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Interview   

Asylum Pyre : l’esprit fait la différence


Johann Cadot - Asylum PyreLe respect de la différence est un des thèmes et combats centraux dans les textes d’Asylum Pyre. Ce nouvel album Spirited Away, référence à l’œuvre du réalisateur de films d’animation Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, etc.), n’y fait pas exception, avec notamment, un texte sur l’autisme, qui est encore aujourd’hui sujet à beaucoup d’idées reçues.

Mais plus généralement, ce sont les thématiques liées à l’esprit, le cerveau, l’âme et tout ce qui attrait à ces notions qui caractérisent le troisième opus des Parisiens. Un album dont un clip vidéo pour la chanson « Only Your Soul » a, par ailleurs, été extrait suite à une campagne de financement participatif couronnée de succès.

Nous avons parlé de ces différents thèmes et de leur relation avec la musique du groupe avec le guitariste Johann Cadot, qui nous avoue se poser toujours énormément de questions, parfois même un peu trop…

Asylum Pyre - Spirited Away

« Depuis le début du groupe, ce qu’on veut faire, c’est casser des clichés. […] On veut au moins ouvrir le débat et faire rendre compte aux gens qu’on ne peut pas faire rentrer tout le monde dans des cases. »

Radio Metal : Votre nouvel album Spirited Away a été enregistré au MII Recoridng Studio avec Didier Chesneau (Headline) qui a d’ailleurs enregistré des solos de guitare sur le disque. Est-ce que tu peux nous décrire cette relation de confiance que vous semblez avoir noué avec lui ?

Johann Cadot (guitare, chant) : L’album précédent déjà, avait été fait avec lui. Et puis il s’est toujours un peu intéressé à l’évolution du groupe, ce qu’on a pu faire en concert, et on a échangé sur les morceaux futurs, on les lui a fait écouter, etc. Donc on est allé travailler avec lui pour ce nouvel album. Et puis, il s’est avéré que notre guitariste (Hervé Schiltz, NDLR) a dû quitter le groupe, et comme on avait un autre guitariste de talent sous la main, qui est quelqu’un avec qui humainement ça passe bien, qui est très bon techniquement et qui aime notre musique, c’est comme ça qu’il s’est investi là-dedans et qu’il a même participé aux arrangements. Finalement, ça a été presque naturel à un certain moment de profiter de cette opportunité d’avoir un excellent soliste avec nous pour faire ça. Aujourd’hui, on travaille ensemble et on est devenus amis en plus.

Le thème qui revient dans l’album, c’est l’âme, l’esprit, le cerveau. Qu’est-ce qui vous a poussé à explorer cette thématique ?

Un des premiers trucs qui est venu dans l’album, c’est le titre. Souvent les groupes choisissent ça en dernier mais nous, ça a été un des premiers trucs qu’on a trouvé. Ça vient d’Hayao Miyazaki et l’un de ses films, Le Voyage De Chihiro, qui en anglais s’appelle Spirited Away, et on s’est dit que c’était un super nom d’album et en même temps un clin d’œil à cet artiste qu’on apprécie énormément. Et donc, dans Spirited Away, il y a le terme « spirit », qui correspondait à des ébauches de textes qu’on avait déjà. Du coup, on s’est dit pourquoi ne pas développer toute cette thématique à travers l’album. Sachant qu’on est loin d’avoir tout couvert, mais effectivement tous les thèmes qui peuvent toucher de près ou de loin, comme tu l’as dit, à l’âme, au cerveau, à l’esprit, à la fin de vie avec le départ de l’âme, au syndrome post traumatique, à l’autisme, à la schizophrénie, à l’héritage spirituel et toutes ces choses-là.

Comme tu l’as dit, le titre a été trouvé en premier. Est-ce qu’avoir ce titre et ce thème qui en a découlé a défini l’orientation musicale de l’album ?

Pas forcément l’orientation musicale complète de l’album. Maintenant, à chaque fois qu’un titre naît d’une idée musicale ou d’une idée de texte, en fait, les deux vont s’influencer dans la structure des morceaux, dans certains passages, certaines atmosphères qu’on va vouloir faire ressortir. Ca interagit. Après, pour autant, est-ce que c’est ça qui a donné la couleur globale du disque, je ne saurais pas le dire.

Tu as mentionné le Voyage De Chihiro qui a inspiré le titre de l’album. Apparemment, c’est un film qui vous a marqué. Est-ce que tu peux nous parler du rapport que vous avez avec ce film et son créateur ?

C’est un film d’animation et c’est un des premiers films de ce type-là que j’ai vu. Il y a une réelle poésie, beaucoup de métaphores, beaucoup de choses liées au rêve et aussi à l’écologie qui est un thème de prédilection. C’est ça qui nous a beaucoup touché, cette délicatesse et intelligence développé par Miyazaki dans ses films et cette inventivité dans les personnages. Les caractères et les blessures de ces personnages sont des choses qui nous ont touchés. Du coup, la chanson « Spirited Away » est un vrai hommage à ses films, avec des références à différents dessins animés. Et son intro « In Hayao’s Arms », « dans les bras d’Hayao », est un clin d’œil musical au Voyage De Chihiro.

Le thème de la chanson « At My Door » est l’autisme et vous avez d’ailleurs soumis ce texte à des autistes. En France il y a encore énormément de confusion et de cliché de la part des gens par rapport à ce qu’est l’autisme. Est-ce que, pour cette raison, c’était important pour vous d’utiliser votre statut de musicien pour casser ces clichés ?

Oui, depuis le début du groupe, ce qu’on veut faire, c’est justement casser des clichés. C’était même dans notre descriptif du groupe pendant très longtemps, peut-être même encore maintenant ; que ce soit les clichés musicaux ou bien les clichés thématiques. Et donc effectivement, sur l’autisme, il y a beaucoup de clichés, d’idées réductrices, etc. J’ai vu un autiste qui s’appelle Josef Schovanec parler dans une émission à la télé. Cet homme était vraiment impressionnant. C’est quelqu’un qui est autiste Asperger, qui est une forme d’autisme où le cerveau est extrêmement puissant, et ça m’avait fasciné. Après, il y a d’autres formes d’autisme. Ça m’a donné envie de creuser ce sujet et de partager ces thèmes qui sont rarement abordés, et d’être respectueux aussi auprès de ces gens qui ont ce syndrome. J’ai vraiment tenu à le faire valider par des gens qui dans leur famille ont des autistes voire des autistes eux-mêmes, pour être sûr de ne pas raconter n’importe quoi.

Asylum Pyre 2015

« C’est ça qui me ‘drive’ moi, aujourd’hui, les hauts, les bas et les évolutions de mon esprit, de ce qu’il a envie de dire, de faire, de transparaître, parfois de façon un peu trop envahissante. »

La plupart des professionnels qui traitent de l’autisme et qui travaillent avec des autistes ont tendance à dire qu’on ne peut pas vraiment connaître l’autisme – ce n’est pas parce qu’on connait un autiste qu’on sait ce qu’est l’autisme. Chaque autisme est vraiment spécifique et très personnel. Du coup, comme il est impossible de faire de vraies généralités sur l’autisme, comment est-ce qu’on peut traiter d’un thème comme ça ?

Disons qu’on ne donne pas de solutions ou de choses très précises. On a essayé justement de rendre compte de cette variété. Il y a un passage qui dit : « Parfois je suis comme ça, parfois je suis comme ci, » justement pour rendre compte de cette variété. Dans les premières phrases chantées de l’album on parle d’ « un état encore très peu connu par la science et par nous tous. » On n’a pas la prétention de vouloir tout dire là-dessus mais sur beaucoup de sujets, on veut éviter les généralités et les statuts bien arrêtés. On veut au moins ouvrir le débat et faire rendre compte aux gens qu’on ne peut pas faire rentrer tout le monde dans des cases.

Il y a beaucoup de références, dans votre carrière, à la spiritualité. Du coup, quel est votre rapport à la spiritualité ?

On est des gens qui se posent beaucoup de questions ! [Rires] Notre esprit, c’est lui qui capture toutes nos interrogations, nos faiblesses, nos craintes, nos peurs et les messages qu’on veut faire passer. Il y a les questions qu’on peut se poser par rapport à la religion, par exemple, sur l’album précédent, sur le titre « Fifty Years Later ». C’est ça qui me « drive » moi, aujourd’hui, les hauts, les bas et les évolutions de mon esprit, de ce qu’il a envie de dire, de faire, de transparaître, parfois de façon un peu trop envahissante, comme on en parle sur le titre « Unplug My Brain » : on a envie de temps en temps de ne penser à rien et juste se laisser aller.

Votre nom de groupe est assez parlant et suggère que ceux qui sont différents sont brûlés. Est-ce que ce rejet de la différence est quelque chose que vous avez vécu ou dont vous avez souffert, que ce soit personnellement ou juste en tant que groupe de metal ?

Oui, ce sont des choses dont on peut souffrir par moment, de part certains choix. Ne serait-ce que par le type de musique qu’on fait aujourd’hui, qui est quelque chose de pas forcément très bien vu, en tout cas pas en France, c’est très peu connu. Donc cette différence est déjà là par rapport au paysage musical global, et même par rapport au paysage metal français qui est plus basé sur l’extrême. On est quand même relativement différents de cette scène extrême. Donc, là-dessus, il y a une différence de laquelle on peut « souffrir » ou, en tout cas, c’est quelque chose dont on va nous parler. Après, personnellement, j’ai toujours été attiré par les gens différents, des gens qui avaient quelque chose de particulier à dire. Parfois, l’état d’esprit écologique qu’on a eu très tôt, et même bien avant de faire le premier album, une certaine réflexion sur le monde, a fait qu’il y avait une sorte de différence avec l’ensemble des gens qui finalement se posaient peut-être un peu moins de questions. Et effectivement, il y a certainement eu à un moment donné une certaine souffrance lié à un rejet ou une exclusion par rapport à ça.

En parallèle de la sortie de l’album, vous avez sorti une version acoustique de « Laughing With The Stars », vous en avez même fait un clip. Pourquoi cette démarche de faire un clip pour un morceau qui n’est pas dans cet album et pourquoi en acoustique ?

« Laughing With The Stars », c’est un morceau du premier album qui est l’un des plus marquants et qu’on joue encore. On a quand même été un peu absent du devant de la scène pendant quelques temps, donc on voulait faire un petit « coucou », on va dire, et en même temps, ça servait de cadeau aux gens qui nous ont aidés dans la campagne de crowdfunding. On s’est dit que leur offrir un petit clip serait sympa. Après, le faire en acoustique et l’enregistrer avec Chaos Heidi (la chanteuse du groupe qui est arrivée sur le second album, NDLR), c’était pour montrer qu’on peut adapter ce morceau différemment et que dans cette version-là, il sonne différemment mais bien aussi. Et puis, on va peut-être dans le futur développer certains shows en acoustique, donc ça peut être une introduction à ça.

Comme tu l’as mentionné, vous avez eu recours à une campagne de financement participatif pour réaliser le clip de la chanson « Only Your Soul ». Est-ce qu’à l’heure où les gens achètent moins de disques, tu penses que ce système, qui est de plus en plus populaire auprès des groupes, est un moyen d’impliquer un peu plus l’auditeur ?

Peut-être, oui. Ça permet de fédérer des gens autour de la musique d’une autre manière que l’achat du CD. C’est vrai qu’aujourd’hui avec l’effondrement du marché du disque, les financements sont beaucoup plus difficiles à obtenir auprès des labels ou autre structures. Donc faire ça aujourd’hui te permet d’avoir d’autres moyens de financements et, effectivement, d’impliquer les gens dans un processus créatif. En tout cas, c’est aussi ce qu’on a essayé de faire. Parce que lorsqu’on a fait ça, c’était parce qu’on voulait faire un clip qui ne soit pas juste un clip basique mais faire quelque chose qui puisse raconter une histoire, quelque chose qui ait du sens et ait une valeur artistique ajoutée. Notre démarche, ce n’était pas juste « on est en galère, aidez-nous », c’était « venez nous aider à créer un élément artistique supplémentaire avec une vraie valeur ajoutée. »

Du coup, les gens peuvent se poser la question : quand l’objectif du financement est dépassé et que vous avez de l’argent en « trop », à quoi sert-il ? Comment est-il dépensé ?

Lorsqu’on a fait le descriptif du financement du clip, il n’y avait pas seulement ça, il y avait aussi le financement de la réalisation des contreparties pour les gens. Par exemple, la réalisation de T-Shirts, de médiators ou de badges. Après, s’il y a un peu d’argent en plus, ça peut permettre de faire d’autres éléments de merchandising ou pour le clip. Nous, on a eu un petit peu plus mais on ne s’en ait pas servi pour partir en vacances ! Ça a été intégré dans le clip et dans le groupe.

Interview réalisée par téléphone le 2 octobre 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Site officiel d’Asylum Pyre : www.asylumpyre.com.



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