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Chronique   

At The Gates – To Drink From The Night Itself


Malgré un retour bienvenu avec l’album At War With Reality (2014), on pouvait à nouveau craindre le pire pour le futur d’At The Gates. En effet, l’une des figures de proue du death scandinave perdait à nouveau sa principale tête pensante, le guitariste Anders Björler, de manière définitive, remplacé par Jonas Stålhammar de The Lurking Fear. À l’inverse de l’année 1996 justement, le groupe n’a pas décidé de se séparer. Bien au contraire. Le départ d’Anders semble avoir eu le rôle d’une nouvelle impulsion, l’écriture restant une affaire de famille puisque c’est son frère jumeau le bassiste Jonas Björler qui a entrepris de tout composer, assisté du chanteur Tomas Lindberg. At The Gates livre ainsi son sixième album intitulé To Drink From The Night Itself et rappelle que le death mélodique suédois lui doit énormément.

To Drink From The Night Itself est inspiré des écrits de Peter Weiss, L’Ésthétique De La Résistance, roman historique autour de la résistance antifasciste en partie cristallisée autour de la question du rapport à l’art. Tomas Lindberg revendique non pas une conscience politique mais une conscience tout court de la part d’At The Gates qui s’incarne dans la lutte contre le fascisme et les extrémismes. L’ambivalence de l’art, à la fois moyen de lutte très fort et outil de propagande est au centre des questionnements de To Drink From The Night Itself. Davantage que le concept lui-même, c’est la direction musicale du disque qui marque. Réalisé dans trois studios différents, la production de To Drink From The Night Itself témoigne d’un travail sonore colossal : les instruments ont été captés pour la première fois hors de Suède aux Parlour Recording Studios de Londres par Russ Russell (Napalm Death, Dimmu Borgir, Amorphis…) tandis que les voix et les enregistrements de cordes se sont effectués à Göteborg et Örebro respectivement. Les Suédois avaient conscience que l’ouvrage précédent At War With Reality avait une couleur trop lisse, une production presque trop propre. To Drink From The Night Itself, sans renier son prédécesseur, vient éclater les quelques interrogations qui pouvaient exister. At The Gates est plus direct, plus incisif et diablement efficace, et adopte un son de guitare plus sauvage et caverneux. « Der Widerstand » constitué d’arpèges, de chœurs et de violons ouvre l’album et lui confère d’emblée une dimension épique : « To Drink From The Night Itself » et « A Stare Bound In Stone » s’ensuivent et rappellent les monuments death de Slaughter Of The Soul (1995). Du At The Gates classique au riffing agressif et surtout addictif. La patte mélodique qui a fait la renommée du groupe se fait plus discrète mais les oreilles exercées la retrouveront aisément, elle apparaît d’ailleurs parfois de manière évidente sur un titre comme « Palace Of Lepers », que ce soit dans le riff d’introduction ou sur la conclusion qui reprend la formule nordique du lead de guitare mélodique portée par une rythmique tout en battements.

Au-delà d’une production plus en phase avec l’identité d’At The Gates et d’une réelle inspiration dans le riffing et les leads (« In Nameless Sleep » accueille d’ailleurs le guitariste Andy LaRocque de King Diamond pour une seconde fois depuis « Cold » en 1995), To Drink From The Night Itself tire son épingle du jeu à travers la variété des structures. Certes les titres sont dans l’ensemble courts, mais les compositions death classiques côtoient des approches plus progressives, telles que « Daggers Of Black Haze », introduit par des notes de piano et mettant en valeur le jeu de basse de Jonas Björler. Un titre marqué par ses multiples changements, tels un pont seulement constitué d’arpèges ou l’annonce du solo de Jonas Stålhammar avec un fond de violoncelle. Même le jeu de batterie d’Adrian Erlandsson privilégie ici des structures aux toms plutôt qu’un jeu death traditionnel. « The Colour Of The Beast » nous gratifie d’un riff presque sludge et d’un break à la Opeth, tandis que « A Stare Bound In Stone » déroute en brisant son élan galvanisant au profit d’une seconde moitié plus mélancolique et amère. Il y a en outre un soin apporté aux atmosphères, à l’instar de l’introduction pesante de « Seas Of Starvation » ou du presque langoureux « The Mirror Black ». Les violons et violoncelles classiques de ce dernier, conjugués à des enchevêtrements de chœurs, lui donnent des airs de requiem, tout en faisant écho à l’introduction de l’album. Quelle que soit la structure adoptée, At The Gates a fait de l’accroche et de la puissance le point central de ses morceaux. Ainsi la fin de « Seas Of Starvation » prend des airs de descente apocalyptique incarnée par le travail vocal de Tomas Lindberg, intense et irréprochable tout au long du disque.

To Drink From The Night Itself n’est certes pas l’album du retour d’At The Gates. Pourtant c’est réellement cet album qui renoue avec toute la dimension qu’avait le groupe au sein de la scène scandinave et il aura fallu, paradoxalement, attendre le départ d’un de ses membres clés pour accoucher d’un album que l’on peut qualifier sans pâlir de « dévastateur ». At The Gates renoue avec une certaine audace dans la production et la composition sans amoindrir ses éléments les plus forts. S’il y avait un trône à reprendre dans le genre, la vacance est terminée.

Clip vidéo de la chanson « Daggers Of Black Haze » :

Clip vidéo de la chanson « A Stare Bound In Stone » :

Clip vidéo de la chanson « To Drink From The Night Itself » :

Album To Drink From The Night Itself, sortie le 18 mai 2018 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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