus aussi efficace qu’avant. Donc là on s’est dit « on va aller un peu dans le mur », donc voilà.

Quelle a été la réaction des fans suite à l’annonce de la dissolution du groupe ?

Oh y a eu des suicides, des crises cardiaques.

Milton : Super.

Hoby : Suicide collectif .

Milton : Oui il y a eu des viols… Plein de choses super.

Ronald : Y’a eu des Ice Bucket.

Fabio : Ha-ha yes, des Ice Bucket ! [Tout le monde rit]

Milton : Non franchement il y a des super réactions. Beaucoup de messages, des dizaines. On a tous reçus des messages sur nos réseaux sociaux, par téléphone, et beaucoup de soutien sur la page du groupe. Vraiment beaucoup de gens nous ont montré que ça les touchait et qu’on leur avait vraiment apporté quelque chose dans leur monde musical, dans leur univers musical, et du coup ça nous a fait très chaud au cœur. On ne pensait même pas qu’il y aurait eu autant de réactions qui nous auraient autant tous touchés personnellement.

Quel bilan faites-vous de votre parcours dans As They Burn ? Qu’est-ce que vous en retenez ?

Kevin Trevor (chant) : Ah bah humainement ça t’apporte beaucoup hein.

Hoby : Si ce n’était pas pour le metal on n’en serait pas là.

Milton : Ou pour la musique, l’amour de faire de la musique, déjà ensemble, parce qu’on n’a jamais changé de line-up, c’était surtout ça qui était très important pour nous. Donc oui, très grosse aventure humaine, c’est ce qui nous a forgés, on ne serait pas qui on est aujourd’hui s’il n’y avait pas eu ce groupe. Donc c’est vraiment le truc le plus important, le truc phare qui ressort de cette expérience. Et après en tant que musicien, le fait d’avoir fait plein de tournées, d’aller en studio, de rencontrer beaucoup de gens, de voyager, franchement ça nous a énormément enrichis les uns les autres sur le plan personnel, et en tant que musiciens pour la suite.

Fabio : C’est vrai que nous, à la base, même quand on a commencé et qu’on a fait les premières répètes, on n’était pas supposés te parler aujourd’hui quoi. Dans le meilleur des cas je me suis dit à 15 ans je commence la guitare, à 18 ans j’ai un groupe de metal, c’est ce qu’il s’est passé, mais c’était déjà un rêve d’avoir un groupe de metal à 18 ans parce que j’adorais le concept de groupe, mais de là à jouer au Hellfest, rencontrer les mecs de Behemoth, de jouer sur des dates, de croiser Lamb Of God sur des festivals, tous des groupes dont on est complètement fans, même parfois partir en tournée avec des groupes qu’on a vraiment adorés, c’est quelque chose qui n’était pas imaginable, même dans nos rêves modestes on n’imaginait pas que ça allait se passer comme ça. Donc être présent aujourd’hui pour faire cette interview, c’est vrai que le bilan est plus que positif.

As They Burn by Anthony Dubois

« La scène hardcore […] c’est quelque chose qui ne mourra jamais parce que c’est une mentalité, c’est quelque chose que tu ressens quand tu entends les premiers coups de guitare et que t’as envie de bouger dans le pit. »

Le meilleur souvenir ? Le pire souvenir ?

Milton : Les pires peuvent parfois être les meilleurs.

Fabio : Ouais.

Kevin : Moi c’était en Slovénie quand on a bien boité là. [Tout le monde éclate de rire]

Milton : Le gars a qu’un seul meilleur souvenir c’est quand il était défoncé quoi !

Fabio : Ah ouais y avait tout le monde qui fumait dans l’étage.

Milton : Ça c’était bien cool. Je pense que le meilleur souvenir, y a plein de très, très bonnes choses mais je pense que le meilleur souvenir c’est vraiment quand on est sur la route tous ensemble. Ça c’est des souvenirs qui n’ont pas de prix et c’était vraiment génial de pouvoir faire ça tous ensemble quoi.

Fabio : La rentrée sur scène au Hellfest, c’était un truc incroyable. C’était vraiment n’importe quoi.

Milton : On arrivait, on se disait ouais peut-être qu’il y aura 2 000 personnes.

Kevin : Je te jure, la salle était vide quand on s’est installés et…

Milton : Y avait 6 500 personnes, et on était comme des ouf, comme des gamins, c’était un souvenir incroyable.

Fabio : Premiers riffs de guitare, c’était complètement fou.

Kevin : Ce qui était marrant à cette date, c’est que nous on pensait qu’on y allait, et que y aurait personne quoi. Et quand on a joué, on sentait vraiment qu’il y avait une attente des personnes. Y’a bien la moitié du truc qui attendait quelque chose quoi. Ça se sentait. Et c’est ça je pense qui nous a tous surpris.

Milton : Et qui nous a motivés !

Kevin : Un truc hallucinant quoi ! Tu te dis bon, c’est vrai que t’as pas forcément beaucoup de retours des personnes qui te connaissent, ou qui te connaissent pas, parce que médiatiquement y a pas vraiment une… Je ne sais pas comment dire.

Fabio : Une connexion.

Kevin : On ne se doutait pas que le nom avait autant résonné quelque part, et y avait quand même des personnes qui allaient se pointer. Donc ça c’était magique.

Fabio : Vingt minutes avant qu’on monte sur scène, les gens commençaient à arriver justement, il commençait à y avoir trois-quatre cents personnes, mais les gens criaient notre nom. Et en fait pour moi c’était surréaliste je fais « Non non je ne crois pas qu’ils disent As They Burn, je crois qu’ils disent autre chose. » Et après je me suis pointé et j’ai dit « Ah si si je crois qu’ils disent notre nom. » Après les gens ont commencé à se ramener, le groupe d’avant ils ont joué devant quatre cents, cinq cents personnes et nous il y avait 7 000, c’était n’importe quoi. La Warzone c’est six à sept mille personnes, parce que ça débordait sur le côté derrière, du coup ce n’était même pas calculable.

Milton : Et le pire ? Y a pas vraiment de pire, y a eu des galères.

Fabio : Le metal brut, la nuit où on a dormi avec les niveaux là, avec les pots de peintures trop sales !

Tout le monde : Ouais !

Milton : On était en tournée et on était au Portugal à Porto, et en fait là où on avait joué c’était un centre commercial désaffecté. Et toutes les boutiques sont squattées par des musiciens, il y a une salle de concert, et c’est sur plusieurs étages. Et en fait on devait dormir dans un studio de répète d’un des organisateurs. Donc on arrive dans le truc, c’était crade, y avait des joints, de la bouffe par terre, ça puait. Franchement Ronald et moi on a juste réussi à trouver un tout petit peu de place où c’était à peu près propre pour s’allonger, sauf qu’à trois heures du matin ils sont venus nous réveiller parce qu’on était partis dormir. Et le gardien nous a dit « Vous n’avez pas le droit d’être là » et le mec qui nous a laissés n’avait pas le droit d’être là. Donc déjà qu’on dormait dans un truc hardcore, un centre commercial désaffecté, on a dû se barrer, et tous dormir dans le van et moi j’ai dormi dans le coffre avec le back line.

Kevin : Mais y avait le WIFI !

Milton : Donc ça c’était un sale souvenir parce qu’on était fatigués, la nuit avait été longue, et on était vraiment mal, pour le coup on n’était vraiment pas bien.

Fabio : Sinon en super souvenir, la tournée avec Despised Icon, sinon aussi on a dormi dans un camping au Portugal, on est partis zoner dans des baraques abandonnées sur un château d’eau, donc voilà des histoires comme ça on en a des centaines. Le meilleur souvenir c’est vraiment d’avoir l’opportunité de pouvoir raconter une histoire différente à chaque fois sur notre groupe.

Hoby : Donc pour résumer, si ce n’était pas pour le metal, on n’en serait pas là, et on ne serait pas là.

Milton : Voilà, Hoby, deux mots.

Fabio : Deux fois !

As They Burn - Aeon's War

« Quand tu écoutes un album d’Architects aujourd’hui et que tu les vois sur scène, nous quand on se regarde dans le miroir on se dit ‘Ok : soit tu as les couilles de faire un truc ambitieux, soit tu arrêtes’. »

Peut-on espérer voir sortir un jour des enregistrements inédits, des maquettes du nouvel album que vous prépariez avant de dissoudre le groupe ?

Milton : Non ça ne sert à rien. La qualité ne sera pas forcément là, et puis on n’a pas non plus la prétention dans deux ans de faire « Voilà, c’était ça qu’on avait ». C’est ce soir. Tout ATB ça va se résumer avec le show qu’a préparé pour ce soir, qui va être, on l’espère avec ce qu’on a préparé, de loin notre meilleur show, et pour une dernière c’est ce qu’on voulait, on ne voulait pas faire les choses à moitié. Ce soir, voilà, c’est du ATB à 110% quoi.

Même pas pour les 10 ans du groupe en 2017 ?

Encore on ferait des zéniths aujourd’hui peut-être que ça aurait un sens. Là ce n’est pas le cas, dans 10 ans on fera un Klub (NDLR : petite salle de concert à Paris), et encore !

Fabio : Il y a des gens qui n’attendent pas spécialement qu’on revienne. C’est vrai qu’on vient de la musique extrême, et même s’il y a une attente qui est encore actuelle et que les gens, par nostalgie, vont venir nous voir ce soir en concert, on sait que d’ici quatre cinq ans il y aura des dizaines d’autres groupes qui vivront et nous on sera déjà un peu derrière quoi, et tant mieux pour la scène. Donc on ne va pas sortir un truc genre « Eh les gars, vous attendez que ça. »

Milton tu as dit dans une récente interview : « je n’ai plus le même intérêt pour la scène metalcore dans son ensemble qu’auparavant ». Qu’est-ce qui a causé cette perte d’intérêt ?

Milton : C’est musicalement, au final tu fais vite le tour dans le ce style-là, pas le metal en général, mais dans ce style-là. Après on ne fait pas forcément du metalcore, c’est influencé metalcore mais il y a un gros mélange. C’était plein de choses. Aussi, j’ai plus 20 ans, au bout d’un moment t’as aussi envie d’aller découvrir d’autres choses, donc au final je me suis naturellement, sans forcer, désintéressé peu à peu de tout ça. C’est vrai que je suis plus trop les groupes, j’écoute même plus forcément les nouveaux albums des groupes que j’aimais il y a quelque années, et en toute honnêteté ça ne me fait plus rien quand j’écoute ça. Ça ne me procure plus les mêmes émotions qu’avant. Pour, encore une fois, être honnête avec cette scène et avec moi, c’est juste pour ne pas perdre de temps à faire un truc qui ne m’intéresse qu’à moitié.

Pensez-vous que la scène hardcore se dégrade ?

Tout le monde : Noooooon non non non !

Milton : La scène hardcore, ce qui n’a rien à voir avec la scène metalcore, mais si on parle vraiment hardcore, punk/hardcore, etc., c’est quelque chose qui ne mourra jamais parce que c’est une mentalité, c’est quelque chose que tu ressens quand tu entends les premiers coups de guitare et que t’as envie de bouger dans le pit. Ça c’est un vrai truc, que tu peux perdre, mais que tu ressens tu vois ? Mais musicalement il y a des supers groupes, qui sont là depuis quinze ans, ou depuis deux-trois ans et ils sont mortels, et il y en aura toujours d’autres qui amèneront des nouvelles idées, il n’y a rien à dire. Tu prends par exemple un groupe comme Bring Me The Horizon, qui viennent de la scène metalcore, quand ils étaient gamins ils faisaient un truc tellement cliché, tellement pourri, et aujourd’hui ce qu’ils font c’est juste incroyable, et puis ils ramènent tellement de monde. Donc voilà, il y aura toujours des artistes comme ça, c’est eux qui vont faire perpétuer cette scène-là et elle mourra jamais, c’est sûr.

Fabio : C’est clair qu’après, ce qui est vachement bien c’est que voilà : il y a Bring Me The Horizon, des groupes comme Architects, qui arrivent à s’installer comme groupes durables, c’est-à-dire des groupes qui ont trois-quatre albums derrière eux, où normalement soit ça passe ou ça casse, et il y en a plein dont, malheureusement, tu commences à te désintéresser un peu, le deathcore notamment c’est compliqué en ce moment-là, mais eux par exemple ils vont perdurer. Architects je pense même qu’ils vont devenir de plus en plus connus, Bring Me The Horizon c’est bien possible aussi, et c’est tant mieux. Eux ils étaient là à la base, et puis finalement on voit que les très bons groupes arrivent à sortir du lot et à continuer leur chemin. Ce n’est pas forcément les groupes qu’on écoutait le plus, par exemple, mais ce sont des super groupes. C’est aussi pour ça que quand tu écoutes un album d’Architects aujourd’hui et que tu les vois sur scène, nous quand on se regarde dans le miroir on se dit « Ok : soit tu as les couilles de faire un truc ambitieux, soit tu arrêtes ».

Allez-vous maintenant rester dans la scène hardcore/metalcore, ou vous ouvrir à d’autres horizons ?

Milton : On veut faire de la musique.

Fabio : Si jamais on fait à coup de guitares saturées, bah ça sera ça, et puis si les gens veulent appeler ça du metal, bah ils appelleront ça du metal. Mais après on ne sait pas vraiment.

As They Burn by Anthony Dubois

« Là aujourd’hui, si on prémédite qu’on doit revenir, c’est qu’on va revenir avec les mêmes erreurs, les mêmes façons de faire, et ce n’est pas possible. »

Le dernier special guest annoncé, Betraying The Martyrs, sont des amis de longue date du groupe ?

Milton : On les connaît car, eux comme les Checkmate, à la base, ils viennent tous du Val-de-Marne, dans le 94, d’où on est. On s’est connus avec les Checkmate, on était encore mineurs, on devait avoir seize ou dix-sept ans, on se croisait déjà sur des petits concerts, nous on s’appelait pas encore As They Burn.

Fabio : Bah on ne connaissait pas encore Hoby, c’est les Checkmate qui nous ont présenté Hoby !

Milton : Oui voilà, ils étaient ensemble au lycée. Donc on voulait vraiment être avec nos potes ce soir, parce qu’en soi il y a plein de groupes qu’on aurait voulu ramener ce soir, mais bon pour un aspect technique c’était compliqué. Mais on s’est dit qu’il fallait vraiment qu’on prenne ceux qui marquent une période de l’histoire du groupe. Donc Checkmate ça a vraiment été nos premières années, on a grandi un peu ensemble dans cette scène-là, donc on a découvert les même choses au même âge, et les Betraying parce que ça représente une autre période d’As They Burn, quand ils signaient chez Summerian Records, nous chez Vitory Records, etc. On a passé énormément de temps ensemble, on a été aux mêmes endroits, donc c’est vraiment par rapport à ce qu’on a vécu, les deux groupes représentent vraiment deux volets différents de notre évolution.

Quels sont, selon vous, les groupes les plus prometteurs des cinq prochaines années ? Dans la scène hardcore/metalcore locale…

Fabio : Moi je pense que Limp Bizkit sont sur un truc pas mal [rires].

Milton : En France ? Il y a Rise Of The Northstar.

Ronald : Avec tout leur délire, moi ce n’est pas trop mon kiff ça mais…

[Tout le monde éclate de rire]

Fabio : Si je les vois je les défonce ! En vrai ça passe quoi [rires].

Ronald : Enfin bon je pense que tout leur délire Japon autour de leur musique ça peut bien marcher.

Milton : Oui et puis c’est très bien monté sur scène, c’est bien réfléchi, c’est très bien produit, franchement ils sont super, il y a très peu de groupes qui ont ce genre de démarche, donc respect. Il y a les Novelist aussi qui sont pas mal dans le style metal progressif, où vraiment ils ont réussi à buzzer sans même sortir un EP à la base, et c’est quelque chose qui est vraiment bien ficelé donc on espère qu’ils vont réussir à faire quelque chose de cool.

Fabio : Pour ma part, dans la scène musicale française, je trouve que ceux qui imposent vraiment dans le charisme et qui peuvent s’installer, il y a les ROTNS, et malheureusement en France, pour moi et pour le moment en tout cas, il y en a pas d’autre.

Milton : Proprement à la France. Par exemple les BTM, c’est déjà installé, mais c’est compliqué pour ce style d’être plus gros que ça en France, Rise ils ont la possibilité de grossir en France et ailleurs, BTM c’est plus pour le marché US ou allemand ou anglais par exemple. Mais c’est vrai qu’en France Rise, c’est le groupe qui peut vraiment exploser dans ce pays, je pense, et que les gens peuvent bien aimer, parce que musicalement, ça reste hardcore, mais il y a tellement de trucs avec, il y a une âme de fou, ça peut plaire à un plus gros spectre de gens, qui n’ont pas forcément la base dans le hardcore, tu vois ? Donc je pense que c’est vraiment eux qui ont le plus gros potentiel actuellement sur les « nouveaux groupes », parce qu’ils sont quand même là depuis plusieurs années, et pour nous c’est clairement eux qui ont le plus gros potentiel. Et on les encourage à continuer, parce qu’ils font vraiment quelque chose de bien.

Fabio : Voilà donc BTM et eux ce sont les groupes qui sont ultra sérieux, professionnels, et qui peuvent arriver à faire un trou plus gros que ce qu’ils ont déjà fait. Après dans les petits groupes, c’est aussi ça, c’est que nous maintenant, il y a ce truc-là dans la musique où on est détachés de la scène, et on le ressent ! Parce que là je pourrais pas te citer un groupe où t’as des gamins de 19 ans, que je trouve vraiment mortels, qui ont du charisme et qui font une super musique, que ce soit du death metal, metal, etc, j’en sais rien du tout en fait. Donc du coup pour ma part j’en sais rien, est-ce qu’il y en a, est-ce qu’il y en a pas ? Le problème, c’est que les promoteurs en France, vu qu’ils accueillent des plateaux ricains avec cinq groupes ricains déjà dessus, bah t’as beaucoup de mal à savoir ce qu’il se passe en France, parce qu’ils sont très peu placés sur des concerts. Donc tu vois toujours les même, BTM, ROTNS, un peu nous, Novelist, et après, bon j’en oublie forcément, mais t’en vois pas tant que ça quoi. C’est un peu perturbant.

Avez-vous d’autres projets, en tant que groupe ou individuellement, pour l’avenir ?

Milton : Oui on a tous plein de projets oui. Enfin, on cherche toujours des projets oui ! [Rires] Il y a Ronald qui va faire une école de cinéma, pour faire de la musique de film c’est ça ?

Ronald : Ouais.

Milton : Hoby fait de l’électro, du hip-hop, tout ça chez lui. Avec Fabio, moi, et Luigi qui est là, on va faire de la musique ensemble, donc ils vont gratter je vais taper, et on va voir ce qui en sort. Et il y a juste Kevin, qui lui a lâché totalement.

Kevin : Ouais. Moi je veux travailler dans l’aérien. Au long terme c’est ce que je veux faire.

Fabio : Il va être steward !

Kevin : Donc ouais, c’est des choses aussi prenantes que la musique. Disons que c’était un autre rêve de travailler dans l’aérien, donc j’aurais accompli tous mes rêves en faisant ça.

Une reformation d’As They Burn, voir un nouvel album, serait-il envisageable au fil du temps ?

Milton : Si un jour on a la foi de le faire, que déjà on arrive à se retrouver tous, surtout lui (NDLR : pointe Kévin) qui est parti pour être dans les airs tout le temps, pourquoi pas. Si un jour on a vraiment l’envie et la vraie détermination pour le faire, encore une fois on le fera si on veut vraiment le faire à 110%. On ne le fera pas à moitié encore une fois pour faire genre « Coucou on revient sur la scène. »

Fabio : En tout cas si jamais ça doit arriver, ça ne peut qu’arriver si maintenant on pense que c’est impossible. C’est-à-dire qu’on doit passer à autre chose, pour finalement revenir. Mais on ne peut pas le préméditer. Là aujourd’hui, si on prémédite qu’on doit revenir, c’est qu’on va revenir avec les mêmes erreurs, les mêmes façons de faire, et ce n’est pas possible. Donc on se retrouve pour faire de la musique ensemble, parce que c’est un besoin, et qu’on avait oublié ce besoin et qu’il revient. Donc actuellement c’est impossible de dire « Oui, on n’en sait rien, probablement pas. »

Interview réalisée en face à face le 15 mai 2015 par Valentin Istria.
Retranscription : Valentin Istria.
Photos promo : Anthony Dubois.

Site officiel d’As They Burn : www.astheyburn.fr.

As They Burn - A New Area For Our Plagues

« On arrête parce qu’on se dit qu’on a fait le taf, on a fait ce qu’on avait à faire. »

Pour clore le chapitre, voici un petit résumé de cette soirée où As They Burn a fait ses adieux à son public :

A 18H, devant le Divan du monde, une file d’attente monte jusqu’en haut de la rue des Martyrs. Les portes ouvrent en retard, et tout le monde est pressé de rentrer. Les gens dansent sur la musique jouée par deux musiciens de rues qui passaient par là, et les rois du soir passent dans la rue avec une go pro pour immortaliser le moment. La file avance petit à petit, tout le monde est excité : ça y est, on est rentrés, et le premier groupe avait déjà bien entamé son set.

C’est donc Checkmate qui ouvre vraiment les festivités. Du fait d’un nombre énorme de gens présents, seuls les premiers de la file ont pu voir le show de Jesuistheo et le début de celui de Checkmate, groupe particulièrement énergique : ça bouge, des sons de guitares lourds, un chanteur charismatique, et du headbang à n’en plus finir. Le public est endiablé, un wall of death se forme, tout le monde est heureux tandis que la chaleur monte dans le pit, attendant le prochain groupe : Betraying The Martyrs.

Après une attente d’une bonne vingtaine de minutes, le groupe parisien arrive sur scène, pour commencer son set. Une ambiance de synthés et de bandes son impose le silence dans la foule, attendant de voir l’entrée en scène du groupe. Et leur entrée, ils ne l’ont pas ratée. Arrivant un par un sous les applaudissements, les six membres envoient les premières notes, et la foule les suit sans hésitation. Du breakdown, des bass drops de plus en plus gros, l’ambiance est là. On regrette cependant la saturation sur la voix d’Aaron Matts, dûe à sa technique de voix précise mais faible de niveau sonore, obligeant l’ingénieur son à monter le gain. Les morceaux s’enchaînent, le public est réceptif, et un mosh pit magnifique se forme lors de leur interprétation de leur fameuse reprise de « Let It Go », issue de la BO de La Reine des Neiges de Walt Disney. C’est donc une performance efficace qui se termine, laissant la place aux rois de la soirée : As They Burn.

Le changement de plateau s’effectue, le public revient dans la salle petit à petit pendant que d’autres sont toujours dans la file d’attente depuis 18H. Les lumières s’éteignent, la foule hurle, As They Burn rentre sur scène. Et là, ça ne rigole plus. Le quintet est survolté ce soir, enchaînant les morceaux de plus en plus heavy. De nombreux invités montent sur scène au fil du concert (Aaron Matts qui revient pour « F.R.E.A.K.S. », Stephen Migneron d’Upheaval qui vient donner des cordes vocales sur « Sons Of Shiva », Luigi Marletta d’Upheaval et l’ancien The Bridal Procession Ilker Ackay, qui avaient remplacé Hoby et Fabio en 2013, qui enfourchent les guitares sur « Beg For Death »), dessinant un sourire radieux et nostalgique sur le visage du chanteur, Kévin, essoufflé à chaque fin de morceau par l’énergie donnée à chaque minute de ce dernier show. La foule, quant à elle, est en délire. Du mosh pit au wall of death, elle ne s’arrête jamais, scandant des « je t’aime » au groupe, qui se montre touché et reconnaissant. « Merci », « vous êtes géniaux », « Paris on donne tout ce soir, c’est maintenant », voilà ce qu’on pouvait recevoir de ce groupe, touché par chaque applaudissement. Et arrive le dernier morceau, « A New Area For Our Plagues » qui porte le nom de leur premier EP, comme pour boucler la boucle. As They Burn, voulant exprimer une dernière fois leur gratitude, incite le public à monter sur scène avec eux pour ce dernier titre. La fosse se vide, la moitié du public monte sur scène pour bouger avec le combo. Plus un seul centimètre carré de bois n’était visible, des gradins on pouvait voir Fabio qui, tant bien que mal, essayait de jouer ses parties de guitare pendant que les gens marchaient sur son multi-effet, lui changeant complètement son son toute les cinq secondes. Mais ce n’est pas grave, un énorme sourire restait sur son visage. Le morceau se termine, tout le monde applaudit sans s’arrêter, mais se dépêche quand même de sortir, tellement le niveau de chaleur était haut dans la salle.

C’est donc une performance survoltée que nous aura livrée le groupe ce soir-là. Un concert où il fallait répondre présent, qui restera dans les mémoires de tous les présents. Bon vent As They Burn, et merci !



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