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Interview   

At The Gates ouvre les perspectives


At The Gates a beau faire partie du cercle restreint des pionniers du death metal mélodique, il est bien plus que ça, puisque dès son premier album The Red In The Sky Is Ours, il a essayé de dépasser son genre musical et de s’inspirer du rock progressif, de la musique classique ou du jazz. Seulement, en 1992 les musiciens venaient tout juste se mettre à la pratique de leurs instruments et leur ambition artistique dépassait largement leurs aptitudes. Trente ans plus tard, At The Gates a connu le succès avec l’album Slaughter Of The Soul (1995), une séparation, un retour avec At War With Reality (2014), confirmé quatre ans plus tard par To Drink From The Night Itself (2018). Surtout, At The Gates a maintenant les moyens de ses ambitions et a réalisé, notamment grâce à sa prestation au Roadburn Festival en 2019, qu’il n’avait aucune contrainte artistique.

The Nightmare Of Being est le résultat de cette progression et introspection : un album de death metal mélodique, certes, mais enrichi d’une multitude d’influences, d’arrangements et de structures progressives. Et l’influence n’est pas seulement musicale, puisque pour alimenter le concept de l’album, le groupe a de nouveau puisé dans la littérature et plus particulièrement celle de la philosophie pessimiste. The Nightmare Of Being offre donc de multiples dimensions à explorer et c’est ce dont nous parlons ci-après – parmi d’autres sujets – avec le chanteur Tomas Lindberg et le bassiste Jonas Björler qui confirme sa position de compositeur principal.

« Oui, nous pouvons composer dix albums comme Slaughter Of The Soul en une semaine si nous le voulons, mais est-ce que nous trouverions ça intéressant ? Non. »

Radio Metal : Tomas, tu as été le curateur du Roadburn Festival en 2019 et le groupe y a joué un set spécial. Ça s’est passé alors que vous étiez à la moitié du processus de composition de The Nightmare Of Being. Comment était cette expérience et comment a-t-elle impacté le reste du processus de composition ?

Tomas Lindberg (chant) : Tous ceux qui connaissent le Roadburn Festival savent que Walter [Hoeijmakers] a une grande vision de ce qu’il veut. Nous avons beaucoup discuté lui et moi. Il n’a eu aucune objection sur mes choix de groupe, que ce soit les musiques très noise ou des trucs vraiment étranges, mais la question principale était de savoir si At The Gates allait jouer ou pas, car nous ne sommes pas ce qu’on pourrait appeler un groupe typique pour le Roadburn, sauf que nos influences collectives et nos goûts correspondent au Roadburn. Nous avons donc échangé : pouvions-nous créer une setlist capable d’illustrer ça et qui serait en phase avec le côté musical aventureux du festival ? C’était assurément un défi. Il y avait plein de choses différentes. Il y avait des quatuors à cordes, des invités parmi nos artistes préférés, etc.

Jonas Björler (basse) : Il y a eu des soucis techniques dont nous n’avions pas conscience avant, comme le volume sonore des cordes. C’est très dur de faire en sorte que les niveaux sonores soient comme il faut sur scène quand il y a des guitares saturées et tout. C’était un peu le bazar, mais autrement, je pense que le concert s’est très bien passé. Je veux dire qu’il y avait plus de logistique que nous n’en avions l’habitude et, bien sûr, la production était plus importante. Nous avions dans les quinze personnes sur scène, ou au moins douze. C’était très difficile à faire, mais très amusant aussi.

Tomas : Nous aimons les défis, c’est ce qui nous motive ! A un moment donné, j’étais sur le côté de la scène pendant que Jesper Jarold, le violoniste qui apparaît sur le premier album d’At The Gates et qui jouait une intro sur des pédales d’effets pour guitare, et le reste du groupe entamaient la reprise de King Crimson, et je me disais : « D’accord, c’est bon. Maintenant, si les gens peuvent avaler ça de la part d’At The Gates, on peut faire tout ce qu’on veut ! » J’ai un peu perdu le fil chronologique du processus de composition, je ne sais pas exactement où nous en étions à ce moment-là, mais je sais que nous avions commencé et que le concept était déjà en place, et le fait d’avoir réussi cette prestation nous a donné le courage et la confiance pour continuer et aller encore plus loin dans la direction progressive tout en utilisant différentes orchestrations, différents arrangements de chansons, etc. Ça nous a fait réaliser que c’était vrai, ce groupe n’a pas de limites et ça nous a beaucoup inspirés. Nous savions que nous serions capables de concrétiser notre vision de la bonne manière. Ça a été une révélation. C’était une question de confiance. Ces influences que vous entendez dans cet album ont toujours été là et les fervents auditeurs d’At The Gates les reconnaîtront immédiatement. Nous avons essayé de les mettre en pratique auparavant sur nos premiers albums quand nous avions la vingtaine, mais je suppose que la maturité apporte une bedaine mais aussi des connaissances et de l’humilité. C’est enfin maintenant, grâce à la maturité du groupe, que nous avons été capables de les concevoir comme nous le voulions et d’aller jusqu’au bout de notre idée avec un concept. L’expérience du Roadburn n’est pas quelque chose qui nous a changés, elle nous a plutôt incités à oser devenir ce qui était déjà là, mais de manière plus entière, j’imagine.

The Nightmare Of Being est clairement votre album le plus audacieux à ce jour. On y retrouve des passages très progressifs, comme « Garden Of Cyrus » qui est influencé par King Crimson ou « The Fall Into Time ». On retrouve aussi des influences krautrock dans « Cosmic Pessimism ». A quel point avez-vous dû collectivement repenser et remettre en question vos habitudes de musiciens pour créer cet album ?

Jonas : J’ai toujours été influencé par la musique progressive des années 70. C’était déjà une inspiration au début d’At The Gates en 91, mais je pense que la maîtrise musicale n’était pas encore là pour pouvoir transmettre toutes les idées que nous avions en tête. Aujourd’hui, nous sommes des musiciens plus confiants, donc nous pouvons facilement faire ce que nous voulons. Pour ma part, j’ai plus de facilités à composer ce genre de chanson, car c’est mon influence principale. Je n’écoute presque pas de metal. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus dur pour moi de composer une chanson de metal – c’est intéressant.

Tomas : Ça fait partie de notre ADN, pour ainsi dire. Oui, nous pouvons composer dix albums comme Slaughter Of The Soul en une semaine si nous le voulons, mais est-ce que nous trouverions ça intéressant ? Non. Est-ce que ce serait intéressant pour l’auditeur ? Peut-être. Comme l’a dit Jonas, quand nous avons commencé à écouter tous ces groupes, c’était parce qu’ils étaient différents ; ils étaient aussi différents que l’était le death metal. Les groupes comme Tangerine Dream, King Crimson, Goblin, etc. étaient fascinants. Au début de notre carrière, ça venait presque plus d’une arrogance juvénile et naïve. Nous pensions pouvoir jouer ce genre de chose, alors que nous venions à peine d’apprendre à jouer de la guitare un an plus tôt. Aujourd’hui, nous savons aussi beaucoup mieux ce qu’est At The Gates. Donc nous sommes plus confiants dans notre rôle en tant que compositeurs d’At The Gates. Nous pouvons aller plus loin sans perdre l’identité du groupe, sans le trahir, pour ainsi dire.

« Les groupes comme Tangerine Dream, King Crimson, Goblin, etc. étaient fascinants. Au début de notre carrière, ça venait presque plus d’une arrogance juvénile et naïve. Nous pensions pouvoir jouer ce genre de chose, alors que nous venions à peine d’apprendre à jouer de la guitare un an plus tôt. »

Même ton chant prend de nouvelles formes sur des chansons comme « The Nightmare Of Being », « Garden Of Cyrus » et « Cosmic Pessimism »…

Tomas : Cet album était le plus difficile parmi tous ceux que nous avons faits sur le plan vocal, car chaque chanson allait dans une direction différente émotionnellement parlant et en termes d’expression. Je ne pouvais pas juste y aller et faire le même chant sur tout l’album. Ça n’aurait pas rendu justice à la musique. Il a fallu beaucoup plus d’efforts pour savoir quelle hauteur utiliser sur certaines chansons, quelles parties seraient écrites plus comme de la poésie qui nécessiterait d’être parlées, etc. Bien sûr, on peut entendre l’évolution des musiciens, mais le chant suit également un peu cette évolution. Evidemment, nous sommes un groupe de death metal, donc il y aura toujours du chant death metal dans ce groupe.

« Garden Of Cyrus » comprend un solo de saxophone d’Anders Gabrielson. On a entendu du saxophone dans pas mal d’albums de metal ces dernières années, comme chez Ihsahn, The Faceless, Ghost, etc. Comment expliquer que cet instrument ait autant de succès dans le metal actuellement, et en particulier dans le metal extrême ?

Jonas : Je ne sais pas exactement, mais nous avons aussi beaucoup écouté du jazz ; j’aime le jazz atmosphérique et très mélancolique. Encore une fois, King Crimson est un de nos groupes préférés, en particulier l’album Red. On y trouve le morceau « Starless » où il y a du saxophone au début en conjonction avec le chant, c’est parfait. Essayer de faire quelque chose dans cette veine était probablement l’idée principale, afin d’ajouter de la couleur à la chanson avant le second couplet. Le saxophone va bien avec le son global. C’est un plus sympa. Avec le mode mixolydien et la tonalité de la chanson, ça colle parfaitement.

Tomas : C’est aussi la première fois que nous travaillions avec de la musique improvisée dans le cadre du groupe. Le metal est une forme de musique très rigoureuse et structurée. C’est aussi une idée intéressante de mettre une partie improvisée là-dessus. Nous sommes curieux, nous voulons voir ce qui se passe. En ce sens, nous sommes aventureux. Nous ne voulons pas faire de surplace. Encore une fois, comme l’a dit Jonas, nous écoutons beaucoup de jazz. Parfois, je peux emprunter un phrasé rythmique à un solo de saxophone que j’ai entendu, mais là c’est la première fois que nous montrons clairement cette influence. Evidemment, on ne peut pas le balancer sur n’importe quoi, il faut que la partie ait été composée pour. De même, les instruments ont des voix émotionnelles un peu différentes. Par exemple, la flûte solitaire sur « Touched By The White Hands Of Death » : l’aspect émotionnel mélancolique est accentué ainsi joué avec ce type d’instrument. Si ça avait été joué à la guitare électrique avec exactement les mêmes notes, l’impact n’aurait pas été le même. Nous cherchons à avoir plus souvent ce genre d’approche avec le son, donc il faut parfois avoir recours à d’autres instruments pour certaines parties. Ça fait maintenant un petit moment que Jonas travaille avec des instrumentations orchestrales et il est très bon dans ce domaine. Donc pourquoi ne pas utiliser ça davantage ?

Jonas : Il se pourrait même que nous soyons le premier groupe à utiliser un tuba, mais je n’en suis pas sûr, peut-être que ça a déjà été fait. Cadaver, le groupe norvégien, n’ont-ils pas du tuba sur une chanson ? Donc si, ça a été fait. Tout a déjà été fait !

Justement, Jonas, tu as toi-même composé les parties orchestrales sur des chansons comme « Touched By The White Hands Of Death » et « The Fall Into Flame ». Comment un bassiste de death metal est-il parvenu à avoir cette maîtrise de la composition classique ?

Jonas : Je ne me qualifierais pas d’expert en la matière, mais j’aime essayer différentes idées. Ça fait plus de trente ans que j’écoute de la musique classique. Je m’intéresse principalement à la musique contemporaine, surtout les compositeurs russes, comme Prokofiev, Chostakovitch, Stravinsky, etc. mais aussi des compositeurs américains modernes comme Philip Glass. Et mon grand-père était violoniste dans un orchestre symphonique. Nous avons été initiés très tôt à la musique. J’ai même essayé de jouer du violon mais c’est un instrument très difficile, ce n’est pas pour moi. J’ai toujours eu du mal à obtenir un son propre avec, ça grinçait tout le temps [rires]. Mais il nous faisait écouter des albums et nous expliquait comment composer pour des orchestres quand nous avions six ans. Il voulait que nous apprenions ça. Donc l’influence était là très tôt, mais je n’ai pas suivi de formation musicale à cet égard. Je me fie à ce qui sonne bien.

Tomas : D’une certaine façon, c’était intéressant avec le saxophoniste. Comme tu le dis, nous composons ce qui sonne bien et procure de l’émotion, mais une personne comme lui est super instruite en musique. Il était là : « Oh, vous êtes allés sur cet accord ? Comment est-ce que… ? D’accord. » Nous ne pouvons pas l’expliquer !

« On a tout un tas de mécanismes de défense pour supporter la réalité, et l’art est notre mécanisme de défense. »

Jonas : Oui, mais en jazz, on peut faire ce qu’on veut, mais je vois ce que tu veux dire : « Oh vraiment ? C’est un Do lydien ici ? Pourquoi allez-vous de cette note à celle-là ? » « Je ne sais pas. Ça sonne étrange et ça sonne bien » [rires]. Nous n’avons pas été formés à la théorie musicale, nous faisons à l’oreille et optons pour ce qui sonne bien. En revanche, ce qui est dur avec les instruments classiques, c’est qu’il faut connaître la tessiture de chacun d’entre eux. Si tu composes des parties, il se peut que les musiciens ne puissent même pas les jouer parce que c’est trop bas ou trop haut pour leur tessiture. Ça s’apprend. De même, j’ai eu de l’aide pour transcrire toutes les notes. Le violoncelliste m’a beaucoup aidé ; chapeau à lui. Mais j’écoutais beaucoup de musique classique au début du groupe aussi. Je dirais que nous étions déjà novateurs avec les harmonies, les guitares qui jouaient différentes choses, etc. Ce sont des aspects qu’At The Gates avait déjà en 91 ou 92.

Tomas : Ça venait aussi en partie de l’inspiration d’Alf [Svensson], car il était beaucoup plus vieux que nous à l’époque. Maintenant, la différence d’âge n’est pas énorme, mais quand nous étions adolescents, ça faisait une grande différence. Nous venions tout juste d’apprendre à jouer, alors que lui jouait depuis un moment et il avait des idées vraiment bizarres. Ça a donc tout de suite déteint sur nous. En ce sens, il est toujours un peu avec nous, dans notre tête. Il continue d’avoir une grande influence sur ce que nous faisons.

Jonas, ton frère jumeau, Anders, a quitté le groupe en 2017, a peu près un an avant la sortie de To Drink From The Night Itself. Généralement, les gens le voyaient comme le compositeur principal du groupe, pourtant tu as beaucoup composé dans le passé aussi…

Jonas : Quand Anders était dans le groupe, il était quand même probablement le compositeur principal, même si j’aidais. J’ai probablement composé quelque chose comme trente ou quarante pour cent d’At War With Reality.

Tomas : Anders disait toujours que tu composais les meilleures parties.

Jonas : Oui, mais il en a rejeté quelques-unes aussi [petits rires].

Tomas : Sur At War With Reality, c’était principalement Anders et moi qui travaillions sur les arrangements des chansons, et nous intégrions pas mal de parties et de riffs de Jonas. En passant sur To Drink From The Night Itself, les arrangements ont dû pour la première fois être faits par Jonas et moi, en collaboration. En fait, en tout cas pour ma part, ça s’est vraiment passé sans problème. Evidemment, Jonas a dû beaucoup bosser.

Jonas : Il y avait une personne de moins pour interférer [rires]. Pas que j’ai quoi que ce soit de mal à dire sur Anders, mais plus il y a de gens impliqués, plus ça prend de temps. Il faut que ça passe par tout le monde, qu’on obtienne les retours et ça prend plus de temps.

Tu dis donc que prendre les rênes de la composition sans ton frère était en fait libérateur plus que ça n’a été intimidant ?

Jonas : Je dirais que c’était les deux, intimidant et libérateur. Il est clair que j’ai pris confiance en faisant To Drink, j’ai découvert que j’étais capable de faire ça seul, et j’aime être totalement libre de faire ce que je veux, mais c’est aussi sympa d’avoir quelqu’un avec qui échanger des idées. Tomas est super, mais Anders est un frère jumeau, donc nous avons un autre type de connexion musicale. Je pense que cet aspect manque maintenant, mais les autres gars dans le groupe aident beaucoup avec leurs retours.

Tomas : Evidemment tout passe par le filtre du groupe maintenant. Ils doivent valider.

« Je ne sais pas si le monde est devenu plus pessimiste. Il y a plus de souffrance parce que les gens – désolé de dire ça – sont assez stupides pour continuer à être optimistes [rires]. S’ils étaient pessimistes, ils ne verraient pas autant de souffrance et ils ne se plaindraient pas autant. »

Jonas Stålhammar – qui a rejoint le groupe en 2017, et même si c’était déjà un peu le cas d’Anders – est très porté sur la musique progressive. Donc ça colle parfaitement avec la direction que vous prenez avec The Nightmare Of Being…

Jonas : C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles nous l’avons choisi pour être le guitariste lead, parce qu’il s’intéresse au même type de musique que nous et aussi parce que c’est un ami proche. Lui et moi, nous aimons exactement les mêmes groupes des années 70, donc c’est très facile et il m’envoie des suggestions de groupes que je pourrais aimer. J’ai fait les gabarits des leads de guitare et ensuite Jonas les a améliorés en apportant ses propres idées. Il a composé le solo de « The Paradox » et il m’a aussi aidé sur plein d’autres choses, mais ces gabarits étaient déjà là. Nous avons perfectionné le son de guitare et il a aussi contribué à ça, en utilisant des pédales vintage, années 70, très old school et ce genre de chose, surtout sur « Garden Of Cyrus » et « Cosmic Pessimism ».

Tomas : Je pense aussi que l’arrivée de Stålhammar dans le groupe nous a revigorés en tant que musiciens, tout le monde est passé à la vitesse supérieure. Je ne veux évidemment pas dénigrer Anders, pas du tout, mais il serait le premier à dire qu’il en avait marre d’être sur la route et le fait d’avoir quelqu’un qui est encore plus excité que nous de jouer en live et d’être dans un groupe, c’était une vraie bénédiction pour nous. Mais pour ce qui est de l’aspect progressif, c’est principalement son style de jeu et ce avec quoi il est à l’aise, ainsi que les influences qu’il apporte à Jonas. Il a influencé l’album, même si Jonas Björler a composé ce qu’on entend. Chaque membre du groupe est présent. De même, Jonas compose pour chacun des musiciens. Il a Martin en tête, par exemple, quand il compose les grosses guitares rythmiques, il sait que Martin saura les jouer. Il compose toujours avec le groupe en tête.

Jonas : Sur cet album, en gros, c’est moi qui ai tout fait, mais je trouve que c’est plus amusant quand on implique tout le groupe et c’est pourquoi Jonas et Martin aideront dans le futur, pour le prochain album. Ils ont déjà envoyé des idées. Ça prend davantage la direction d’une collaboration pour la prochaine fois.

Comment te comparerais-tu à ton frère en tant que compositeur ?

Jonas : Nous composons presque le même genre de riffs, mais peut-être que nous les arrangeons différemment, car chaque personne a sa propre manière de penser, et nous n’avons pas non plus exactement les mêmes goûts en musique. Il pouvait arriver que je lui envoie un riff et il disait que ça ne valait rien [petits rires]. Nous avons des idées différentes en matière d’arrangements, mais pour ce qui est de créer de la musique, nous avons des idées similaires. En termes de personnalité, nous nous sommes séparés quand nous avions dix-sept ans. J’ai pris un appartement et j’ai déménagé avec ma petite amie. Ça fait quinze ans que nous n’avons pas vécu ensemble ou même dans la même ville. C’est pourquoi nous nous sommes éloignés et avons des personnalités un petit peu différentes, mais nous restons les meilleurs amis.

On dirait qu’Anders a toujours eu une relation d’amour/haine avec le metal, vu qu’il s’est toujours intéressé à des musiques hors metal – d’ailleurs, le saxophoniste auquel vous avez fait appel a initialement joué sur son album solo. Au final, The Nightmare Of Being n’est-il pas l’album qu’il aurait adoré faire avec At The Gates ?

Jonas : Je pense oui, mais je crois qu’il en avait marre d’être dans un contexte de groupe. Il se sentait ligoté ou limité, il ne se sentait pas libre musicalement en étant dans un groupe. C’est aussi la raison pour laquelle il a voulu partir en solo. Je ne sais pas exactement pour le futur, lui-même n’en est pas sûr, donc on verra ce qui se passera. Mais musicalement, oui, c’est probablement comme ça qu’At The Gates aurait sonné s’il était resté dans le groupe. Il a d’ailleurs aidé sur deux chansons de cet album – il a écrit quelques riffs sur « The Abstract Enthroned » et « Eternal Winter Of Reason ». Il n’est pas crédité, il n’a pas voulu l’être, mais il les a faits. Il est bizarre [rires]. Donc il donne toujours un coup de main musicalement. C’est pourquoi vous pouvez peut-être encore entendre quelques influences.

« Pour plein de gens, le pessimisme est une manière peu réjouissante de voir le monde, mais pour moi, c’est plus un sanctuaire, un confort : quand on n’attend rien, on est heureux. La plupart des pessimistes sont d’ailleurs plus heureux que les optimistes, car ils ne sont jamais déçus. »

L’album a été enregistré pendant la pandémie. Même si c’était plus facile pour vous en Suède où il n’y avait pas autant de restrictions que dans d’autres pays, j’imagine qu’il y avait quand même un sentiment d’isolement. Pensez-vous que le niveau de concentration requis pour créer un album aussi détaillé a été en partie possible grâce au contexte ?

Tomas : Un petit peu. Ça rejoint un peu le côté thématique des textes : on a tout un tas de mécanismes de défense pour supporter la réalité, et l’art est notre mécanisme de défense. Je pense que c’était assez confortable pour nous d’avoir ce projet sur lequel se concentrer pendant la pandémie, parce que nous pouvions lui consacrer beaucoup plus de temps et d’attention que si nous avions eu des concerts à faire et si la vie normale n’avait pas autant été mise en pause. Donc il est possible que ça ait aidé avec les couches et les textures que nous avons dans l’album, le fait qu’elles soient encore plus développées. Même si la majorité des contours de l’album a été conçue avant la pandémie, la bulle dans laquelle nous étions involontairement isolés nous a donné l’occasion de mieux regarder ce que nous voulions vraiment, quel genre d’album nous voulions sortir à ce moment-là, c’est-à-dire une œuvre à écouter au casque, justement en s’isolant et en s’immergeant pleinement dedans, car on peut certainement dire que c’est l’album d’At The Gates le plus complet que nous ayons jamais sorti. Quand nous avons enfin réalisé que nous étions suffisamment confiants pour mettre sur album toutes ces influences différentes et le construire sur des bases extrêmement solides, c’était facile pour nous d’y aller à fond, d’être à cent pour cent dans cette bulle et d’en ressortir à la fin avec une œuvre d’art dont nous sommes fiers.

Thématiquement, The Nightmare Of Being traite de la philosophie du pessimisme et a initialement été inspiré par le livre The Conspiracy Against The Human Race de Thomas Ligotti. Or on dirait que les gens n’ont jamais été aussi pessimistes qu’actuellement, même avant la pandémie. Penses-tu que l’état actuel du monde valide la philosophie pessimiste ou avons-nous évolué pour devenir des créatures pessimistes ?

Tomas : Je ne sais pas si le monde est devenu plus pessimiste. Il y a plus de souffrance parce que les gens – désolé de dire ça – sont assez stupides pour continuer à être optimistes [rires]. S’ils étaient pessimistes, ils ne verraient pas autant de souffrance et ils ne se plaindraient pas autant. Les réalistes sont plus proches des pessimistes que des optimistes. Dans le refrain de « Cosmic Pessimism », nous avons une citation disant que le pessimisme est le dernier refuge de l’espoir. Je suppose que durant les périodes éprouvantes comme aujourd’hui, une manière de survivre, c’est de ne rien attendre. Alors on peut être heureux des petites miettes qu’on nous donne. Tout est du bonus. Je pense que pour plein de gens, le pessimisme est une manière peu réjouissante de voir le monde, mais pour moi, c’est plus un sanctuaire, un confort : quand on n’attend rien, on est heureux. La plupart des pessimistes sont d’ailleurs plus heureux que les optimistes, car ils ne sont jamais déçus. L’optimiste sera toujours déçu – il y a plein d’optimistes déçus, mais on n’a jamais vu de pessimiste déçu, n’est-ce pas ?

En gros, toute l’idée est que nous sommes la seule espèce qui sait qu’on va mourir. On a toute cette douleur et cette souffrance dans notre vie, mais on a inventé tout plein de mécanismes de défense – la religion, les différentes philosophies, etc. – pour essayer de supporter ça et d’essayer de se frayer un chemin à travers ce malheur, au lieu de faire comme les pessimistes qui laissent tomber l’espoir et se concentrent juste sur le présent, et ne sont donc pas déçus : « Oui, il va y avoir de la douleur et de la souffrance aujourd’hui aussi. » L’optimiste, lui, s’efforce toujours d’atteindre la perfection : « Demain, il fera beau et je n’aurai pas mal au dos », mais le gars qui dit ça va clairement être déçu et vivre sa vie dans la souffrance. C’est normal d’être déprimé parfois, acceptons-le ! Il s’agit plus de vivre sa vie les yeux ouverts et ne pas céder à… On peut avoir des mécanismes de défense, pas de souci, tant qu’on en a conscience. Comme je l’ai dit, nous créons de l’art peut-être pour nous évader de notre vie normale faite de souffrance ou autre. Tant que nous avons conscience que c’est la raison pour laquelle nous le faisons, que c’est une raison égoïste, alors ce n’est pas un problème de vivre avec ce mécanisme de défense. Mais en général, il faut davantage embrasser le monde tel qu’il est, il ne faut pas essayer de se l’imaginer autrement et espérer qu’il soit quelque chose qu’il n’est pas.

« Il ne s’agit pas de montrer du doigt et de dire que tout le monde devrait être pessimiste, mais certaines idées dans cette philosophie sont vraiment fascinantes et peuvent en réalité faire de nous des personnes plus positives, ce qui peut paraître étrange. »

Et vous-mêmes, êtes-vous plutôt pessimistes ou optimistes ?

Jonas : Je dirais que je suis plutôt un pessimiste.

Tomas : Tu es quelqu’un de très pragmatique. Les choses sont comme elles sont. Je n’ai pas raison ?

Jonas : Oui, peut-être. Je ne suis pas très religieux. Je ne crois pas à la chance. Je vis dans la réalité, enfin j’espère.

Tomas : Nous ne sommes pas pessimistes, mais nous sommes tous un petit peu pragmatiques. Nous avons concentré le contexte de l’album sur la philosophie pessimiste parce que c’était intéressant de lire sur ce sujet et de voir si certaines idées nous parlaient. Nous montrons que c’est une manière de penser qui existe et, en tant qu’auditeur, on peut choisir les choses qui nous parlent, mais nous ne disons pas que c’est la nouvelle philosophie à laquelle At The Gates adhère ; nous n’avons jamais fait ça avec quoi que ce soit. C’est plus que nous avons été intrigués par quelque chose et nous avons voulu partager quelques pensées avec le monde. Il ne s’agit pas de montrer du doigt et dire que tout le monde devrait être pessimiste, mais certaines idées dans cette philosophie sont vraiment fascinantes et peuvent en réalité faire de nous des personnes plus positives, ce qui peut paraître étrange.

Pensez-vous qu’il faille justement être pessimiste pour avoir une si longue carrière dans le death metal, c’est à dire un genre musical pas très populaire ?

Tomas : Je pense qu’il faut être content de ce qu’on a. Quand nous avons formé le groupe, notre but principal était d’obtenir une chronique de notre démo dans un fanzine. Quand nous avions atteint ce but, le reste n’était que du bonus. Je ne sais pas si tu es d’accord Jonas…

Jonas : Oui, nous n’avons pas une carrière motivée par le succès comme les groupes américains. Nous faisons de la musique juste pour l’amour de la musique.

La musique et les textes sont sophistiqués et finement élaborés, mais y a-t-il des liens directs entre les deux ? As-tu adopté les idées conceptuelles de Tomas et t’en es-tu inspiré, Jonas ?

Jonas : Nous avons échangé des idées. Nous ne cherchions pas à mettre un riff spécifiquement sur une certaine ligne de texte, mais le concept peut fonctionner comme une influence pour composer la musique. C’est ce que nous avons fait. Et Tomas a essayé de construire ses textes à partir de ce que je faisais, c’est comme une synergie.

Tomas : Il y a aussi toujours des discussions sur la manière d’incorporer l’histoire dans la musique. Quel genre de sentiment essayons-nous de dépeindre ? La musique c’est pour beaucoup une question d’émotion, donc nous parlons beaucoup de l’aspect émotionnel du groupe. Ce que nous faisons avec notre art, c’est d’essayer de représenter une émotion pour l’auditeur et cette émotion doit être la même dans le texte et la musique. Ils ne doivent pas se contredire. Parfois, je peux commander un riff ou une partie à Jonas, par exemple si j’ai vraiment envie qu’une partie véhicule un sentiment de désespoir, de triomphe ou peu importe, il essaye de me composer ça. Idem pour les paroles : j’essaye de travailler avec des idées rythmiques. Nous échangeons beaucoup. En gros, nous parlons constamment de la direction que nous prenons et nous essayons d’être sur la même longueur d’onde. Donc le concept étant sur la philosophie pessimiste, nous avons essayé d’illustrer le caractère morne de l’esprit humain et la volonté aveugle qui motive l’humanité, tout en gardant le message originel d’At The Gates avec The Red In The Sky Is Ours, l’espoir, le côté révolutionnaire, etc.

« Quand nous avons formé le groupe, notre but principal était d’obtenir une chronique de notre démo dans un fanzine. Quand nous avions atteint ce but, le reste n’était que du bonus. »

Les paroles de la chanson « Cosmic Pessimism » sont d’Eugene Thacker, tirées de son livre Cosmic Pessimism. Tu as été en contact avec lui pour l’album. Peux-tu nous parler des discussions et interactions que tu as eues avec lui ?

Tomas : Quand j’étais en train de faire des recherches sur différents philosophes, je suis tombé sur des noms et j’ai lu des livres. Je crois qu’à ce moment-là j’avais lu trois livres d’Eugene Thacker. Je voulais prendre une certaine direction avec cette chanson et j’ai fait des recherches sur Google sur lui. J’ai découvert qu’il avait une page internet avec un contact e-mail personnel. Pourquoi ne pas lui envoyer un e-mail ? En gros, j’ai dit : « Bonjour, je suis Tomas Lindberg, je joue dans un groupe de death metal suédois. Nous avons dans l’idée de faire ce type d’album. Aimeriez-vous lire mes idées pour voir si vous les aimez ou si ça vaut quelque chose ? » Voilà un peu comment ça a commencé. Il y a eu des échanges et à la fin, je lui ai demandé s’il voulait y participer d’une manière ou d’une autre. Ma première idée était qu’il écrive peut-être quelques phrases, genre des notes dans le livret sur sa philosophie, mais ensuite est venue l’idée que nous pouvions prendre certains vers de sa poésie tirée du livre Cosmic Pessimism pour les mettre dans la chanson. Ça lui allait très bien. Je veux dire que c’est un enseignant, il n’a pas beaucoup de temps pour travailler sur ce genre de chose. Il était donc sans doute content que nous fassions le travail, mais oui, ce sont ses mots. C’était une manière d’obtenir un cachet d’approbation de quelqu’un qui en sait plus sur le sujet que nous. Et ça fonctionne très bien aussi en tant que titre pour cette chanson en particulier, car nous nous sommes inspirés de la kosmische musik – la musique cosmique (alias krautrock, NDLR). Il y a donc les deux aspects.

Connaissait-il ne serait-ce que votre genre de musique, le death metal ?

Tomas : Oui, le truc, c’est qu’un de ses livres traite de l’aspect horreur versus philosophie. Il parle beaucoup de films ou romans d’horreur, mais aussi de black metal, par exemple, il mentionne ça. Donc j’ai soupçonné qu’il pourrait être familier au moins avec l’idée, mais je n’ai jamais eu le courage de lui demander s’il nous connaissait. Donc je ne sais toujours pas !

Une nouvelle fois, toute l’idée de The Nightmare Of Being renvoie à la littérature. Tu as de toute évidence un lien fort avec la littérature. Peux-tu nous en dire plus sur ce lien ? A-t-il toujours été là pour toi ?

Tomas : Quand j’étais tout petit, je lisais plus des livres fantastiques et ce genre de chose. Quand le thrash et le death metal sont entrés dans ma vie, je me suis tourné vers les lectures évidentes comme Lovecraft et ainsi de suite. Mais ensuite, peut-être quand j’avais vingt-cinq ans, j’ai commencé à lire beaucoup plus et j’ai remarqué que je me sentais mieux quand je lisais beaucoup. J’ai toujours pensé que la littérature faisait de nous – Jonas, tu confirmeras ou pas – des personnes plus empathiques, car ça permet de voir les choses sous d’autres points de vue. On évolue un peu grâce à la lecture. Ça m’a fasciné depuis lors. Quand je me suis intéressé à la lecture, je me suis aussi intéressé à la manière d’écrire, aux styles, etc. Ça m’a énormément influencé quand j’ai écrit l’album At War With Reatily et ce style d’écriture fait toujours partie de moi, le réalisme magique.

Jonas : Je n’ai pas connu Tomas avant qu’il commence à lire, mais il est effectivement assez empathique. Je pense que tout le monde dans At The Gates l’est. Tout le monde dans le groupe lit beaucoup. Martin [Larsson] lit beaucoup aussi.

Tomas : Martin lit clairement plus que moi ! C’est d’ailleurs lui qui m’a suggéré The Conspiracy Against The Human Race, un genre d’introduction à la philosophie pessimiste écrit par Thomas Ligotti, que les gens connaissent sans doute en tant qu’écrivain populaire de la littérature d’horreur. Je lisais déjà ses romans d’horreur au moment où je travaillais sur l’album de The Lurcking Fear, mais ensuite, il a dit : « Pourquoi n’as-tu pas lu ceci, le livre non fictionnel ? » Il me l’a d’ailleurs mis directement dans les mains dans un magasin de livres d’occasion aux Etats-Unis, en disant : « Voilà, lis ça. »

« J’ai toujours pensé que la littérature faisait de nous des personnes plus empathiques, car ça permet de voir les choses sous d’autres points de vue. »

L’illustration de la pochette et celle de l’arrière du disque sont respectivement rouge et bleue en référence aux deux premiers albums d’At The Gates. On a parlé du fait que vous aviez des aspirations conceptuelles et progressives depuis le début – sans parler que vous aviez déjà un violon sur le premier album. Pensez-vous que vous avez conservé le même état d’esprit après toutes ces années ?

Tomas : Pour moi, personnellement, la musique est tellement une question d’émotion que – de manière un peu naïve au départ, mais plus mature maintenant – j’ai été un peu déçu que le death metal se soit toujours concentré sur à peu près une ou deux émotions. Je voulais élargir la palette d’émotions de ce genre musical, car je trouve que la mélancolie et le désespoir sont des émotions très puissantes à représenter en musique. C’est resté le fil conducteur de notre histoire et de tous nos albums. Je pense que c’est un peu comme ça qu’on reconnaît At The Gates. Je dirais que le rouge et le bleu représentent le désespoir et la mélancolie sur la pochette, mais musicalement, Jonas peut en dire plus.

Jonas : Depuis que nous avons commencé, nous avons toujours été très libres. Nous n’avons jamais été contraints par de quelconques règles avec la musique. C’est la raison pour laquelle nous avons très tôt inclus d’autres instruments et fait des arrangements bizarres. Dès que nous avons commencé en 1990, At The Gates a aspiré à la liberté et à l’expression totale de nos idées musicales, et c’est toujours le cas aujourd’hui. C’est notre principal centre d’attention. Donc le prochain album donnera dans le disco pop [rires]. Non, mais si tu repenses aux albums rouge et bleu, on y trouve plein d’influences qui sont toujours fortes et qu’on peut entendre dans le nouvel album : comme je l’ai dit, les groupes progressifs des années 70, le heavy metal des années 70, la new wave of British heavy metal, les compositeurs classiques que j’ai mentionnés, la musique classique moderne, le jazz… Nous écoutions beaucoup de jazz à l’époque déjà. Il n’y a pas tellement de death metal dans nos influences. Si death metal il y a, ce serait probablement du côté des vieux groupes comme Possessed, les premiers Morbid Angel, Bolt Thrower, etc. que nous puisons. Je pense qu’il y a effectivement un fil conducteur dans notre carrière.

Tomas : Même si tous nos albums sont différents les uns des autres, il y a quand même un truc, comme dans « Garden Of Cyrus » : tu peux faire écouter cette chanson à n’importe qui s’intéressant au metal et lui demander, d’après lui, de quel groupe il s’agit, je pense que la plupart des gens répondront At The Gates parce qu’on entend que c’est At The Gates, même si c’est orchestré et arrangé différemment. L’ADN d’At The Gates est en nous, et avec l’âge et la maturité, nous ne sommes plus tellement obligés de réfléchir à ce que nous composons, car ça ressort de toute façon comme du At The Gates. De même, nous avons grandi avec le metal quand nous étions très jeunes. Nous étions là quand le death metal est apparu. Donc quand nous nous sommes intéressés au death metal underground, nous y étions bien préparés, car nous étions là exactement au bon moment. Nous sommes très contents d’avoir vécu tout ça, et d’une certaine façon, c’est là, nous ne sommes pas obligés de réfléchir à la manière dont un riff de Repulsion tourne, nous connaissons ça par cœur, pour ainsi dire.

Le groupe a passé la barre des trente ans et le premier album aura justement trente ans l’an prochain. Pensez-vous qu’arrive un moment dans la vie, y compris dans celle d’un groupe, où on réévalue les objectifs qu’on avait à l’origine et qu’on se reconcentre dessus ?

Tomas : Je pense que nous sommes à peu près les mêmes personnes. Evidemment, on mûrit, mais je pense que les objectifs restent plus ou moins les mêmes. Quand nous avons composé The Red In The Sky Is Ours, nous avons voulu écrire le meilleur album d’At The Gates possible, et c’est probablement ce que nous avons fait avec ce que nous avions en tête à l’époque. C’est toujours ce que nous essayons de faire. Je pense que la différence principale c’est la capacité à arranger et à jouer les chansons, ce qui fait que nous sommes plus à l’aise dans ce style de composition plus aventureux que nous avons. Je ne pense pas que les objectifs aient changé, car comme l’a dit Jonas, nous n’avons jamais eu d’objectif de carrière et musicalement, nous sommes toujours sur la même longueur d’onde. Je veux dire que quand nous avons fait Slaughter Of The Soul, c’était un peu l’évolution vers laquelle nous tendions : des chansons plus courtes, dégraisser, tout compresser, etc. Une fois que c’est fait, on ne peut pas aller plus loin. On ne peut pas compresser plus que sur cet album. C’est le bout de cette idée. Ensuite, tu te replonges dans ce que tu as fait avant et tu essayes de voir ce qui définit le groupe et comment vous pouvez vous stimuler avec de nouvelles idées.

« La musique est tellement une question d’émotion que j’ai été un peu déçu que le death metal se soit toujours concentré sur à peu près une ou deux émotions. Je voulais élargir la palette d’émotions de ce genre musical. »

Slaughter Of The Soul est clairement l’album le plus connu d’At The Gates, mais comme tu l’as toi-même dit, c’est aussi « l’album le plus unidimensionnel que [vous ayez] jamais fait ». Vous êtes-vous sentis prisonniers à un moment donné de cet album et de son succès ?

Tomas : Je pense que le fantôme est maintenant parti. Nous avons trouvé le moyen de nous en détacher et nous avons appris à vivre avec le traumatisme [rires]. Je plaisante, mais quand nous sommes revenus, on nous posait beaucoup plus de questions sur Slaughter Of The Soul que maintenant. Je pense que les gens ont plus largement réalisé quel genre de groupe était At The Gates. Nous et les auditeurs savons mieux quelle est la différence entre cet album et tout le concept du groupe aujourd’hui.

Jonas : Je pense que tous les groupes ont un album comme ça, que tout le monde veut tout le temps entendre en live et ailleurs, et auquel ils sont toujours comparés. On ne devrait pas trop se focaliser là-dessus.

Tomas : Ça entrave la créativité quand on pense comme ça. Les chansons d’At War With Reality que nous avons intégrées au set live sont devenues très populaires et maintenant, les gens attendent autant ces chansons que celles de Slaughter Of The Soul lors des concerts. Quand nous avons réalisé ça, nous avons su que nous étions sur la bonne voie et que nous pouvions aller plus loin. Un exemple serait South Of Heaven, qui est selon moi l’un des meilleurs albums de Slayer. Avoir fait ça après Reign In Blood, c’était extraordinaire. Je pense que c’est un peu ce que nous essayons de faire, mais peut-être pas aussi bien…

Pensez-vous que les gens ont creusé plus loin dans votre discographie ?

Tomas : Au moins certaines personnes l’ont fait, et je pense que c’est plus facile maintenant avec internet qui rend tout très accessible. Il suffit d’un clic. Evidemment, la personne qui n’a entendu que Slaughter Of The Soul et peut-être At War With Reality a sans doute été choquée quand elle a entendu le premier album ! Mais j’ai l’impression que la jeune génération est un peu plus curieuse. Ils veulent connaître les racines et je trouve que c’est bien. D’un autre côté, si nous sortions Slaughter Of The Soul part II maintenant, les gens seraient déçus, parce qu’ils s’attendent à ce que nous les surprenions et les stimulions. S’il n’y a aucun défi dans un nouvel album d’At The Gates, je pense que ça décevra plus les gens. J’ai déjà dit par le passé que les fans d’At The Gates sont un petit peu plus intelligents que tous les autres, et plus beaux aussi, évidemment [rires], car ça leur tient à cœur et ils essayent de nous comprendre, peu importe ce que nous sortons. Il faut être un petit peu plus courageux et sûr de qui on est pour rentrer dans un album d’At The Gates et essayer de le comprendre. C’est pour ça que nos auditeurs nous sont chers, ils nous ont suivis jusqu’à présent, même si nous ne leur facilitons pas la tâche à chaque fois. Ça demande des efforts de rentrer dans ce nouvel album, par exemple, mais c’est aussi la raison pour laquelle il durera dans le temps.

Jonas : Il n’est pas aussi direct que Slaughter Of The Soul. C’est un album qui plaira de plus en plus au fil du temps et qui nécessite qu’on l’écoute jusqu’à ce qu’on le comprenne dans son ensemble. Comme disait Tomas, c’est plus un album à écouter au casque. Il y a plein de petits détails dedans.

De nombreux groupes ont tendance à s’adapter à leurs fans et à leurs attentes, parfois on a même l’impression qu’ils en ont peur, peur de les contrarier, peur de les « trahir ». Mais pensez-vous qu’on puisse aussi éduquer les fans ?

Tomas : Ou s’éduquer mutuellement. Il est clair qu’en concert, nous ne sommes rien sans les fans, ils font entièrement partie de ce que nous faisons en live, mais pour ce qui est des albums, je pense vraiment que si une personne aime chercher et est curieuse, elle sera attirée par un groupe comme At The Gates car nous sommes aussi comme ça.

Jonas : Nous ne changerons jamais notre musique pour nous adapter à certains fans ou certaines opinions. On ne devrait pas sous-estimer les gens quand ils disent qu’ils n’aiment pas une musique. C’est fait pour communiquer des émotions, donc si vous n’aimez pas, c’est que ce n’est probablement pas pour vous et peut-être que vous devriez laisser tomber et écouter autre chose. C’est très simple. Car nous jouons ce que nous aimons jouer et ce n’est pas pour tout le monde, nous le savons, autrement nous aurions vendu des millions d’exemplaires de nos albums. Nous sommes confinés dans une niche sombre et progressive au sein du death metal, et nous aimons ça. Avec un peu de chance, nous pouvons avoir autant de gens que possible qui apprécient notre musique, mais nous ne ferons jamais de la musique pour plaire à quelqu’un. Ça n’arrivera jamais.

« Les fans d’At The Gates sont un petit peu plus intelligents que tous les autres, et plus beaux aussi, évidemment [rires], car ils essayent de nous comprendre, peu importe ce que nous sortons. Il faut être un petit peu plus courageux et sûr de qui on est pour rentrer dans un album d’At The Gates et essayer de le comprendre. »

Tomas : Evidemment, c’est plaisant quand les gens… Comme je l’ai dit tout à l’heure, At War With Reality et To Drink From The Night Itself – et je pense que ce sera le cas aussi de cet album – c’est de la musique relativement aventureuse et les gens ont quand même essayé de la comprendre, même si ce n’est pas ce qu’ils attendaient. D’où ce que j’ai dit au sujet de nos fans qui sont plus intelligents.

Jonas : Et puis on voit toujours les commentaires aléatoires, du genre : « Plus vite ! »

Tomas : Oui, mais comme tu l’as dit, l’émotion que nous essayons de représenter n’est pas ce qu’ils veulent. En réalité, ça me fait dire que nous avons réussi à représenter cette émotion, parce qu’ils n’y étaient pas préparés. Peut-être qu’ils ont juste besoin d’un death metal unidimensionnel et agressif, au lieu d’un death metal mélancolique ou je sais quoi.

Jonas : Je ne regarde même jamais les commentaires parce que c’est ridicule [rires]. On ne devrait pas écouter ce qu’un fan de dix-sept ans raconte dans sa cave.

Tomas : Non, nous avons Adrian [Erlandsson] pour ça. C’est lui qui s’en charge.

Jonas : Oui, Adrian s’énerve parfois en lisant les commentaires sur YouTube [rires]. Moi, je ne m’en soucie pas trop. Je préfère aller à l’étage et faire une autre chanson à la place, c’est plus productif.

Tomas : Peut-être que quand nous avons fait At War With Reality, nous étions un peu plus tendus, surtout Anders. D’un autre côté, c’était son idée !

Jonas : Oui, parce que c’était l’album du retour. Je me souviens qu’Anders était très stressé quand il a fait celui-ci. Mais il a envoyé deux démos de chansons et j’ai trouvé que ça sonnait bien, donc j’ai dit : « Fais-le, ne t’inquiète pas. »

Tomas, tu as dit que vous vous éduquiez mutuellement avec les fans. Qu’avez-vous appris des fans ?

Tomas : L’humilité, en grande partie. At The Gates est le genre de groupe qui a toujours essayé d’avoir une source séparée de revenu, par exemple. C’est une décision consciente : la musique ne devrait pas être la raison pour laquelle nous avons à manger sur la table, car alors peut-être que nous commencerions à faire une musique plus populaire pour avoir plus à manger sur la table. Ça vient aussi avec une certaine humilité envers les fans. Si nous faisons ceci avec intégrité, parce que c’est important pour nous, alors je pense que ça signifie aussi beaucoup pour les fans. Nous nous nourrissons mutuellement, dans une certaine mesure. Si c’est important pour nous, avec un peu chance ce le sera aussi pour eux.

Tu as dit que « la jeune génération est un peu plus curieuse », et on dirait effectivement que l’expérimentation est un peu plus répandue et mieux acceptée aujourd’hui…

Tomas : Avec la musique extrême moderne, ce qui à mon avis a été un gros tournant, c’est la manière dont on peut enregistrer la musique – en tant que jeune groupe qui débute, on peut enregistrer sa musique de façon relativement professionnelle pour pas cher, presque gratuitement – et la distribuer sous différents formats sans avoir à impliquer une plus grosse entreprise. Ça a permis à pas mal de musiques très intéressantes et plus expérimentales d’atteindre plus vite les gens et ça a aussi peut-être poussé de jeunes groupes à oser explorer différentes pistes qu’on n’a pas encore vues jusqu’à présent. Dans les années 90, on cherchait toujours à obtenir un contrat avec une maison de disques et alors peut-être qu’inconsciemment on changeait sa musique pour se conformer à ce qui se vendait à ce moment-là. Maintenant, ce n’est plus comme ça. De même, si je pense à Voivod, par exemple, je me souviens avoir lu qu’ils étaient influencés par Emerson Lake And Palmer et Die Kreuzen, par exemple, des artistes très différents. Quand j’étais gamin, j’ai essayé de trouver ces albums en vinyle chez mes disquaires. C’était difficile parfois, alors que maintenant, on les trouve en un clic. Tout d’un coup, il y a toutes ces possibilités et c’est plus accessible. D’accord, d’une certaine façon, ça rend les gens paresseux, mais ça ouvre aussi beaucoup plus les vannes de la créativité.

Votre première démo Gardens Of Grief est sortie il y a trente ans et j’ai mentionné le fait que The Red In The Sky Is Ours aura trente ans l’an prochain. Quels sont vos souvenirs de l’époque et de ces premières expériences créatives et d’enregistrement en tant qu’At The Gates ?

Jonas : Chaotique ! Je me souviens que c’était ma première fois dans un studio. Nous avons enregistré live, je n’en avais pas l’habitude, ni même d’être en studio, donc j’étais un peu stressé et nerveux. De même, mon aptitude à jouer n’était pas au niveau, car ça faisait seulement neuf mois que je jouais sur ma basse au moment où nous sommes entrés en studio. C’était difficile !

Tomas : il y a eu de nombreuses décisions naïves de la part de tous ceux qui étaient impliqués, mais je pense que c’est aussi dû, encore une fois, à l’arrogance juvénile, et sans ça, ces albums n’auraient pas le charme qu’ils ont aujourd’hui. D’accord, nous avons peut-être du mal à les écouter, mais d’autres gens les apprécient et je peux comprendre pourquoi, car ils sont pleins de cette créativité ambitieuse de la part de personnes qui savaient à peine jouer. Je trouve ça extraordinaire à cet égard [rires].

« Je ne regarde même jamais les commentaires parce que c’est ridicule [rires]. On ne devrait pas écouter ce qu’un fan de dix-sept ans raconte dans sa cave. »

Jonas : Nous avons pris plein de décisions stupides, comme par exemple le fait de ne pas apporter du matériel ou le kit de batterie. Le kit qu’ils avaient au studio à Stockholm pour Garden Of Grief était presque un kit de batterie électronique, c’était du matos super merdique. A nouveau, quand nous avons enregistré au studio à Göteborg, nous n’avons rien apporté. Notre matériel était à seulement cinq kilomètre de là et nous ne sommes même pas allés le chercher en voiture pour la deuxième salve. C’était vraiment une mauvaise décision ! Je n’arrive même pas à me souvenir aujourd’hui pourquoi nous avons fait ça. Donc nous avons joué sur des combos Roland de 30 Watts et c’est la raison pour laquelle le son des guitares est si horrible sur Red. C’était probablement la pire décision de tous les temps. Nous n’étions pas du tout préparés pour ça.

Tomas : Nous étions très jeunes et ignorants. Quand on regarde bien, lorsque Slaughter Of The Soul est sorti, nous avions vingt-deux ans, et c’était notre quatrième album. Imagine la vitesse à laquelle nous avons travaillé ! Nous étions en ébullition, nous voulions tout faire vite.

Jonas : Nous étions très jeunes, très naïfs, très enthousiastes, et ça s’entend dans la musique. En fait, j’aime mieux Gardens Of Grief, en tout cas sa production, que Red. Tomas Skogsberg avait plus d’expérience pour mixer et produire du death metal que le gars qui a fait The Red In The Sky Is Ours. Mais n’étions-nous pas censés enregistrer Red à Stockholm aussi ? Je crois que le studio avait été réservé deux fois…

Tomas : Oui, Backyard Babies y enregistrait. Je me trompe peut-être complètement, mais il me semble qu’il était là : « J’ai fait une double réservation, je suis désolé. Vous pouvez venir ici dans deux ou trois mois. » N’importe quelle personne normale et saine d’esprit aurait dit : « D’accord, si c’est pour travailler avec un producteur qu’on connaît, ouais, on peut attendre trois mois. »

Jonas : « On peut attendre trois mois et en profiter pour peaufiner les chansons et peut-être changer les arrangements. »

Tomas : « Non, on doit enregistrer exactement à ce moment-là ! » [Rires] C’était une autre décision stupide qui a été prise.

Infestations était le nom du groupe pré-At The Gates, et dans ce groupe, Tomas tu jouais de la basse et Jonas de la batterie…

Jonas : C’était un projet vraiment pas sérieux. Nous avions une salle de répétition gratuite et c’était durant les grandes vacances de l’été 90, donc nous avions du temps pour faire autre chose à un moment où Alf ne pouvait probablement pas répéter. Nous sommes donc allés à la salle de répétition et nous avons joué d’autres choses.

Tomas : Je crois aussi que c’est là qu’Anders et toi avez appris à jouer. Tu as aussi été le premier batteur d’At The Gates, pendant quelques mois, avant que nous trouvions Adrian et que tu passes à la basse.

Jonas : Quelques mois ? Je dirais que c’était plutôt une ou deux répétitions ! Je ne m’en souviens plus, mais c’était une bonne décision que je passe à la basse [rires].

Joues-tu toujours de la batterie ?

Jonas : Pas très sérieusement. Je peux jouer des rythmes très simples, mais je n’ai jamais eu en tête de faire carrière en tant que batteur. Je me suis toujours plus intéressé aux instruments à cordes. Mais j’ai toujours admiré les batteurs comme Neil Peart et Bill Bruford. Evidemment, en tant que compositeur, j’essaye de faire des choses où la basse et la batterie sont joliment jouées ensemble, comme la partie solo de « The Fall Into Time », par exemple. Donc je pense que ça aide de savoir jouer un petit peu de chaque instrument.

« La musique ne devrait pas être la raison pour laquelle nous avons à manger sur la table, car alors peut-être que nous commencerions à faire une musique plus populaire pour avoir plus à manger sur la table. »

En remontant encore plus loin, Tomas, quel regard portes-tu aujourd’hui sur Grotesque et cet adolescent qui se faisait appeler Goatspell à l’époque ?

Tomas : Je ne dirais pas que j’en suis fier, mais je n’en ai pas non plus honte. Ça fait partie de mon héritage musical, je suppose, et c’est quelque chose que je devais faire pour en arriver là où je suis aujourd’hui. Au sein de la scène death metal suédoise, Grotesque était un peu une curiosité. Nous étions influencés par plein d’autres groupes. Nous regardions dans d’autres directions et je suis assez fier de ce que nous avons accompli compte tenu de notre très jeune âge. Nous avions seize ans quand nous avons fait cet album. Si on tient compte de ça, il est plutôt correct [rires]. Toute l’imagerie ou les paroles sataniques ne me posent pas de problème, ça allait avec le groupe. C’est aussi peut-être la raison pour laquelle At The Gates a été formé, en un sens. Que ce soit Kristian [Wåhlin] ou moi, nous avions l’impression de nous piéger un petit peu.

Grotesque est brièvement revenu en 2007 pour un concert. Avez-vous déjà songé à vous reformer voire à enregistrer un nouvel album ?

Tomas : Il y a des raisons spécifiques qui expliquent pourquoi le retour de Grotesque a été aussi bref et elles ne sont pas personnelles, ce n’est pas comme si nous n’étions pas amis ou je ne sais quoi. Ce que nous avons remarqué quand nous avons répété pour ce concert et rejoué ces chansons en live, c’est que c’est très dur de leur rendre justice en tant que musiciens matures et de pleinement retrouver cette angoisse existentielle adolescente totalement nihiliste. C’est très dur de faire ça de manière honnête quand on approche la cinquantaine. Donc nous ne ferons sans doute pas de réunion scénique, mais Kristian et moi, nous nous parlons toujours et quand nous nous croisons, il y a toujours des échanges sur un nouveau projet musical. On verra ce qui en ressortira, un nouvel album de Grotesque, un album de Liers In Wait avec moi au chant, qui sait ? Nous allons refaire quelque chose ensemble, Necrolord et moi. A savoir sous quelles circonstances, nous ne savons pas. Si cette pandémie perdure, je vais peut-être aller chez lui et enregistrer en album. Nous en parlons tout le temps. Ce n’est pas totalement exclu, mais jouer « Blood Runs From The Altar » en live en 2022 à cinquante ans, ça ne ferait pas honneur à la chanson, je pense. C’est plus si nous composons de nouvelles musiques.

Quand vous voyez l’élan et la dynamique créative d’At The Gates aujourd’hui, regrettez-vous parfois avoir été absents aussi longtemps après Slaughter Of The Soul, ou pensez-vous que c’était une étape nécessaire pour arriver là où vous en êtes aujourd’hui ?

Tomas : Je ne sais pas si la longueur de l’arrêt était nécessaire. L’arrêt en lui-même était nécessaire à un moment donné parce que nous étions trop jeunes pour gérer la pression, le succès et tout ce qui est arrivé avec cet album. La longueur de la pause, je ne sais pas, mais je pense que ce qui a été important et nous a permis de revenir comme nous l’avons fait était que nous avons tous été créatifs et que nous avons participé à des projets musicaux durant cette période, donc nous ne sommes pas revenus en partant de zéro.

Jonas : Ce n’est que onze ans, après tout. C’est le temps qu’il faut pour faire un autre album de Tool [rires]. Je pense que nous avions besoin de cette pause pour nous concentrer sur les autres trucs. J’étais dans The Haunted, Tomas avais ses autres groupes, etc. C’était probablement nécessaire pour revenir en étant prêt et concentré, en ayant du recul et tout.

Tomas : Je pense qu’avec Slaughter Of The Soul, le groupe était un peu arrivé à un point critique. Tout le monde avait le même objectif en ligne de mire, mais en ayant en tête différentes manières de l’atteindre. Bien sûr, nous étions très jeunes et nous n’étions pas les meilleurs diplomates, je dirais. Peut-être que c’était avant que je commence vraiment à lire [rires]. Il n’y avait pas de grosses disputes, mais d’une certaine façon, c’était important pour nous que ce soit… Ce que nous faisons est toujours aussi important, mais à l’époque, nous ne voyions pas les choses dans leur ensemble. Le recul vient vraiment avec l’âge, et le fait de nous être éloignés les uns des autres pendant un temps nous a permis de réaliser que ceci est ce que savons faire de mieux, donc il faut vraiment que nous le fassions.

Interview réalisée par téléphone le 3 juin 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Ester Segarra (1, 2, 3, 4, 7, 9, 10, 11, 13) & Nicolas Gricourt (6, 8, 12).

Site officiel d’At The Gates : atthegates.se

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