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Metalanalyse   

ASG se tourne désormais vers l’Est


Le coup du guitariste qui devient chanteur, car son groupe de rock ne trouve pas un frontman correspondant à ses attentes est vieux… comme le rock, justement. C’est comme cela que Jason Shi est devenu le chanteur d’ASG, un ex-groupe de l’écurie Volcom Entertainment, la maison de jeunes groupes qui apparaissent essentiellement dans les vidéos de skate, de snow ou de surf, gagnant ainsi en popularité. Jason Shi le dit lui-même : ASG a peut-être été signé trop jeune sur ce label, de sorte que le groupe a été très vite classifié dans la catégorie des groupes pour ados accros de sports extrêmes. L’ambition de Shi et ses potes, c’était plus de fonder un vrai groupe de rock et d’être reconnu pour la qualité de leur jeu, guitaristique notamment, que d’apparaître au générique d’un jeu vidéo de skate ou dans de multiples shows de MTV. Mais cela aide, à payer les factures d’abord, puis à obtenir un peu de liberté pour produire la musique correspondant le mieux à ses attentes.

Alors comme tout a été rapide au début de la carrière d’ASG, le jeune groupe de rockers n’avait pas de chanteur au commencement en 2002. Jason Chi a donc dû prendre le micro et le garder, à son grand désarroi au départ, puis la tâche est devenue de moins en moins pénible, le guitariste se révélant être également un vrai chanteur doté d’un grain de voix original. Des trois premiers albums du groupe jusqu’en 2005, qui transpiraient l’énergie pure (ASG, The Amplification Of Self-Gratification et Feeling Good Is Not Enough), il en reste surtout un sens du riff rock’n’roll instinctif et un chant qui va parfois vers le punk californien. Mais l’album Win Us Over en 2007 a presque tout changé : c’est désormais à Kyuss ou Queens Of The Stone Age qu’on compare les anciens kids de Caroline du Nord, qui délivrent sur cet album un stoner efficace capable de mélodies imparables et de riffs flirtant avec le southern-rock qui sent plus le Bourbon que la sueur de skateurs acharnés. Dans ses voyages constants vers la Californie, les ASG ont dû s’attarder un peu trop dans le désert et tomber par hasard sur Josh Homme et ses compagnons du désert.

Alors le groupe décide de revenir vers sa Caroline natale, en passant par le sud de la côte Ouest et la Géorgie. Le temps d’un split avec Black Tusk en 2009, produit par Philip Cope (Kylesa) et d’un autre split, en vinyle cette fois, avec Karma To Burn. ASG se retrouve tout émoustillé par le sludge, mais également envahi d’un psychédélisme latent qui ne demandait qu’à ressortir sur des productions discographiques. Voilà pourquoi le sixième opus du groupe, ce Blood Drive, est empreint de toutes ces émotions. Parce qu’ayant commencé très jeune, les ASG se sont forgé une culture musicale sur la route et au gré des rencontres avec les artistes qui les ont fait vibrer. C’est pour cela qu’aujourd’hui, surtout après une signature caractéristique chez Relapse Records, on ne parle plus de Queens Of The Stone Age et Kyuss, mais plutôt de Mastodon et Baroness. Et pourtant, toutes ces diverses influences sont l’essence même de Blood Drive, du punk des débuts que l’on retrouve dans l’efficacité des mélodies (« Hawkeye »), à des sensations plus matures et graves lorgnant vers Baroness (« Blues For Bama »), en passant évidemment par du solide desert-rock très évocateur (« Scrappy’s Trip »).

Six années ont passé entre le dernier album Win Us Over et ce nouvel album, si l’on exclut les deux splits. Un temps suffisant pour mûrir son propos, engranger de nouvelles inspirations et faire évoluer sa voix, le changement majeur qui sautera aux oreilles de ceux qui se sont repus de Win Us Over. Jason Chi a élargi amplement le champs de ses possibilités vocales, dans les aigus comme dans les graves, poussant mêmes les mélodies aigües dans leurs derniers retranchements, comme sur les deux premiers titres de l’album, « Blood Drive » et « Avalanche ». Le guitariste se découvre donc de plus en plus chanteur et prend désormais un plaisir évident à varier les styles de chant sur un large éventail de notes. Impossible également de passer à côté de ce titre space-rock, quasi shoegaze qu’est « Earthwalk », l’un des titres préférés de Jason Shi, comme il l’a récemment confié à la presse, et qui traduit pleinement les envies plus progressives d’ASG. Une maîtrise technique plus grande permet aux Américains d’évoluer désormais dans ces registres plus exigeants.

Un léger manteau hard rock recouvre également certains titres de Blood Drive, comme les solos que l’on retrouve ici ou là et des intonations de voix clairement heavy (« Castlestorm »). Les ASG ont clairement dû aimer deux productions de leurs collègues de Relapse, le Yellow & Green de Baroness et The Hunter de Mastodon, des évocations franches de ces albums constellant l’opus. Les douze titres sont à la fois accessibles pour le plus grand nombre, et assez sophistiqués musicalement pour satisfaire les désirs plus pointus. De ses années Volcom, ASG a gardé une manière franche d’aborder le public et une singulière énergie au milieu d’un psychédélisme aérien plus développé. S’ils préfèrent désormais les vagues qui bordent les côtes de la Géorgie à celles des surfeurs de l’Ouest qu’ils fréquentaient auparavant, celles-ci les amèneront peut-être plus directement vers le Vieux Continent, où leur manière d’aborder le stoner, le metal ou le rock en général, est encore peu connue.

Album Blood Drive, sortie le 27 mai 2013 chez Relapse Records.



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