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Interview   

Vous Autres, le salpêtre et le souffre


La scène underground n’échappe pas à la règle du jeu : une signature sur un label d’envergue amène fatalement à une exposition plus forte. Méconnus il y a encore quelques mois, Vous Autres a d’ailleurs cru à un canular lorsque Season Of Mist l’a contacté pour intégrer ses rangs. Finalement, rien de très étonnant au vu de la qualité du catalogue black metal nouvelle génération de ces dernières années, se plaçant aux côtés de Der Weg Einer Freiheit, Misþyrming, et bien sûr les Français de Regarde Les Hommes Tomber et The Great Old Ones. Leur deuxième offrande Sel De Pierre n’a pas à pâlir et promet un bel avenir au groupe encore tout frais. Jeune projet signifie aussi premiers pas dans l’exercice médiatique, et c’est donc à un baptême de feu que se sont livrés les deux musiciens β et ₣ en offrant l’exclusivité de leur première interview pour Radio Metal.

Dans la confidence, le duo nous a avoué en amont ne pas être très à l’aise avec l’exercice. Nous avons finalement eu un échange à la fois riche et sincère avec eux permettant de retracer le parcours du groupe, de ses influences à sa genèse jusqu’à ce deuxième éclat pour ce projet qu’ils qualifient eux-mêmes de très biographique. Proposant une musique de relief avec une œuvre qui se veut graphique, si Vous Autres a assez peu d’espoir en l’humanité, il laisse malgré tout apercevoir de la lumière tout en semblant avoir trouvé la sienne.

« Le fait d’être anonymes laisse aussi une part de liberté créative. »

Radio Metal : Vous Autres est un duo assez énigmatique. Est-ce que c’est votre premier projet musical ou aviez-vous d’autres groupes en parallèle à Vous Autres ?

₣ (guitare, basse, claviers, chant) : C’est le premier à proprement parler. Nous avons eu plein de projets avortés, des projets mort-nés. Globalement, nous avons fait tous nos projets tous les deux parce que nous nous connaissons depuis des années avec B et c’était plus sympa, mais celui-ci est le seul que nous avons réussi à concrétiser.

β (chant principal) : Ce n’est pas faute d’avoir essayé de faire d’autres choses avant, un peu plus différentes, mais rien de vraiment concret, finalement.

C’était toujours centré sur vous deux ? Vous saviez que vous vouliez faire un projet ensemble ?

Oui et il y avait toujours cette volonté de faire de la musique extrême. Ça s’est fait naturellement.

₣ : Nous avons une relation qui fait que nous sommes très potes et nous avons les mêmes goûts, les mêmes attentes musicalement parlant. Au lieu d’essayer de faire des groupes avec des gens que nous ne connaissons pas spécialement ou avec qui nous avons moins d’intimité ou de relation, c’est quand même beaucoup plus intéressant de faire ça tous les deux. En fait, nous ne nous posions même pas vraiment la question, c’est juste que c’est venu naturellement.

β : C’était assez instinctif.

Il y a un certain mystère autour de ce duo. Est-ce que c’est intentionnel de garder votre identité un peu secrète, d’anonymiser qui vous êtes, comme un Deathspell Omega ou un Blut Aus Nord ?

Je pense qu’il y a clairement une volonté d’anonymat. C’est marrant, car le coup de Deathspell Omega et Blut Aus Nord, ça revient souvent, alors qu’il n’y a pas forcément de rapport.

₣ : Nous adorons ces groupes, mais nous ne nous comparons pas du tout à eux ! En fait, vu que le projet n’avait pas forcément énormément d’ambition au départ, nous nous sommes plus dit que nous faisions ça en mettant l’accent sur la musique, et sans plus sur le reste, vu que nous n’avions pas envie de faire des photos de groupe, etc. Au final, avec le temps, d’album en album, nous nous sommes dit : « On a commencé comme ça dès le départ, autant continuer, ça nous va très bien. »

β : Ça permet aussi d’autres choses créatives. Nous réussissons à faire des photoshoots un peu spéciaux, sur le dernier nous avons bossé sur des sculptures… Le fait d’être anonymes laisse aussi une part de liberté créative.

₣ : Je pense qu’il y a même une dimension assez simple, c’est que nous avons des métiers où nous pouvons communiquer avec nos noms, et c’est un détail, mais je n’ai pas forcément envie que mes clients sachent que je fais partie d’un groupe de black metal. Tout le monde ne va pas forcément comprendre. Il y a plusieurs démarches là-derrière.

Vous avez sorti Champ Du Sang en indépendant, en 2019, et puis il y a votre signature chez Season Of Mist, qui a été annoncée en mars dernier. C’est sur ce label que sort Sel De Pierre. Comment cette rencontre s’est-elle passée ?

β : C’est un peu marrant, parce que nous les avions déjà contactés il y a quelques années, à l’époque de Champ Du Sang. Pour Trente Pièces d’Argent, nous n’avions pas du tout cette volonté, nous nous étions dit qu’ils n’en auraient rien à foutre. Avec Champ Du Sang, nous avons envoyé un message au label, qui n’a jamais répondu [rires]. Puis sur le troisième opus, ça a été la même chose et au final, un jour, nous recevons un mail de Michael [Berberian], le boss de Season Of Mist, qui nous dit : « Bon, les gars, c’est pas mal tout ça. Vous nous tenez au courant sur la suite. » Nous étions en train de préparer le troisième, donc ça tombait à pic. Nous lui avons fait écouter, il a kiffé et nous avons signé. C’était très naturel.

₣ : C’est vrai que c’était assez surprenant. Tu disais tout à l’heure que nous avions sorti en indépendant Champ Du Sang, mais pas vraiment d’ailleurs, car au final, nous n’avions pas de gros label derrière nous, mais nous avons bossé avec un gars qui s’appelle Aaron [Pickford], qui est le rédac’ chef d’un webzine qui s’appelle Sludgelord. Et il avait fait un petit label qui commence à devenir pas mal maintenant…

β : Ils ont un énorme de catalogue de sons un peu plus doomy, stoner et compagnie, c’est pas mal.

₣ : Nous avons donc bossé avec ce gars sur Champ Du Sang, il nous a permis de pouvoir sortir le truc en mode digital et de sortir de notre grosse cave où nous avions sorti Trente Pièces d’Argent ; nous l’avions droppé sur Bandcamp et nous n’avons rien fait d’autre après, pas de communication, rien, nous l’avions vraiment juste uploadé et c’est tout.

β : C’est un brouillon, cet EP !

₣ : Et lui s’est vraiment décarcassé pour essayer de faire connaître le projet. Il avait investi un peu d’argent pour les tapes. Au final, c’est grâce à lui que nous sommes arrivés aux oreilles de Season Of Mist, car c’est simonxsludge [Simon Hawemann], sur Instagram, le guitariste d’un groupe qui s’appelle Nightmarer, anciennement d’un groupe de deathcore qui s’appelait War From A Harlots Mouth. Ce gars-là nous a mis dans un de ses tops de l’année, ce qui nous avait fait super plaisir à l’époque, et j’ai cru comprendre que c’est comme ça que Michael a pris le temps d’écouter le groupe. C’était super marrant, parce que nous, nous avions envoyé un message et nous n’avions jamais reçu de réponse…

« Honnêtement, jusqu’à avant de signer [avec Season Of Mist], nous pensions que ça n’allait jamais se faire ! »

β : Quand nous avons reçu le mail, nous avons cru à une blague, parce que c’est quand même un label que nous écoutons depuis que nous sommes ados. C’était assez surprenant.

₣ : Honnêtement, jusqu’à avant de signer, nous pensions que ça n’allait jamais se faire !

β : Nous croyions que le mec se foutait de notre gueule, littéralement, mais en fait, pas du tout ! [Rires]

₣ : Nous sommes super contents, car nous sommes conscients de l’exposition que ça donne au projet, nous sommes contents de leur aide, parce qu’ils ont une grosse équipe, il y a du taf sur pas mal de choses, ça prend beaucoup de temps, mais c’est cool. Et puis juste pour nous, la possibilité d’avoir l’album qui sorte en physique prochainement, partout, sur toutes les plateformes et de l’avoir en vinyle ! Notre rêve, depuis le début que nous avons commencé à faire de la musique, était de faire des vinyles. Là nous allons bientôt les recevoir. C’est le moment, je crois que ça va être notre « lifetime achievement » pour tous les deux de voir ça en vrai et de dire : « Enfin ! »

Par rapport à ce que cette collaboration avec Season Of Mist vous a apporté, est-ce que ça a aussi affecté le développement du dernier opus ?

β : Pas du tout. Déjà, l’écriture de Sel De Pierre était quasi finie au moment où nous avons reçu le mail de Michael.

₣ : Même pour l’enregistrement, c’était juste quelques discussions, mais au final, nous avons préféré faire des choix sur certains trucs. Mais globalement, non. En fait, ça nous a permis de nous remettre en cause, parce que nous n’avions pas forcément d’ambition particulière au départ. Je ne dis pas que nous avons une ambition de ouf maintenant, mais nous savions que là, il ne fallait pas que nous nous plantions, surtout auprès de Season Of Mist, parce que vu qu’ils investissaient de l’argent dans le projet, nous ne voulions pas les décevoir. Mais non, globalement ça se passe bien. Ils sont cool.

Il y a un beau catalogue black nouvelle génération chez Season Of Mist, avec notamment Misþyrming, le nouvel album de Gaerea et bien sûr, les Français de The Great Old Ones et Regarde Les Hommes Tomber. Vous identifiez-vous à ces projets-là d’une certaine manière ? Est-ce que ça peut même être des groupes référence pour vous ?

Non [rires].

β : Enfin, The Great Old Ones en fait clairement partie, mais je ne suis pas sûr que ça ait une influence sur le projet qu’est Vous Autres. Après, nous avons des goûts assez éclectiques, nous écoutons beaucoup de musique extrême. Les groupes que tu viens de citer, effectivement, nous les avons pas mal écoutés…

₣ : Et nous les avons vus en concert plein de fois. Pour certains, même, nous les connaissons. Si je devais citer un des groupes du catalogue de Season Of Mist qui aurait pu influencer le projet, ça aurait été, de loin, Der Weg Einer Freiheit. Nous les avions découverts bien avant qu’ils signent chez Season Of Mist, c’était à l’époque de leur premier EP, quand ils n’avaient pas encore de batteur, et c’était sur MySpace ! Je m’étais pris une énorme claque, en me disant : « Putain, on peut faire du black metal tout en ayant une belle prod, et on peut faire un truc audible et cool ! », là où c’était encore l’époque des prods dégueu. Je pense que ça nous a tous les deux beaucoup influencés.

β : Der Weg a vraiment été une petite claque, un petit choc esthétique pour nous deux à l’époque.

₣ : Et puis il y Shape Of Despair qui est un de mes groupes de doom préférés… Il y en a plein, en fait. Mais Regarde Les Hommes Tomber et The Great Old Ones, nous avons énormément de respect pour ce qu’ils font ; J’aime beaucoup The Great Old Ones, j’aime aussi beaucoup Regarde Les Hommes Tomber – moins, mais j’aime beaucoup aussi. Regarde Les Hommes Tomber, c’est la fierté de Nantes, c’est l’un des plus gros groupes de metal extrême français maintenant, ce qu’ils ont réussi à faire est impressionnant, mais au départ, ça n’a pas forcément été la référence pour nous. Car nous les avons connus aussi au tout début, nous avons fait leur premier concert…

β : Ils n’avaient même pas de chanteur à l’époque, je crois ! C’était vraiment la première date.

₣ : Après, nous sommes super contents d’être avec eux. Nous ne nous considérons pas du tout que nous avons la légitimité d’être avec eux, mais nous sommes contents, c’est cool ! [Rires] Eux ont vraiment fait leurs preuves, alors que nous, nous considérons peut-être moins avoir fait nos preuves, jusqu’ici. Mais ça reste cool.

Plus généralement, quels sont les groupes que vous écoutez, qui ont du sens dans votre musique et qui vous inspirent dans ce que fait Vous Autres ? Apparemment, ça reste assez large, donc on est assez curieux de savoir ce qui anime ce groupe, ce que vous avez écouté pour alimenter Vous Autres…

β : Je crois qu’au début, pour le premier EP, nous étions clairement influencés par Admiral Angry, Black Sheep Wall, Love Sex Machine, Primitive Man… De la petite dentelle, quoi ! [Rires] De fil en aiguille, nous n’écoutons pas que ça, évidemment, sinon nous serions complètement teubés. Il y a énormément de choses, en fait. Il y a aussi du Shape Of Despair…

₣ : Il va y avoir beaucoup de doom, beaucoup de black metal, c’est indéniable. Je sais que ces derniers temps, j’étais beaucoup dans la scène black dutch, avec des groupes comme Verwoed qui sont incroyables à mes yeux. Et vu que je suis aux Pays-Bas, c’est encore plus simple de les découvrir. Il y a beaucoup de black, même la scène islandaise qui a été ultra-prolifique ces dernières années et qui est complètement incroyable…

« Je pense que nous commençons maintenant à nous détacher très clairement de l’influence de Celeste, mais sur le premier EP, c’était vraiment l’influence. Notre exercice était même presque de dire : ‘On veut faire un groupe à la Celeste’. »

β : Il y a aussi tout ce qui est cascadian black metal, Wolves In The Throne Room…

₣ : C’est vrai que sur la partie metal, ça influence. Sur tout le reste, nous allons avoir des influences qui vont être hyper hip-hop, avec énormément d’électronique car nous sommes tous les deux énormément fans d’électronique. Je pense que c’est la chose que nous écoutons le plus au quotidien.

β : Aphex Twin, de l’EDM, du trip hop, beaucoup de choses qui ne se ressemblent pas forcément.

₣ : Ce que j’apprécie quand j’écoute des trucs ailleurs, c’est qu’il y a plein de choses que l’on retrouve dans le metal. Par exemple, si nous devions parler du côté « chialade » du groupe, je dirais que l’influence principale est Amenra, classique que tout le monde connaît.

β : Il y a aussi Celeste, c’est une énorme influence ! C’est un des groupes, quand je les ai vus en live, je me suis dit : « Putain, c’est un truc de ouf, personne n’arrive à leur cheville ! »

₣ : C’est une influence non cachée, clairement. Ça a même été un peu le point de départ, ce qui a lancé Vous Autres. Ça remonte à un projet que nous avions déjà en 2011 : nous avons fait ce projet quand nous avons découvert Celeste à l’époque, que nous avions vu à la Scène Michelet, à Nantes, c’était incroyable !

β : On ne voyait que dalle, mais c’était complètement ouf !

₣ : Oui, on ne voyait que dalle, et je crois que je suis sorti de la salle un peu sourd [rires]. Mais l’époque où Celeste faisait de gros trucs sludge avec des sons, des passages abusément lourds, ils avaient des strobo et tout le bordel…

β : Je me souviens que le chanteur s’était excusé de la quantité de fumée qu’il y avait, parce que c’était complètement indécent. Je pense qu’on ne pouvait pas se voir à dix centimètres, mais l’atmosphère était incroyable !

₣ : Je pense que nous commençons maintenant à nous détacher très clairement de l’influence de Celeste, mais sur le premier EP, c’était vraiment l’influence. Notre exercice était même presque de dire : « On veut faire un groupe à la Celeste. » Et maintenant, plus trop. Mais c’est un groupe que nous adorons. Quand tu parlais des groupes desquels nous pouvions nous rapprocher, du genre Regarde Les Hommes Tomber, The Great Old Ones, nous nous rapprocherons bien plus de Celeste, de cœur et musicalement. Nous avons un énorme respect pour ce qu’ils font, c’est incroyable. J’ai même été à Lyon spécialement pour les voir.

β : Je ne comprends pas comment ça se fait qu’ils ne soient pas plus connus que ça…

₣ : Et puis ils ont une super identité graphique ! Après nous écoutons plein de trucs, et beaucoup d’électronique, surtout.

Musicalement, on a l’impression qu’avec ce nouvel album, vous mettez encore plus de relief. Il y a peut-être encore des passages plus introspectifs que sur le premier, plus de nuances. Est-ce que pour vous, c’était vraiment une volonté d’évoluer vers ça ou est-ce que vous considérez être dans la continuité de Champ Du Sang avec Sel De Pierre ?

Musicalement parlant, pas vraiment. En fait, nous n’avons pas eu de planning prévu depuis le départ, et après la sortie de Champ Du Sang, nous ne savions pas si nous allions en refaire un autre. C’est en fonction de comment ça vient, je ne saurais pas dire…

β : En fait, ça s’est fait naturellement. Je ne pense pas qu’il y ait vraiment eu de volonté de se dire : « On va assagir la chose ou nuancer un peu plus les ambiances. »

₣ : Après, nous écoutons aussi de plus en plus de musique autre que du metal. J’imagine que nous aurons tendance à mettre du relief, même si c’est un truc qui a toujours eu une grosse importance dans notre projet, parce que faire que du metal extrême, perso, ça me fait chier. Je n’ai pas envie de faire ça. L’idée est vraiment d’apporter des émotions. Il s’agit de jouer avec les contrastes. C’est un truc qui fera quasiment toujours partie du projet. C’est ce que nous voulons. À choisir entre des morceaux où il n’y a pas de contraste et des morceaux avec plein d’ambiances, ça sera toujours plus full ambiance, que full metal à fond. Je considérerais même presque que sur Champ Du Sang, nous avons plus essayé de le faire…

β : Mais c’était peut-être moins réussi [rires]. Après, c’est aussi cool de se dire que quand tu écoutes le premier EP, ça n’a strictement rien à voir, je trouve. Peut-être que nous l’avons trop écouté et que nous n’avons aucun recul sur la question, mais c’était vraiment beaucoup plus metal, beaucoup plus influencé par des groupes du genre Lord Mantis, Love Sex Machine, avec un son vraiment crado. Là, sur le dernier, j’ai l’impression que nous avons essayé d’adoucir un peu tout ça, mais tout en gardant ce truc roomy, ambient…

₣ : Nous essayons de mettre plus d’émotions à chaque fois.

β : Le fait de créer des enveloppes, c’est un truc important.

« Nous ne nous posons pas vraiment la question de savoir ce que les gens peuvent ressentir. Parce qu’il y a aussi un truc important, c’est que quand nous bossons dessus, à la fin, moi, je ne ressens plus rien. »

Le fait que les morceaux soient plus courts, est-ce que c’était dans cette même démarche ? Cet album est quand même beaucoup plus concis que le précédent…

₣ : Ce n’est pas vraiment une démarche, c’est plus une remarque sur Champ Du Sang, où nous nous sommes rendu compte qu’un pavé d’une heure, il faut te le bouffer dans la tronche.

β : Je suis incapable de l’écouter entièrement, ce truc !

₣ : Pareil ! [Rires] Du coup, en constatant ça, nous nous sommes demandé si ça valait vraiment le coup. Je pense que nous avions la peur classique, lorsque nous sortions notre premier album, de manquer de son et de ne pas mettre assez de musique. En fait, c’est aussi bête que ça ; nous avons pris beaucoup de temps pour le composer – ça s’est fait assez vite, mais au moment où nous étions censés enregistrer le chant ensemble avec B, j’avais composé de mon côté quatre nouveaux morceaux, donc nous en avons calé deux en plus dedans…

β : Et nous avons fini par faire un énorme monolithe ! [Rires] Ce qui n’est pas forcément judicieux…

₣ : Nous n’avons pas cherché à faire ça sur Sel De Pierre. Nous avons plutôt préféré nous dire : « OK, il est fini. On a tout ce qu’on a besoin de dire dans celui-ci », et je pense que nous sommes passés par toutes les étapes de ce que nous cherchions à faire. Il n’y avait donc pas besoin d’en rajouter, pas besoin d’aller plus loin. En plus, nous avons tendance à faire des trucs assez longs vu que nous avons un tempo hyper lent. Du coup, notre idée était de faire un album que nous puissions, pour une fois, écouter entièrement.

β : Et même en termes de structure, il y a des jeux d’interludes, d’intro, d’outros… C’est peut-être un peu plus rythmé, entre des passages très violents et des passages beaucoup plus posés.

₣ : En tout cas, nous nous sommes permis plus de choses sur celui-ci, en termes d’expérimentations.

On a l’impression qu’il y a une volonté de maintenir en tension votre auditeur dans votre musique ; malgré ces passages plus aériens, les pistes instrumentales, etc., ça reste vraiment sombre. Dans l’idéal, dans quelle atmosphère voulez-vous plonger l’auditeur, celui qui écoute Vous Autres, et celui qui écoute Sel De Pierre ?

β : C’est une bonne question, je ne me la suis jamais posée. En fait, je crois que nous n’avons même pas trop pensé à l’auditeur… Quand nous avons fait ce projet, nous nous sommes dit que nous voulions juste faire la musique que nous kiffons et qui, émotionnellement, nous parle énormément. C’est limite plus à vous de nous dire comment vous ressentez la chose ! Il y a beaucoup de thématiques, il y a de la nostalgie, de la tristesse évidemment, il y a aussi de la colère, il y a plein de choses différentes… Nous essayons vraiment de mettre un peu de tout ça.

₣ : C’est vrai que nous ne nous posons pas vraiment la question de savoir ce que les gens peuvent ressentir. Parce qu’il y a aussi un truc important, c’est que quand nous bossons dessus, à la fin, moi, je ne ressens plus rien. C’est plus ou moins dépossédé, je ne le vois pas vraiment comme un truc où les gens vont le bouffer en un coup et se dire : « Ah OK, je ressens ça. » Je le vois par exemple avec certains de nos amis, à qui nous avons fait écouter l’album au départ, eux avaient une vraie image du truc, dont un pote super proche du projet qui se reconnaîtra. Lui a pu tout écouter depuis le départ, et là où il pouvait faire une image de Champ Du Sang, dans un truc super urbain, super sombre, hyper dégueu, il a commencé à nous dire qu’il voyait plus d’espoir, qu’il y avait juste une pointe de lumière sur cet album, une chose que nous ne voyions pas forcément au départ, parce que c’est en fonction de ce que les autres ressentent, que nous allons nous permettre de nous dire : « Bon, ça devrait plus être dans cette veine-là. » Honnêtement, je pense qu’au départ, nous n’avions même pas vraiment d’idée à savoir si c’était plus sombre ou moins sombre.

Du coup, je vais vous poser la question dans le sens inverse : que ressentiez-vous, vous, au moment de composer ces morceaux-là ?

De la tristesse ! [Rires]

β : On ne va pas se mentir, les gens qui bossent sur cette musique-là, qui l’utilisent comme un exercice créatif, c’est souvent pour expulser une négativité ou des choses comme ça. Effectivement, je pense que pour Trente Pièces d’Argent, que ce soit F ou moi, nous n’étions pas forcément dans une très bonne période dans la vie en général. Pour le deuxième opus, c’est sensiblement la même chose, je pense…

₣ : Je pense que ce qui a fait la grosse différence sur celui-ci, c’est que nous étions juste mieux. Au fond, nous avions moins envie de tomber sur un truc ténébreux… Enfin, ça reste quand même ténébreux, l’idée est quand même de faire du black metal, donc forcément, nous aimons quand c’est noir. Mais je pense que c’est là où nous parlions de relief tout à l’heure, nous avons essayé d’apporter plus de nuances, de lumière, et pas juste de la musique super dépressive. C’est quelque chose que nous aimons toujours, et pour lequel nous nous étions dit, sur un prochain : « Est-ce qu’au final, on ne partirait pas sur un truc plus sombre, comme avant ? », parce que c’est quand même quelque chose que nous aimons et que j’aime écouter dans les anciens. En même temps, c’est là où je me dis que c’est cool car chaque album, chaque morceau…

β : C’est un peu comme une biographie, en fait.

₣ : Oui, c’est plus des périodes de vie qu’autre chose.

β : Dans les premiers albums, ça parle de beaucoup de choses très personnelles, que ça soit pour F ou pour moi, là où le dernier est beaucoup plus contemplatif. Nous prenons beaucoup plus de distance sur ce qui nous entoure.

« Chaque album, chaque morceau… c’est plus des périodes de vie qu’autre chose. »

Avant de creuser un peu plus le concept, si B est le chanteur principal, on a quand même une proposition de quatre voix différentes, toujours dans un registre torturé ou émotionnel, avec du chant féminin, notamment. Cette pluralité était-elle nécessaire pour votre propos ou par rapport à votre concept musical ?

₣ : Alors déjà, il n’y a pas de chant féminin, c’est un chant masculin ! C’est très drôle, car tout le monde a dit ça, et ça nous fait rire à chaque fois, et particulièrement notre pote qui a chanté là-dessus ! Ce n’est pas une chanteuse, c’est un très chanteur qui s’appelle RSTD [Aristide H.Prévert] qui est un pote proche du projet depuis le départ, qui jouait avant dans un groupe qui s’appelait Taste The Void, un excellent groupe de post-hardcore nantais. C’est un pote proche du projet, il fait beaucoup d’électronique, et nous avions été séduits par sa voix en électronique. Nous voulions apporter un truc différent. Vu que la démarche sur cet album a été d’expérimenter un peu plus de choses, d’où les préludes et les interludes un peu plus électroniques qu’avant, voire certains morceaux où il n’y a même pas de guitare, nous nous sommes dit : « Autant continuer dans cette voie et essayer de proposer un truc qui même nous va nous surprendre. »

β : C’est toujours cool de redécouvrir un son, quand tu sais que tu as un pote qui le réinterprète. Quand tu as la tête dans un truc, tu finis par ne plus rien capter, tu n’as plus du tout de recul. Et là, avec RSTD, typiquement, quand nous avons reçu ses prises chant, nous avons halluciné. Sur le coup, c’était surprenant, nous redécouvrions un deuxième morceau.

₣ : L’idée était vraiment de nous surprendre nous-mêmes et nous nous sommes dit que ça pourrait être cool d’aussi surprendre l’auditeur. Vu que nous avions déjà fait le feat avec Maxime [Fevbet] de Deluge – un très bon feat avec un gars en or, avec qui nous avons adoré bosser, hyper pro, avec une putain de voix –, nous ne voulions pas faire un deuxième feat qui soit exactement la même chose. Après, nous aimons bien le principe des feats – au départ nous en avions même un troisième, que nous avons finalement retiré – parce que nous aimons bien cette culture électronique et hip-hop qui a tendance à balancer des feats tout le temps.

β : Et puis c’est agréable aussi, dans le sens où nous ne sommes que deux. Si nous étions cinq ou six personnes, ça ne serait peut-être pas le cas.

Tu as parlé de Maxime de Deluge, comment ça s’est fait ? Vous connaissiez-vous déjà d’avant ?

₣ : Maxime et moi, nous faisons le même métier et du coup, on se followait tous les deux via notre métier, sur Twitter. Donc ça ne commence pas d’une très belle histoire, honnêtement ! [Petits rires] Nous avions déjà quelques contacts dans d’autres trucs, où nous nous étions dit : « Pourquoi pas, on peut essayer de demander à telle personne. » Mais en fait, dès le départ, nous avons toujours apprécié Deluge, et je pense que nous avions tendance à nous rapprocher d’un groupe comme eux, dans la démarche, du moins. Nous nous étions dit que ça pouvait être le moment. En réalité, nous avions méga peur de nous prendre un gros OSEF, que nous nous prenions un énorme vent et que le mec nous dise d’aller nous faire foutre…

β : En fait, il s’avère qu’il kiffait le projet !

₣ : Oui ! Il a répondu super gentiment et c’était super cool. Après, c’est surtout B qui a bossé avec lui…

β : Ça s’est fait assez naturellement. Nous avons fait l’écriture à deux. Le morceau s’appelle « Vesuve ». Maxime a trouvé cette idée géniale… Nous étions partis du principe que nous voulions un genre de tableau un peu graphique, nous voulions essayer de penser la musique comme un tableau, et nous avons évoqué l’idée de l’éruption volcanique. Il s’avère que c’est quelqu’un qui adore la montagne, il est né dans les Alpes, si je ne dis pas de connerie. La thématique lui a donc énormément parlé et nous avons construit là-dessus, aussi simplement.

₣ : C’est cool qu’il ait écrit sa partie, en plus. Ça donne vraiment du caractère. Ce n’est pas juste un mec qui pose sa voix. Il a vraiment pris part au projet. C’est pour ça que nous avons tout donné sur ce morceau, que nous avons fait le clip, etc. Pour nous, c’était le morceau le plus parlant de l’album.

On aurait pu commencer l’interview là-dessus, mais que signifie, pour vous, le nom Vous Autres ? Est-ce qu’il y a une volonté de vous différencier des autres et, dans ce cas-là, qui sont ces autres ? Ou est-ce que vous mettez toute l’humanité dans le même panier ?

β : Tu as presque répondu à la question, je pense…

₣ : En gros, il n’y a pas de volonté prétentieuse du tout du projet de faire ça. Quand nous bossions sur le premier EP, nous avons cherché à trouver un nom qui représentait plus ou moins ce que nous ressentions lorsque nous avions écrit ça, et c’était clairement de la misanthropie. Je trouvais que ça faisait bien de mettre une distance entre les gens et, même pas forcément nous, mais entre les gens et la musique.

β : Ce projet, c’est vraiment le vecteur entre nous et l’auditeur, et ce terme « vous autres », je trouve qu’il fonctionnait bien. C’était vraiment pour décrire la place de ce projet.

₣ : Et puis nous ne voulions pas trouver un truc en anglais…

β : Oui, nous ne voulions pas d’un truc à base de trois, quatre mots anglais complètement alambiqués… Nous voulions un truc assez simple, assez efficace, et francophone parce que le projet est francophone.

Justement, vous chantez en français. Quelle est l’importance que vous accordez aux textes par rapport au reste de la musique ? J’ai vu que vous les laissiez apparaître sur Bandcamp, en tout cas pour le premier album…

Une fois de plus, nous disions que ce projet était un peu biographique… L’écriture, je la fais le soir, après une sale journée, après une routine, je n’en sais rien. C’est vraiment quelque chose de complètement naturel. Ce n’est pas complètement biographique, dans le sens où de temps en temps il y a forcément des images, des analogies, des trucs plus hallucinés, etc. Comme sur le dernier, c’est beaucoup plus contemplatif, beaucoup plus graphique.

« Nous sommes vraiment sur un thème graphique. Les mots sont plus là pour essayer de donner une peinture de quelque chose, plutôt que pour se complaindre et d’essayer d’exprimer une lutte sociale. »

Le premier, on a l’impression qu’il est beaucoup plus cru dans les textes, beaucoup plus humain, et le deuxième, comme tu dis, a l’air plus graphique, plus axé sur la nature…

Oui. Je pense que c’est comme ça que nous l’avons vu. Le dernier album, je le trouve hyper graphique, dans le sens où même dans l’esthétisme des clips, nous avons vraiment essayé de tout relier. C’était compliqué de parler de choses très terre à terre, il fallait rester un peu nébuleux, parler de paysages… Le dernier parle énormément de nature. Je viens de la campagne et habitant en ville, ces derniers temps, ça a vraiment été une énorme nostalgie, et je crois que j’avais besoin de parler de ça. Là où les premiers sont peut-être plus urbains.

₣ : Sur les deux premiers, il y avait ce côté beaucoup plus personnel. Au final, même si ça peut ne pas forcément se ressentir comme ça dans un texte, l’idée derrière était poussée vers un titre de chanson ou un texte complet. C’était un peu l’idée des deux premiers, nous avions utilisé des titres d’événements bibliques…

β : C’était purement un clin d’œil black metal. Il ne s’agissait pas de faire une thèse, nous ne sommes pas théologiens. Je t’avouerais que la religion ne m’intéresse que très peu ! C’est naturel, c’est même des fois complètement teubé. C’est fait de façon instinctive.

₣ : Trente Pièces d’Argent, ça parlait globalement de trahison, c’était le fil directeur de l’album, et Champ Du Sang, c’était plus regret, nostalgie, etc. alors que Sel De Pierre, c’est totalement une rupture avec ça, surtout en termes de lyrics, parce que nous sommes vraiment sur un thème graphique. Les mots sont plus là pour essayer de donner une peinture de quelque chose, plutôt que pour se complaindre et d’essayer d’exprimer une lutte sociale. Ce qui était beaucoup le cas dans les deux premiers.

Il y a un fil directeur dans ce dernier album, le sel de pierre, le salpêtre, le nitre, qui était l’un des composants de la fabrication de la poudre noire, donc il y a peut-être un rapport avec ce que tu disais sur les volcans…

β : Tu as complètement relevé le truc, c’est super cool, merci ! Le sel de pierre, c’était aussi les larmes. Je parle de graphique, de nature, mais en fait, il y a énormément d’analogies, notamment sur « Onde », où il y a une double lecture. Tu peux parler des répercussions des choix que tu peux faire, tu peux parler de l’onde dans le sens du temps qui passe, qui est ce sur quoi le clip est conçu.

Ça reste une musique assez pessimiste, qui flirte souvent avec la misanthropie, qui laisse assez peu d’espoir, même si vous avez dit que certains pouvaient y trouver une note de lumière. Est-ce que c’est une philosophie que vous avez personnellement ou est-ce une réaction par rapport à votre quotidien, au monde actuel, que vous avez besoin de mettre en musique ?

Nous ne sommes pas des mecs dépressifs, en tout cas !

₣ : Si ça peut vous rassurer, nous n’allons pas nous flinguer la semaine prochaine, normalement ! [Rires] Je pense que comme tout le monde, nous avons eu les mêmes épisodes pourris de la vie. Et en même temps, c’est un truc assez marrant, car quand je compose, j’ai tendance à composer des trucs tristes, mais au final, il faut que je sois dans un bon mood pour composer. Si je suis dans un mood vraiment pas cool, je vais composer que de la merde et je vais finir par composer un truc qui va, certes, être très sombre, mais qui ne va pas être intéressant.

β : Moi, a contrario, je me sens créatif quand je déprime !

₣ : Je dirais que de l’espoir, nous n’en avons plus, mais je pense que c’est aussi le fait de vieillir. Nous ne sommes pas de gros dépressifs, en tout cas. Nous ne sommes pas à la dernière ligne droite, nous aimons encore la vie sur certains points, et c’est même pour ça que nous faisons ça ! [Rires]

On va parler de l’esthétique visuelle et des artworks : vous avez bossé sur l’EP et les deux albums avec Romain Barbot, qui est illustrateur et qui use de la même technique, avec une couleur dominante à chaque fois. Est-ce qu’il y a une volonté de proposer une continuité thématique et artistique via ces illustrations ?

β : Clairement ! Déjà, il faut savoir que Romain Barbot, de son blase iamsailor, nous sommes vraiment des fans incontestés de son travail graphique, et c’était assez évident pour nous de l’approcher pour bosser ensemble.

₣ : Et son travail musical, aussi !

β : Oui, il est dans Saåad, qui est un projet drone/ambient. Il a pas mal bossé avec une scène que nous kiffons, la scène de Laval, Celeste…

₣ : Il y a aussi As We Draw, même Plebeian Grandstand, la scène black de Toulouse, etc. Il a toujours eu un style qui avait tendance à sortir du lot. Nous aurions pu partir avec Fortifem, qui sont des copains, et ça aurait été très cool. Nous adorons ce qu’ils font, mais ça ne nous correspondait pas, dans le sens où nous n’avions pas envie de faire de la gravure. Nous voulions plus un truc brut.

β : À l’image du début du projet, qui était complètement du bricolage !

₣ : Et qui est toujours du bricolage d’ailleurs ! Nous cherchions surtout un gars qui avait une patte graphique différente de ce que nous aurions pu proposer au sein même du groupe. Nous voulions un gars à qui nous pouvions faire confiance. Quand nous avions bossé avec lui la première fois, il nous avait proposé la première pochette quasi à l’identique, nous ne lui avions presque pas fait de retour, nous avons été tout de suite séduits. Sur Champ Du Sang comme sur Sel De Pierre, nous lui avons donné un feu vert, nous n’avons rien retouché. Nous lui avons juste donné une indication de couleur. Nous prenons ce qu’il nous donne, et nous adorons ce qu’il nous fait.

« Je dirais que de l’espoir, nous n’en avons plus, mais je pense que c’est aussi le fait de vieillir. Nous ne sommes pas de gros dépressifs, en tout cas. Nous ne sommes pas à la dernière ligne droite, nous aimons encore la vie sur certains points, et c’est même pour ça que nous faisons ça ! »

Ce côté graphique très tranché, est-ce que c’est vous qui avez essayé de l’insuffler, y compris dans les clips ?

β : Pas du tout. L’exercice du clip, une fois de plus, c’était un exercice créatif intéressant. Les trois clips de Vous Autres sont en 3D. Il s’avère que c’est mon taf, donc je me suis dit que j’utiliserais cette technique-là. Mais non, nous n’avons pas essayé de rebondir sur le style graphique de Romain, loin de là. Nous aurions pu faire une lyric video, mais c’est vraiment un genre de format que nous ne supportons pas. Nous trouvons ça complètement inutile.

₣ : Nous avons essayé d’en faire un, vraiment anecdotique… Mais nous ne voulions pas tomber dans les effets de flamme, de halo et tout.

Vous avez parlé du côté urbain du premier album mais aussi plus électronique du second. Est-ce qu’il y a l’idée de développer quelque chose de presque futuriste-nihiliste, dans le sens où on a l’impression qu’on va forcément vers la destruction ou l’autodestruction ? Je vous demande ça par rapport aux textes, mais aussi musicalement, par rapport aux quelques arrangements qui peuvent donner cet effet-là.

β : Je ne sais pas si c’est vraiment calculé.

₣ : Musicalement parlant, ce n’est pas du tout calculé. C’est simplement que nous nous rapprochons de plus en plus des ambiances synthés et des sons électronisants, juste parce que nous adorons ça et que nous en écoutons tous les deux. C’est une volonté que nous avions dès le départ, d’essayer d’en mettre, et je pense que d’ailleurs, nous continuerons d’en mettre tout le temps, quitte à faire un projet à côté, qui ne sera pas Vous Autres, mais où nous pourrons nous permettre d’explorer encore plus cette piste-là. C’est plus un exercice de style pour nous.

β : Ça crée peut-être moins de contraintes, il y a plus de possibilités créatives, esthétiquement en tout cas.

₣ : Je ne pense pas qu’il y ait cette approche ; même si nous considérons tous les deux que le monde est foutu et que nous ne pourrons rien y faire, il n’y a pas de truc futuriste.

β : La vérité, c’est qu’il n’y a pas de futur, vraiment pas ! [Rires]

Pour quand même parler du futur : avez-vous déjà envisagé de monter un line-up live ou est-ce que Vous Autres est uniquement un projet destiné au studio ?

₣ : C’est la grande question ! [Rires] Jusqu’au deux premiers disques, c’était mort, nous ne voulions pas. Ce n’était vraiment pas dans l’idée, parce que c’est trop de contraintes. Avec le fait d’impliquer d’autres personnes dans ce projet, nous avions peur de nous perdre et de faire comme dans tous les projets que nous avons eus dans notre vie avant, c’est-à-dire finir par faire de la merde et bosser avec des gens qui n’ont pas envie de bosser et gérer trop de personnalités. C’est un truc qui nous paraissait un peu compliqué.

β : Parce qu’avoir un groupe, a priori, c’est une prise de tête, quand même, j’ai l’impression ! [Rires]

₣ : Du coup, l’intérêt, pour nous, c’est que Vous Autres, c’est simple. Ce n’est pas compliqué. C’est la facilité. C’est aussi pour ça que nous avons réussi à proposer un album un an et demi après, alors qu’en réalité, l’album était fini six mois après la sortie de l’ancien.

β : Le dialogue se fait plus rapidement, plus simplement.

₣ : Mais effectivement, nous y pensons. Ce n’est pas encore fait, mais nous y pensons. Nous nous disons peut-être, pourquoi pas. Ce n’est que de la théorie, mais nous savons que nous sommes très exigeants avec ce que nous faisons, même envers nous-mêmes, et nous savons que si demain, nous venions à proposer une expérience live, nous n’avons pas simplement envie de proposer du live pour du live.

β : Nous voudrions bosser sur une vraie scénographie, et c’est énormément de travail et de contraintes.

₣ : Tant que nous n’avons pas fait ça, nous ne le ferons pas, mais si un jour nous arrivons à tout mettre en place pour le faire, nous serons très contents de le faire. Nous serons très stressés de le faire, mais nous serons très contents de le faire. C’est aussi la raison pour laquelle nous ne l’avions jamais fait jusqu’ici, c’est que nous nous sentions trop stressés de le faire.

β : Et tu ajoutes à cela le fait que nous n’habitons pas non plus dans la même ville et le même pays…

₣ : C’est encore plus compliqué !

Interview réalisée par téléphone le 16 septembre 2020 par Jean-Florian Garel & Eric Melkiahn.
Retranscription : Robin Collas.

Facebook officiel de Vous Autres : www.facebook.com/vousautresband

Acheter l’album Sel De Pierre.



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