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Chronique   

Asking Alexandria – See What’s On The Inside


L’heure de renouer avec les fondamentaux. C’est ainsi qu’Asking Alexandria a envisagé la conception de son nouvel opus intitulé See What’s On The Inside. L’un des avatars du metalcore britannique n’avait pu défendre son précédent effort Like A House On Fire (2020) sur scène en raison de la pandémie. Usant de détermination pour faire disparaître la frustration, les cinq membres d’Asking Alexandria se sont enfermés dans un studio à Franklin dans le Tennessee pour retrouver l’alchimie des débuts et le goût de composer ensemble en diminuant les artifices. See What’s On The Inside est avant tout une affaire de passion, celle qu’Asking Alexandria éprouve pour ses héros d’antan.

Pas besoin de tergiverser : il s’agit grossièrement de remettre les guitares au premier plan et de ne pas rendre les artifices électro outranciers, tout en mettant en partie de côté les ouvertures sonores de l’album précédent. Asking Alexandria loue les accroches d’Aerosmith et ce goût du spectacle en espérant les transposer dans sa musique. L’introduction a toutefois plus à voir avec Metallica via ces quelques arpèges acoustiques, les jeux de cordes en arrière-plan et un lead annonciateur de la mélodie principale d’« Alone Again ». Asking Alexandria a toujours recours à ces nappes de clavier qui s’efforcent de ne pas déborder sur les guitares. Ben Bruce et Cameron Liddell laissent déceler une approche plus directe et old-school du riffing, s’éloignant des nouveaux standards d’Architects ou de Bring Me The Horizon. Le riff au binaire appuyé à la batterie et la partie solo d’« Alone Again » ont d’ailleurs eux-mêmes tout de l’hommage à la bande à Lars Ulrich. Le groupe perpétue la tradition des soli à l’ancienne sans pour autant forcer une identité vintage qui serait factice. L’importance des guitares se ressent encore sur « Faded Out » avec ses effets stridents d’harmoniques et de whammy maîtrisés. Asking Alexandria prend alors l’allure d’un Fall Out Boy sauce heavy et Danny Worshop embrasse parfaitement les codes du chant FM. L’énergie festive de « Faded Out » laisse imaginer et désirer une montée en puissance tout au long de l’opus. Asking Alexandria semblait avoir d’autres plans.

« Never Gonna Learn » emploie un vocabulaire propre aux power-ballades pop-rock (mélodie guillerette sifflée comprise), saupoudré d’un refrain qui embrasse les contours les plus accueillants du néo des années 90. Lorsque Asking Alexandria cherche le contraste, il ne perd certes pas son sens de la mélodie entêtante, mais il tend à s’embourber dans certains clichés. Parfois ceux-ci font écho à nos plaisirs coupables, à l’instar du langoureux « Find Myself » qui donne envie de courir sous la pluie et de tourner la tête au ralenti, en espérant que les caméras d’MTV captent notre regard ténébreux. La fameuse triplette piano-violons-grosses guitares, qui donne des envies de tatouage post-cuite. Cependant, See What’s On The Inside a parfois du mal à donner du corps à certaines compositions telles que « You’ve Made It This Far » qui ne profite pas de son surjeu et de ses rythmiques entraînantes impromptues. Parfois, Asking Alexandria se laisse aller à une certaine schizophrénie : « If I Could Erase It » mêle rock sautillant, plages pop et électro-metal dans la plus grande décomplexion. Une dynamique aussi bienvenue que peut-être difficile à appréhender. La formation est intéressante lorsqu’elle amalgame des registres qui n’apparaissent pas vraiment explicitement, à l’image de « Fame », sorte d’hybride entre du grunge à la Alice In Chains et de hard rock vieux jeu ; un terreau idéal pour Danny Worsnop qui y cultive son éloquence et sa rage de façon convaincante. Ce jeu de pot-pourri atteint son paroxysme avec la conclusion « The Grey » qui mêle chœurs, riffs frontaux, samples électro-atmosphériques et grandes élancées vocales.

See What’s On The Inside laisse bel et bien transparaître une volonté d’embrasser à nouveau certains fondamentaux rock en mettant la guitare sur un piédestal. Il réussit à créer quantité de passages marquants, qui souffrent cependant de certains remplissages intermédiaires. Reste qu’au jeu de l’accroche, Asking Alexandria conserve un savoir-faire indéniable nécessaire au metalcore sous peine de ne pondre que du générique insipide. Pas de révolution ou de trahison : See What’s On The Inside est au contraire un album relativement « confortable » (en comparaison de son prédécesseur) qui laisse espérer qu’il sera défendu sur scène pour ravir les amateurs de grandes émotions déclamées avec fougue.

Clip vidéo de la chanson « Alone Again » :

Album See What’s On The Inside, sortie le 1er octobre 2021 via Better Noise Music. Disponible à l’achat ici



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  • One Step Heavier dit :

    Très bel article avec une analyse extrêmement pertinente ! J’ai hâte de voir ce que leur live va donner sur ces deux derniers albums. En règle générale, je trouve que AA ne mise pas énormément sur la prestation scénique. La musique est là, les musiciens envoient, mais le côté spectacle manque, c’est un concert, et pas un show. À voir ce qu’ils nous réservent.

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