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Nouvelles Du Front   

AU LYCEE COMME SUR LE RING, UN PROF DOIT POUVOIR ENCAISSER DES DROITES ET DEBAUCHE



Peut être avez-vous déjà entendu parler de Thomas Gurrath. Ce musicien-chanteur de 29 ans officie dans Big Balls, une n-iéme copie d’AC/DC, ainsi que dans le groupe de death metal Debauchery sous le pseudo « The Bloodbath ». Le rock’n’roll n’étant pas un secteur d’activité fiable pour payer le loyer, la bière et les factures, l’homme aspirait à être enseignant. Malheureusement, metal et enseignement ne sont pas toujours compatibles et Gurrath l’a appris à ses dépens.

L’homme ne se destinait pourtant pas à la voie enseignante. Titulaire d’un master en Histoire et en Science Politique, un marché de l’emploi moribond l’a contraint, après une courte période de chômage, à se réorienter vers l’enseignement – seule filière en lien avec l’histoire apte à lui garantir un emploi. Outre l’histoire, Gurrath s’y spécialise en éthique et en philosophie. Pour clore ses études et obtenir un poste en temps que titulaire, il doit – comme tout aspirant enseignant – effectuer un stage. Ce stage, il l‘a réalisé au lycée Hegel de Stuttgart tout en se consacrant à ses activités musicales sur son temps libre.

Les deux premiers mois se passèrent sans encombres jusqu’à début mars, où la responsable du département d’éthique découvrit plusieurs vidéos et images promotionnelles de Debauchery. Elle en informa le recteur de l’académie de Stuttgart, demandant au passage une mise à pied de Gurrath qu’elle juge inapte à enseigner l’éthique. Le lendemain était célébré le triste anniversaire de la fusillade du lycée voisin de Winnenden où 16 lycéens ont été tués. La question de l’influence des images et jeux violents sur les jeunes a refait surface. Cet évènement a très certainement pesé en défaveur de Gurrath par la teneur des textes, clips et images promotionnelles du groupe ainsi que par l’absence de censure (dans un pays qui interdit L’Arme Fatale aux moins de 18 ans, la vente libre des DVDs de Debauchery est considérée comme anormale). A ceci vient s’ajouter ses méthodes d’enseignement jugées trop souples par une partie des parents et ses supérieurs. L’homme préférait donner deux points de vue opposés sur un sujet et laisser les élèves les analyser plutôt que de leur imposer le point de vue de l’éducation nationale. Si cette méthode est autorisée – voir encouragée – sur certains sujets, elle est très fortement déconseillée sur des sujets « sensibles » comme le 3ème Reich ou les jeux vidéos violents. C’est justement par rapport à ce dernier point qu’il a été critiqué.


Gurrath dans le quotidien à grand tirage Bild

La sanction tombe deux semaines plus tard. Après s’être entretenu avec Gurrath, le recteur – qui se refuse à un renvoi sans sommation – lui demande de choisir entre l’enseignement et la musique. Les termes exacts de l’accord sont que si Gurrath souhaite enseigner, il doit arrêter pendant 3 ans toute activité musicale ou artistique promouvant la violence, la haine, le meurtre, la guerre et la soumission des femmes. Il choisira la musique, déclarant que « il ne l’arrêtera pas sous prétexte que l’éducation régionale lui demande ». Son interdiction d’enseigner ne prévaut que dans la région de Stuttgart, mais il refuse de partir ailleurs expliquant que Stuttgart est sa ville d’origine, c’est là que sont ses groupes, et qu’il ne compte pas la quitter. Il finit par décider de ne plus se concentrer que sur sa musique, espérant être bientôt en mesure d’en vivre.


Pourtant, tout laisse penser que Gurrath aime les tiques.

Cette affaire soulève un certain nombre de débats de l’autre côté du Rhin. Elle rappelle en effet des heures peu glorieuses de l’histoire du pays où les aspirants enseignants engagés politiquement à gauche devaient abandonner leur militantisme à la fin de leurs études pour obtenir un poste. De la même manière, cette décision peut paraître anticonstitutionnelle car les activités artistiques et musicales menées par Gurrath au sein de Debauchery ne sont pas illégales. D’un autre côté, même si Debauchery explique sur son site web qu’ils ne font ça que « pour le fun », certains pensent que l’image du groupe est une « matière à risque » pour certains adolescents moins aptes à prendre du recul que d’autres. Emanant d’un professeur – censé représenter le savoir et l’autorité et à plus forte raison quand celui-ci doit enseigner l’éthique – il est craint que ces images et textes perdent un peu plus certains lycéens déjà en manque de repères et qu’un drame semblable à celui de Winnenden puisse éclater.

Gurrath a, de son côté, tranché et – bien qu’il reconnaisse ses chances de gagner très faibles – a décidé d’attaquer le rectorat en justice.



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  • M3T4LH34DD dit :

    Pour moi, les recteurs ont mal compris que le Brutal Death Metal a selon mon point de vue pour but d’extérioriser la haine qui, dans la vie réelle, pousse parfois à commettre des crimes.

    La haine est un sentiment très fort, très pu, et dévastateur. De ce fait, si non contrôlée, elle peut être très dangereuse. Le Metal est un moyen d’exprimer cette haine, cette rage que chacun de nous contient. Certains peuvent faire avec, d’autres non. Ceux qui ne peuvent la gérer peuvent aller à un concert et se défouler gentiment lors d’un pogo, ou perdre le contrôle de son corps et commettre des actes punissables.

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  • Screaming for Metal dit :

    Imaginez qu’il aurait peut-être excécuté s’il avait joué dans… Heavisaurus!!! Ouf!!!

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  • Le problème Amaury c’est que tu raisonnes comme un français. Les allemands ont deux problèmes. Le premier est historique, ils essaient d’encadrer au mieux la liberté d’expression pour prévenir toute « fuite » d’idée nationale socialiste. Pour eux, les évènements de la première moitié du 20eme siècle font encore office de plaies ouvertes et en leur nom ils sont prêts – dans l’ensemble – a accepter pas mal de restriction.

    Le second est culturel. Sans aller jusqu’à une caricature communisante, l’individu n’a que peu de place par rapport au groupe. Je ne vais pas développer des masses mais plutôt te rediriger vers un tableau réalisé par Frédéric Quaranta, le co-manager général de continental allemagne, nommé « Négocier positivement le choc culturel franco-allemand » :

    http://www.mediafire.com/?wymt0giyzjo

    De fait ils ont un raisonnement inverse au notre : il ne s’agit pas de savoir si de telles méthodes peuvent intéresser les élèves les plus matures et, du coup, tirer vers le haut toute la classe. Il s’agit de savoir si ces méthodes peuvent perdre des élèves moins mature, partant du principe que les éléments les plus matures peuvent – et doivent – laisser leur ambition au niveau de celle du groupe.

    J’enseigne le français ici et, d’expérience, je peux te dire que lorsque je construis certains courts / leçons de manière moins dirigiste et plus ouverte, les élevés sont perdus…

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  • Amaury / RM dit :

    L’âge est bien entendu à prendre en considération, pas de soucis. Pour autant, quelle est la limite, justement, pour apprendre une méthode d’enseignement ? Continuellement on apprend des choses qui brisent les codes admis lors des sections précédentes…

    Je ne sais pas quelles sont les limites messieurs, dans le concret. Et c’est bien le problème de tout système quel qu’il soit. Il y a des gamins de 12/13 ans qui comprennent plus vite que certains de 20 ans. Sont-ils donc obligés de trouver leur épanouissement à l’extérieur des Educations Nationales sous prétexte de l’enseignement de masse ?

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  • Hi RM & cie
    Moi-même enseignant quadra et dans une discipline artistique, je pense que la question de la maturité des (pré)ados +le statut d’enseignant + la représentation que la société en a, tout ça nous obligent à la réserve:
    Le collège, c’est pas l’endroit ni le moment idéal pour apprendre à désapprendre, à jouer avec les transgressions, à interroger les limites …dois-je ajouter que, perso, mon goût pour la culture dark et black s’arrête lorsque ça devient gore/grind…
    FAINIX

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  • @ Auamry : La limite de cette méthode d’enseignement est la maturité des élèves. Le lycée allemand commence à 10 ans et se finit a 21. Même si ils n’y prennent que les meilleurs élèves (les autres vont en filière technique ou professionnelle), niveau scolaire ne rime pas forcement avec maturité d’esprit – surtout a 10-11 ans 😉

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  • Metal'o Phil/RM dit :

    Et parfois même plusieurs fois 😉 😉

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  • Amaury / RM dit :

    Même si toutes les méthodes d’enseignements ont des limites, je trouve la sienne pertinente. C’est d’ailleurs quelque chose que l’on retrouve également dans les filières françaises de Science Politique. Et à RM on est bien placé pour en parler car beaucoup ont fait ce cursus d’ailleurs !

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