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Interview   

Avantasia : fragile et passionné


Tobias Sammet - AvantasiaDifficile de croire Tobias Sammet lorsqu’il parle à long terme d’Avantasia ou bien de projets musicaux en général. « Il nous a fait le coup plusieurs fois, à revenir sur ses annonces, » serait-on tenté de dire et Tobias lui-même aurait probablement tout autant de mal à se croire sur parole. Car la tête pensante d’Edguy et d’Avantasia ne vit ni dans le passé ou l’avenir, mais bien dans le présent. Il est tellement absorbé, voire dépassé, par son inspiration et son enthousiasme du moment que l’avenir à moyen ou long terme qu’il a envisagé est rapidement remis en cause. Les idées musicales qui lui viennent prennent le pas sur des compositions plus anciennes qu’il aurait pensé utiliser. Il avoue lui-même durant cette interview à propos du nouvel album Ghostlights, qui sort donc à peine deux ans et demi après The Mystery Of Time, se perdre en déroulant le fil de sa pensée, à en oublier les questions que l’on lui pose.

Comme pour tout projet d’album de type « opéra metal » impliquant de nombreux invités, difficile de ne pas aborder avec lui la complexité d’une telle réalisation en termes d’écriture, d’équilibre entre grandiloquence et simplicité, d’échanges avec lesdits invités et bien entendu d’organisation de tournée. Cela dit, Tobias ne s’en arrache pas les cheveux pour autant, nous décrivant un rythme de travail léger et serein. Lucide sur lui-même et sa musique, il l’est également sur la société qui l’entoure, se servant de ses histoires pour, de façon détournée, la questionner et ériger un refuge contre ses excès.

Avantasia

« Les belles choses, la plupart du temps, sont très fragiles et je pense qu’il n’y a plus beaucoup de place pour ça. C’est quelque chose qui m’attriste vraiment et je voulais créer un refuge, avec mon histoire, où les choses fragiles comptent. »

Radio Metal : La dernière fois que nous nous sommes parlés, tu mentionnais le fait que tu avais quelques démos qui prenaient la poussière depuis que tu as quitté le studio pour The Mystery Of Time et que tu n’as « pas écoutées depuis à peu près un an, et ça restera ainsi pour encore une année voire deux ou trois… » Et te voilà aujourd’hui avec un successeur à The Mystery Of Time. On dirait bien que tu t’y es attelé plus vite que prévu… Comment cet album, Ghostlights, s’est fait ?

Tobias Sammet (chant) : C’est vraiment marrant parce que tu as raison : il y avait des idées, il y avait des démos enregistrées et elles sonnaient super mais, pour être tout à fait franc, je crois qu’une seule de ces idées s’est retrouvée sur Ghostlights et le reste est toujours là [rires], et il y a de formidables idées ! Mais entre-temps, j’ai eu tellement de nouvelles idées que j’ai plutôt décidé de travailler sur de la nouvelle matière. C’est vraiment difficile à expliquer mais c’était une question de créativité. La créativité était là, ça coulait à flot et je n’avais pas prévu d’aller aussi vite avec le nouvel album d’Avantasia. C’était simplement parce que je ne savais pas quoi faire d’autre [petits rires] et j’avais de super idées de chanson. Pour moi, écrire des chansons, c’est plus une question de plaisir et quelque chose que j’ai besoin de faire. Je me sens tellement bien en écrivant et composant de la musique que je ne voyais pas ça comme du travail. J’avais bien trop d’idées sur lesquelles je voulais travailler et, en fait, c’est la raison pour laquelle ça a été si rapide. Voilà tout le secret, si tu veux appeler ça un secret. C’était juste parce que j’avais énormément d’idées et un désir ardent de les arranger. Je dois dire que, les autres gens, lorsqu’ils veulent se relaxer, ils s’adonne à un passe-temps bizarre – je ne sais pas, comme collectionner des timbres, aller au bowling ou faire des trucs étranges que les hommes font [petits rires] -, alors que moi, lorsque je suis à la maison – et j’essaie d’être à la maison autant que possible -, je vais au sous-sol, avec un verre de vin rouge, et je me relaxe en composant de la musique dans mon petit studio, ici chez moi. Et ça, c’est vraiment une envie irrépressible. Tu ne peux jamais contrôler la quantité de musique qui va en ressortir. Si tu es en veine et que tu as de supers idées, ça ne fait que couler et c’est difficile à arrêter. Voilà donc, grosso-modo, pourquoi Ghostlights est arrivé si vite.

Ghostlights est, conceptuellement, le successeur de The Mystery Of Time. Peux-tu nous en dire plus sur le lien entre les deux albums ?

C’est la continuation de The Mystery Of Time, évidemment, qui pose le contexte de l’histoire qui se tient en Angleterre, à l’ère Victorienne. Ça parle d’un scientifique agnostique qui est confronté à un cercle de scientifiques qui essaie de manipuler la perception du temps individuelle des gens et prétend avoir rétréci le monde, mais en réalité, ils ne font que forcer les gens à avaler ça. Du coup, plus personne n’a le temps ni l’énergie de se faire sa propre opinion sur ce qui est vraiment important dans la vie. Ce qui ressemble donc à un mouvement qui rendrait le monde plus petit et plus évolué et rassemblerait les gens est véritablement, dans mon histoire, quelque chose qui presse les gens, les épuise et les éloigne de ce qui importe vraiment dans la vie, et puis c’est aussi un outil pour contrôler les gens. Ce second chapitre, Ghostlights, n’est plus un récit à proprement dit ; ce sont plutôt douze moments isolés, rencontres, moments clefs du fantastique périple du personnage principal. Ces moments mettent en lumière différents aspects du sujet, via plusieurs conversations et rencontres. Certaines chansons ne sont que des fils de pensée du protagoniste. C’était vraiment palpitant pour moi d’envelopper toute cette thématique dans cette histoire et écrire douze chansons qui auraient du sens prises indépendamment. Tu peux prendre chaque chanson, elles représentent toutes une petite histoire et un petit tableau en soi. Chaque chanson a du sens prise à part. Même si tu ne suis pas toute l’histoire, chaque chanson est pleine de jolie métaphores qui te donne une idée des questions que je me pose à moi-même et, je pense, des questions que tout le monde se pose, tout du moins certaines d’entre elles, au sujet de l’existence de Dieu, du regard spirituel sur les choses de la vie et comment notre société change et tout va plus vite, d’une certaine façon.

On dirait que c’est comme si on essayait… Ou comme si quelque chose essayait de nous empêcher de nous faire notre propre idée sur ce qui est vraiment important dans la vie. Je crois que nous avons désappris à vraiment chérir les belles choses qui n’ont aucun intérêt économique. Je ne suis pas matérialiste. Je crois que, parfois, nous avons tendance à suivre d’étranges idéaux. Si je regarde autour de moi dans notre société, tout monde a les yeux rivés sur les smartphones, tout le monde presse son environnement et tout le monde cherche à être efficace. On dirait que nous sommes éduqués en ce sens, à suivre de vains idéaux. Cette histoire, ou cet album Ghostlights, est la continuation de The Mystery Of Time et ensemble, ils constituent une jolie histoire mais ce sont vraiment douze extraits du périple du protagoniste. Comme je l’ai dit, tu peux les prendre individuellement et chaque chanson fait joliment sens. Même si tu te fous des paroles, elles génèrent malgré tout une belle atmosphère. J’en suis vraiment content parce que généralement, lorsque tu fais des albums conceptuels, tu prends le risque que les chansons perdent leur sens si elles sont prises individuellement. Tu as : « Oh, la chanson numéro sept parle de ce cheval qui galope à travers la forêt à la recherche de nourriture. » [Petits rires] Honnêtement, je ne voulais pas de ça. Je ne voulais pas avoir une chanson qui parle d’un cheval qui galope dans une forêt pour trouver de la nourriture. Chaque chanson a vraiment beaucoup de sens et c’est quelque chose dont je suis fier.

Avantasia

« ‘Obsession’, ça sonne très négatif lorsque ce ne sont pas des paroles de David Coverdale sur l’amour [rires]. »

Comme tu l’as mentionné, le protagoniste de l’histoire est un jeune scientifique agnostique qui finit par être confronté à différents aspects de la spiritualité. Est-ce que ça reflète la manière dont tu te sens parfois, faisant le grand écart entre deux directions opposées, entre la science et la spiritualité ?

Ouais, c’est sûr. En fait, c’est complètement basé sur mon expérience et sur mes fils de pensée. Ca a toujours été le cas avec ça : lorsque j’écris une histoire comme celle-ci, j’ai toujours pu m’identifier au protagoniste, d’une certaine manière. Je dois dire que, dans mon histoire ou même celles que j’ai écrites par le passé, toujours, à un moment donné, le protagoniste est un peu naïf et reçoit différents points de vue au cours de son périple. Après, évidemment, ça ne reflète pas complètement ce que je pense parce que d’autres gens dans l’histoire, les autres personnages qui donnent des conseils au protagoniste, parlent aussi en mon nom. Donc parfois, lorsque tu repenses à The Metal Opera, par exemple, et que je vois ce jeune novice, Gabriel Laymann, qui était le protagoniste de cette histoire, je pense parfois : « Eh bien, tu as été très naïf petit gars. » Je parle du gars dans l’histoire. Car ça ne me reflète pas complètement parce que le mentor et tous les gens qu’il rencontre dans le récit reflètent également ce que je pensais. C’est très naturel. Donc, chaque personnage de l’histoire, reflètent un peu ce que je pense. Dans cette histoire en particulier, Ghostlights et The Mystery Of Time, ce n’est pas tant une question de donner des réponses que de se faire soi-même une idée sur certains sujets. Et je n’apporte pas de réponse parce qu’il y a beaucoup de choses pour lesquelles je n’ai aucune réponse à donner. Mais ça avance certaines questions et reflète certains fils de pensée, et je crois que le fait d’écrire ces choses… Tout d’abord, c’est super pour moi de mettre des mots sur ces idées, ça me fait grandir d’un point de vue personnel, mais c’est aussi peut-être quelque chose à laquelle l’auditeur réfléchit, et ça pourrait inspirer ceux qui lisent les paroles. C’était globalement mon but.

Je ne voulais pas que ça soit un manifeste scientifique ou quelque chose comme ça. C’est, pour ainsi dire, une bataille générale entre le matérialisme et la spiritualité, et où nous trouvons-nous dans ce tableau ? Parce que je crois que nous sommes plus qu’un simple métabolisme qui veut se nourrir et survivre jusqu’à ce que ça soit fini. Je crois que ça va plus loin que ça. Je veux croire que ça va plus loin que ça. Parfois, je crois en percevoir des preuves, parfois j’ai des doutes mais, ouais, ce sont surtout des questions. Comme je l’ai dit, avec tout ce qui se produit autour de nous, j’ai l’impression que le temps s’accélère. Je veux dire que je n’ai que trente-huit ans aujourd’hui et je crois que lorsque j’avais douze ans, le monde évoluait plus lentement. Lorsque j’avais vingt ans le monde évoluait plus lentement et je pense qu’il n’a cessé d’accélérer. Il n’y a plus tellement de place pour les choses fragiles dans notre société. Les belles choses, la plupart du temps, sont très fragiles et je pense qu’il n’y a plus beaucoup de place pour ça. C’est quelque chose qui m’attriste vraiment et je voulais créer un refuge, avec mon histoire, où les choses fragiles comptent. Dans ma musique, ce qui est fragile, les moments de silence, les beaux moments, ça compte. Je ne suis pas un macho qui cherche à écrire dix chansons efficaces que les gens peuvent écouter et [saisir] après les avoir à moitié écoutées. Je veux créer quelque chose de fragile, de complexe et qui offre quelque chose aux gens, s’ils lui accordent du temps. Je pense que ça se reflète dans l’histoire également. Je n’ai pas vraiment répondu à ta question [rires]. Je ne sais pas ce que je raconte là mais ça m’est sorti tout seul de la bouche et ça sonne très raisonnable [rires].

Aucun problème ! Tu as un bon débit, donc ça passe très bien ! [Rires] Tu as déclaré qu’ « au cours des derniers mois, [tu as] passé beaucoup de temps en studio, comme un reclus dans ton sous-sol, travaillant secrètement et obsessionnellement sur quelque chose qui semble être et sonne comme un nouveau – et très solide – chapitre dans l’histoire d’Avantasia. » Est-ce qu’Avantasia est une obsession pour toi ou dirais-tu que tu es globalement de nature obsessive ?

Bon, « obsession », ça sonne très négatif lorsque ce ne sont pas des paroles de David Coverdale sur l’amour [rires]. Je crois que l’obsession, c’est… Je ne sais pas si c’est le bon mot. C’est juste que j’apprécie ce que je fais. Ce n’est pas que je suis possédé par l’idée de travailler sur un nouvel album. Rien ne vaut ce que tu ressens lorsque tu as une super idée de chanson et un clavier à portée de main pour l’arranger. C’est juste quelque chose que j’adore faire. Je ne sais pas si c’est une obsession. Obsession, ça paraît tellement négatif. Ça donne l’impression que j’y suis accro ; je ne suis pas accro. J’apprécie faire ça et je suis vraiment heureux lorsque je suis seul face à mon clavier et que j’ai des idées. C’est quelque chose que je chéris énormément et rien ne vaut ça. Je ne sais pas si c’est de l’obsession mais ouais, c’est comme ça que je le décris. C’est juste l’envie de faire quelque chose qui me remplit vraiment de joie et c’est la seule façon de continuer à [faire de la musique] comme je le fais. Je compose énormément de musique, je le sais, et les gens me qualifient de bourreau de travail et tout, ce qui n’est pas vrai. En réalité je suis vraiment fainéant ! La seule façon de faire ça à la vitesse à laquelle je le fait, c’est simplement en ayant la passion pour ce que je fais, et je ne me rends même pas compte que ça pourrait être considéré comme du travail. Je ne l’ai jamais perçu ainsi. Et il faut relativiser : regarde, la plupart des gens travaillent quarante-cinq ou quarante-sept semaines par an, du lundi jusqu’à parfois samedi, huit heures par jour, en allant à une usine ou autre. Moi, je compose douze chansons par an, ce qui fait une chanson par mois, basée sur deux heures de plaisir le mardi soir accompagné d’un verre de vin rouge, car c’est de là que les idées de départ proviennent. Ce n’est donc pas vraiment du travail, c’est juste quelque chose que je chéris, que je veux vraiment faire. J’adore faire ça ! D’autres gens disent : « Oh, je vais rencontrer un ami et nous allons jouer quelque part… » Parfois je fais aussi ça, je dois dire. Mais je suis surtout impatient d’aller dans ma salle de musique où le temps s’arrête, je m’assois devant mon clavier et je compose de la musique. Je ne sais pas comment le décrire autrement [petits rires] !

Avantasia - Ghostlights

« J’ai toujours fait mes trucs comme je l’entendais et Avantasia a toujours été un machin old school, vraiment curieux et pas tellement à la mode. »

Tu as déclaré que la chanson « Mystery Of A Blood Red Rose » « est une chanson que [tu as] originellement écrite en ayant Meat Loaf en tête – mais pour une raison ou une autre, la collaboration ne s’est pas faite. » Est-ce que ça veut dire que, lorsque tu écris pour Avantasia, tu es souvent incertain que l’idée que tu as en tête puisse se concrétiser ?

Ca varie. Parfois, je sais exactement pour qui j’écris. Par exemple, lorsque je travaille sur une chanson comme, disons, « GhostLights »… Je sais que ce n’est pas la question [petits rires], mais pour cette chanson en particulier, je savais qu’elle serait chantée par Michael Kiske. Je savais qu’il la ferait et il savait que j’écrirais des chansons pour lui [petits rires], et avec une telle mélodie, c’est forcément une chanson pour Michael Kiske. Parfois, j’écris des chansons et je ne sais pas qui va les chanter, comme « The Haunting » ou « Seduction Of Decay » ou « Master Of The Pendulum ». Ces chansons ont été écrites avec simplement un certain type de voix en tête mais pas particulièrement Dee Snider, Geoff Tate et Marco Hietala. Ces idées sont arrivées après que les chansons aient été terminées et je me disais : « Qui seraient les bons chanteurs pour chanter ces chansons ? »

Avec « Mystery Of A Blood Red Rose », j’avais des parties de la chanson mais je ne savais pas à quoi elles correspondraient exactement. Et puis, tout le monde sait que je suis un énorme fan de Meat Loaf et Jim Steinman. J’adore Bat Out Of Hell un, deux et trois ; les trois sont de supers albums. J’ai donc eu une opportunité de travailler avec Meat Loaf, ou tout du moins, c’est ce qui semblait à l’époque parce que notre maison de disque était en discussion avec son management et tout. Il y avait une relation de business et ça paraissait possible. L’idée de travailler avec Meat Loaf était tellement inspirante pour moi que je suis descendu écrire cette chanson que j’avais commencé et je l’ai poussé dans cette direction ; bon, pousser sonne également très négatif, je ne l’ai pas poussé dans cette direction, c’était juste que l’éventualité de travailler avec Meat Loaf était tellement inspirante que soudainement, la chanson est devenue [il prend une voix emphatique à la Meat Loaf] « Mystery Of A Blood Red Rose » [rires]. Pour moi, il était évident que c’était une chanson de Meat Loaf ! Je l’ai écrite, elle était terminée et puis le management a dit : « Oh, c’est jolie chanson mais ça ne se fera pas parce que nous avons d’autres choses de prévues maintenant. » Et j’ai dit : « Oh, wow… merde ! » Mais la chanson était toujours super, donc j’ai dit : « Ok, je suis un énorme fan de Meat Loaf. On pourrait conserver certains des enregistrements démos que j’avais chantés pour donner une idée de la chanson à Meat Loaf. » J’ai donc utilisé certaines de ces démos et nous avons laissé certaines parties de chant, ce dont tu peux te rendre compte parce que le morceau sonne comme une chanson de Meat Loaf lorsque je la chante [petits rires]. Mais nous trouvions la chanson si bonne que nous avons voulu la laisser sur l’album.

Ce qui est drôle maintenant, c’est que ce sera le premier single, même sans Meat Loaf, avec uniquement mon chant. Ce n’est pas très commun pour Avantasia mais je trouve que c’est un très bon single pour Avantasia. Si tu regardes le paysage radiophonique de nos jours, tu te rends compte que cette musique est démodée. C’était déjà de la vieille musique il y a quinze ans mais aujourd’hui, c’est encore pire. Il n’y a aucune chance pour que ça passe à la radio – je ne parle pas de radios metal mais de radios grand public. D’un autre côté, ça n’a jamais été mon but de devenir un artiste qui passe sur les radios grand public. Je n’ai jamais cherché à être à la hauteur des attentes. J’ai toujours fait mes trucs comme je l’entendais et Avantasia a toujours été un machin old school, vraiment curieux et pas tellement à la mode. Je me suis donc dis que, bon, ça ne fait aucune différence, elle représente Avantasia, elle est fantastique, elle est magique et elle est épique. Ce n’est pas vraiment un hit, ça n’est pas vraiment ultramoderne pour le type de chanson que c’est, avec tous les chœurs… Tu sais, nous avons enregistré quatre jours, presque quarante heures de chœurs, uniquement pour cette chanson [petits rires]. Ce n’est pas très tendance mais… Encore une fois, Je sais que ça n’était pas la question. Je ne sais pas ce que je raconte aujourd’hui. Je ne fais que dévier de ce qu’on me demande [rires]. Bref, c’est une chanson que j’ai écrite avec Meat Loaf en tête, est-ce que ça répond à ta question ?

Oui [rires]. Comme tu l’as dit, les chœurs de cette chanson ont, à eux seuls, requis quarante heures pour les arranger et les enregistrer, tu as aussi déclaré que « tout ce qui vaut la peine d’être fait, vaut la peine d’être surfait. » Je suppose donc que tu n’es pas trop d’accord lorsque les gens disent que « moins, c’est mieux. »

Je citerais Yngwie Malmsteen qui a dit [imitant Malmsteen d’une voix grave amusante] : « Certains disent que moins, c’est mieux. Comment c’est possible ? Ce n’est pas vrai. Impossible ! » [Rires] Techniquement, tu as raison mais je trouvais que c’était une bonne façon de décrire notre extravagance, la nature extravertie et haute en couleurs de la chanson. Je voulais souligner la façon dont nous avons abordé cette chanson. Bien sûr que moins peut être mieux parce que je n’aime pas la musique lorsque ce n’est que des paillettes partout et qu’on oublie toutes les petites notes de silence qui font aussi la dynamique d’une chanson ou d’un enregistrement. Je crois que c’est la combinaison, l’interaction, entre les passages forts et les silences [qui font l’intérêt d’une chanson]. Si quelqu’un est seulement fort, c’est ennuyeux et agaçant. Si quelqu’un est seulement silencieux, ça devient difficile de faire attention à lui. Je pense donc que c’est la dynamique, les vallées et les crêtes qui font un joli paysage, pas juste des montagnes ou juste des vallées, parce que de toutes façon, sans montagne, il n’y a pas de vallée. C’est ça, je trouve, la beauté de la chose, cette combinaison.

Avantasia

« C’est la dynamique, les vallées et les crêtes qui font un joli paysage, pas juste des montagnes ou juste des vallées, parce que de toute façon, sans montagne, il n’y a pas de vallée. C’est ça, je trouve, la beauté de la chose. »

Pour cette chanson en particulier, je voulais vraiment faire une déclaration parce que j’ai aussi dit à Sascha [Paeth], le producteur : « Exagérons-la ! » Elle réclamait des chœurs, elle en avait besoin ! Et je me suis dit : « C’est un morceau de musique vraiment, vraiment exagéré, alors rendons-le vraiment énorme ! Faisons des chœurs, peu importe le temps que ça prendra. » Car nous avons toujours eus de gros chœurs avec Edguy et Avantasia mais le fait de prendre quatre minutes ou trois minutes trente de musique et enregistrer quarante heures de chœurs à travers toute la chanson, c’était quelque chose que, je pense, nous n’avions jamais fait auparavant. Pour moi, ce qui était très important, c’était que les chœurs accompagnaient la voix principale, qu’ils ne l’enterraient pas, qu’ils ajoutaient quelque chose à la chanson au lieu de les envelopper dans des voix qui dévorent tout. Lorsque nous payons pour quelque chose de vraiment haut en couleur, je ne veux quand même pas perdre l’idée initiale de la chanson. Je ne ferais jamais rien qui détournerait la nature de la chanson. J’exagèrerais tant que ça améliore la nature de la chanson, tout en la respectant et certes, moins peut être mieux, mais là, en l’occurrence, plus était mieux [petits rires].

L’album comprend de nombreuses voix qu’on n’avait pas entendues encore dans Avantasia. Les deux plus prestigieuses sont Geoff Tate et Dee Snider. Comment ces collaborations ont été initiées et comment était-ce de travailler avec ces personnes qui sont connues pour leurs forts caractères ?

Par exemple, avec Geoff Tate, c’était marrant parce que la chanson « Seduction Of Decay » était à l’origine un hymne rock dans un style oriental basé sur du blues, peut-être une version heavy metal de Led Zeppelin. Et ce qui était assez évident, c’était que je voulais un chanteur à la voix blues, quelqu’un comme Jorn, quelqu’un qui sonnerait comme un jeune Robert Plant, mais ça aurait été trop facile et je ne voulais pas tomber là-dedans. Je voulais insuffler la magie d’Avantasia en faisant quelque chose de spécial et pas quelque chose qui avait déjà été fait de cette façon. Donc, je ne sais plus exactement comment ça s’est fait mais j’étais dans mon sous-sol et je me suis dit : « Comment est-ce qu’un chanteur de heavy metal classique et vraiment théâtral chanterait cette chanson ? » Evidemment, j’ai tout de suite pensé à Geoff Tate, et d’ailleurs à Michael Kiske également. Je suis un énorme fan, donc j’ai écouté la chanson et, au lieu de chanter une gamme bluesy, j’ai juste imaginé comment ce serait [il se met à chanter comme Geoff Tate]. Et, tout d’un coup, j’ai pensé : « Wow ! Ça changerait toute la nature de la chanson ! Ce ne serait plus une chanson de blues. Ce serait une vraie chanson d’Avantasia, quelque chose de magique, quelque chose qui n’existait pas avant. » J’ai donc contacté Geoff. Lui et son management ont écouté le truc et ils ont adoré ! Ils ont dit que c’était absolument génial et il l’a fait ! Voilà comment ça s’est passé pour cette collaboration. Je suis vraiment content qu’il l’ait fait. Car sans Geoff Tate, je pense qu’il n’y aurait pas eu des chanteurs comme Michael Kiske et même probablement pas moi. Car Geoff Tate a eu un impact considérable sur la scène heavy metal et c’est un honneur pour moi de l’avoir sur l’album.

Avec Dee Snider, j’avais cette chanson, « The Haunting » et je cherchais une voix étrange et théâtrale et à la fois… Je veux dire que je voulais un acteur pour jouer un rôle théâtral dans la chanson et à la fois, je voulais un refrain vraiment fédérateur, avec quelqu’un qui pourrait tenir la note comme un chanteur d’opéra. Et lorsque j’ai pris cette décision, je passais en revue ma collection de disques et je me suis dit : « Oh, Dee Snider serait parfait ! » Parce qu’il a une théâtralité dans sa voix mais il peut aussi vraiment donner une fluidité à la chanson, il peut vraiment bien tenir la note. C’est difficile à décrire. Je l’ai donc contacté, il a jeté une oreille à la chanson et il a dit : « J’adore, c’est un morceau qui tue, je veux le faire ! » Voilà, en gros, comment ça s’est fait.

Marco Hietala, je l’ai rencontré il y a deux ou trois ans à une cérémonie de remise de prix par Metal Hammer en Allemagne et nous en avons parlé. Nous nous étions déjà croisé auparavant, et je lui ai dit : « Hey, si jamais je fais un nouvel album d’Avantasia, est-ce que tu envisagerais de chanter dessus ? » Et il a dit : « Ouais, bien sûr ! Si tu as quelque chose à me faire écouter, fais-moi passer ça et nous verrons à partir de là. » Et lorsque j’ai eu la chanson « Master Of The Pendulum », je cherchais quelqu’un de très agressif. Je voulais avoir un chanteur agressif mais je voulais aussi un chanteur qui pouvait chanter de façon très mélodique sur le refrain. J’avais besoin de quelqu’un qui avait une énorme variété vocale et qui pouvait sonner très, très tranchant et agressif mais qui pouvait aussi incarner un horloger vraiment épique, glorieux et dangereux pendant le refrain. Quelqu’un qui pouvait chanter pas vraiment de façon lyrique mais très mélodique. J’avais besoin de quelqu’un capable de faire les deux et pour une raison ou une autre, j’ai pensé que Marco serait un choix parfait pour ça.

Il n’y a pas vraiment de grand plan directeur derrière tout ça. En fait, les gens ne le croient pas, ils croient que je me tiens là dans mon quartier général, en train d’élaborer toute une stratégie pour tout ce que je fais, mais la vérité est que ce n’est pas comme ça que ça se passe ! Je suis quelqu’un de très désordonné et spontané. Je me pose dans mon sous-sol avec un verre de vin rouge et je pense : « Oh, ça, ça pourrait le faire ! » Ce qui est génial à propos d’Avantasia, c’est que la réputation du projet est devenue tellement bonne que, dans les faits, il est devenu possible de motiver ces prestigieux chanteurs à rejoindre Avantasia. C’est quelque chose pour laquelle je remercie Dieu ; j’en suis vraiment reconnaissant. C’est vraiment une bénédiction et je ne le prends pas pour acquis.

Avantasia

« [Les gens] croient que je me tiens là dans mon quartier général, en train d’élaborer toute une stratégie pour tout ce que je fais, mais la vérité est que ce n’est pas comme ça que ça se passe ! Je suis quelqu’un de très désordonné et spontané. »

Cet album voit aussi le retour de Sharon Den Adel qui n’avait pas chanté sur un album d’Avantasia depuis les deux premiers. Comment ça se fait que vous n’ayez pas collaboré plus tôt ?

Je n’en ai aucune idée ! Encore une fois, ce n’était pas une décision consciente de ne pas travailler avec elle jusqu’à aujourd’hui. C’est juste que parfois, à un certain moment, les choses semblent appropriées. J’ai travaillé avec elle sur les deux premiers albums. Nous avons enregistré les deux premières chansons en début 2000 je crois et c’était la même année où ils (Within Temptation, NDLR) ont sorti un album qui est par la suite devenu disque de platine partout ! Lorsque j’ai travaillé avec Sharon pour la première fois, elle était inconnue et aussi underground que moi, peut-être même plus. Mais ils ont cassé la baraque et Within Temptation est devenu l’un des plus grands groupes de rock gothique menée par une chanteuse en Europe, ou même dans le monde. Donc pour une raison que j’ignore, je crois que j’ai évité de lui demander en 2006. Amanda [Somerville] était au studio où nous avons fait The Scarecrow – je crois que c’était en 2007. Amanda était là, elle vivait dans les environs du studio, elle chantait les chœurs, donc elle a fait les parties de chant féminin principales. Je ne sais pas, je n’y ai jamais réfléchi mais cette chanson, en particulier, que nous avons faite sur Ghostlights, « Isle Of Evermore », je l’ai écrite et, crois-le ou non, c’était à nouveau une décision que j’ai prise avec mes tripes. Lorsque j’étais assis devant mon clavier, je savais qu’elle devait être pour Sharon Den Adel.

Pour moi, Sharon est une version puissante de Madonna, vocalement. Elle a beaucoup de similarités avec la voix de Madonna, je trouve, c’est juste qu’elle n’est pas aussi fluette que Madonna. Bon, je ne veux pas dire que Madonna est une mauvaise chanteuse, pas du tout ! C’est juste que je préfère la voix de Sharon, mais je trouve quand même qu’elles ont des similarités. Je me disais qu’avec cette voix ça ferait une chanson de world music. C’est juste une impression que j’avais. Nous avons fait une démo et nous la lui avons envoyée, et heureusement elle a accepté ! C’est marrant, j’avais une lettre de Sharon qui datait de 2000 et c’était marqué : « Hey Tobi, j’espère que tu as aimé l’enregistrement. Si jamais tu as encore besoin de moi, tu sais où me trouver ! » C’était en 2000 ! Et en fait, non, je ne savais pas où la trouver parce que le numéro de téléphone ne marchait plus, tout comme l’adresse email [petits rires]. Mais d’une façon ou d’une autre, j’ai réussi à prendre contact avec son management et nous nous sommes rencontré il y a six mois. Je suis vraiment reconnaissant qu’elle l’ait fait parce que c’est génial ! Elle est vraiment douée. Mais je ne veux rien dire de mal sur les autres chanteurs qui ont été impliqués dans Avantasia. Amanda va faire la tournée, elle va chanter en live… Mais c’est juste qu’il paraissait approprié de faire appel à Sharon !

D’ailleurs, les chanteuses sont assez rares dans Avantasia. Seules trois chanteuses ont déjà contribué au projet : Amanda Somerville, Sharon Den Adel et Cloudy Yang. Comment l’expliquer ?

Je suis un phallocrate [rires] ! Non, sérieusement, on m’a déjà posé cette question avant, donc je suis très bien préparé [petits rires]. La vérité est – et c’est vraiment la vérité – qu’Avantasia a, comme je l’ai dit, jamais été une question de stratégie et de plan directeur. C’est tout basé sur l’intuition et l’instinct. C’est quelque chose de très spontané et ça reflète mes goûts personnels, ma collection de disques personnelle et mon histoire personnelle en tant que consommateur de musique. C’est comme ça qu’Avantasia a débuté. En fait, c’était un projet dans lequel je voulais travailler avec mon musicien préféré, Michael Kiske. C’était grosso-modo ce qui importait le plus pour moi lorsque j’ai fait The Metal Opera Part I. C’était juste un reflet de mes goûts personnels. Je suis un enfant des années quatre-vingt et soixante-dix. Je suis un fan de classic rock. Et lorsque tu traverses les années quatre-vingt et soixante-dix, et que tu es un fan de classic rock… Je veux dire que ma collection de disques doit avoir, peut-être, seulement deux pour cent de groupes menés par des chanteuses. Lorsque je pense à mes dix chanteurs préférés, ce sont probablement tous des hommes, car c’est Dio, Dickinson… Bien sûr il y a Doro Pesch ! Peut-être qu’un jour je travaillerais avec Doro. Et Sharon a une voix absolument incroyable ! Mais si je passe en revue mes albums préférés de tous les temps, les chanteurs s’appellent Bob Catley, Biff Byford, Eric Martin, Ronnie Atkins, Bruce Dickinson, Paul Stanley… Ceux-ci sont ceux qui ont chanté sur les albums avec lesquels j’ai grandi étant gamin. Et il n’y avait pas tant de chanteuses. Il y avait Lita Ford, oui, d’accord. Mais ça reste plus ou moins un reflet de ma collection de disque personnelle. Et je n’y ai jamais réfléchi ! Je ne me suis jamais dit : « Oh, je devrais n’avoir qu’une chanteuse. »

Avantasia fera une tournée en 2016, à partir de mars. A quel point est-ce difficile de mettre en place une tournée pour un projet qui implique autant d’invités venants d’autres groupes ?

C’est littéralement impossible ! C’est pourquoi je suis toujours stupéfait que nous soyons parvenus à le faire [petits rires]. Non, sérieusement, c’est vraiment difficile et c’est pour ça qu’Avantasia est si spécial, même pour tous ceux qui sont impliqués. Nous savons tous que nous ne pouvons pas tenir pour acquis que l’on puisse un jour refaire ça. C’est pourquoi tout le monde profite à fond de chaque instant qu’il passe [dans ce projet]. Pour cette tournée, nous avons Bob Catley, Michael Kiske, Jorn Lande, Ronnie Atkins, Eric Martin, Amanda Somerville, Oliver Hartmann… Nous serons le plus gros line-up que nous ayons jamais eu sur scène. Et tout le monde apprécie chaque moment parce que tu ne sais jamais si nous referons ça dans cinq ans. Tu ne peux pas savoir si tu seras disponible, ça sera peut-être un line-up différent parce que peut-être que quelqu’un sera en tournée au même moment avec Pretty Maids, Magnum ou Unisonic ou… Tu ne peux pas savoir ! Je ne dis pas que nous ne jouerons plus jamais après cette tournée mais le bon sens me dit que ça ne sera peut-être plus avec ce line-up, ce qui rend cette tournée, comme toutes les autres, unique. Et c’est sacrément difficile à mettre en place mais je suis content que nous y soyons parvenus, et j’espère que tout le monde viendra voir le spectacle. C’est notre premier concert en salle à Paris, et même en France. J’ai hâte de porter ce projet à nouveau sur scène et jouer pendant trois heures. Jusqu’à présent, nous n’avons donné qu’un seul concert en France, qui était au Hellfest et n’a duré que quatre-vingt-dix minutes, donc là, ce sera l’authentique spectacle, ce sera le vrai Avantasia et je suis impatient d’y être !

Interview réalisée par téléphone le 30 novembre 2016 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Céline Hern.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Alex Kuehr.

Site officiel d’Avantasia : www.tobiassammet.com.



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