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Interview   

Avantasia : Tobias Sammet reprend le contrôle


A la faveur d’un trou dans son emploi du temps, il y a quelques mois, Tobias Sammet le prolifique s’est reposé… un peu. Las de voir sa carrière échapper à son contrôle, une prise de recul s’imposait. L’occasion pour lui de se changer les idées et de mettre son temps à profit dans une activité plus manuelle : la construction de son propre home studio. Mais le naturel revenant au galop, les idées ont fusé dans tous les sens et il s’est remis à composer illico presto pour Avantasia. Pour ce nouvel album, intitulé Moonglow, libre de toute contrainte, l’Allemand a pris le temps et le soin de bien peaufiner les détails instrumentaux et stylistiques. Surtout, il a fait ce qu’il voulait : pas comme un caprice de gosse, mais bien comme un artiste qui défend ses choix.

En face à face, il nous raconte cet univers victorien et d’un noir romantisme qui l’inspire tant et nous parle de la difficulté de trouver sa place et son bonheur dans un monde pas toujours sympa avec les rêveurs. Heureusement, sous ses dehors de grand adolescent, Tobias Sammet est un sacré réaliste.

« Tout le monde savait quelle serait la prochaine chose que je ferais. Moi pas, mais tous les autres avaient une idée très claire à ce sujet. […] J’étais sur le point de devenir un passager dans ma propre carrière, et non le pilote. Je devais faire tout le boulot, mais je ne faisais que travailler pour répondre aux attentes des gens. »

Radio Metal : Tu as décrit cet album comme « l’album le plus somptueux de [ta] carrière, la chose la plus énorme et colorée et le meilleur et le plus irraisonnable des luxes que [tu as] créés dans [ta] vie ». Donc, en gros, il s’agit d’un album de Tobias Sammet traditionnel, non ?

Tobias Sammet (chant) : [Rires] Oui, c’est le cas, mais tel que je le perçois, il a été fait sans pression. Il a été réalisé sur une très longue période de temps. Il a eu beaucoup de temps pour grandir de façon organique, sans date butoir à l’horizon. Il faut que j’explique un peu : je suis revenu de la tournée Ghostlights avec Avantasia, et c’était la première fois de ma vie où je n’avais pas de contrat avec une maison de disques, ni pour Edguy, ni pour Avantasia. Il n’y avait aucune obligation. J’étais fatigué, je dois l’admettre, après la tournée Ghostlights, pas par la tournée – c’était une quarantaine de concerts, bien sûr, mais les tournées d’Avantasia ne sont pas aussi exigeantes car je chante avec d’autres chanteurs et je partage le chant, donc tout va bien – mais j’étais fatigué en général car j’avais l’impression que j’étais sur le point de devenir… Tout le monde savait quelle serait la prochaine chose que je ferais. Moi pas, mais tous les autres avaient une idée très claire à ce sujet. Que ce soit avec Edguy ou Avantasia : « L’année prochaine, tu joueras au Wacken avec Avantasia ou Edguy ? » Tout le monde savait ce que je faisais, mais j’ai dit : « Foutez-moi la paix ! » J’ai pris du recul, et j’ai pensé : j’ai fait dix-sept albums, et j’ai fait dix tournées mondiales, et j’ai aussi fait tout un tas de tournées promotionnelles et tout, en un temps relativement court. J’étais fatigué et j’avais le sentiment d’avoir tout à fait le droit d’être fatigué, et j’ai dit : « Non, je ne vais pas faire ça. » J’étais sur le point de devenir un passager dans ma propre carrière, et non le pilote. Je devais faire tout le boulot, mais je ne faisais que travailler pour répondre aux attentes des gens, je croyais. J’ai donc dit : « D’accord, je ne vais rien faire maintenant. Je vais me reposer et me construire un studio moi-même, un home studio », ce qui est un passe-temps stupide pour un musicien qui a envie de faire un break, mais c’était marrant ! Ça ne donnait pas l’impression de faire quelque chose pour l’industrie musicale, je l’ai simplement fait pour moi. J’étais à nouveau comme un petit garçon à m’amuser avec le matériel.

Mais bien sûr, avant même de prendre la décision de faire une pause, j’avais des idées, de plus en plus, et j’ai continué à travailler dessus. Je me disais au départ que ce serait un album solo, mais ensuite j’ai réalisé : « Pourquoi est-ce que ce serait un album solo ? C’est un album d’Avantasia. » Ça sonnait comme Avantasia, ça donnait le sentiment d’être Avantasia, donc j’ai dit : « Je vais le faire mais je ne sais pas quand il sortira. Je n’ai aucun plan, aucune idée. » Je n’avais pas de contrat, je ne savais pas quel label le sortirait, et je n’avais pas envie de m’en occuper moi-même, donc j’ai embauché un avocat pour me trouver un contrat avec une maison de disques. Et bizarrement, pour sortir de ma routine, je me suis retrouvé avec un label sur lequel j’ai été pendant douze ans [rires]. Donc je ne brisais pas vraiment la routine mais j’avais tout le temps du monde et aucune pression. Voilà pourquoi je pouvais écrire de la musique, la mettre de côté, la reprendre et changer quelque chose, ajouter quelque chose, voir comment ça sonne, voir comment ça sonne deux mois plus tard, si je devais changer quelque chose. Voilà pourquoi il y avait une telle liberté créative, pourquoi c’était un processus aussi détendu, pourquoi j’aime autant cet album, il n’y a aucune connotation négative derrière, aucun stress. Nous avons tout fait parce qu’il y avait énormément de temps pour le faire, et j’avais l’appui financier pour faire tout ce que je voulais. Je n’étais pas obligé de demander la permission à qui que ce soit, je le faisais juste moi-même, avec Sascha [Paeth]. « On a besoin d’une harpiste ? » « D’accord, va la chercher ! » « On a besoin de chants grégoriens ? » « D’accord, trouvons un chanteur de chant grégorien ! » « On a besoin d’un chœur gospel ? » « D’accord ! Embauchons quatre chanteurs d’une comédie musicale à Hambourg ! Des Américains et Africains qui peuvent former un chœur gospel ! » Il n’y avait aucune limite, et c’est pourquoi je dis que c’est l’album le plus orné que j’ai fait. Mais je n’ai pas envie de dire que c’est le meilleur album que j’ai jamais fait parce que je trouve qu’ils sont tous bien à leur façon. Je dois dire que je suis très content de celui-ci.

Penses-tu que le fait de te reposer était la condition nécessaire pour que ta créativité s’exprime à nouveau ou bien parviens-tu quand même à créer sous pression ?

On peut créer sous pression, je pense. La question est simplement : est-ce que le résultat est aussi bon et es-tu content de le faire ? J’avais le sentiment que le résultat de ce que je faisais, même sous pression, n’était jamais vraiment mauvais. J’étais toujours content du résultat. C’est juste que j’ai réalisé que je commençais à souffrir, et sur le long terme, si tu te brises, tu ne seras plus capable de délivrer quoi que ce soit qui plaira aux autres. J’ai donc dû faire attention à moi. Je suis très content de chaque album que j’ai fait dans ma carrière, que ce soit avec Edguy ou Avantasia. Mais j’avais l’impression d’être rentré dans une routine. Ce n’est pas vraiment que par le passé j’avais une pression, avec quelqu’un qui se serait tenu là à pointer un flingue sur moi en disant : « Tu dois composer maintenant. » Mais c’est une pression subtile qu’on subit, genre : « D’accord, je dois finir le prochain album d’ici là parce que le frigo de mes musiciens sera vide », et ensuite ils me demanderont de faire de nouveaux albums, et puis le label me le demandera, et puis je vais devoir tourner, et puis… Dans la carrière d’un musicien, on a constamment des deadlines à l’esprit. Certaines choses sont fixées et ça s’immisce en toi sans que tu t’en rendes compte, car quand t’es un jeune musicien, tu es juste excité à l’idée de faire un album et ensuite partir en tournée dès que possible, et vivre tout ça. Mais après l’avoir fait pendant dix ans ou cinquante, ou vingt-cinq dans mon cas aujourd’hui, tu réalises que cette routine s’inscrit en toi, les tournées commencent, les albums doivent être livrés, la promotion commence… Ça devient des constantes imposées par d’autres gens et par les attentes.

Tout d’un coup, à un moment donné, je me suis réveillé et j’ai réalisé que je n’étais plus mon propre patron et ce n’est pas juste si tu es celui qui doit exécuter tout ça. Enfin, je ne veux pas me considérer comme étant aussi important, mais sans les compositeurs et les groupes, il n’y aurait aucune industrie du disque et il n’y aurait aucune industrie des concerts, il n’y aurait pas tout ce business autour de ça, et j’avais l’impression que tout reposait sur mes épaules. J’avais l’impression de devoir tout faire mais tout le monde me donnait un peu ses conditions. Je ne trouvais pas ça juste parce que, par exemple, j’ai eu une perte d’audition soudaine en 2008. J’avais déjà perdu l’audition à mon oreille droite à cause du stress et tout un tas de choses qui se sont passées. J’ai toujours ignoré ça, j’ai toujours souri et dit : « Ouais, bon, ça arrive. » Je m’en suis toujours moqué et dit : « Ok, ça pourrait être pire, j’ai deux oreilles. » Mais évidemment que ce n’est pas drôle parce que ton corps essaye de te dire quelque chose. Il dit : « Ralentis ! » Et ouais, ça a fait beaucoup de bien de ralentir [petits rires].

« C’est un paradoxe, comment quelqu’un pourrait avoir autant envie de faire quelque chose d’aussi épuisant – car pour moi, faire ça, c’est épuisant. C’est bizarre, ça n’a aucun sens, et je n’ai pas encore trouvé quel secret se cache derrière ça. »

Tu as aussi dit que tu prêtais davantage attention aux détails. Compte tenu de ce que tu as accompli dans le passé, dirais-tu que les détails sont ta seule marge d’amélioration ou de développement désormais ?

Je ne peux pas juger parce que ça signifierait que je devrais l’analyser, or j’essaye de ne pas analyser ce que je fais. Tout ce que je fais se base sur l’intuition. C’est aussi un truc, il faut préserver son intuition et on ne le fait qu’en suivant son propre chemin. Certains pourraient dire que je suis borné, d’une certaine façon, mais c’est la seule façon de protéger mon intuition enfantine et joueuse. Voilà pourquoi je n’analyse pas ma musique. Je fais des choses, c’est tout, et je crois qu’inconsciemment, tu essayes automatiquement d’ajuster de petits détails, et si tu es excité et joueur, comme un petit chien [petits rires], tu es enthousiaste face à de nouvelles opportunités, genre : « Oh, cool ! Je n’avais jamais vu cette balle avant ! » [Imite un chien] Et alors tu joues avec cette balle. Avec de petites nouveautés, comme une harpe celtique, certains pourraient dire : « Ouais, c’est juste un instrument, une harpe celtique, ça aurait pu être joué par un clavier. Qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire dans une harpe celtique ? » Non, ce n’était pas un clavier, c’était une vraie harpe celtique. Elle a été enregistrée comme il faut. Nous avons trouvé une bonne joueuse de harpe. Ça a apporté une nouvelle dimension à la chanson, et c’était très important pour moi. Ces petites choses font que l’ensemble est plus précieux et plus palpitant. Ce n’est peut-être qu’une harpe celtique mais ça épouse tout le respect qu’on a pour notre propre travail. C’est symbolique de ce respect et de toute l’approche de notre propre travail, quand on met autant d’amour dans ces petits détails. C’est ce que nous avons fait pour chaque aspect. Je veux dire que j’ai construit ce studio, j’ai enregistré la plupart du chant moi-même chez moi dans mon studio. Ce n’est pas un studio bas de gamme, il y a de la bonne technologie dedans. Mais ces petites choses sur lesquelles on peut travailler à notre rythme, dans notre propre sous-sol… Personne ne dit : « Oh, je pense que ça devrait être un peu différent. » Non, je me fiche de ce que les autres pensent ! Je vais le faire et je vais être impitoyable sur ma propre prestation. Si ce n’est pas bon, je vais le refaire encore et encore. Je vais travailler dur, mais à mon rythme. Et ces petits éléments font que tout le processus, globalement, a plus de valeur à mes yeux.

Quand tu n’as aucune date butoir et une telle liberté, le risque n’est-il pas de toujours voir de nouveaux détails à ajouter, changer ou ajuster, et au final de ne jamais s’arrêter et devenir fou ?

Je n’ai jamais de problème avec ça. Sascha Paeth, notre producteur et guitariste, dit qu’en fait, je suis l’un des musiciens qui lâchent prise le plus facilement quand quelque chose est terminé, et il dit aussi que je ne suis pas vraiment marié à mes idées, ce qui est peu commun pour quelqu’un d’aussi entêté que moi, comme certains pourraient dire. Mais c’est juste que je suis réaliste. Si je veux le meilleur résultat, je dois travailler avec les meilleures personnes et je dois leur laisser de l’espace, et si elles suggèrent quelque chose, si par exemple Sascha dit « oh, peut-être qu’on devrait essayer ceci de cette manière », je dois honnêtement écouter. Je peux ensuite prendre la décision et dire « je veux ceci de telle ou telle façon », mais quand même, je dois les écouter, et je veux les écouter, parce que je travaille avec les meilleurs pour obtenir le meilleur d’eux. Donc, pour faire court, je suis réaliste. Je ne suis pas de ces musiciens qui n’arrêteront pas de travailler sur une chanson, ad vitam aeternam, simplement parce qu’ils pensent : « Oh, on devrait… mais on pourrait… » Non. Je suis très excité par les petits détails mais à un moment donné je dis : « D’accord, j’ai d’autres idées maintenant, je veux passer à autre chose. Ça ne change pas grand-chose si cette guitare après deux refrains est un décibel plus fort ou plus faible. J’ai un ingénieur de mix qui prendra la décision, et que ce soit l’un ou l’autre, ça n’améliore ni n’empire la chanson. C’est terminé. Passons à l’autre chanson. » Donc je peux lâcher prise.

A propos du concept, tu as déclaré que « chaque chanson est un chapitre basé sur une créature qui est envoyée dans le monde mais ne parvient pas à trouver sa place. Elle n’arrive pas à se connecter à l’environnement et au lieu de ça se tourne vers l’obscurité dans l’espoir d’y trouver un refuge ». Est-ce que cette créature c’est toi, ou au moins, te sens-tu comme elle ? Je veux dire, as-tu eu du mal à trouver ta place dans ce monde ?

Oui, clairement. C’est un album très autobiographique. Mais je n’avais pas envie de faire comme Bruce Springsteen et écrire à mon sujet de façon directe. C’est un super parolier, je n’ai pas envie de dire du mal de lui, j’adore Bruce Springsteen, mais je voulais faire quelque chose de plus imaginatif. Donc, en gros, j’ai créé un monde. C’est un monde fantastique. Un monde victorien inspiré par le romantisme noir, tout l’album et le concept sont basés là-dessus, mais c’est grosso modo un vecteur pour mes pensées, mes points de vue et le monde de mes sentiments. Mais ouais, bien sûr quand j’étais gamin, je me sentais toujours différent. J’ai eu une enfance heureuse, je dois dire, mais je me sentais toujours différent. Je me sentais toujours un peu isolé parce que je réalisais que nous sommes censés appartenir à quelque chose, nous sommes censés répondre aux attentes, ce qui est naturel, je pense, mais si on n’est pas d’accord pour être ce que les gens attendent de toi ? Existe-t-il un compromis ? Je veux dire que bien sûr, il y a certaines choses qu’on est obligé de faire. Il faut aller à l’école car c’est bon pour nous. On rassemble du savoir et ça nous permet de nous cultiver. Ça a du sens. Je ne peux pas être totalement antagoniste, mais quand même, et si je pense que la beauté est autre chose que ce que la personne à côté de moi pense être la beauté ? On est tous des individus et, à la fois, on attend de nous de jouer un rôle et j’ai toujours eu du mal avec ça. Je me sentais différent. J’avais mes propres visions, mes propres rêves. Je crois que c’est le cas de tout le monde ! C’est juste que certaines personnes parviennent mieux à s’adapter ou à jouer un rôle, là où ce n’était pas possible pour moi.

Je suis devenu musicien. Tu trouveras difficilement un autre boulot dans le monde qui te donnera à ce point-là l’occasion d’être toi-même. Être un artiste créatif est donc la meilleure chose qui puisse t’arriver. Je suis mon propre patron. Mais même dans l’industrie musicale, il faut vite apprendre… Même dans le heavy metal et le rock, tu deviens vite quelqu’un qui doit répondre à des attentes. Tu fais un album qui rencontre le succès et tout le monde dit : « Ok, s’il te plaît, refais la même chose. » « Ouais, mais je l’ai déjà fait. Je veux faire quelque chose de nouveau maintenant. » « Non, non, non. Tu ne fais ça que pour l’argent. » « Non, en fait ! J’ai juste envie de faire cet album. » Donc on attend toujours de toi de te plier à ce que les autres t’imaginent être, et je pense que tout le monde peut s’identifier à ce sentiment. Tout le monde, et pas seulement dans le monde de la musique. Ça redevenait encore plus prégnant parce qu’après avoir fait la tournée de Ghostlights, j’avais l’impression, comme je l’ai dit : « Tout le monde sait ce que je vais faire ensuite, mais et si je n’étais pas d’accord ? Et si je ne peux pas ou ne veux pas faire ce que tout le monde s’attend à ce que je fasse ? » Donc, tout l’album parle d’échouer à répondre aux attentes et d’échouer à être la personne que les autres veulent que tu sois, de fuir dans ton propre monde, et mon monde, dans ce cas, est peut-être un peu grotesque. Certaines personnes peuvent se dire que je suis un peu bizarre. Mais je ne le perçois pas comme étant bizarre. Je pense juste que « raisonnable » est un point de vue. Plein de choses qui sont largement considérées comme étant raisonnables n’ont aucun sens à mes yeux. Plein de gens à qui je parle seront d’accord et diront : « Ouais, tu as raison mais telle est notre société. » Oui, donc pourquoi on ne se met pas d’accord pour dire qu’on est tous des individus et qu’on peut être comme on veut, que ce soit d’un point de vue sexualité ou n’importe quoi ? Soyons nous-mêmes ! Donc, en gros, le sujet de l’album était juste : « Je n’ai plus envie de répondre à ces attentes. »

« Je plaisante toujours en disant : “A un moment donné, j’ai juste besoin de sortir de chez moi pour m’acheter des tablettes de vitamine D.” C’est la seule raison pour que je quitte la maison : aller à la pharmacie me procurer un médicament qui compense le manque d’exposition à la lumière du soleil [petits rires]. »

Plus généralement, penses-tu que le fait d’avoir du mal à trouver sa place dans le monde est un point commun que partagent les metalleux ?

Les metalleux ? Tout le monde ! Je veux dire, regarde autour de toi. Je ne sais pas comment c’est en France de nos jours mais en Allemagne… Je connais plein de gens qui ont des boulots normaux, quotidiens, qui sont des personnes heureuses qui regardent le football le samedi, qui vont au stand de tir le mardi ou vont au bowling le jeudi, ils ont leur travail, mais on dirait que tout le monde, tout du moins tel que je le perçois, a plus de mal avec le train-train qu’avant. Ce n’est pas un environnement très agréable à vivre. Tout le monde cherche à répondre aux attentes. Tout le monde veut jouer son rôle et être un bon soldat au travail. Tout le monde doit faire face et n’a pas envie de décevoir, décevoir son patron par exemple. « Oui, je peux faire ci. Oui, je peux faire ça. » On joue tous notre rôle et je pense que tout le monde peut se reconnaître là-dedans, et j’ai découvert que c’est devenu de plus en plus difficile de dire non, y compris dans le monde de la musique, ce que j’ai trouvé étrange. « Oui, je peux le faire, bien sûr ! » Tu n’as pas envie de décevoir les gens. Tu veux être fort. Tu veux montrer à tout le monde que oui, tu peux faire ça. Donc je pense que ce n’est pas que dans le monde du rock, ou pas seulement les fans de metal. Je pense que tout le monde est censé faire certaines choses qui sont raisonnables ou considérées comme telles dans la perception globale. Ça ne signifie pas que c’est raisonnable pour toi, en tant qu’individu. C’est toujours un compromis. Evidemment, on ne peut pas dire : « Oh, maintenant j’ai envie de rester au lit pendant dix semaines. » Non, il faut se lever et aller gagner de l’argent mais quand même, c’est difficile de trouver ce compromis entre être soi-même et faire quelque chose qui nous rende heureux et à la fois jouer son rôle.

Tu disais tout à l’heure que le concept était basé sur « un monde victorien inspiré par le romantisme noir ». The Mystery Of Time et Ghostlights étaient tous les deux déjà ancrés dans l’époque victorienne. Que trouves-tu de si fascinant dans cette époque ?

Je n’en ai aucune idée. J’ai juste un sentiment particulier quand je me trouve dans une vieille ville. Et c’est vraiment marrant parce que j’ai eu ce sentiment hier en conduisant dans Paris à nouveau ou ce matin quand j’ai regardé par la fenêtre les vieux immeubles et les rues. C’est réconfortant, ça titille mon imagination. A chaque fois que je suis à Londres, c’est un lieu très important pour moi, et je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu’il y a deux cents ans j’ai vécu à Londres et que j’y ai passé de bons moments. Je n’en ai aucune idée. Ça stimule mon imagination, c’est tout. J’ai lu un article à ce sujet, car je me pose des questions par rapport à ça. J’ai lu un article sur la « psycho-géographie », et à propos du fait que certains environnements ont un certain impact sur toi et ta créativité. Je ne sais pas exactement pourquoi mais je sais évidemment que c’est le cas, car ils ont même trouvé un nom pour ce phénomène ! Ton environnement a un impact, géographiquement, sur ton bien-être et, en conséquence, sur ta créativité. Tout le truc avec l’époque victorienne vient probablement du fait que j’aime ces écrivains. C’était une époque où les scientifiques essayaient de faire de l’occultisme une science, qui est quelque chose qui m’a toujours intéressé étant gamin, avec Aleister Crowley, John Dee, etc. Etant gamin, je trouvais toujours ça excitant : l’occulte, les choses démoniaques et mystérieuses, l’adoration pour le diable… Je trouvais ça simplement excitant, c’était grotesque. Je n’ai jamais moi-même pratiqué ce genre de chose, j’étais probablement plus un chrétien, je pense, je ne sais pas vraiment. Je ne suis pas sataniste, et je ne crois pas en ça, je trouve ça puéril d’une certaine façon, mais c’est une autre histoire ; chacun ses goûts. Mais le sujet m’intéressait : le Moyen Âge, etc. Donc cette époque, pour moi, est très mystérieuse, et plein de mes écrivains préférés viennent de cette époque, comme les romanciers anglais et la renaissance victorienne du roman gothique dans le romantisme noir, comme Arthur Machen, Algernon Blackwood, William Somerset Maugham, évidemment Edgar Allan Poe, même si c’est une autre histoire, E.T.A. Hoffmann… Voilà pourquoi j’ai toujours été fasciné par ces temps-là, et l’époque victorienne en particulier. Mais, pourquoi ? Je n’en ai aucune idée.

Tu as enregistré une reprise du hit « Maniac » de Michael Sembello. C’est assez surprenant, vu que c’est la première reprise que tu enregistres avec Avantasia, et c’est plus le type de reprise qu’on s’attendrait à entendre de la part d’Edguy, avec le sens de l’humour pour lequel le groupe est connu. Du coup, comment c’est arrivé et comment est-ce que cette chanson se rattache au concept de l’album ?

C’est la première à être officiellement sur un album, c’est vrai, c’est la première fois que nous en avons fait une pour un album. Nous avions eu un titre bonus auparavant, juste pour s’amuser. Pour être honnête avec toi, je pourrais te dire que l’album parle de marginaux et d’une personne qui n’est en paix avec elle-même que lorsqu’elle est exposée à l’obscurité de la nuit. Dans « Maniac », c’est également le cas, la personne est en paix avec elle-même quand elle danse la nuit. Je pourrais te dire ça, mais je sais que ça n’a rien à voir avec ça. La vérité est simplement que je voulais faire une reprise de cette chanson juste pour m’amuser, pour moi, et Sascha a dit : « Cette chanson ? Elle a été reprise des tas de fois ! Il en existe plein de versions… » Et j’ai dit : « Sascha, il ne s’agit pas de faire ce qu’il faut. C’est juste que c’est excitant à faire, c’est tout. Ce n’est pas une question de vie ou de mort. Faisons-la pour s’amuser. Ça ne sera de toute façon pas sur l’album. » Et il a fini par dire : « D’accord, faisons-la. » Nous l’avons faite, le résultat était super, nous avons fait chanter Eric Martin dessus, en partie, c’est devenu une sorte de duo comme une chanson d’Avantasia classique. C’était tellement super et l’album était tellement orné et sophistiqué avec plein de chansons longues : deux chansons faisaient dans les dix minutes, dont une de onze minutes, deux chansons étaient autour des sept minutes trente. C’est tellement rempli de trucs progressifs que je me suis dit qu’un morceau rock décontracté équilibrerait tous les morceaux plus sophistiqués. J’ai donc dit : « Tu sais quoi ? On va le mettre sur l’album ! » Et Sascha était d’accord et a dit qu’en fait c’était une bonne idée, ça avait du sens. La chanson s’est avérée si bonne au final que j’ai dit : « D’accord, mettons-la sur l’album ! » Il n’y a pas de règle dans le heavy metal. Je crois que le label l’a aimé dès le début, bien qu’ils aient dit : « Les gens vont probablement trouver ça bizarre, ils vont demander ce que ça a à voir avec l’album. » Et j’ai dit que je répondrais : « Rien ! » Qu’est-ce que les gens vont faire ? Me tirer une balle dans la tête ? Non ! Tout est permis dans le rock, et les gens aiment cette chanson, et moi je l’aime.

C’est aussi une manière de finir l’album sur une note plus légère…

Ouais, bien sûr ! Mais nous avons aussi un titre bonus sur la première édition, qui possède une mélodie positive mais les paroles sont un petit peu plus… Bon, ça parle de pression et d’attentes, c’est le titre bonus. Quand tout le monde est heureux avec le sourire aux lèvres, ils retomberont dans la dépression [rires].

« Au début, l’industrie du rock n’ roll a été construite par des gens capables de travailler très dur pour ce en quoi ils croient, autrement ils ne travailleraient pas aussi dur. C’est ce que l’industrie musicale ne comprend pas. »

Ça fait plusieurs albums que tu dis en interview qu’après telle ou telle tournée, tu voulais ralentir la cadence, mais que tu as fini par être inspiré et enregistrer rapidement un nouvel album. C’est quelque chose qui est arrivé une fois de plus avec cet album, comme on en a discuté. Dirais-tu que tu es victime du débit de ton inspiration ?

Je ne sais pas, parce que « victime » sonne négatif. Parfois je me demande comment il se fait que je ressente le besoin de faire quelque chose qui soit si exténuant. Je n’ai jamais trouvé la réponse. J’ai posé cette question à ma femme, car nous en parlions il y a une semaine. C’est un paradoxe, comment quelqu’un pourrait avoir autant envie de faire quelque chose d’aussi épuisant – car pour moi, faire ça, c’est épuisant. C’est bizarre, ça n’a aucun sens, et je n’ai pas encore trouvé quel secret se cache derrière ça. Je pense que créer de la musique en soi ne représente absolument aucune pression pour moi. C’est quelque chose que j’ai besoin de faire. Ecrire des textes pour le nouvel album était une catharsis pour moi. C’était comme écrire une lettre à quelqu’un que tu n’envoies pas, simplement pour vider mon sac. Je pense que c’est pareil avec la musique. Je laisse sortir les émotions, dans la musique. C’est dur à décrire, même pour moi, mais je crois que c’est similaire à mettre sur papier ce qu’on a sur le cœur. Tu laisses sortir les choses et, une fois que c’est capté, tu te sens mieux. C’est aussi super de pouvoir le vendre et récolter un tas d’argent grâce à ça [rires]. C’est un avantage sympa. C’est un effet secondaire sympa mais je le ferais même si je n’obtenais rien en retour, car c’est super de vider son sac. C’est un processus très naturel, libre de toute pression, j’adore ça. Il n’y a rien de mieux que d’aller dans mon sous-sol et capturer une idée initiale, une idée toute simple et innocente, et écrire un texte dessus. Ensuite, quand tu travailles dessus, quand tu essayes d’embellir les choses et de les arranger, ça peut être stressant, surtout quand tu le fais avec un groupe, cinq personnes, cinq opinions, c’est normal. Je crois que c’est pareil pour chaque groupe : « Non ! On devrait jouer comme ça ! » « Non ! On devrait jouer comme ci ! » « Non ! On devrait mettre un break… » Même quand on travaille avec un producteur. Avec Sascha, nous nous entendons très bien, donc ce n’est pas si dramatique, mais ça peut parfois être stressant. Mais le gros stress, c’est quand tu livres l’album au label et qu’ils disent : « D’accord, maintenant, tu as tant d’argent, on a une tournée promotionnelle qui arrive pour toi, on a besoin d’un clip d’ici telle date, as-tu déjà des photos ? Comment prévois-tu de faire ceci ? Qui fera la promo radio ? Qui fera la promo télé ? » Alors, quand tu reçois cent cinquante e-mails toutes les trois heures, ça te submerge et c’est stressant. Alors tu réalises que tu retombes dans le train-train. Mais quand je m’immisce dans mon sous-sol, ce n’est vraiment pas du travail.

En parlant de travailler dans ton sous-sol. Vu que tu t’es construit ton propre studio, as-tu ressenti un besoin de créer un espace bien à toi après toutes ces années ?

Ouais, bien que j’ai toujours eu mon propre espace et mon propre univers. Le fait d’avoir ma caverne chez moi a toujours été très important pour moi. Mon bureau ressemble à un bureau du XIXe siècle, ou peut-être des années 1920. J’ai toujours eu besoin d’avoir mon propre environnement. J’ai toujours eu besoin d’un environnement spécial. J’avais mon endroit favori dans la forêt où j’ai écrit nombre de mes premiers albums d’Edguy et d’Avantasia. J’allais là-bas, et je me posais pendant des heures, à écrire et capter des idées avec un petit dictaphone et un stylo et une feuille de papier. Je m’asseyais là pendant des heures et j’écrivais, parfois la nuit. Parfois quand des gens passaient, par exemple un chasseur ou autre, ils devaient se dire : « Qu’est-ce qu’il se passe là ? Il y a un cinglé. » « Oui peut-être ! » [Petits rires] J’ai toujours eu besoin de ça, mais c’est la liberté ultime que j’ai désormais, car maintenant je capte mes idées chez moi. Evidemment, le fait de me rendre en Angleterre m’a beaucoup aidé pour cet album, mais je n’y ai pas été pour ça. J’y ai été pour être en paix avec moi-même et j’ai eu toutes ces idées pendant que j’étais là-bas. Donc, au final, après y avoir été deux ou trois fois en ayant eu plein d’idées, j’ai décidé d’y retourner pour finir certaines choses, exprès, car j’ai trouvé ça inspirant. J’ai beaucoup apprécié avoir ce studio chez moi afin de ne pas être obligé de sortir dès que j’avais une idée à chanter. Aussi, je pense que je n’avais pas chanté aussi bien sur un album depuis douze ou treize ans, justement parce que je n’étais pas stressé. Dès que je ressentais que ma voix était suffisamment bonne, j’y allais, j’appuyais sur le bouton « enregistrer » et j’enregistrais. Je plaisante toujours en disant : « A un moment donné, j’ai juste besoin de sortir de chez moi pour m’acheter des tablettes de vitamine D. » [Petits rires] C’est la seule raison pour que je quitte la maison : aller à la pharmacie me procurer un médicament qui compense le manque d’exposition à la lumière du soleil [petits rires], j’avais quasiment jamais besoin d’aller quelque part. Bon, ce n’est pas totalement vrai : j’étais là avec le chœur quand ils ont enregistré, j’étais à Francfort avec Geoff Tate, j’étais à Wolfsburg quand j’ai travaillé avec Jørn Lande, j’étais à Hambourg quand nous avons fait les autres enregistrements de chœurs, donc je n’étais pas seulement chez moi, mais principalement.

Comment as-tu imaginé ce studio et comment Sascha t’a aidé à le construire ?

C’est tout petit. C’est vraiment un tout petit truc. Je peux y enregistrer le chant et la basse, les claviers et les guitares, mais pas vraiment de batterie. C’est une pièce avec une bonne acoustique, c’est ce qui compte, c’est bien pour le chant, et Sascha m’a simplement dit de quel équipement j’avais besoin, et ensuite j’ai expérimenté avec ça. Evidemment, j’étais disposé à expérimenter. J’ai reçu l’équipement et ensuite je me suis intéressé à de plus en plus d’équipements que j’ai voulu me procurer. Aussi, je n’ai jamais vraiment eu de hobby, je crois, et ceci est un peu devenu mon hobby. Ce n’est plus autant le cas maintenant mais c’est devenu un hobby de collectionner les équipements vintage des années 60, par exemple de vieux amplificateurs à lampe, des compresseurs, tout ça. Sascha a dit : « T’es dingue, t’es complètement cinglé ! Tu possèdes plus que ce que la plupart des studios possèdent ! » [Petits rires] Et je n’en ai pas besoin car je n’enregistre pas d’orchestre là-dedans, je ne fais que m’enregistrer moi, et personne d’autre n’a le droit d’y rentrer [rires]. C’est très bizarre mais c’est complètement moi !

« Cet album ne cadre pas avec l’environnement d’écoute du XXIe siècle, car ce n’est pas assez fédérateur, il ne joue pas selon les règles. Ce n’est pas immédiat, c’est trop subtil. »

Tu as déclaré : « Tout a été créé pour une raison : pour écrire de la super musique sans aucun homme d’affaires façonnant ça en de petits morceaux destinés au paysage moderne du divertissement. » Est-ce quelque chose qui t’est déjà arrivé, qu’un homme d’affaires essaye de modeler ta musique ?

Bien sûr, ouais, tout le monde a une idée très claire de ce que je devrais faire ! Ces gens ne comprennent pas qu’au début, l’industrie du rock n’ roll a été construite par des gens capables de travailler très dur pour ce en quoi ils croient, autrement ils ne travailleraient pas aussi dur. C’est ce que l’industrie musicale ne comprend pas. Ils voient quelque chose qui a du succès parce quelqu’un a une vision, et ils veulent que ça soit répété par quelqu’un d’autre, mais ce quelqu’un d’autre pourrait avoir une autre vision. Mais, bien sûr, ces gens ont une idée claire, genre : « Oh non, peut-être qu’on devrait impliquer un compositeur extérieur, ajouter des saveurs différentes à ta musique. » « Va te faire foutre ! Je n’ai pas besoin d’un compositeur extérieur pour ajouter des saveurs à ma musique ! Si je pensais que c’était bien pour moi, je l’aurais déjà fait ! » Je ne dis pas forcément que ça ne marcherait pas, mais là tout de suite, je n’ai pas envie. Et genre : « Oh, tu ne devrais pas faire ce type de chanson. Peut-être que tu devrais changer de producteur » et ce genre de choses arrivent tout le temps. Dans l’industrie musicale, ils ont des visions claires ! « Oh non, la chanson devrait être plus courte, elle pourrait être diffusée à la radio… » C’est du heavy metal, ça ne passera de toute façon pas à la radio ! Pourquoi devrais-je estropier la chanson ? S’ils veulent qu’elle soit plus courte pour la diffuser, laissons-les l’estropier eux-mêmes. Au moins, ce n’est pas de ma responsabilité. Mais de toute façon, ils ne diffuseront pas la chanson, alors pourquoi la couper ou je ne sais quoi ?

Evidemment, il y a toujours – ou parfois – des compromis à faire, et c’est intelligent parfois de faire des compromis. Donc je ne suis pas aussi têtu. Mais ce que je voulais dire est que cet album ne cadre pas avec l’environnement d’écoute du XXIe siècle, car ce n’est pas assez fédérateur, il ne joue pas selon les règles. Ce n’est pas immédiat, c’est trop subtil. De longues chansons, de petits ornements ici et là… L’album ne cadre tout simplement pas avec l’industrie du divertissement du XXIe siècle. Un autre label m’a dit ça quand j’ai – ou plutôt mon avocat – essayé d’obtenir un contrat. J’étais là quand mon avocat parlait à certains des responsables des plus gros labels, et ils m’ont dit : « Ta musique ne cadre pas vraiment avec le XXIe siècle, donc il faut qu’on ajuste de petites choses. Tu devrais avoir d’autres invités. Tu as des invités venant du heavy metal qui n’ont aucun sens. Tu devrais avoir des invités contemporains. On pense plus grand et différent. » Et j’ai pensé : « Attends une seconde, pourquoi me parles-tu si tu veux tout chambouler ? Je sais assez précisément ce que j’ai envie de faire. Je ne demande pas ton avis sur ma musique. Je veux que tu la vendes, pas que tu la changes. » Voilà ce que j’ai dit.

En termes d’invités, cet album a l’air d’un album d’Avantasia « emblématique » : presque tous les invités, à l’exception de trois d’entre eux, sont déjà apparus plusieurs fois sur des albums d’Avantasia par le passé : Bob Catley, Jørn Lande, Michael Kiske, etc. Même Mille Petrozza qui n’a jamais participé à un album d’Avantasia auparavant était déjà apparu sur un album d’Edguy…

Les invités sont des gens que j’ai moi-même choisis. Le label n’a même pas entendu l’album avant qu’il ne soit terminé. Je ne signe des contrats que si le label n’a pas le droit d’approuver et de désapprouver quoi que ce soit, à moins que je ne fasse quelque chose de vraiment mauvais politiquement ; par exemple, si je faisais un album à la Ted Nugent, ils auraient raison de dire : « Tobi, on n’a pas envie de sortir ça ! » [Petits rires] Mais artistiquement, j’ai toute la liberté, ils n’ont pas leur mot à dire, et ils n’interfèrent pas trop. Nuclear Blast est très bon de ce point de vue. C’est un label indépendant et ils comprennent grosso modo ce que je veux dire. Donc les trois nouveaux invités, je les ai moi-même choisis. Ça faisait longtemps que je voulais travailler avec Hansi [Kürsch] et ça s’est enfin fait. Je voulais travailler avec Mille… Les deux sont des amis à moi ! Mille et Hansi sont tous les deux de bons amis mais jusqu’à présent ça ne collait jamais, que ce soit niveau emploi du temps, musique… Maintenant, c’était le bon moment. Avec Candice [Night], j’avais cette chanson, je voulais un certain type de voix, à la Maggie Reilly, ce type de touche façon Mike Oldfield. Je me demandais : « Qui a la bonne voix pour ça ? » J’ai passé en revue ma propre collection de disques et j’en ai conclu : Candice Night ! Tout est basé sur l’intuition avec ma propre collection de disques et mes propres préférences.

As-tu déjà eu une intuition pour un invité et tu as finalement réalisé que ça ne collait pas ? Ou bien ton intuition est-elle toujours bonne ?

C’est une bonne intuition et, bien sûr, il faut être spontané. Je me souviens quand nous avons fait l’album Scarecrow, Jørn était au studio et je lui avais chanté la ligne de chant du couplet de la chanson « The Scarecrow », et il l’a écoutée et c’était très haut ; ma voix est naturellement haute, je ne peux pas chanter très grave, je ne sais pas pourquoi mais c’est un truc naturel. Jørn l’a donc écoutée et, avec son bel accent norvégien, il a dit : « Non, je ne chante pas comme ça ! » Mais au lieu de dire : « Je ne peux pas la chanter ! » Il a juste dit : « Appuie sur “enregistrer” ! » Et il a fait quelque chose de complètement différent et c’était extraordinaire ! Donc, si quelque chose ne colle pas vraiment, on peut toujours ajuster. J’ai beaucoup de chance de travailler avec des gens qui sont vraiment très forts dans ce qu’ils font. De très bons musiciens, très polyvalents.

Interview réalisée en face à face le 29 novembre 2018 par Claire Vienne.
Fiche de questions : Philippe Sliwa & Nicolas Gricourt.
Retranscription : Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Alex Kuehr.

Site officiel de Tobias Sammet : www.tobiassammet.com

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