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Metalanalyse   

Atoms For Peace : l’électro cyborg


Thom Yorke, l’emblématique frontman du non moins emblématique groupe anglais Radiohead, explore depuis son premier album solo The Eraser les contrées électroniques vers lesquelles le porte son inspiration. La passion de Thom Yorke pour la musique électronique, la dance et le mix n’est un secret pour personne. En tout cas plus depuis les productions des années 2000 de Radiohead qui avaient initié avec le marquant Kid A un virage essentiel dans les influences musicales du groupe.

En 2006, Thom Yorke s’engage plus personnellement sur un chemin bordé de beats et d’électronique avec The Eraser. Le projet n’est pourtant pas complètement indépendant de l’écosystème Radiohead. L’album est produit par Nigel Godrich, l’incontournable producteur et « sixième membre » du groupe. L’artwork est de la responsabilité de Stanley Donwood, l’artiste qui réalise les pochettes de Radiohead depuis 1995 avec The Bends. L’album est entièrement composé et joué par Thom Yorke à l’exception du morceau-titre « The Eraser », co-écrit avec Johny Greenwood au piano, autre musicien membre de Radiohead.

L’idée du groupe Atoms For Peace est « née de la tentative de jouer The Eraser en concert » explique Thom Yorke à FACT Magazine en janvier. Sans machines, avec de vrais musiciens : Michael alias Flea des Red Hot Chili Peppers, Joey Waronker batteur pour R.E.M notamment, Mauro Refosco percussionniste occasionnel pour les Red Hot Chili Peppers. Et Nigel Godrich, pilier essentiel dans le travail de Thom Yorke et qui fait cette fois-ci figure de musicien à part entière dans cette formation. Le compositeur avoue même dans une interview pour Dazed Digital : « C’était vraiment la première fois que je jouais vraiment avec un autre groupe, depuis disons, mes 16 ans. » Yorke précisait d’ailleurs à FACT Magazine : « Une partie de moi voulait jouer avec d’autres musiciens, une autre était curieuse de savoir ce qui arriverait avec les beats […] ».

Et effectivement, l’écart entre The Eraser et Amok en termes de sonorités s’entend. Amok apporte un certain groove dont le feeling transperce la carapace électronique, forcément mécanique, qui ceignait The Eraser. Amok est un album très clair mais qui compte aussi sa part de mélancolie portée par les morceaux « Unless » et « Reverse Running ». Même si Amok n’est pas un album d’électro-dance au sens strict du terme, il franchit un pas supplémentaire par rapport aux ambiances encore torturées présentes sur The Eraser. La différence ne vient peut-être pas tant de l’esprit des compositions ou même du groove des musiciens d’Atoms For Peace que de l’interprétation vocale de Thom Yorke : ce qui se joue entre « Unless » et « Analyse », c’est une plus grande légèreté des lignes de chant qui suivent davantage les rythmiques des morceaux, pour être moins monotones et introverties.

Pour autant la filiation entre Amok et The Eraser est évidente. De même que Thom Yorke semble garder un lien musical fort entre Atoms For Peace et Radiohead à en juger par l’écoute de The King Of Limbs. Certains morceaux, « Lotus Flower » et « Supercollider », pourtant destinés dès le départ à Radiohead, sont venus étoffer les setlists un peu maigres des premiers concerts d’Atoms For Peace. Comme il a été remarqué sur FACT Magazine, certains titres sur Amok font références à des morceaux antérieurs comme « Judge, Jury and Executionner » qui est le sous-titre de « Myxomatis » sur Hail To The Thief et le titre même de l’album Amok qui est également celui d’une chanson sur The Eraser. Interrogé, Yorke a candidement révélé que ces références étaient tout à fait fortuites. Ce qui vient d’autant plus alimenter ce flou artistique – bien compréhensible en soi – qui règne aux frontières entre les projets du compositeur.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom « Amok », évocateur d’une énergie meurtrière et délirante, le premier album d’Atoms For Peace délivre des morceaux mélodiques à l’électronique ciselée. La finesse des sons et la légèreté des beats en sont presque surprenants. Les percussions dotent « Unless » d’accents qui crépitent à l’oreille, la performance rythmique de « Judge, Jury And Executioner » aboutit dans une interprétation vocale de Yorke pleine de subtilité. « Before Your Very Eyes » ouvre avec des rythmiques caraïbes, servies par une basse dansante et un chant planant caractéristique.

Les mélodies d’Amok s’affirment par raffinements successifs de l’écoute, découvrant une couche après une autre, décryptant un son après un autre. Et en arrière-plan, cette énigme posée par le groupe : distinguer les parties jouées de celles qui sont programmées. « Nous avons fait exprès de faire en sorte qu’il soit difficile de savoir quand la batterie commence et quand elle finit et comment tout se fond ensemble, de manière à ce que l’on conserve cette énergie live mais que ce soit mis en forme électroniquement. » explique Thom Yorke à FACT Magazine. Un double challenge pour les musiciens qui doivent reproduire des rythmes électroniques alambiqués tout en s’efforçant de garder une certaine rectitude dans leur jeu pour se fondre dans les machines.

Malgré ces performances techniques, Amok ne s’épanche pas en démonstration ostentatoire. La retenue d’Amok est ce qui fait son mystère. Parler de minimalisme serait par contre inapproprié. Le morceau « Amok » qui conclue l’album dévoile un pan de sa puissance émotionnelle : mêlant toujours plus la ligne de basse animée de Flea et les beats électroniques imperturbables, encourageant une montée des synthés et des parties vocales mais sans aller vraiment jusqu’au bout. Intriguant, il appelle à apprivoiser la subtilité des sons et des émotions d’Amok, aussi fragiles que le fil incertain de la voix de Thom Yorke qui monte et descend en suivant les rythmes des morceaux. Cette voix qui reste organique la plupart du temps et qui lie une composition à une autre : avec son timbre caractéristique, ses balades en voix de tête, ses lamentations à peine articulées qui s’invitent sur les morceaux en en respectant le groove et l’équilibre.

Amok est le fruit d’une créativité effrénée : trois jours de studio à Los Angeles ont suffi au groupe pour produire une masse importante de matériel, monté et arrangé ensuite par Yorke. Dans une interview donnée à Rolling Stone Magazine en novembre 2012, Thom Yorke déclarait : « L’une des choses qui nous excitait le plus, c’était d’aboutir à un album sur lequel on n’est pas très sûr de savoir où l’humain commence et où la machine s’arrête. » Atoms For Peace est un groupe hybride, mi-homme mi-machine. Une entité qui intègre complètement l’instinct et le feeling des musiciens dans sa matrice électronique.

Album Amok, sortie le 25 février 2013 via XL Recordings



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