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CR De Festival    Live Report   

Aux Métallurgicales de Denain, hypnotisés par une tempête mécanique


Pour sa quatrième édition, la programmation des Metallurgicales de Denain a fait fort. Avec une affiche où figurent Anthrax, Meshuggah et Loudblast entre autres, le programme s’annonce bien chargé. C’est sous un soleil intermittent et un temps globalement clément que nous nous rendons donc sur place à Denain pour assister à cette journée métallique sans répit.

Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de ce festival, il fut créé en 2009 à l’initiative du défunt Député-maire de Denain, Patrick Roy, connu dans le paysage politique français pour sa fameuse veste rouge devenue un véritable symbole ainsi que son soutien au monde du metal lors des polémiques entourant la loi Hadopi ainsi que le Hellfest. Les éditions précédentes ont reçu des groupes tels qu’Eths, Adagio, Trust, Mass Hysteria (qui accueillit M. Roy sur scène pour interpréter un morceau à la guitare et au chant) ainsi que des têtes d’affiches internationales telles que Soufly. Cette année, en plus des grands noms mentionnés plus haut, l’affiche comporte un groupe local ainsi que le gagnant du tremplin des Metallurgicales, Noise Emission Control.

Le festival est annoncé en ville par quelques affiches, cependant aucune d’entre elles n’indiquent la direction du fameux « complexe sportif de Denain », après avoir demandé notre chemin, nous arrivons sur place pour un début de journée calme et découvrons le site du festival situé dans un agréable parc légèrement excentré. Le site se divise en deux parties, la partie gratuite du festival qui est en extérieur et la scène où se produisent les têtes d’affiches dans un gymnase. Cet ingénieux concept permet de ramener un certain nombre de festivaliers pour voir des concerts en extérieur déjà bien équipés avec de bons groupes, consommer quelques boissons et prendre un repas au traiteur ou visiter la tente où se tient une sorte de marché metal à l’instar de l’Extreme Market du Hellfest. En intérieur, on trouve l’espace merch des groupes ainsi que la salle du gymnase reconvertie en salle de concert afin d’y accueillir les groupes de la journée. Le seul hic étant le grand nombre de fenêtres n’ayant pas été condamnées laissant peu d’utilité aux lightshows avant la tombée de la nuit. Meshuggah sera donc le seul groupe à bénéficier d’une obscurité suffisante pour réellement développer des ambiances avec ses éclairages.

Après les compte-rendus du Power Prog And Metal Fest, du Sonisphere Espagnol, du Nancy On The Rocks, du Download, du Hellfest, du Graspop et du Main Square, Radio Metal vous propose son live report illustré des Métallurgicales 2012.

Festival : Metallurgicales 2012
Date : 9 Juin 2012
Lieu : Denain


Collapse : des musiciens qui ont satisfait une belle part du public.

Les Londoniens de Collapse, ouvrant les hostilités sur la scène intérieure, ont la difficile tâche de lancer le coup d’envoi du festival alors que seule une très petite part du public est déjà sur place. Et ils s’y attèlent avec enthousiasme, faisant tonner un death metal à éléments thrash. Les deux guitaristes à Flying V riffent lourd tandis que le batteur martèle sa double pédale à fond. Le bassiste, ayant visiblement eu des problèmes avec son sans-fil, semble frustré de ne pas pouvoir se déplacer sur scène, quant au chanteur, tenant à la main un micro vintage (de type « Elvis »), il grogne avec ferveur pendant les morceaux, puis communique chaleureusement – bien que timidement – entre ceux-ci. C’est d’ailleurs cette petite pointe de timidité et ce côté réservé bien qu’amical typiquement british qui donne au charisme de ce frontman quelque chose de sympathique et marquant : peu de groupes cherchent réellement à parler au public en festival, encore moins de façon si simple et naturelle, surtout dans ce style de musique où la majorité des chanteurs hurlent autant entre les morceaux que pendant. « C’est génial de voir autant de monde aussi tôt! » dit-il après quelques titres, un grand sourire aux lèvres. Ils devaient effectivement s’être préparés, sachant qu’ils ouvriraient pour un festival ayant lieu dans une toute petite ville de France, à jouer devant peu de monde. Mais cela ne les empêchera pas de faire une très bonne prestation d’un death metal à la fois brutal et massif tout en étant mélodique, ces deux facettes du genre étant souvent difficiles à équilibrer sans tomber dans l’indigeste. Leur musique parviendra d’ailleurs à toucher une part non négligeable du public, s’éveillant petit à petit pour bouger au son de ce premier groupe. D’ailleurs, le son parvient presque à être bon, voire très bon, mais un grondement venant des caissons de basse et de la double pédale un peu trop forte noient légèrement les guitares. Collapse finit son set sur l’excellent « Forsaken » à l’intro sombre tout en arpèges avant de quitter la scène sous les applaudissements de l’ensemble du public.

Nous enchainons rapidement sur la scène extérieure avec S.O.H., le groupe local se produisant au festival. S’il ne cache pas ses influences thrash old-school au point de ressembler parfois à une parodie – avec des paroles de refrain telles que « In the name of God, in the name of power! » (ndt : « au nom de Dieu, au nom du pouvoir! ») – il faut rapidement leur reconnaître un bon son, un batteur particulièrement bon et globalement une prestation très propre pour un groupe à l’expérience de scène limitée. Le frontman s’adresse au public tantôt en français, tantôt en anglais, tantôt en un mélange des deux et, en fin de set, prendra une guitare pour le dernier morceau, sorte de power-ballad du groupe, avec laquelle il se contentera de faire quelques accords en intro, puis la laissera pendre derrière son dos pendant la majorité du titre avant de refaire quelques accords pendant le solo. Si quelques points de la prestation auront fait sourire, la tâche de jouer à un festival avec des groupes internationaux n’est clairement pas évidente et S.O.H. mérite quelques points pour l’effort.

De retour dans le gymnase, c’est Revoker qui prend la scène avec une sorte de metalcore aux influences Bullet For My Valentine. En effet, le frontman affichera un chant très proche de celui de Matt Tuck rendant parfois difficile de ne pas faire la comparaison avec leurs collègues et compatriotes du Pays de Galles. Les quelques différences se font au niveau du charisme général du groupe, laissant très légèrement à désirer, un son global plus massif – en particulier un excellent son de basse, bien que les cheveux courts pleins de laque du bassiste dénotent quelque peu avec reste du groupe chevelu, mais quelle importance ? – ainsi que des riffs plus simples et moins accrocheurs que chez leurs collègues susmentionnés. Si la prestation scénique est plutôt bonne, la musique du groupe manque quelque peu de relief et notre esprit se retrouvera rapidement à la dérive, constatant avec amusement que le groupe est sponsorisé par Jägermeister, puis remarquant la discrète affiche « Highway to Heaven » où figure la célèbre veste rouge en hommage au défunt Patrick Roy, fondateur du festival et député du Nord. Notre attention revient à Revoker qui dédie son dernier morceau « Stay Down » à Anthrax, avec qui les Gallois semblent bien entendu contents de partager la scène.

Noise Emission Control : une vraie prestation rock’n’roll.

Changement complet d’ambiance, Noise Emission Control œuvre dans une sorte de rock ‘n’ roll aux penchants punk et thrash à l’ancienne, au chant en français avec quelques titres en anglais, et au frontman quelque peu déjanté mais à qui il faut reconnaître beaucoup de charisme et un certain talent vocal. Il faut comprendre qu’on n’est pas ici dans un metal moderne, sombre et aseptisé, mais bien dans une bonne vieille production à la française, présentant une diversité vocale surprenante – allant jusqu’à faire des couplets entiers sans accompagnements – mais surtout des grooves nous renvoyant quelques décennies en arrière. Le guitariste rappelle quelque peu Scott Ian d’Anthrax tandis que la barbe du bassiste évoque Kirk Windstein de Down. Le chanteur se retrouve rapidement le torse à l’air: tous les éléments y sont pour une prestation rock’n’roll de la part des gagnants du tremplin des Métallurgicales. Lors du dernier morceau, le groupe parviendra à casser simultanément une corde de guitare et de basse (du jamais vu !), résultant en un « On a pété une corde de basse ! Bon, bah je me suis pété une corde vocale aussi ! ». Manque de bol notable sur le dernier morceau, Noise Emission Control aurait pu se décourager, remercier son public et s’en aller comme l’aurait fait presque n’importe quel groupe, ils prennent cinq minutes pour changer de guitare et remplacer la corde manquante sur la basse avant de reprendre le morceau du début, et nous comprenons vite pourquoi : le titre s’achève sur un riff énorme à s’en décrocher les cervicales, concluant ce set avec brio et sur une très bonne impression.

La prestance scénique de Loudblast est indéniable !

L’arrivée sur scène de Loudblast, dont le dernier album a fait pas mal de bruit, témoigne d’un groupe qui ne date pas d’hier et qui maitrise son sujet. Le sample d’intro rappelant une marche militaire à la caisse claire sera suivie d’une arrivée triomphante de la bande à Stéphane Buriez, les poings en l’air, avant d’attaquer sur leur premier morceau. Si les pionniers du death metal français sont en forme, en particulier Buriez au charisme et à la voix impressionnants mais aussi le bassiste rappelant un certain David Vincent de Morbid Angel, la différence avec les précédentes prestations de la journée se fera surtout niveau public. En effet, dans la fosse plus fournie, les premiers vrais pogos du festival se lancent sur la brutalité de Loudblast, une armée de poings se levant pour appuyer le rythme dans les passages lents. On a ici affaire à un groupe qui sait tenir son public en plus de la scène. Il n’y a pas de doute, après presque 30 ans de carrière, Loudblast est une machine de guerre bien huilée écrasant tout sur son passage.

Prime Sinister : un groupe qui n’a pas été aidé par son public…

« On est Prime Sinister, et on va faire du bordel ensemble. » Simple et efficace comme introduction de la part de Pills, frontman du groupe français nous jouant un stoner/thrash sans concessions. Malheureusement, bordel il n’y aura pas, d’une part, le public se remet encore du set de Loudblast et se prépare psychologiquement pour l’arrivée d’Anthrax, d’autre part l’énergie sur scène ne sera pas au rendez-vous. C’est un cercle vicieux connu de tout musicien : le public n’étant pas au rendez-vous, le groupe n’arrive pas à prendre ses aises sur scène, donc le peu de public présent ne répond pas à la musique, donc le groupe n’arrive pas à prendre ses aises sur scène. En effet, il est plutôt démoralisant de voir un groupe pourtant très bon jouer devant une poignée de metalleux blasés tandis que la majorité du public fera la queue devant le bar ou les traiteurs pour acheter un morceau à manger et discuter entre eux. Si Pills, avec sa nonchalance et sa désinvolture parviendra à rester dans la peau de son personnage de scène malgré sa déception apparente, nous avons affaire à un bassiste totalement apathique et à un batteur extrêmement raide et concentré sur son jeu. Le power-trio issu de la scission d’Undercover Slut nous joue une musique de haut niveau technique avec moult solos digne d’un Zakk Wylde, mais c’est au niveau du chant que se fait sentir une certaine insuffisance, tant du côté du frontman que des chœurs du bassiste. Prime Sinister terminera sa prestation sur « The Fifth Season » dédiée à Patrick Roy, obtenant une réaction tardive du public qui rentrera rapidement pour assister au concert d’Anthrax.

Anthrax : une vraie expérience !

Et pour cause, ce n’est pas tous les jours que les New-Yorkais du Big Four passent en France ! Leur backdrop à l’effigie de leur dernier album Worship Music où figure une foule pressée autour du logo d’Anthrax est à l’image de la salle, bourrée à craquer à l’arrivée du groupe sur scène. Souvent considérés comme le vilain petit canard de la bande du Big Four, une prestation live du groupe pourra convaincre n’importe qui du contraire. Les musiciens restant principalement sur le bord de la scène se donnent à fond dès le premier morceau. Entre les titres, c’est Scott Ian qui s’adresse au public, qui lui appartient pleinement. Ses quelques pêches envoyées dans le micro pour appuyer les paroles les plus percutantes des morceaux ne donnent qu’une seule envie, se défouler, c’est si simple que ça. C’est avec une spontanéité déconcertante que le groupe joue ses morceaux aux refrains repris par tout le monde, et Joey Belladonna – bien que souvent moqué pour son style old-school ne collant plus vraiment avec le reste du groupe – a un charisme bien à lui, décontracté et s’amusant avec le public tout en nous faisant profiter de son organe vocal très bien conservé. Nous aurons, bien-entendu, droit à « Antisocial », reprise de Trust reconnue par Anthrax (« C’est dans ce pays qu’a été composé ce morceau ») ainsi que le mythique « Indians » faisant hommage aux origines du chanteur. « Vous êtes fatigués ?! » demandera Scott Ian vers la fin du set « c’est une danse de guerre, vous n’avez pas le droit d’être fatigués ! Vous devriez sauter dans tous les sens », si le public n’était pas encore au maximum de ses capacités, c’est maintenant le cas, à l’instar du groupe qui se déchaine complètement sur scène. Dans une ambiance presque tribale, on a l’impression d’assister aux premiers concerts du groupe, seuls les quelques cheveux et barbes grises nous rappellent que nous sommes en 2012 mais que clairement, ce groupe n’en a pas fini, loin de là.

Sarah Jezebel Deva n’aura pas convaincu dans un show douloureux.

C’est un moment douloureux qui nous attendra dehors après cette prestation éreintante. En effet, si jouer entre deux têtes d’affiche de l’ampleur d’Anthrax et de Meshuggah doit être une tâche colossale, nous avons droit ici à un des groupes les moins adaptés pour l’entreprendre. Le projet solo de Sarah Jezebel Deva nous offre une prestation de type CD live avec plus de samples que d’instruments. Les orchestrations baroques suivent des passages typés black metal avec un chant lyrique d’une pauvreté étonnante pour une chanteuse ayant autant d’expérience. A vrai dire, il y a tellement de couches d’harmonies vocales dans le sample qu’elle pourrait se passer de chanter en live. Clairement, le seul intérêt marketing de ce groupe est son lien avec Cradle Of Filth, pour qui Sarah Jezebel Deva a fait les chants féminins live pendant 14 ans. Nous aurons d’ailleurs droit à la voix de Dani Filth en sample sur quelques morceaux. Entre les titres, c’est avec une voix plate et blasée qu’elle nous annonce les titres des morceaux telle une animatrice radio dépressive, allant jusqu’à se tromper dans les titres de ses propres chansons. C’est pour toutes ces raisons que cette prestation fut des plus douloureuses, surtout à la vue des musiciens complètement à fond dans leur jeu malgré l’apathie évidente de la poignée de festivaliers de passage devant la scène.

Un concert de Meshuggah est presque une expérience extra-corporelle.

C’est donc avec un soulagement non-dissimulé que nous retrouvons le gymnase, transformé pour le set de Meshuggah. En effet, c’est un décor de scène quasi-religieux et oppressant au possible que nous découvrons sur scène. Après une très longue attente, le show chirurgical des Suédois démarre. Le lightshow dans les tons rouges sur les premiers morceaux dénote avec la présence de scène très froide de Meshuggah. Les musiciens sont collés à l’avant de scène, observent posément leur public avec ce regard à donner froid dans le dos tandis que le chanteur se déchaine sur les rythmes lourds et étrangement groovy – bien que ce terme prenne une signification très particulière lorsqu’il s’agit de Meshuggah. Les départs des morceaux se font sans décompte et rien n’est mis à coté, rien n’est laissé au hasard au point d’avoir l’impression d’assister à un concert fait par des machines. En milieu de set, le sample « Mind’s Mirror » passera des bruits profonds et lourds évoquant une tempête mécanique. Ce terme décrit d’ailleurs parfaitement l’essence de Meshuggah en concert. Vous vous sentez complètement ballotés par les rafales rythmiques, vous accrochant à ce que vous pouvez pour ne pas vous faire emporter par les flots de metalleux en plein pogos. Le grondement omniprésent des basses vous submerge sans vous laisser de répit tandis que vous vous noyez dans la houle des cheveux secoués. Dressés au dessus de cet océan enragé, fermement ancrés à la scène se tiennent cinq statues colossales vous tenant à leur merci. Un concert de Meshuggah est presque une expérience extra-corporelle, vous êtes conscients de la brutalité du son qui vous est projeté en pleine figure, pourtant vous êtes plongés dans une étrange sérénité où tout semble se passer au ralenti, comme sous l’eau. Cette impression sera particulièrement marquante lors de l’énorme « Bleed » où les éclairages vireront au bleu. Les morceaux phares du combo s’enchainent et on se rend soudainement compte que le festival est terminé, comme émergeant d’un rêve éveillé, reprenant conscience du monde qui nous entoure.

Photos : Olivier Zbar



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  • quelle claque meshuggah, ambiance du concert tres bien decrite ds le report; un bemol: il n’y avait pas de traiteur mais une roulotte qui vendait des kebabs (entre autre)
    un personnel 0 de tension, une queue affolante (merki on a loupé les 2/3 d’anthrax) pas de salade ni d’oignons dans le kebab, heureusement que ma partenaire assurait le ravitaillement de cuvée des trolls pression (excellent stand boisson et pas excessif).

    sinon super fest merci patrick roy!

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