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Chronique   

Avantasia – Moonglow


Tobias Sammet aurait pu décider de rester écarté de la vie musicale plus longtemps. La tournée qui a suivi Ghostlights (2016) a permis une prise de conscience : le cerveau d’Avantasia avait l’impression de ne plus être maître de lui-même et du processus créatif. Après avoir décidé de prendre du repos (ce qui s’est traduit par la création d’un home-studio), l’inévitable s’est produit : Tobias Sammet s’est mis à accumuler des idées puis à écrire et composer, dénué de toute pression extérieure. Moonglow est un album qui a pris son temps parce qu’il pouvait se le permettre, seul Tobias Sammet pouvait décider de sa finalisation. En résulte un album où Avantasia assouvit toutes les envies de sa tête pensante. Libéré, Avantasia module sa recette, sans perdre en grandiloquence.

La première chose qui distingue Moonglow de ses prédécesseurs, c’est qu’il ne narre pas une histoire de manière explicite, avec des personnages incarnés par les musiciens. Non, Moonglow est un album conceptuel plus lâche et sujet à l’interprétation : il s’agit des pérégrinations d’une créature dans un monde qui lui est étranger, ne trouvant pas sa place et se réfugiant dans l’obscurité. En filigrane, Tobias Sammet déplore l’obligation constante de répondre aux attentes extérieures sans pouvoir être soi-même, d’avoir recours à des « refuges » pour vivre pleinement et honnêtement. D’une certaine façon, Moonglow a une composante autobiographique intégrée à nouveau dans un univers victorien inspiré des écrits d’Algernon Blackwood et Arthur Machen. Au-delà du choix thématique, Moonglow contraste légèrement avec la discographie d’Avantasia via son premier titre, « Ghost In The Moon », qui amorce directement l’album par le timbre suave de Tobias supporté par une mélodie de piano. L’auditeur embarque pour dix minutes d’une chanson aux humeurs changeantes, démarrant de manière intime, passant par des chœurs proches du gospel, des violons, des soli d’opéra rock, des montées cinématographiques… Bref, Avantasia a indéniablement conservé son sens du spectacle. Toutefois, Tobias a pris le soin d’intégrer davantage de dynamique à Moonglow, évitant la répétition de compositions aux mêmes structures. « Book Of Shallows » utilise un riffing power-thrash et accueille de façon appropriée la prestation de Mille Petrozza (Kreator), mais aussi celle d’Hansi Kürsch qui se démarque par ses puissantes envolées. A l’autre bout du spectre, « Moonglow » accueille la douceur de Candice Night de Blackmore’s Night et prend des faux airs de ballade avant de dévoiler un visage résolument plus rock, avec un refrain aussi entraînant qu’entêtant. Tobias Sammet aime jouer sur les contrastes, en témoigne la doublette « Invicible » / « Alchemy » mettant en valeur le timbre de Geoff Tate dans deux contextes opposés : l’un émotionnel et suave, l’autre heavy, au riffing principal presque industriel.

Tobias voit juste en ne se souciant pas de l’appartenance à un registre. Les onze minutes de « The Raven Child » sont le parfait exemple de l’orientation musicale débridée d’Avantasia : une ambiance celtique portée par la harpe et les cordes acoustiques confère un cachet médiéval-fantastique au titre avant d’exploser dans un fracas de guitares acérées et de cuivres, pour terminer sur un long final intense et cathartique. À ce titre le travail de titan de Sascha Paeth aux guitares (notamment sur les soli et le shred) mérite d’être mentionné. La faiblesse de Moonglow survient dans les derniers morceaux, où les compositions sont davantage prévisibles, à l’instar de « The Piper At The Gates Of Dawn » où le partage du chant entre Eric Martin (Mr. Big) et Bob Catley (Magnum) a pour inconvénient de tamiser leurs prestations. « Requiem For A Dream » est symptomatique : le titre, avec son instrumentation qui va crescendo et son final survolté et exubérant, aurait pu figurer sur n’importe quelle œuvre d’Avantasia (malgré le solo de basse slappé bienvenu). Heureusement, Avantasia s’exerce à la reprise de « Maniac » de Michael Sembello pour terminer l’opus de manière plus insolite. Avantasia ne s’y trompe pas. « Maniac » est un hit incontestable, que la formation respecte scrupuleusement.

Tobias Sammet a décidé de reprendre les choses en main et de tout s’autoriser. Cela profite à l’album qui intègre à nouveau une liste d’invités prestigieux : Geoff Tate (ex-Queensryche), Eric Martin (Mr. Big), Ronnie Atkins (Pretty Maids), Michael Kiske (Helloween), Jorn Lande (ex-Masterplan), Bob Catley (Magnum), Hansi Kürsch (Blind Guardian), Mille Petrozza (Kreator) et Candice Night (Blackmore’s Night). Si Moonglow finit par accuser le coup sur la longueur et revient à une écriture plus classique, il démontre qu’en restant maître du processus créatif et en écartant toutes les influences et contraintes extérieures, Tobias est capable de briser la monotonie et d’éviter qu’Avantasia ne devienne un super-produit standardisé.

Lyric vidéo de la chanson « The Raven Child » :

Album Moonglow, sortie le 1er février 2019 via Spinefarm Records. Disponible à l’achat ici



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