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Interview   

Asking Alexandria brûle d’envie


Like A House On Fire entérine pour Asking Alexandria ce que l’album sans titre, celui du retour du chanteur Danny Worsnop au bercail, avait amorcé en 2018 : une nouvelle ère. Une ère affranchie des dépendances aux substances mais aussi de toutes ces personnes qui cherchent à diriger le groupe à la place de ses propres membres. Une ère décomplexée, de libération artistique, au grand dam des fans qui auraient aimé voir le groupe se figer dans le temps, dans son approche musicale. Pourtant, Ben Bruce l’assure : l’esprit et la passion avec lesquels a été conçu Like A House On Fire sont plus proches de ceux du premier album, Stand Up And Scream (qui a passé la barre des dix ans) qu’aucun autre album. Simplement les membres d’Asking Alexandria ont évolué et mûri en tant qu’individus et que groupe, et il en va logiquement de même de la musique résultante. En tout cas ce « nouveau » Asking Alexandria a déjà un soutien de poids : Corey Taylor.

Dans l’entretien qui suit, le guitariste Ben Bruce nous explique le cheminement du groupe depuis le retour de Danny Worsnop en 2016 et le nouveau départ que celui-ci a acté, jusqu’à en arriver à proposer un album tel que Like A House On Fire. Il nous parle notamment de la manière dont ils se sont une bonne fois pour toutes débarrassés de la drogue et de l’alcool qui pesaient sur leur santé physique et mentale et avaient pu orienter les albums passés, confessant ses inquiétudes initiales sur ses capacités à être créatif sans, et du rapport du groupe aux fans à la lumière de ses évolutions stylistiques.

« Les gens ont souvent tendance à cataloguer les artistes et à penser qu’ils doivent sonner d’une certaine manière, mais quand on arrête de faire ça et qu’on commence à simplement écouter les chansons pour ce qu’elles sont, et suivant si la chanson nous parle ou pas, on finit par jouir d’une bien plus grande variété de musiques. »

Radio Metal : La dernière fois que nous avons parlé à Danny Worsnop, à propos de l’album précédent, il nous a dit que vous aviez « bazardé tout ce qu’Asking Alexandria était censé être. Pour [v]ous, ceci [était v]otre premier album. » Ce qui veut dire que vous vous étiez redéfinis avec cet album sans titre. Quel est ton sentiment, avec le recul, à propos de ce nouveau départ, autant musicalement que par rapport au retour de Danny dans le groupe ?

Ben Bruce (guitare) : Je crois que c’est la meilleure chose qui nous soit jamais arrivée. Il faut comprendre que nous avons eu une carrière très tumultueuse. On nous a tout de suite mis dans le grand bain à un très jeune âge. Nous étions encore des adolescents quand on nous a jetés dans ce monde musical. Nous étions entourés par la drogue et l’alcool, et malheureusement ça a pris le dessus sur nous. Nous avons passé de nombreuses années à agir de manière très autodestructrice, à ne pas être très heureux, avec une santé pas terrible, ce qui faisait que nos amis et notre famille s’inquiétaient pour nous. Evidemment, nous avons beaucoup mûri au fil des années et c’est ça l’intérêt d’être humain, n’est-ce pas ? On apprend de nos erreurs, on grandit, on comprend mieux les choses. Quand Danny a réintégré le groupe, nous étions tous à un stade de notre vie où nous nous disions : « On veut changer, on ne veut plus être drogués, on ne veut plus que l’alcool, la fête et tous ces trucs auxquels les gens nous associent – pas toujours à raison – nous définissent. » Le retour de Danny était l’occasion idéale pour commencer une nouvelle aventure, pour commencer à redevenir nous-mêmes, pour commencer à être qui nous étions avant la spirale infernale, avant le bazar qui s’est ensuivi, et revenir à nos racines, redécouvrir qui nous étions, non seulement en tant que personnes, mais aussi en tant que groupe d’amis et de compositeurs. C’était le début de tout. Nous ne voulons plus entendre parler de drogue, nous ne voulons plus qu’on nous dise qui nous sommes, nous ne voulons plus qu’on nous dise que nous devons avoir telle apparence. Nous voulons faire ceci parce que nous aimons le faire et c’est la raison pour laquelle nous avons fondé le groupe au départ : nous étions amoureux de la musique, nous étions passionnés par la composition musicale, nous nous aimions mutuellement, nous adorions jouer et créer ensemble, et nous voulions retrouver ça. Nous nous fichions des ventes d’albums, il ne s’agissait pas d’écouter une maison de disques ou le management nous dire : « Vous pourriez être le meilleur groupe du monde si vous faites ceci. » Il s’agissait de nous, de l’amour de la musique, et de créer ensemble. A compter de ce jour, nous sommes restés fidèles à cet état d’esprit, nous sommes tous bien plus heureux et en bonne santé grâce à ça. Nous sommes à nouveau une famille et nous apprécions tout ce que nous faisons, nous sommes aux anges et super excités par ce que l’avenir nous réserve.

A l’époque, Danny nous a également dit que vous aviez fait tout ce que vous vouliez sans vous soucier de savoir si ça rentrait dans le moule dans lequel les gens vous mettaient. Et il est clair que vous êtes allés bien plus loin dans cette approche avec votre nouvel album Like A House On Fire. A quel point était-ce libérateur ?

Ça a été très libérateur et très amusant, honnêtement, en tant que compositeurs. Ça nous a permis d’explorer plein de pistes que nous n’avions pas explorées avant. Je crois que le plus satisfaisant pour moi est que… Plein de gens ont d’emblée apprécié l’album. Il y a aussi eu plein de gens qui n’ont pas compris ce que nous étions en train de faire et qui étaient sceptiques. Ça ne me pose aucun problème parce que la musique est sujette à interprétation, mais quelque chose qui est vraiment génial pour moi, c’est le fait de voir ces gens qui n’ont pas aimé l’album au départ changer d’avis et dire : « Tu sais quoi, en fait ? Maintenant que j’ai écouté l’album, je l’aime beaucoup. J’aime beaucoup les chansons et les messages qu’elles véhiculent. » Je trouve ça incroyable, car ça démontre que la musique est puissante et n’a pas forcément besoin de sonner d’une certaine façon pour que les gens l’apprécient. Je pense que les gens ont souvent tendance à cataloguer les artistes et à penser qu’ils doivent sonner d’une certaine manière, mais quand on arrête de faire ça et qu’on commence à simplement écouter les chansons pour ce qu’elles sont, et suivant si la chanson nous parle ou pas, on finit par jouir d’une bien plus grande variété de musiques.

Le nouvel album touche à plein de genres musicaux : le hard rock, l’arena rock, le rock alternatif, l’électronique, l’EDM, la pop, le post-hardcore, le néo-metal… N’y a-t-il plus de limites ?

Il n’y a aucune limite. Comme je l’ai dit, si nous apprécions et que nous sommes contents de faire ça, alors nous le faisons. J’écoute énormément de styles de musiques différents. J’adore le blues, j’adore le metal, j’adore le hip-hop, j’adore la pop, j’adore la country… J’aime tellement la musique ! Nous n’allons tout simplement pas nous limiter. Nous ne nous disons jamais : « Oh, ça sonne trop comme ça. » C’est plutôt : « Bon, est-ce qu’on aime ? Oui, on aime beaucoup. D’accord, alors faisons-le. » C’est notre art, c’est notre album. Je pense qu’avant, les groupes étaient bien plus dans cet état d’esprit. Si tu réécoutes la discographie des Beatles et que tu compares Abbey Road ou The White Album à Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, c’est genre : « Ouah, ce groupe est dingue ! » Je trouve ça vraiment cool ! C’est un peu la mentalité que nous adoptons maintenant quand nous composons un album d’Asking Alexandria.

« Nous avons dû à de multiples occasions dans notre carrière détruire ce sur quoi nous avions travaillé pour reconstruire quelque chose de plus grand et de meilleur. »

Dirais-tu que vous vous mettiez consciemment des limites auparavant dans votre carrière ?

Non, je ne crois pas que nous nous mettions consciemment des limites. Comme je l’ai dit, nous étions des personnes très différentes à l’époque, mais nous avons appris, grandi et beaucoup vécu depuis. Même si on considère des choses comme le fait d’avoir des enfants : je ne savais pas que ce niveau d’amour existait avant que je n’aie moi-même des enfants. Il y a donc différentes portes qui s’ouvrent dans notre vie à mesure qu’on grandit et qui n’étaient pas forcément ouvertes pour nous avant. On apprend différentes choses sur nous-mêmes et sur le monde, et à mesure que de nouvelles portes s’ouvrent, de nouvelles voies s’ouvrent à nous. Je ne pense pas que nous nous réprimions intentionnellement avant, c’est juste la voie sur laquelle nous étions, dans laquelle nous évoluions, et il n’y avait pas encore beaucoup de portes qui nous étaient ouvertes à ce moment-là.

On dirait presque qu’avec l’album précédent, celui sans titre, vous étiez encore un peu timides, si on compare à celui-ci… Penses-tu que c’était une forme de tremplin pour arriver là où vous êtes aujourd’hui ?

Oui et je pense que « timide » est le bon terme, parce qu’évidemment, sur le dernier album Danny venait tout juste de nous rejoindre, donc même si nous étions contents, que nous avions vraiment confiance en nous et que nous savions où nous voulions aller, nous avions aussi conscience que nous ne savions pas comment les gens allaient réagir au retour de Danny. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, nous ne savions pas ce que le label allait penser, ou le management, ou les fans, ou les festivals, ou quoi que ce soit. A l’époque, nous nous sommes posés et nous nous sommes dit : « D’accord, on a travaillé des années pour en arriver là où nous sommes aujourd’hui, qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on plonge la tête la première et explore ce qu’on a envie de faire ou bien est-ce qu’il faut être un petit peu calculateur ? » Je pense que nous tâtions tous le terrain, pour essayer de comprendre qui nous étions à ce moment-là et aussi pour ne pas bousiller la carrière du groupe, parce qu’elle est très importante pour nous. Mais je pense que le succès de cet album, le bonheur que nous avons tous trouvé et la maturité que nous avons gagnée en tant que personnes nous ont menés là où nous sommes aujourd’hui. Comme tu l’as dit, c’est une sorte de tremplin : ça nous a catapultés là où nous sommes aujourd’hui. Nous savons que la chose la plus importante à faire est de créer de la musique que nous, en tant que cinq frangins, adorons. Il faut que nous aimions tous cette musique et si l’un d’entre nous n’aime pas une chanson ou quelque chose, alors nous ne le faisons pas, car ceci est notre art, ceci est notre manière de nous exprimer.

Ce titre, Like A House On Fire, est-il une référence à, d’un côté, le groupe qui réduit son passé en cendres et, d’un autre côté, le groupe lui-même qui est « en feu », c’est-à-dire plus passionné que jamais ?

En fait, c’est précisément ça. Les gens nous demandent la signification de ce titre d’album, et c’est plus ou moins la réponse que je leur donne : j’ai le sentiment qu’au fil du temps, Asking Alexandria a dû construire quelque chose, puis à de nombreuses reprises, nous avons dû le réduire en cendres et le reconstruire pour grandir et nous améliorer, que ce soit quand Danny est parti et que Denis [Stoff] est arrivé, ou quand Denis est parti et Danny est revenu… Nous avons dû à de multiples occasions dans notre carrière détruire ce sur quoi nous avions travaillé pour reconstruire quelque chose de plus grand et de meilleur, quelque chose dont nous soyons encore plus amoureux. Et puis, l’autre aspect, comme tu l’as dit, est que notre passion est revenue exactement comme elle était quand nous avons fondé le groupe et écrit Stand Up And Scream, et nous nous entendons à merveille, mieux que jamais, donc il y a aussi ce côté-là dans le titre de l’album. C’est donc un titre d’album qui intègre tout et symbolise exactement où en est le groupe.

Autant vous jouez avec des influences électroniques sur Like A House On Fire, surtout sur un morceau comme « Give You Up », autant c’est quelque chose qu’on pouvait déjà entendre sur l’album de Remix Stepped Up And Scratched en 2011. Dirais-tu qu’au fond, vous avez toujours eu des aspirations électroniques ou même d’horizons musicaux plus étendus ?

A cent pour cent, oui. J’adore – et nous adorons tous dans le groupe – tellement de genres musicaux différents et si tu réécoutes notre premier album, Stand Up And Scream, il baignait dans l’électronique et l’EDM. Ce n’est donc pas nouveau pour nous, car nous aimons vraiment ce genre de musique et c’est quelque chose que nous avons injecté dans notre son depuis le tout début. Cette fois, nous avons emmené ces influences à un tout autre niveau et nous avons mis le paquet avec ça, surtout dans une chanson comme « Give You Up ». Il y a d’énormes éléments d’EDM et de musique électronique là-dedans. C’est simplement quelque chose que nous apprécions depuis le tout début. Nous avons pas mal exploré ça au début de notre carrière dans Stand Up And Scream ou, comme tu l’as dit, Stepped Up And Scatched, et dans certains albums du passé, nous avons laissé ça sur le bord de la route, mais chaque album jusqu’à présent sonnait différent et contenait plus d’influences de certains styles de musique que d’autres. Là, oui, il y a clairement beaucoup d’influence électronique saupoudrée à travers tout l’album.

« Je voulais apprendre à faire du shred comme Synyster Gates et Yngwie Malmsteen, pendant une brève période de temps, mais j’ai très vite réalisé que je n’aimais pas ça et que ce n’était pas ce que je cherchais à accomplir. J’admirais plutôt des gens comme John Lennon, Noel Gallagher, Liam Gallagher, Tom Petty… Des compositeurs. »

Tu as pas mal évolué dans ton approche de la guitare – j’imagine que ça vaut aussi pour Cameron. Comment abordes-tu ton rôle de guitariste aujourd’hui ?

C’est une question très intéressante pour moi parce que je suis un guitariste, évidemment, c’est mon instrument principal et j’adore jouer de la guitare, surtout du blues – le blues, c’est ma passion quand je prends une guitare –, mais je me suis toujours d’abord vu comme un compositeur. Donc je ne suis jamais tombé dans le piège… Peut-être que j’y suis tombé quand j’étais très jeune et que je voulais apprendre à faire du shred comme Synyster Gates et Yngwie Malmsteen, pendant une brève période de temps, mais j’ai très vite réalisé que je n’aimais pas ça et que ce n’était pas ce que je cherchais à accomplir. J’admirais plutôt des gens comme John Lennon, Noel Gallagher, Liam Gallagher, Tom Petty… Des compositeurs. Donc en tant que compositeur, pour moi, la guitare n’a jamais été censée être le héros sur l’intégralité d’une chanson. Il y a des moments où la guitare doit et peut briller, que ce soit lors d’un solo ou avec un énorme riff qui reste en tête, ou avec de beaux accords… Il y a des moments où la guitare brille dans une chanson, mais pour moi, il faut qu’il y ait de la dynamique dans une chanson. Le fait que je joue de la guitare ne signifie pas que la guitare doit être constamment au taquet et au premier plan. Je pense qu’il est important que la guitare se mette en retrait parfois et laisse la chanson respirer, et alors quand la guitare revient avec un gros riff, ou des accords, ou une accroche, c’est encore plus gros et ça crée un impact encore plus fort. Je n’écris donc jamais une chanson avec un seul instrument, genre la guitare ou la batterie, en tête. J’essaye d’écrire une chanson comme un tout, et je prends tous ces éléments de la guitare et je les incorpore dans la chanson. Et si ça affaiblit la chanson, alors à mon avis ça n’a rien à faire là.

Pour créer cet album, Danny et toi vous êtes enfermés et avez « assemblé une collection de chansons qui définit où [vous en êtes] en tant que musiciens, artistes et personnes ». Comment étaient ces sessions? Comment avez-vous approché Like A House On Fire entre vous deux ?

C’était une approche intéressante et quelque chose que nous n’avions jamais fait avant. Normalement, quand nous nous mettons à écrire un album, c’est genre : « D’accord, on va enregistrer l’album du 12 octobre au 1er décembre. » Et nous avons un temps donné, nous nous mettons sur l’album, nous avons toutes nos chansons, nous allons en studio, nous enregistrons les chansons, nous les peaufinons et nous nous assurons qu’elles sont comme nous voulons qu’elles soient. Alors que cette fois, nous avons voulu capturer l’énergie et la passion des concerts de rock n’ roll. Pour cet album, nous partions en tournée et jouions face à un tas de gens tous les soirs, et nous emmagasinions cette énergie en nous demandant : « Quels passages les gens ont-ils le plus appréciés ? Quand sautent-ils tous ensemble ? Quand chantent-ils tous ensemble ? Quand sont-ils tous en train de sourire, rire, pleurer, etc. ? Quels sont les moments forts d’un concert de rock n’ roll ? » Nous avons essayé de prendre tout ça en compte. Nous partions en tournée en emmagasinant tout ça, puis quand nous retournions en studio, nous composions en même temps que nous enregistrions l’album. Nous faisions quatre ou cinq chansons et nous repartions en tournée pour recharger cette énergie, la re-capturer, puis nous revenions au studio pour écrire d’autres chansons. Il y a eu beaucoup d’allers-retours pour cet album, mais nous voulions vraiment essayer de capter cette énergie live cette fois.

Vous avez tourné en ouverture de Shinedown et Papa Roach. C’est ce qui a permis d’entremêler l’énergie des concerts et le travail en studio…

Oui, exactement. Et leurs concerts étaient extrêmement inspirants parce que les salles étaient bondées, avec dix à vingt mille personnes chaque soir et tous s’éclataient comme jamais. Pour moi, c’était tout ce que représente le rock n’ roll : tous ces gens, des enfants de cinq ans jusqu’à des grands-parents de soixante-cinq ans vivant en famille l’événement, toutes ces générations profitant de ces concerts rock n’ roll… C’était un moment vraiment inspirant pour nous, que nous voulions capturer.

Pour l’album précédent, Danny nous a expliqué que tu avais plus ou moins fini toute la musique avant qu’il n’intègre le processus. Dirais-tu que vous avez travaillé de manière plus rapprochée cette fois ?

Oui, je le dirais. Cette fois, j’avais une idée, j’enregistrais l’idée de base et je l’envoyais tout de suite à Danny et aux autres gars, en disant : « Ecoutez cette idée, qu’est-ce que vous en pensez ? » Tout comme nous le faisons maintenant : j’ai déjà commencé à écrire de la nouvelle musique et là, à chaque fois que je trouve une idée, même si ce n’est qu’un riff de trente secondes, je l’envoie tout de suite aux gars pour leur demander ce qu’ils en pensent. Je veux que tout le monde soit impliqué dans le processus maintenant. Comme l’a dit Danny, sur l’album précédent, j’ai écrit la plupart des chansons du début à la fin ; toute la musique a été faite avant qu’il n’ait entendu la majorité des chansons.

« C’était une perspective assez effrayante [d’être sobre]. J’étais là : ‘On est tous clean maintenant. Qu’est-ce que ça implique pour notre musique ? Vais-je encore être capable de composer ? Vais-je encore être inspiré ? Vais-je encore être capable de susciter des émotions chez les gens ?' »

L’évolution la plus impressionnante est certainement celle de Danny et à quel point il a développé son chant, y compris si on compare à l’album sans titre. Il utilise énormément de textures et d’approches vocales. On le reconnaît parfois à peine et on est d’emblée pris par surprise avec sa manière de chanter les couplets de « House On Fire ». Peux-tu nous parler de son travail vocal sur cet album ?

Danny a toujours été un chanteur très polyvalent. Il a passé beaucoup de temps, les douze dernières années environ, à vraiment développer sa voix et à mûrir. Si tu écoutes Stand Up And Scream et tu le compares à From Death To Destiny ou si tu écoutes Reckless & Relentless et le compares à l’EP Life Gone Wild, avec les reprises de Skid Row, il a toujours été un vocaliste très polyvalent et très talentueux, et à chaque album il a appris quelque chose de nouveau, il a appris une nouvelle technique, il a développé ses aptitudes au chant. Du coup, nous aimons aussi explorer ces aptitudes sur chaque album : « D’accord, tu as appris ceci, alors explorons-le. » Souvent, nous-même nous nous disons : « Ouah ! C’est Danny ? » C’est dingue qu’il soit capable de faire tous ces sons différents avec sa voix et d’incorporer toutes ces techniques, mais c’est le bonheur de travailler avec Danny : il essaye toujours de développer et d’améliorer sa tessiture et ses capacités au chant.

Asking Alexandria est devenu un groupe très centré sur le chant et la mélodie avec l’album sans titre et désormais Like A House On Fire : comment décrirais-tu la dynamique entre le chant et la musique durant la composition ?

Ça aussi c’est vraiment cool : nous n’essayons pas forcément de nous limiter ou de nous restreindre, surtout quand il s’agit du chant. Pour moi, les mélodies sont extrêmement importantes. Je veux pouvoir chanter en chœur à pleins poumons. Je pense que c’était très facile quand nous étions plus jeunes d’écrire quelque chose de très heavy et d’automatiquement nous dire : « Bon, on doit crier par-dessus ça. » Ensuite, le refrain arrivait et ça devenait mélodique, et c’est le passage sur lequel nous chantions parce que c’est ce qu’on est censé faire et c’est ce qui était le plus facile. Alors que maintenant, nous essayons d’explorer, nous tentons des choses : « D’accord, musicalement, c’est assez heavy mais pourquoi est-ce qu’on n’essaierait pas de créer une mélodie ou de chanter par-dessus plutôt ? »

Vous arrive-t-il de commencer avec une mélodie de chant et de construire la chanson autour ?

Non, pas vraiment. Ça dépend. Normalement je commence soit avec un riff de guitare, soit avec une progression d’accords, et nous partons de là. C’est du tâtonnement à ce stade parce que Danny peut chanter plein de choses différentes par-dessus ce que je lui donne. Très souvent, nous nous retrouvons avec quatre ou cinq versions différentes des chansons avec différentes mélodies de chant et différentes techniques, et ensuite nous nous posons pour choisir notre version préférée ou trier les meilleures versions des différentes sections et ensuite les raccorder.

Du premier album jusqu’à The Black, le groupe a travaillé avec le producteur Joey Sturgis. Maintenant, on dirait que cette nouvelle ère pour le groupe va être marquée par un autre producteur : Matt Good, vu que vous poursuivez votre collaboration commencée sur l’album sans titre. Qu’est-ce qui fait de Matt le bon producteur pour ce nouveau Asking Alexandria ?

Matt a plein de super qualités quand on travaille avec lui. Evidemment, nous avons adoré travailler avec Joey Sturgis et nous sommes encore très proches de lui, c’est toujours un très bon ami à moi. Travailler avec Matt, c’était un autre feeling. Je connais Matt depuis très longtemps. Nous sommes amis depuis dix à douze ans, mais nous n’avions jamais travaillé ensemble sur de la composition jusqu’au dernier album, mais nous avons à de nombreuses reprises tourné ensemble. Il fait partie d’un groupe qui s’appelle First To Last, que j’écoutais quand j’étais gamin. J’avais donc déjà beaucoup de respect et d’admiration pour Matt. Nous sommes ensuite, au fil des années, devenus amis et d’ailleurs nous vivons au même endroit. Donc j’ai dit : « Eh, ça te dirait qu’on fasse des démos ensemble, juste pour s’amuser, toi et moi ? » Et il était là : « Ouais, allez, on y va ! » Ce n’était même pas de la musique pour Asking Alexandria, nous composions et travaillions sur de la musique juste pour nous amuser. Ça paraissait tellement facile et naturel grâce à notre amitié que je me suis dit que nous devrions essayer de faire le prochain album d’Asking Alexandria comme ça, pour voir ce que ça donnerait. Je pense que ça nous a vraiment permis d’explorer car nous étions hyper à l’aise. Souvent quand tu vas en studio, si tu n’as pas l’habitude de travailler avec la personne avec qui tu travailles, ça peut être intimidant et tu peux peut-être te sentir gêné si tu fais une erreur à la guitare ou si tu chantes une mauvaise note, mais avec Matt il n’y a rien de tout ça, parce que ça fait longtemps que nous sommes amis, donc aucun risque de se sentir idiot. Tu peux y aller et plancher sur n’importe quelle idée, même si elle paraît bête et qu’il te dit que c’est « de la merde », tu ne t’offusques pas : vous plaisantez, vous riez, et vous passez à la suite. Ce confort nous a permis d’être très libres en studio et d’explorer des choses que nous n’aurions peut-être pas forcément explorées par le passé.

Je ne sais pas si vous allez continuer à travailler avec lui sur les prochains albums, mais penses-tu que ce soit important pour le groupe de développer une relation à long terme, sur plusieurs albums, avec un producteur ?

Tout dépend du groupe et du musicien. Pour nous, ça a été important, et c’est pourquoi nous sommes restés si longtemps avec Joey : nous avons construit une excellente relation avec lui. Comme avec Matt aujourd’hui, nous allions en studio et c’était confortable, c’était amusant, nous étions amis, et nous rions tout en créant de la musique. Je pense que ça peut être super important pour nous, pour notre groupe. Mais pour certains groupes, je sais qu’ils aiment changer et travailler avec différentes personnes simplement parce que ça peut les pousser dans différentes directions. Mais nous n’avons jamais eu besoin d’aide pour être poussés dans différentes directions. Nous aimons être à l’aise et travailler avec des gens qui nous comprennent en tant que personnes et musiciens, et qui sont capables de nous pousser à exploiter nos émotions et les sons que nous entendons dans notre tête. Et pour nous, ceci vient avec le temps, en développant une relation avec quelqu’un en qui nous avons confiance, quelqu’un avec qui nous pouvons être vulnérables et explorer différentes choses, sans être absorbés par la question : « Oh, est-ce qu’il trouve ça stupide ou pas ? »

« Quand tu es dans le monde du rock n’ roll, tu es constamment entouré par la drogue, par des gens qui te gavent presque – ils ne te forcent pas mais ils sont tout le temps là. On te donne l’impression de ne pas avoir ta place si tu ne prends pas de la drogue ou de l’alcool quand tout le monde en prend. Il faut vraiment avoir envie de sortir de ça pour que ça fonctionne. »

Tu as déclaré que « ceci est le premier album que [vous ayez] fait en étant sobres ». Qu’est-ce que ça a changé, concrètement ?

D’abord, c’était une perspective assez effrayante. J’étais là : « On est tous clean maintenant. Qu’est-ce que ça implique pour notre musique ? Vais-je encore être capable de composer ? Vais-je encore être inspiré ? Vais-je encore être capable de susciter des émotions chez les gens ? » C’était donc assez flippant, mais dès que je me suis posé et que j’ai commencé, c’était comme si j’étais retombé amoureux de la création musicale. J’ai retrouvé quelque chose en moi que je n’avais pas ressenti depuis que j’ai écrit mes premières chansons quand j’étais gamin, quand j’étais complètement innocent, frais, ouvert et pas blasé. C’était donc une expérience véritablement incroyable pour nous – une expérience intimidante au départ mais assurément une expérience nécessaire, et qui a mené à quelque chose de génial.

Penses-tu, avec le recul, qu’avoir été sous l’influence de l’alcool ou de la drogue a pu altérer la qualité de vos présents albums ou, au moins, votre vision artistique ?

Je ne pense pas que ça ait troublé notre vision, mais plutôt que ça nous a menés sur une voie bien spécifique. Si tu écoutes Reckless & Relentless ou From Death To Destiny, ce sont des albums extrêmement tristes et sombres. L’autre jour, j’ai réécouté pour la première fois depuis longtemps From Death To Destiny et je me suis dit : « Merde alors, c’est super triste ! Les gens qui ont écrit cette musique étaient dans un état d’esprit sacrément sombre. » Je ne pense pas que ça ait affecté la qualité ou troublé notre créativité, mais ça nous a beaucoup influencés dans notre manière de composer, ainsi que notre son et ce que nous créions.

Les gens ont cette vision romancée des drogues et de l’alcool comme étant un catalyseur artistique, principalement héritée des années 70. Dirais-tu que c’est une idée fausse ?

Oui ! C’est pourquoi j’étais si nerveux à l’idée de faire un album sobre, car j’avais cette même idée fausse : et si le fait d’être constamment défoncé était la raison pour laquelle je suis capable d’écrire ces chansons, parce que je suis triste ? Ça m’a vraiment rendu nerveux parce que je me disais : « Et s’il s’avère que j’ai besoin de drogue pour écrire des chansons ? » Et j’ai très vite réalisé que ce n’était pas le cas. Tu le réalises une fois que tu commences à composer sans la drogue. Je pense que c’est une manière très différente de composer, c’est une manière différente de libérer nos sentiments, nos émotions et nos passions. C’est tout aussi excitant et exaltant mais, évidemment, avec un esprit clean, conscient, on emprunte des chemins différents de ceux qu’on emprunterait peut-être si on était sous l’influence de produits qu’on aurait ingérés.

Quand Danny est revenu dans le groupe, il était complètement sobre : il avait arrêté la drogue et l’alcool. Mais il a replongé après avoir réintégré le groupe. A quel point est-ce difficile de rester sobre dans un environnement de groupe de rock ?

Aujourd’hui, ce n’est plus du tout difficile pour nous, mais il est clair que c’est un truc difficile ; c’est bien pour ça que nous sommes tombés dedans au départ. Quand nous étions gamins et que nous avons fondé ce groupe, aucun de nous n’était toxicomane ou alcoolique. Mais quand tu es dans le monde du rock n’ roll, tu es constamment entouré par la drogue, par des gens qui te gavent presque – ils ne te forcent pas mais ils sont tout le temps là. On te donne l’impression de ne pas avoir ta place si tu ne prends pas de la drogue ou de l’alcool quand tout le monde en prend. Il faut vraiment avoir envie de sortir de ça pour que ça fonctionne. Quand Danny est revenu, il était dans cet état d’esprit, et le reste d’entre nous était plus ou moins dans l’état d’esprit de vouloir en sortir, mais nous n’avions pas encore progressé au point d’avoir réellement franchi le pas. C’est de toute évidence la raison pour laquelle Danny a replongé, car nous étions tous encore en train de plonger. Si nous prenons consciemment la décision en tant que groupe, tous les cinq, que nous ne voulons plus de ça, nous devons nous soutenir mutuellement. Une fois que nous l’avons fait, c’est devenu très facile, car nous étions tous sur la même longueur d’onde, donc ce que les gens autour de nous faisaient ou disaient n’avait pas d’importance ; nous nous sommes nous-mêmes mis en condition, nous restions entre nous et nous nous entraidions comme le ferait une famille, et maintenant ce n’est pas du tout difficile. Nous sommes très contents de nous en être sortis et d’avoir pu nous débarrasser de ces habitudes. Mais ça fait vraiment partie du « style de vie rock n’ roll » et il est clair que ça peut être dur d’en sortir, surtout si tout le monde n’est pas sur la même longueur d’onde. En l’occurrence, nous avons même une clause désormais stipulant que notre équipe n’a pas le droit de prendre de la drogue car nous ne voulons plus côtoyer des gens prenant de la drogue et ce genre de chose. Il faut que tout ton entourage soit sur la même longueur d’onde pour que ça fonctionne, et alors tu réalises : « Bon sang, cette merde est vraiment naze ! C’est tellement mieux sans, tellement plus agréable ! » Tu apprécies mieux les tournées, tu apprécies mieux de composer tous ensemble, tu apprécies mieux la vie.

« Les raisons pour lesquelles nous écrivons de la musique n’ont pas changé ; c’est juste que nous racontons une autre histoire. »

Du coup vous faites attention aux uns et aux autres quand la tentation se présente sur la route ?

Oui, bien sûr. Mais comme je l’ai dit, le principal est que nous avons éliminé la tentation. Nous ne nous mettons plus dans ces situations. Nous n’allons pas dans des bars pour nous mettre minables avec tout le monde. Je bois encore de temps en temps, mais c’est peut-être une fois toutes les quelques semaines, je prends un verre de vin avec ma femme lors d’une soirée en privé, ou je bois du vin avec des amis, et il n’y a jamais de spiritueux ou quoi que ce soit. Je ne vais même plus dans les bars, car si tu vas dans un bar, tu vas te saouler. Si je sors pour prendre un verre, je vais plutôt chercher un bar à vin dans un endroit calme, dans un environnement détendu qui ne dégénère pas en fête. Je pense que le plus important est de se tenir éloigné de ces situations ; elles ne viennent pas te chercher, c’est toi qui finis par les trouver. C’est donc important de ne pas se mettre dans ces situations.

Revenons à l’album – tu as déclaré que dès que tu as fini l’enregistrement de l’album, tu l’as envoyé à Corey Taylor. Pourquoi as-tu sollicité son avis ? N’étais-tu pas sûr de toi et de ce que vous aviez créé ?

Non, Corey Taylor est quelqu’un que j’ai toujours admiré depuis tout gamin. Il m’a énormément inspiré et, au fil des années, nous sommes devenus très proches, nous sommes devenus amis, et je continue de lui demander conseil. J’aime savoir ce qu’il pense, car Slipknot a eu une carrière très similaire à la mienne, en tant que compositeur. Si tu écoutes Iowa et le compares à Subliminal Verses, c’est le jour et la nuit. Cet artiste ayant vécu un tel changement et ce groupe étant resté fidèle à lui-même en tant que compositeur, j’ai voulu connaître son opinion sur ce que nous avions créé. Ça fait très longtemps qu’il est dans l’industrie musicale, donc je l’ai admiré de loin depuis mon enfance et maintenant que nous sommes amis, je continue de l’admirer. Le fait que je sollicite son avis, ce n’était pas obtenir une approbation, c’était juste : « Qu’est-ce que cet homme se dit dans sa tête quand il entend cet album ? Etant quelqu’un qui comprend l’industrie, qui comprend ce qu’est être un père, un artiste, un compositeur, un musicien de tournée, quelqu’un qui me connaît, qui connaît le groupe, qu’est-ce qu’il pense de l’album ? » Je me sens vraiment privilégié et honoré de ne serait-ce que pouvoir partager ce genre de chose avec lui et lui demander conseil.

Et que t’a-t-il dit ?

Il m’a dit qu’il adorait l’album et le fait que nous étions suffisamment courageux pour suivre notre propre voie, pour rester fidèles à nous-mêmes en tant que compositeurs et créer quelque chose que nous apprécions, au lieu de régurgiter de l’art que nous savons plaire d’emblée à tout le monde. Il nous a applaudis pour être resté fidèles à nous-mêmes et avoir créé de la musique que nous adorons tous les cinq dans le groupe.

Quel a été ton premier contact avec Corey Taylor ?

Nous avons commencé à croiser nos chemins lors de festivals il y a des années. Nous jouions sur des festivals avec eux, et puis notre manageur a aussi très longtemps managé Slipknot. Nous avons donc de plus en plus souvent joué avec eux sur des festivals, et ensuite ils nous ont emmenés en tournée. Nous nous sommes de plus en plus rapprochés au fil des années. Il y a ce lien qui s’est mis en place par le biais de notre manageur qui gérait les deux groupes, donc nous avions déjà un respect mutuel et il y avait un pont entre les deux groupes. Au fil des années, le lien s’est transformé en amitié. Corey nous a toujours beaucoup soutenus. Je crois que c’était la première personne à m’avoir envoyé un message quand Danny est parti du groupe en 2014, il m’a tout de suite envoyé un texto disant : « Désolé mec, mais tu as le groupe entre tes mains. Garde la tête haute, reste dans le jeu, continue à travailler dur, continue à avancer et tout ira bien. » Donc il a toujours beaucoup soutenu Asking Alexandria.

Vous avez souvent des invités sur vos albums. As-tu déjà songé à l’inviter ?

Oui. Nous y avons songé à plusieurs reprises, mais… Nous sommes amis et c’est quelqu’un que j’admire, mais est-ce que ça ne serait pas franchir les limites de l’amitié ? Est-ce quelque chose que nous devrions nous abstenir de faire ? Je n’ai pas envie de lui demander de venir chanter sur une chanson juste parce que nous sommes amis.

Les commentaires que l’on voit le plus aujourd’hui dans les chroniques de Like A House On Fire c’est : « Ils ont changé. » Comment gères-tu la pression des vieux fans qui ne comprennent pas le tournant pris par le groupe et qui ont l’impression d’avoir perdu le groupe qu’ils ont tant aimé ?

Parfois ça peut être contrariant ou frustrant, principalement parce que je ne peux pas leur parler face à face pour expliquer l’album. Le truc, c’est que je comprends. La musique est sujette à interprétation, et je comprends ce que c’est de grandir avec un groupe qu’on aime et qui nous a aidés à traverser des moments difficiles, et ensuite ce groupe change un peu et on ne réagit ou ne répond plus de la même manière à sa musique, ou on ne ressent plus la même chose, ça peut être démoralisant ou contrariant, mais ça ne signifie pas que nous ne composons plus la musique pour les mêmes raisons. Il y a d’autres personnes aujourd’hui qui ont besoin d’entendre cet album qui va les aider à traverser des moments très difficiles dans leur vie, nous pourrons être là pour ces autres personnes, comme nous l’avons été pour ces vieux fans. Nos albums évoluent au fil du temps en même temps que nous évoluons en tant que personnes, donc j’aime espérer que nos fans qui ont écouté notre musique depuis le début peuvent encore écouter ces nouvelles chansons – vraiment les écouter – et réaliser que nous sommes toujours là avec eux, que les raisons pour lesquelles nous écrivons de la musique n’ont pas changé ; c’est juste que nous racontons une autre histoire. Si tu écris une histoire différente, ça ne sonnera pas pareil. Nous pouvons être encore là pour ces mêmes personnes et les aider pour différentes choses qu’ils traversent dans leur vie, s’ils prennent le temps d’écouter. S’ils ont fait ça, s’ils ont pris le temps de bien écouter et assimiler l’album, et si après ça ils ne l’aiment toujours pas, il n’y a absolument aucun problème parce que la musique est sujette à interprétation, et c’est une question de préférence personnelle. Au final, nous écrivons de la musique pour personne d’autre que nous-mêmes, et donc nous devons rester fidèles à nous-mêmes et simplement espérer que d’autres gens se joindront à nous dans cette aventure.

« Quatre-vingt-dix pour cent des fans d’un artiste apprécient l’évolution et le changement, comme l’artiste lui-même. […] Si tu laisses ta vie se faire ronger par des gens qui sont en colère après toi, ça peut devenir une sorte de prison, où tu te retrouves au service d’un petit groupe de gens. »

As-tu parfois l’impression qu’une fanbase peut devenir une sorte de prison pour un artiste ?

Si tu laisses faire, oui, ça peut le devenir, mais… Si tu regardes bien, quatre-vingt-dix pour cent des fans d’un artiste apprécient l’évolution et le changement, comme l’artiste lui-même. Ils disent : « Je n’ai pas envie d’écouter sans arrêt la même chose. » Ce n’est qu’une minorité qui a tendance à se faire entendre et être contrariée par ça. Donc si tu laisses ta vie se faire ronger par des gens qui sont en colère après toi, ça peut devenir une sorte de prison, où tu te retrouves au service d’un petit groupe de gens. Il faut juste que tu continues à écrire de la musique que tu aimes en espérant que les gens l’aimeront aussi. Si ce n’est pas le cas, tant pis, ça fait partie du processus et de la vie de musicien.

Certains groupes ont l’impression de tout devoir à leurs fans et donc de devoir rester cohérents avec ce qu’ils ont établis et ce à quoi les fans ont pris l’habitude de s’attendre. Quel est ton sentiment par rapport à ce mode de pensée ?

Je pense que nous devons beaucoup à nos fans. Je pense que nos fans ont investi dans ce groupe autant d’amour et d’émotion que nous en avons nous-mêmes investi. A cet égard, oui, je pense que nous devons sortir des chansons que nos fans aiment, mais quand je dis ça, je veux dire qu’à chaque fois que nous allons en studio, nous nous devons d’investir tout ce que nous avons, la moindre miette de notre être, dans l’album, car c’est ce que nos fans méritent. Ceci, pour moi, ne signifie pas qu’il faut composer sans arrêt la même chose pour s’assurer que les fans qui ont apprécié nos œuvres passées apprécient notre nouvelle œuvre. Je ne crois pas que ce soit ce qu’il faut faire quand on est un artiste, ce n’est juste ni pour l’artiste, ni pour les fans. Par respect pour tes fans, peu importe ce que tu es en train de créer, tu dois t’y investir à cent pour cent, et tu dois leur donner le meilleur que tu puisses donner et être aussi honnête que possible. C’est ce que nous faisons à chaque fois que nous allons en studio : nous mettons tout notre cœur et toute notre âme dans la musique et nous disons : « Ceci, c’est nous. Nous voici sur un plateau, nous nous offrons à vous et j’espère que vous apprécierez. J’espère que ça vous parlera autant qu’à nous. J’espère que vous nous suivrez et apprécierez le voyage. Si vous n’aimez pas et que vous ne pouvez plus nous suivre, nous apprécions tout ce que vous nous avez donné jusqu’à présent, nous apprécions les années d’amour et de soutien, et il n’y a pas rancune. J’espère que nos chemins se croiseront à nouveau. J’espère que nous écrirons un album plus tard qui vous parlera. Ou peut-être que dans quelques années, cet album vous parlera quand vous serez à une autre étape de votre vie. »

Le premier album d’Asking Alexandria, Step Up And Scream, a passé la barre des dix ans, et bien que le line-up soit le même aujourd’hui, c’est dingue comme le groupe a évolué dans ce laps de temps. Vois-tu ceci comme étant deux groupes différents ou bien y a-t-il quand même des points communs selon toi ?

Non, je vois des similarités. Je vois toujours le même groupe. Quand nous avons fait Stand Up And Scream, quand j’ai écrit ces chansons, j’étais adolescent. On vit énormément de choses de dix-neuf à trente ou trente et un ans, on change énormément, on traverse des bons et mauvais moments, etc. On se découvre encore en tant qu’être humain. Je pense que de la seconde où on naît jusqu’à la seconde où on meurt, on apprend – ou on devrait apprendre – et on évolue. Je vois le même groupe, je vois les mêmes personnes, je vois le même amour et enthousiasme pour la musique, pour ce que nous faisons, mais je vois aussi beaucoup d’évolution, je vois une grande aventure, je vois que nous avons traversé énormément de choses ensemble et nous avons suivi les leçons de la vie, et nous avons appris grâce à elles, et nous avons mûri en tant qu’êtres humains. Comment cela ne pourrait-il pas directement affecter la musique que nous écrivons ? Bien sûr que ça l’affecte. Ça fait partie du processus et de l’aventure. Mais au fond, ces gamins qui étaient si enthousiastes d’être musiciens et si contents qu’on leur offre une tribune et que les gens écoutent leurs chansons, je les vois toujours en nous.

Même si c’est le même groupes de personnes, à quel point est-ce différent de faire partie d’Asking Alexandria aujourd’hui comparé à il y a dix ans ?

Oh, c’est complètement différent. Encore une fois, nous étions très jeunes quand on nous a mis dans le grand bain, nous ne savions pas ce que nous étions en train de faire. On nous disait ce que nous devions faire, comment nous comporter, quoi porter… On nous guidait dans tous les sens, certaines personnes nous entourant. Maintenant que nous sommes plus vieux et avons appris plein de leçons, être dans Asking Alexandria n’a rien à voir avec ce que c’était à l’époque. Par exemple, maintenant, nous faisons un concert et après… nous allons au lit [petits rires]. Nous avons besoin de nous reposer et nous assurer d’être en pleine possessions de nos moyens pour le concert suivant, car les gens de la ville suivante doivent profiter d’un concert aussi bon que celui des gens de la ville précédente. Nous prenons ça très au sérieux. Nous sommes plus vieux et plus sages, et nous ne prenons rien pour acquis. C’est une opportunité spectaculaire que nous avons eu la chance de recevoir et nous en profitons chaque jour. Nous sommes reconnaissants pour chaque jour passé. Donc nous ne faisons pas les imbéciles, nous ne faisons pas la fête, nous ne prenons pas les choses pour acquises. Nous sommes tous respectueux de l’espace des uns et des autres, de ce que chacun dans le groupe ressent. C’est un monde totalement différent aujourd’hui au sein d’Asking Alexandria.

« La réalisation de ce premier album était très similaire à celle de cet album et de l’album sans titre, en fait. J’y repense et je vois cinq gars qui n’ont pas encore été corrompus ou blasés par l’industrie musicale. »

Quels sont tes souvenirs lorsque tu repenses à la réalisation du premier album ?

La réalisation de ce premier album était très similaire à celle de cet album et de l’album sans titre, en fait. J’y repense et je vois cinq gars qui n’ont pas encore été corrompus ou blasés par l’industrie musicale. Nous étions jeunes, enthousiastes et excités à l’idée de créer de la musique ensemble et il n’y avait aucune attente concernant les chiffres de vente, les tournées, rien. Nous étions là pour faire de la musique ensemble et c’est tout ce qui comptait, et nous étions surexcités. Evidemment, au fil des années, les choses changent : on te dit qu’il faut vendre un certain nombre de disques, qu’il faut faire ci, qu’il faut faire ça… La passion ne part jamais mais, souvent, en cours de route, elle est asphyxiée et piétinée par plein de gens. Aujourd’hui, nous ne permettons plus ça et c’est pourquoi je dis que je vois des similarités entre nous aujourd’hui et ce que nous faisions quand nous avons composé et enregistré Stand Up And Scream, car nous nous retrouvons au même point : nous adorons créer de la musique ensemble, et c’est ça notre raison d’être.

Je sais que personne dans le groupe, sauf Danny – curieusement – qui n’a jamais fermé la porte, ne veut jouer la moindre chanson de The Black, car cet album était très fielleux contre Danny. Mais avec le recul, que penses-tu de cet album ?

Encore une fois, avec tout ce que nous écrivons, nous essayons d’être véridiques et très sincères. Donc quand je repense à cet album, j’en suis fier et je trouve toujours que c’est un super album, je l’apprécie toujours et je l’estime toujours comme faisant partie de notre aventure. Je pense que c’était une part nécessaire de notre aventure. Quand j’y repense, je me dis : « C’était une période de dingue. » Mais c’était nécessaire pour arriver là où nous sommes aujourd’hui et j’apprécie tous les concerts que nous avons donnés à l’époque, j’apprécie tous les fans qui sont restés à nos côtés, j’apprécie Denis pour être venu et avoir chanté avec nous. J’apprécie tout ça et comme je l’ai dit, quand je repense à cet album, j’en suis fier, je l’aime bien, mais c’était un album très sombre et il était très malveillant envers Danny, parce qu’à l’époque, j’étais super remonté contre lui. Je ne veux pas monter sur scène et faire chanter à Danny des paroles sur lui-même qui ne reflètent plus ce que je pense de lui. Ça n’a aucun sens de faire ça. C’est comme si tu avais vécu un divorce, tu n’es pas obligé de constamment parler de ton ex-femme à ta nouvelle femme. Nous savons et avons tous les deux reconnu ce qui s’est passé, nous avons tous les deux vécu cette partie de l’aventure, nous avons évolué et nous en avons tiré les leçons, et c’est du passé. Nous passons à autre chose, nous regardons vers l’avenir et voilà à peu près ce que je pense de The Black.

As-tu discuté avec Danny de ce que tu as écrit à son sujet dans cet album ? A-t-il compris que tu aies été si énervé contre lui à l’époque ?

Oui, bien sûr, il a compris. Et comme tu l’as dit, Danny n’a jamais été celui qui disait ne pas vouloir jouer ces chansons. Ça ne paraît pas bien ou juste de le faire chanter ces chansons, mais il comprend totalement. Evidemment, il y a eu beaucoup de blessures et de colère durant cette période pour nous tous.

As-tu jamais songé à réenregistrer ces chansons avec Danny et des textes différents pour les réhabiliter auprès du groupe actuel ?

Non. Pour les mêmes raisons que nous ne réenregistrerons pas Stand Up And Scream, car nous avons capturé ces chansons et cette musique dans l’instant présent. On ne peut pas re-capturer cet instant, ces émotions, ces sentiments, cette énergie, etc. Je ne sais pas pourquoi on voudrait essayer, vraiment. Cet album a été créé dans un environnement particulier qui est spécifique à cette époque de notre vie et c’est ce qui a été capturé. C’est l’intérêt de la musique et de l’art : capturer un instant donné et le sortir. Une fois que cet instant est passé, il faut essayer de capturer un autre instant.

Écoutes-tu quand même ces chansons parfois ?

Je les ai réécoutées plusieurs fois. Comme je l’ai dit, je suis super fier de cet album, il y a encore de super chansons sur cet album. « Send Me Home » est l’une de mes chansons préférées. C’est une chouette chanson ! C’est dommage que nous n’ayons pas pu faire un clip pour cette dernière et tout, mais cette chanson vit toujours, elle est toujours là pour que les gens puissent en profiter – moi y compris. Ça fait simplement partie de notre aventure.

N’est-ce pas frustrant malgré tout pour toi de ne pas pouvoir jouer ces chansons à cause du contenu des textes ?

Un peu. Je n’y pense pas trop souvent, car je m’amuse beaucoup. Je pense que n’importe quel artiste te dira ça, quand on écrit de la nouvelle musique, on veut jouer cette nouvelle musique, car c’est ce qui est frais et excitant pour nous. Donc j’essaye de me concentrer sur tout ce que nous créons et nous sommes super excités par tout ça. Donc je ne m’attarde pas sur le fait que nous ne jouons pas toutes les chansons ou que sais-je encore. Nous sommes simplement tous reconnaissants de pouvoir encore créer et jouer de la musique ensemble.

Interview réalisée par téléphone le 11 juin 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Foucauld Escaillet.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Sanjay Parikh (1, 2, 5, 6, 7, 9) & Erica Lauren (8).

Site officiel de Asking Alexandria : www.askingalexandria.com.

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