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Chronique   

Audrey Horne – Devil’s Bell


Le meilleur des deux mondes. C’est ce que cherche à atteindre Devil’s Bell, le dernier effort des rockeurs norvégiens d’Audrey Horne. Le groupe nommé d’après un personnage de Twin Peaks compte parmi ses membres des habitués de la scène metal dont Arve Isdal, le guitariste d’Enslaved. Il est l’un des exemples les plus parlants concernant la polyvalence des musiciens de la scène : depuis Youngblood (2013), Audrey Horne ne se présente plus comme un side-project mais comme un groupe capable de remplir les salles d’importance, à grands coups de riffs rock inspirés des seventies et des eighties. Devil’s Bell a bénéficié d’un soin particulier – pandémie oblige – et souhaite perpétuer la dynamique positive d’Audrey Horne. Pourtant, si le groupe aurait pu se contenter d’enchaîner les hymnes rock décomplexés, il s’est inspiré du contexte actuel propice à un album plus sombre et aux structures légèrement plus complexes. Une sorte de croisement entre l’Audrey Horne des débuts davantage concerné par les atmosphères et le visage récent où l’accroche est le maître-mot.

Devil’s Bell a été pratiquement « fait maison », en raison des difficultés à faire intervenir des personnes extérieures pour la réalisation de l’album. Arve Isdal s’est chargé d’enregistrer et de produire l’opus, assisté d’un ancien membre du groupe, Herbrand Larsen, qui s’est occupé de le mixer. Devil’s Bell respecte ainsi parfaitement la vision du groupe : obtenir le son organique propre aux productions célèbres des années 70 et 80, tout en profitant des technologies modernes pour « gonfler » le résultat final. Les premières notes de guitare de l’intro « Ashes To Ashes » sont révélatrices de deux points : les guitares ont bel et bien ce cachet hérité de la NWOBHM et Audrey Horne entend s’illustrer dans un registre plus grave. « Ashes To Ashes » prend le temps de s’installer avant d’en revenir à un riffing plombé d’il y a quarante ans. En dehors de cet affect à nouveau clamé pour les leads ventilés, Audrey Horne se permet quelques écarts, à l’instar des quelques secondes lugubres – en rappel de la seconde partie de l’intro – qui précèdent le solo. « Animal » doit quant à lui beaucoup au punk rock pour son énergie avec une rythmique transparente et les chœurs propres au genre. C’est la conjugaison des deux guitares qui lui confère cette parenté avec le heavy britannique. Surtout, Audrey Horne fait sourire lorsqu’il rend hommage explicitement à ses premières amours – en l’occurrence Iron Maiden – en évitant la parodie. « Devil’s Bell » va non seulement reprendre le modus operandi des leads de guitare enchevêtrés à l’infini (et nous renvoyer à Powerslave) mais aussi les rythmiques propres aux colosses britanniques. Le timbre et les lignes de chant de Torkjell « Toschie » Rød permettent à la composition d’être labellisée Audrey Horne, ne cherchant pas à émuler le phrasé haut perché de Bruce Dickinson. « All Is Lost » comprend lui aussi quelques tirades qu’Eddie n’aurait pas reniées. Surtout, c’est l’instrumental « Return To Grave Valley » qui nous remémore les structures d’album d’antan, sans toutefois atteindre la grâce de ses inspirations.

Devil’s Bell réussit à marier des univers à la compatibilité parfois malaisée. L’opus comprend bel et bien ces longues envolées heavy entraînantes mais parvient à les conjuguer avec des élans tirés d’autres registres. « Toxic Twins » illustre à lui seul cette hybridation où la rythmique la plus standard se mue en groove-rock aux gimmicks blues avant de retrouver des phrasés permanentés. « Break Out » crée le contraste entre un riffing entraînant à la « Bark At The Moon » (Ozzy Osbourne), support d’un refrain aux couleurs glam, et une accalmie des plus mélancoliques. « From Darkness » réussit même à lier un vocabulaire space-rock avec ces transes guitaristiques qui rappellent le « Achilles Last Stand » de Led Zeppelin. Une conclusion grandiloquente qui se veut le témoin de ce qu’est Audrey Horne aujourd’hui : un groupe de hard rock qui étire le genre pour ne pas devenir un archétype stérile.

Devil’s Bell bénéficie grandement des efforts atmosphériques et de cette production minutieuse « autorisée » par la pandémie. Cela évite à Audrey Horne de proposer un Blackout bis (2018) où le simple étalage de titres rock bien conçus aurait satisfait la plupart des auditeurs. Devil’s Bell pense avant tout à son propre plaisir et conjugue deux expériences différentes qu’il apprécie de présenter en live : des développements progressifs qui se libèrent via un rock fédérateur. Et de toute manière, effleurer à nouveau les grands moments du heavy ne se refuse pas.

Clip vidéo de la chanson « Danse Macabre » :

Clip vidéo de la chanson « Devil’s Bell » :

Album Devil’s Bell, sortie le 22 avril 2022 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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