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Chronique   

Ascension Of The Watchers – Apocrypha


Burton C. Bell a voulu « séparer l’âme de la machine ». Une expression énigmatique, mais que l’on peut désormais mettre en perspective avec son départ de Fear Factory, avec pour dessein de se consacrer uniquement à son projet Ascension Of The Watchers. Comme si le chanteur cherchait à retrouver un attrait pour la musique qui ne s’exprimait alors qu’en obligations – une routine mécanique en somme. Ascension Of The Watchers est un tout autre terrain d’expression que l’industriel Fear Factory. Le projet est né au début de l’année 2002 lorsque Burton C. Bell est parti vivre sept mois en Pennsylvanie rurale avec son ami John Bechdel. Après de multiples expérimentations sonores inspirées de la scène underground des années 80-90 et une première œuvre confidentielle nommée Iconoclast (2004), Ascension Of The Watchers a fait connaître ses ambitions par l’album Numinosum (2008). La prestation de Burton s’éloignait grandement de l’univers de Fear Factory, privilégiant des atmosphères éthérées et des accents mélancoliques. En 2017, le successeur de Numinosum devait voir le jour via une campagne de crowfunding réussie mais avortée par la faillite de PledgeMusic. Burton, toujours accompagné de John Bechdel et d’un nouveau collaborateur en la personne de l’artiste et producteur Jayce Lewis, a réussi malgré tout à donner vie à Apocrypha. Apocrypha représente dix années d’écriture et d’introspection. Pour Burton C. Bell, il est l’expression la plus pure de son inconscient. L’émancipation d’une vie qui s’apparentait à un engrenage.

La réalisation d’Apocrypha contient sa part de mystique. Enregistré au Northstone Studios, adjoints à un manoir et construits par Jayce Lewis lui-même à partir des pierres d’un monastère qui se trouvait sur les lieux, Ascension Of The Watchers s’est nourri de la magie des lieux (et d’événements frôlant le paranormal), jusqu’à garder des sonorités impromptues issues de leur acoustique à l’incipit d’« Apocrypha ». L’opus regorge de détails foisonnants, davantage mis en valeur par la production de bien meilleure facture et plus immersive que celle de son aîné. L’influence des talents de producteur de Jayce Lewis sans doute, qui par ailleurs enrichit la palette du projet d’un jeu de batterie nettement plus rock et dynamique, moins foncièrement trip-hop que la boite à rythme de Numinosum. Le chant de Burton C. Bell occupe un spectre décent et ne se trouve pas submergé par une instrumentation elle aussi mieux calibrée, avide de sonorités de guitare des années 80 et de ce goût pour la reverb’. Le goth-rock énergique de « Ghost Heart » profite grandement du phrasé prolongé de Burton qui devient l’acteur phare de la mélodie. Ascension Of The Watchers fait honneur à ses affects pour les atmosphères ciselées, à l’instar des nappes aériennes de l’introduction de « The End Is Always The Beginning ». Très vite la composition évolue grâce à une rythmique appuyée qui conserve cette énergie rock et flirte avec le tribal (l’influence d’un Igor Cavalera n’est pas bien loin dans le jeu de Jayce Lewis, à l’instar de « Cygnus Aeon » également). Les murmures et les échos lointains d’« Apocrypha » incarnent parfaitement le monde nébuleux d’Ascension Of The Watchers. Les contours des compositions alternent entre le parfaitement discernable et entraînant et des plages plus obscures. Comme si une chanson contenait autant de moments de doute et de petites épiphanies.

Ce qu’Apocrypha réussit sur le long terme, c’est de présenter toute une palette de registres sans s’éloigner du dessein initial de l’auteur. L’électro élégiaque de « Honoree » et ses effets de vocodeur vont laisser place à l’instrumentale « Stormcrow » et ses accents à la A Perfect Circle époque Mer De Noms (2000). Ascension Of The Watchers rend même hommage à la pop progressive et psychédélique via « Wanderers » et sa mélodie de claviers presque guillerette, sa plage centrale purement ambiante ou ses arrangements de guitare folk. Parfois les influences se mêlent au sein du même effort, « Key To The Cosmos » fait coexister programmation expérimentale, sonorités lumineuses et final post-rock cathartique. La constante est le phrasé autoritaire et solennel de Burton C. Bell. Il se mue en guide de sa propre vision et empêche de se perdre dans les méandres de celle-ci. Il permet à deux aspects de la musique d’Ascension Of The Watchers d’exister pour se compléter : l’énigmatique et le limpide.

Ascension Of The Watchers propose bel et bien une autre approche de la programmation dans la musique, véritable complément d’une approche pink-floydienne des compositions. Burton C. Bell se trouve bien loin de la froideur recherchée d’un Fear Factory. Apocrypha est effectivement dans une quête de la « ré-humanisation » que veut accomplir son chanteur. Il a pour lui un univers singulier et une aura unique qui incite à écouter ce qui ne se formule pas en paroles. Il est à considérer comme une seule entité à écouter d’une traite et souffre de la décomposition qui révèle ses quelques redondances. Apocrypha est une perspective nouvelle sur un artiste bien connu, désormais dévoué corps et âme à Ascension Of The Watchers. Elle est la bienvenue.

Chanson « The End Is Always The Beginning » :

Chanson « Ghost Heart » en écoute :

Album Apocrypha, sortie le 9 octobre 2020 via Dissonance Records. Disponible à l’achat ici



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