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Interview   

Asking Alexandria fait table rase


Ces dernières années, les fans d’Asking Alexandria ont vécu un véritable ascenseur émotionnel, entre la déception du départ du chanteur Danny Worsnop dans un contexte de relations glaciales avec le reste du groupe, puis l’arrivée de Denis Stoff semblant remettre le groupe sur les rails (pour qui le guitariste-compositeur Ben Bruce ne tarissait pas d’éloges), puis le départ de celui-ci dans des circonstances encore pas totalement claires, et finalement le retour en grandes pompes de Worsnop. Retour à la case départ en somme, dans tous les sens du terme, comme en atteste un nouvel album arborant le nom du groupe en tant que titre.

Et il faut croire que cette séparation entre Worsnop et Bruce, où chacun a fait un travail sur lui-même, était un mal nécessaire pour finalement mieux se retrouver. Dans l’interview qui suit, Worsnop ne cache d’ailleurs pas son enthousiasme et sa fierté, avec même un brin de prétention, quant au fruit de leur travail créatif. Mais laissons-le lui-même en parler.

« Nous avons bazardé tout ce qu’Asking Alexandria était censé être. Pour nous, ceci est notre premier album. »

Radio Metal : Tu es de retour dans Asking Alexandria depuis octobre 2016. Comment t’es-tu retrouvé à raviver ta relation avec Ben Bruce et enterrer la hache de guerre, vu que tu étais parti en 2015 en mauvais termes ?

Danny Worsnop (chant) : Nous sommes tombés l’un sur l’autre à Los Angeles, chez un ami. Ce soir-là, nous avons trainé ensemble et parlé de la vie et de ce que nous avons fait pendant ce temps. Et puis le lendemain, nous sommes repartis chacun de notre côté, et cela en est resté là. Et puis quelques semaines sont passées et j’ai reçu un coup de téléphone me demandant si j’envisagerais de faire une tournée avec eux, car ils avaient des problèmes avec le gars qui chantaient pour eux à l’époque. J’ai pris environ une semaine pour y réfléchir, et puis j’ai donné mon accord pour faire la tournée, et c’est devenu deux tournées, et puis ça nous a menés à faire un album.

Quelle a été ta réaction au départ quand ils t’ont contacté pour te demander si tu envisagerais de tourner avec eux à nouveau ? Etais-tu surpris ?

Oui et non. En fait, c’est quelque chose que le label a laissé entendre, et je me doutais un peu qu’on allait me demander quelque chose comme ça, mais ça n’était pas une décision facile à prendre. Je veux dire que j’étais très occupé, j’ai plein de choses en cours, donc c’était une grande décision rien que de considérer m’engager dans cette charge de travail supplémentaire. Mais je suis content de l’avoir fait, tout se passe super bien. Je ne pourrais pas être plus heureux de l’album, c’est vraiment palpitant.

Lorsque tu as réintégré le groupe, tu as déclaré que tu étais « mentalement dans un état [te] permettant d’embrasser ça à nouveau. » Qu’est-ce qui a déclenché ce changement d’état d’esprit ?

The Long Road Home, mon premier album solo. Je me suis efforcé de mettre mon âme à nue, chanter des choses inconfortables, et écrire des chansons inconfortables pour me sortir de ma zone de confort, et peut-être affronter certains démons et m’en servir comme une forme de thérapie. Ça m’a vraiment aidé à me retrouver et accepter beaucoup de choses. Je pense que ça m’a mis dans un autre état d’esprit où Asking Alexandria était à nouveau quelque chose que je pouvais faire.

Tu as quitté le groupe pendant seulement un an et demi. Penses-tu que ce split était nécessaire au final ? N’auriez-vous pas pu résoudre les problèmes au sein du groupe ou faire un genre de pause pour éviter la séparation ?

En fait, c’était plus proche de trois ans. Entre mon départ et l’annonce à la presse de mon départ, pas mal de temps s’est écoulé. Et puis, de l’autre côté, entre mon retour et l’annonce à la presse, il n’y eu à peine qu’un jour, environ. Mais non, ce n’était pas quelque chose qui aurait pu se résoudre, absolument pas. Nous nous épuisions à la tâche. Il fallait que je m’en aille. Dans ma tête, je n’allais jamais revenir. Nous étions dans une dynamique très sombre, nous nous détestions, nous ne voulions pas nous côtoyer, nous ne voulions pas nous voir. Donc non, ce n’est pas quelque chose qui aurait pu se résoudre.

Penses-tu que tout est réglé, que tout est derrière vous désormais ?

Oui.

Vous avez un nouvel album sans titre qui sort bientôt. Ben Bruce a déclaré que ce nouvel album a capturé la magie et l’énergie que vous aviez quand vous vous êtes réunis pour la première fois et avez enregistré votre premier album. Ressens-tu la même chose ?

Un peu. Je trouve qu’il est bien meilleur. L’énergie était meilleure. Je trouve qu’il est au-dessus de tout ce que nous avons fait. Sur le premier album, je pense que nous ne savions pas ce que nous faisions. Nous ne savions pas comment écrire une chanson, nous ne savions pas comment faire un album. C’était juste le bon endroit et le bon moment pour nous pour faire ce qui s’est révélé être un album à succès. Mais nous n’avions aucune idée de ce que nous faisions. Sur cet album, le niveau de composition est rien du tout, il est inexistant. Il n’y a pas de composition, genre il n’y a pas de refrain, il n’y a pas de couplet, ce ne sont que des bouts de chansons accolés les uns aux autres. Mais comme je l’ai dit, il a rencontré un grand succès commercial, donc c’est évidemment une énorme réussite. C’est quelque chose dont je me souviendrais toujours avec tendresse parce que c’était mon premier album, alors que celui-ci, lorsque Ben et moi nous sommes mis à l’écrire, nous avions tellement grandi en tant que compositeurs, en particulier durant le temps où nous avons été séparés, que c’était hallucinant rien que d’être ensemble dans une pièce. Je me souviens des moments où des gens étaient dans la pièce et ils étaient bouche-bée rien qu’à nous voir travailler, car nous avions une super dynamique en faisant cet album. Nous nous sommes vraiment poussés vers des territoires inhabituels, et nous nous sommes efforcés de suivre toutes les idées que nous avions, peu importe si c’était techniquement délicat. Nous avons bazardé tout ce qu’Asking Alexandria était censé être. Pour nous, ceci est notre premier album. Il n’y a pas d’idée préconçue sur la façon dont Asking Alexandria doit sonner, car nous avons tout jeté. Nous avons démarré de zéro afin de pouvoir explorer et faire ce que nous voulions sans nous soucier de « bon, est-ce que ça rentre dans le moule dans lequel les gens nous mettent ? » Donc nous avons fait table rase et commencé de zéro. C’était une expérience incroyable, et je pense que ça nous a tous les deux aidé à mettre en valeur nos capacités de composition et à se stimuler l’un et l’autre, et rebondir sur les idées de chacun pour trouver les meilleures choses possibles.

« Je vais être honnête : je ne sais même pas ce que ‘heavy’ veut dire, parce que c’est une question de perspective. […] Pour ma part, Asking Alexandria est un groupe de rock, et l’a toujours été. »

J’imagine que c’est pour cette raison que l’album est sans titre…

Oui. Ceci est le premier chapitre d’Asking Alexandria.

Etiez-vous confiants que l’alchimie serait à nouveau là après avoir été éloignés ?

Nous avons tourné pendant environ huit mois avant d’aller en studio, donc nous savions que tout allait bien se passer. Lorsque nous avons commencé à tourner, nous n’en savions rien – et c’est pour ça que je n’ai pas tout de suite réintégré le groupe. J’avais donné mon accord pour tourner, ensuite j’ai été d’accord pour une autre tournée, et ensuite j’ai été d’accord pour faire un album, mais ce n’est que très récemment où j’ai pu dire « je suis de retour dans le groupe. »

En 2015, l’une des raisons de ton départ était que tu ne souhaitais plus créer de musique heavy. Et même s’il a toujours un côté heavy, ce nouvel album semble effectivement plus ouvert et focalisé sur la mélodie, surtout au niveau vocal. Est-ce une direction musicale dont vous avez discuté pour que tu sois plus épanoui ?

Non. Ben a travaillé sur la musique avant même que je n’arrive, donc la musique était posée, et c’était une incroyable plateforme pour que je puisse faire des choses. Ce n’était pas une décision consciente. Je vais être honnête : je ne sais même pas ce que « heavy » veut dire, parce que c’est une question de perspective. Pour quelqu’un qui écoute, je ne sais pas, John Mayall ou Ed Sheeran tout le temps, un groupe comme Sleeping With Sirens ou 30 Seconds To Mars est très heavy. Et c’est même démentiellement heavy pour quelqu’un qui ne fait qu’écouter Bob Dylan. Alors que pour les gens qui écoutent, disons, Cannibal Corpse et Suicidal Tendencies, pour eux, Asking Alexandria n’a jamais été heavy. Donc je pense que c’est impossible à classifier. Pour ma part, Asking Alexandria est un groupe de rock, et l’a toujours été. Mais pour ce qui est du chant crié, comme j’ai grandi et davantage appris, et mûri en tant que compositeur, je trouve qu’il y a des moments pour ça, c’est-à-dire quand il faut accentuer l’émotion. Donc dans une chanson comme « Room 138 », qui parle d’une overdose, je suis presque en train de crier toute la chanson, parce que c’est l’émotion qui le veut, c’est la peur, c’est la prise de conscience que je meure. Et une chanson comme « Alone In A Room », c’est une chanson triste, ça n’a absolument aucun sens de crier. Tu n’en parlerais pas en criant, donc tu ne devrais pas le faire non plus quand tu le chantes. Ca n’apporterait rien à la chanson. Au contraire, ça enlèverait de l’émotion à ce que tu racontes. Donc je pense qu’avec cet album, nous avons trouvé un équilibre par rapport à ça entre Ben et moi, en faisant un album qui est simplement honnête et fidèle à ce que nous écrivions en studio, à ce que nous sommes en tant que personnes. Nous ne voulons pas être un groupe qui ne fait que crier un tas de mots à propos de rien que personne ne peut comprendre. Nous voulons que l’album ait de la substance, qu’il ait du sens, et qu’il nous reflète. Je suis un chanteur, pas un mec qui crie, je ne suis pas un vocaliste. Je suis un chanteur, c’est ce que je fais. Donc c’est la chose la plus naturelle du monde pour moi que de faire ça, et je peux véhiculer les émotions et sentiments que j’ai grâce à ça, car je peux être vulnérable, je peux être triste, je peux être excité, je peux être heureux, je peux être agressif, et je peux évoluer entre tout ça.

Est-ce que le fait d’avoir été absent du groupe t’a permis d’approcher le groupe et la musique avec des oreilles et yeux nouveaux ?

Le son que Ben m’a amené est tellement différent de tout ce que nous avons fait auparavant que c’est impossible de ne pas approcher les choses de manière fraîche. En fait, c’est mon boulot d’écrire des chansons, donc je compose tous les jours dans différents styles et pour différents artistes, donc je suis devenu très bon pour prendre du recul et prendre une chanson pour ce qu’elle est, et rendre cette chanson aussi bonne que possible sans idée préconçue sur ce qu’elle devrait être. Ca a grandement facilité les choses, en ce sens, le fait d’aborder ça avec des oreilles et yeux nouveaux. Et Ben a fait la même chose, et nous sommes tous les deux plus fiers de cet album que n’importe quoi que nous ayons fait.

Ben a passé des mois enfermé en studio, toute la nuit, toute la journée, avec le producteur Matt Good pour composer l’album. A quel moment avez-vous commencé à collaborer dans ces sessions créatives ?

Ben avait grosso-modo terminé toute la musique, et toutes les guitares. Il a commencé quand nous avons fini de tourner, et pendant que je suis parti tourner pour mon album. Il m’a envoyé des choses mais je ne les ai pas écouté, car je voulais me pencher dessus dans le cadre d’une vraie session de composition, je ne voulais pas y aller en sachant ce que j’allais chanter dessus, car je voulais que ce soit fait de manière organique sur le moment. Donc j’ai participé à la session, et je pense que j’y étais pendant environ une semaine, ou une semaine et demie, et nous avons bûché sur tout. Le premier jour, nous avons fait quatre chansons, et en une semaine, une semaine et demie, j’ai écrit tout le chant, et Ben m’a donné ses notes qu’il avait ici et là, et ensuite j’ai tout enregistré, nous nous sommes posés pour tout mixer, tout réécouter, et nous avons pris quelques jours pour nous habituer aux morceaux. Je suis aussi revenu et j’ai fait certaines chansons que j’ai totalement ou partiellement réécrites. Sur la durée de cette semaine, semaine et demie, nous avons vraiment bossé un max sur l’album, et à partir de là, il restait juste à balancer des harmonies sur les trucs, puis mixer.

« Si tu regardes une bonne partie des gros groupes qui existent – je parle au sein de la scène hard rock alternatif -, je peux exactement identifier qu’ils ont pris tel riff, telle mélodie, tel concept de… Je peux te dire exactement ma chanson où ils ont pris ça. »

Dans un post Facebook, tu as déclaré que cet album est « original, hors de [ta] zone de confort, hors de l’ordinaire » et tu l’as même qualifié de « nouveau son qui, dans deux ans, sera copié par bien trop d’artistes. » C’est une déclaration assez audacieuse ! Qu’est-ce qui te fait penser que cet album sera une telle pierre angulaire, un si nouveau son ? Je veux dire que ça devient assez difficile de nos jours de prétendre créer un nouveau son…

Chaque album que nous avons jamais fait a instantanément été copié par tout un tas de gens. Nous avons éternellement eu une longueur d’avance ; même avec l’album de Harlot, qui à l’époque était quelque chose de totalement unique : un an plus tard, il y a eu des groupes comme Greta Van Fleet, qui sont incroyables, et maintenant ils recherchent ce son vintage, classic rock, donc… Tout ce que j’ai fait avait une longueur d’avance, et je pense que cet album ne fera pas exception. C’est naturel pour les musiciens plus jeunes, qui sont de grands fans de musique, lorsqu’ils fondent un groupe, d’avoir ça en tête et essayer de reproduire ce son. Je pense que c’est parfaitement naturel quand ceci se produit, et je ne pense pas que ce sera autrement avec cet album, à cet égard. Et pour ce qui est du fait que cet album a un son à part, je veux dire, amener un chanteur de blues rock et de country à faire un album de heavy metal… Et oui, bien sûr, j’ai fait trois albums de heavy metal avant, mais les gens oublient que j’ai fait bien plus de blues et de rock que de heavy metal. Au cours des trois dernières années depuis mon départ, j’ai littéralement écrit des centaines de chansons, et aucune n’était une chanson de metal. Donc je débarque avec un esprit totalement neuf, avec des idées, des techniques et des styles qui ne viennent pas du metal. Donc je suis venu en écrivant des chansons de blues, en utilisant de la musique R&B, en racontant des histoires comme dans la country, en apportant de la soul et même du gospel, et en écrivant d’une façon qui est étrangère à la plupart des musiciens de hard rock et heavy metal, car ce n’est pas dans leur manuel… Et Ben a toujours été un grand compositeur, plein de supers idées, si bien que quand j’ai entendu ces chansons, c’était énorme ! Nous avons toujours été très théâtraux et cinématographiques dans notre écriture, je trouve, et cet album propulse ça à un tout autre niveau, et ça nous transcende, l’album a sa propre force vitale. Il a vraiment pris vie et est devenu un organisme à part entière, avec son propre son et son propre feeling. Je pense que rien que les émotions contenues dans l’album le mettront en marge de tout le reste.

Tu as dit qu’il y avait une chanson qui parlait de ça, du fait que ce nouveau son « sera copié par bien trop d’artistes. » De laquelle il s’agit ?

« Where Did It Go ? », qui est déjà sortie. Je crois que ça fait référence à une phrase, qui était : « Writing the records your favorite band rips off in their records » (« écrivant les albums que ton groupe préféré copie dans ses albums »). Cette chanson est très ironique, elle a un côté humoristique. J’ai toujours aimé me moquer de moi, ainsi que de l’industrie musicale, dans les chansons, faire des choses plus légères, et de bien des façons, c’est exactement ça avec cette chanson. Mais c’est aussi vrai, dans le sens où si tu regardes une bonne partie des gros groupes qui existent – je parle au sein de la scène hard rock alternatif, celle du Warped Tour -, je peux exactement identifier qu’ils ont pris tel riff, telle mélodie, tel concept de… Je peux te dire exactement ma chanson où ils ont pris ça, te montrer la chanson et tu seras là : « Ouais, tu as complètement raison. » Comme je l’ai dit, c’est parfaitement naturel, tu entends quelque chose, tu l’aimes bien, alors tu voudras essayer de le faire. Mais ouais, c’est une approche ironique de la chose.

Peux-tu nous en dire plus sur votre collaboration avec Bingx sur la chanson « Empire » ?

C’est un gamin vraiment talentueux. Nous voulions mettre en lumière un artiste émergeant, et à nouveau faire quelque chose de différent, explorer ces nouvelles idées que Ben et moi avions. C’était une idée que Ben et moi avions à propos d’utiliser ce genre de mix spectral qui se fait, et à partir de là, ça a évolué et nous avons dit « allons parler à un mec qui fait du hip-hop, un rappeur pour lui proposer de collaborer sur une chanson. » Et en parlant à plein de gens, nous nous sommes retrouvés à travailler avec Bingx, et c’était vraiment une chouette expérience.

Avant que tu ne réintègres le groupe, tu t’es concentré sur We Are Harlot mais tu t’es aussi impliqué dans plusieurs projets et fait un album solo. Et je sais que ton album solo proposait une écriture plus profonde et personnelle de ta part. Comment tout ceci t’as fait grandir en tant qu’artiste et impacté ton travail avec Asking Alexandria ?

Ça m’a clairement aidé à mûrir en tant que compositeur. Evidemment, plus tu composes, meilleur tu deviens. Et avec The Long Road Home, je me suis tellement ouvert que ça m’a permis de trouver en moi de nouveaux outils pour dessiner. Ça nous a aussi aidé, car dès que j’avais fini avec The Long Road Home, j’ai commencé à travailler sur cet album d’Asking Alexandria, c’était donc une continuation pour moi. Il n’y avait pas de période de retour à cet état vulnérable, j’y étais déjà, donc c’est une histoire qui se poursuit. Si tu écoutes l’histoire de The Long Road Home et ensuite ce nouvel album d’Asking Alexandria, ils s’enchaînent naturellement en termes de contenu, car je les ai écrits exactement de la même façon. « Alone In A Room » parle littéralement de l’écriture de The Long Road Home. Donc cette chanson est une réflexion sur la conception de The Long Road Home, et ce que cet album a fait pour moi, et ensuite il part de là et va de l’avant. C’est donc une histoire continue. Et je pense que si je n’avais pas fait cet album de Harlot, je n’aurais pas pu me mettre dans un état d’esprit positif, où je pouvais affronter la conception de The Long Road Home – car c’était un album très difficile à faire. Et sans ça, je n’aurais absolument pas pu me mettre dans l’état d’esprit m’ayant permis de refaire Asking Alexandria, et je n’aurais pas pu grandir en tant que personne. Je n’aurais pas eu les outils que j’ai eus pour faire cet album. Et je ne peux qu’en être reconnaissant. Et maintenant, je viens de finir mon prochain album, et là encore il reprend là où l’album d’Asking Alexandria s’arrête, avec de la positivité et beaucoup de fun.

« On te fait comprendre que tu es invincible et que cette fête est là pour toi, qu’elle ne va jamais finir. […] Et avec le temps, les gens quittent la fête, et les seules personnes qui restent sont celles qui sont là pour de mauvaises raisons. Ça devient sombre, et tout d’un coup, tu le fais juste pour rester éveillé plutôt que pour t’amuser. »

A propos de ton album solo, tu as dit que ça t’as permis de « te débarrasser de démons que [tu] n’admettais même pas avoir. » Quels étaient ces démons, en fait ?

Ils étaient très personnels. Pour une bonne part ce sont juste des choses que j’avais enterré, que je n’étais jamais parvenu à affronter. Je pense que nous avons tous ce genre de choses, à divers niveaux, mais nous avons tous des choses inconfortables à affronter, et c’est effrayant, mais cet album m’a aidé à les affronter et les accepter.

Et est-ce que ça t’as permis d’ouvrir ton spectre émotionnel et devenir plus expressif en tant que chanteur ?

Clairement, oui.

Comment interpréter cette pochette d’album ? Qu’est-ce que cette clé représente ?

Nous avons passé en revue un paquet de titres différents pour l’album, et différents concepts. Cette illustration a en fait été réalisée par Sam Bettley, et dans la forme géométrique, chacun des cinq points représente l’un d’entre nous. Et ensemble, c’est Asking Alexandria. Avec ceci, sa clarté, et l’opacité de la voûte, ou la boite, représente où nous nous plaçons, nous avons tout laissé derrière nous, nous avons commencé avec une page blanche et ceci est un tout nouveau chapitre. La boite est vide maintenant. Avant, elle était pleine de conneries. Avant, elle était pleine d’émotions épouvantables, de sentiments réprimés, de colère les uns envers les autres, et toutes ces choses étaient toxiques, elles nous séparaient. Et avec cet album, nous avons lâché prise sur tout ça, et nous avons une boite vide avec laquelle recommencer. La clé est ce dont nous avons eu besoin depuis le début pour nous libérer en tant qu’artistes, et maintenant nous nous sommes débarrassé de toutes les conneries. Il ne nous reste plus que les choses qui importent, c’est-à-dire tout ce que nous avons et qui fonctionne, qui font de nous ce que nous sommes en tant qu’artistes et en tant que groupe. Il ne nous reste que le don, ou peu importe ce que c’est, qui fait que, quand nous sommes tous ensemble, la magie opère. Nous avons mis de côté toutes les conneries et sommes désormais dans le bon état d’esprit.

Ben a dit que, tout comme lui, tu es bien plus sain maintenant et ne bois plus vraiment. Est-ce que ça a été un problème dans le groupe par le passé ?

L’alcool ? Oui. Je ne veux pas parler à la place des autres gars et faire leur diagnostic, mais j’étais alcoolique, j’étais toxicomane et j’avais plein de problèmes. Et je pense qu’arrêter tout ça était la meilleure chose que j’ai jamais faite. J’ai de la chance d’être encore en vie. J’aurais dû mourir plein de fois, et j’ai été à l’article de la mort, je me suis retrouvé à attendre le jugement, sans penser que j’en reviendrais, et pourtant je suis toujours là. Donc je pense que ça a énormément joué pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui. Nous avons pris le côté rock n’ roll très au sérieux lorsque nous étions jeunes. Les gens oublient à quel point nous étions jeunes lorsque nous avons démarré. Nous étions des gamins, et on nous donnait tout cet argent, tout ce succès, et nous étions à la télé. C’est un environnement dangereux, car on te fait comprendre que tu es invincible et que cette fête est là pour toi, qu’elle ne va jamais finir. Donc tu deviens dingue, car rien ne peut mal aller. Si on t’arrête, des gens passeront un coup de téléphone et tout ira bien, car tu es putain de Worsnop ! Le monde t’appartient. Et avec le temps, les gens quittent la fête, et les seules personnes qui restent sont celles qui sont là pour de mauvaises raisons. Ça devient sombre, et tout d’un coup, tu le fais juste pour rester éveillé plutôt que pour t’amuser.

Tu as déclaré plus tôt cette année que son projet solo était ta priorité, toujours, et que ça ne t’intéresse pas de « devenir un membre légal » du groupe. On dirait que tu gardes encore un peu de distance entre toi et le groupe en tant qu’entité. Est-ce parce que tu es attaché à ta liberté, que tu ne veux pas être enchaîné à quoi que ce soit ?

Ce n’est pas que je ne veux pas être enchaîné à quoi que ce soit ; mais ça a effectivement à voir avec ma liberté. C’est qu’une fois qu’un contrat est en place… Et ce n’est pas que je suis inquiet que le groupe puisse empiéter sur cette liberté, mais c’est plus par rapport au business, les gens dans le business. Je ne veux pas qu’il y ait un contrat et ensuite je décide : « Oh, je vais faire un album le mois prochain, un album de swing, disons. Et après, je vais tourner un peu. » Et je ne veux pas qu’ils se retournent vers moi pour dire : « En fait, tu ne peux pas faire ça ! » Alors je demanderais : « Pourquoi ? » « Eh bien, l’album d’Asking Alexandria est sorti il y a tant de temps, et on ne veut pas que tu fasses un album parce qu’il se pourrait qu’on veuille mettre des choses en place, et bla bla bla, » et peu importe les raisons qu’ils pourraient avoir, ou même sans raison. Par le passé, il m’est arrivé de vouloir faire quelque chose et qu’on me dise de but en blanc que je n’avais pas le droit parce qu’ils ne veulent pas. Et pour moi, en tant qu’artiste, c’est paralysant. Si j’ai quelque chose en moi que je veux créer, j’ai tous les droits en tant qu’être humain de pouvoir le faire. Et si j’ai signé un contrat tel que maintenant c’est un homme en costard-cravate qui décide si j’ai le droit ou pas de le faire, il y a des chances qui s’il n’obtiendra pas un gros pécule grâce à ça, il ne me laissera pas le faire. Et alors, tout d’un coup, je retombe dans cette spirale infernale où je suis déprimé et j’ai l’impression de ne rien pouvoir faire, et en tant qu’artiste je suis enchaîné, et ça me tue. Et en tant que toxicomane, c’est une situation dangereuse pour moi. Donc je veux toujours m’assurer que je peux faire tout ce que je pourrais vouloir faire musicalement et artistiquement car c’est qui je suis. C’est ce que je suis et ce que je fais. C’est un cauchemar, c’est le sentiment le plus horrible qui soit de ne pas pouvoir sortir ce qu’on a en soi quand c’est ce qu’on fait dans la vie.

« Par le passé, il m’est arrivé de vouloir faire quelque chose et qu’on me dise de but en blanc que je n’avais pas le droit parce qu’ils ne veulent pas. Et pour moi, en tant qu’artiste, c’est paralysant. Si j’ai quelque chose en moi que je veux créer, j’ai tous les droits en tant qu’être humain de pouvoir le faire. »

Comment les autres ont-ils reçu le fait que tu ne veux pas faire d’Asking Alexandria ta priorité ?

Ce n’est pas une question de prioriser quoi que ce soit par rapport à autre chose. C’est sorti de son contexte. Je structure mon temps en divisant les choses. Là tout de suite, je suis en mode Asking Alexandria. Nous préparons l’album et partons sur les routes. A la fin février, tout le travail sera terminé. Il y aura encore des concerts, mais tout le travail sera fait. Donc je vais éteindre le mode Asking Alexandria. Je vais évidemment continuer à donner des concerts et partir en tournée, mais je ne ferais plus de travail lié à Asking Alexandria, car il n’y aura plus rien à faire. Alors je préparerais mon prochain album. Donc je serais tous les jours au téléphone à parler de mon album à la presse, à être à fond sur l’album sur internet, à faire des radios pour l’album, etc. Et une fois que ça sera fait, je ferai quelques films. Donc je serai en mode film. Je ne ferai pas de promo pour des albums ; durant cette période, je ne partirai même pas en tournée, car je serai sur un plateau de tournage et je ne ferai que ça. Et puis entre tout ça, disons que la tournée est finie, j’ai deux semaines de libre, alors je changerai de mode et je parlerai à des artistes tous les jours, j’irai à des conventions pour trouver de nouveaux clients. Je délègue mon temps afin de pouvoir me consacrer à 100% à chaque chose. La citation, quelle qu’elle fût, qui est sortie à propos du fait que mon travail en solo est ma priorité, c’est juste que c’est ce qui m’est le plus cher. C’est le plus personnel, c’est moi tout seul avec une guitare dans une pièce, en train d’écrire des chansons qui parlent de moi. On ne peut pas faire plus personnel que ça. Donc il est évident que je serais toujours plus attaché émotionnellement à ça qu’à quoi que ce soit d’autre que je fais. Car même avec Asking Alexandria, c’est moi et Ben qui écrivons les chansons. C’est en partie moi et en partie Ben, donc il y a un paquet de trucs là-dedans qui viennent de lui. Ce qui est super, il n’y a absolument rien de mal à ça, et je n’ai vraiment aucune raison de m’en plaindre. Mais dès qu’il s’agit de mon projet solo, ce n’est que moi, c’est tellement personnel et pour pour moi que ça sera toujours la chose la plus proche de mon cœur, car c’est moi, c’est mon bébé.

Tu as dit être ouvert à chanter des chansons de The Black mais que ce sont les autres gars dans le groupe qui ont décidé qu’ils ne voulaient pas. Sais-tu pourquoi ? En avez-vous discuté ?

Non, et je m’en fiche. Pour ma part, ce qui s’est passé n’est pas mes oignons. Je ne sais pas ce qui s’est passé entre eux et l’autre gars. Je n’en sais rien. Ça ne me regarde pas, ce n’est pas à moi de savoir, ce n’est pas à moi de dire. Lorsque nous avons fait cette première tournée, je leur ai demandé s’il y avait quoi que ce soit que je devais savoir ou quoi que ce soit que je devais apprendre à chanter, et ils ont dit qu’ils ne voulaient rien chanter issu de cet album, donc nous en sommes restés là.

Peux-tu nous donner des nouvelles de tes autres projets, tes prochains albums de We Are Halot et ton projet solo ?

Je suis en train de mixer mon prochain album en ce moment-même. Il s’appelle 2020. Je vise une sortie pour la fin du printemps. Et ensuite, pour ce qui est de Harlot, j’ai un peu composé avec Jeff George. Il n’y a rien de planifié pour l’instant, nous sommes tous très occupés, mais probablement que dans le futur, quand nos emplois du temps se libèreront, nous ferons un autre album de Harlot. J’ai deux nouveaux films dans les tuyaux. Je ne peux pas trop en dire à leur sujet, mais ils arrivent. Quoi d’autre ? Sans doute un paquet d’autres trucs que j’oublie.

Interview réalisée par téléphone le 28 novembre 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Julien Morel.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Asking Alexandria : www.askingalexandria.com.

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