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Interview   

Avatar fait un tour au bestiaire


Avatar - credit Johan CarlenMine de rien, Avatar, que beaucoup découvraient en première partie d’Avenged Sevenfold malgré une carrière déjà bien amorcée, fait son bonhomme de chemin et est doucement mais sûrement en train de s’imposer. D’abord en travaillant la part visuelle de son art – en témoigne les concerts, le personnage du clown incarné par le chanteur Johannes Eckerström mais aussi son dernier clip vidéo scénarisé particulièrement original -, faisant de chaque composante du groupe une part d’une oeuvre globale et d’un concept. Et puis en amenant des idées nouvelles voire étonnantes, comme celle d’élaborer son nouvel album Feathers & Flesh autour d’une fable animalière, inspirée de celles de Jean De La Fontaine. Une fable également racontée dans un livre qui accompagne l’album.

Cet album, particulièrement théâtral, imagé, peut-être même un peu fou, n’est autre qu’une allégorie sur la condition humaine, où Avatar continue à explorer la psychologie, ouvrant « des portes dans nos esprits vers des pièces plus sombres, » comme l’explique ci-après le chanteur. C’est longuement que nous nous sommes entretenus avec lui, mais également le batteur John Alfredsson, pour creuser une oeuvre qui sort définitivement des sentiers battus. Avec eux nous revenons sur cette fable, sa genèse, ses personnages, sa morale… Mais aussi comment celle-ci sincère dans l’oeuvre globale d’Avatar, groupe qui ne rechigne jamais sur les défis, tout le contraire même.

Avatar - credit Johan Carlen

« La morale de l’histoire, c’est l’absence de morale et en ce sens, toute l’idée est de proposer un récit de mise en garde. »

Radio Metal : Vous avez un nouvel album qui sort bientôt, intitulé Feathers & Flesh et qui est une fable apparemment inspirée par le travail de Jean De La Fontaine. Quelle est ta relation à son œuvre, de façon générale ?

Johannes Eckerström (chant) : Ouais, je dirais que je l’ai un peu étudié et j’ai lu certaines de ses œuvres mais les histoires ne sont pas basées sur ses histoires mais plutôt inspirées, dans le sens où je cherchais à apprendre l’art de la fable et pour ça, il a été une importante source inspiration, oui. J’ai commencé à lire certaines de ses fables et je me suis rendu compte que : « Hum, j’ai déjà lu ça auparavant, j’ai déjà entendu ça. » Ensuite, je me suis rendu compte que ça remontait à l’enfance. Donc, je pense que pour plein de gens, nous grandissons tous avec ça, peut-être pas forcément en connaissant son nom mais en connaissant plutôt les histoires, ce qui est assez habituel avec les histoires pour enfants et adultes. C’est quelque chose à laquelle j’ai pensé : la majorité d’entre nous connaissent davantage la Petite Sirène que le nom de Hans Andersen, l’écrivain, en l’occurrence.

D’ailleurs, les fables sont généralement des histoires que l’on apprend étant enfant et les illustrations de l’album et du livre faites par Henrik Krantz ont un côté enfantin qui correspond bien à ça. Du coup, parlez-vous à l’enfant qui est en nous avec cet album ?

John Alfredsson (batterie) : Ouais, absolument mais à la fois, c’est une histoire très, très sombre. C’est une histoire très, très violente et dure mais de nombreux contes pour enfants sont assez violents, et le monde est plutôt violent. Mais nous voulons faire quelque chose qui joue avec l’imagination des gens. Nous ne voulons pas être politiques. Nous ne voulons pas chanter et écrire des choses à propos du monde tel qu’il est aujourd’hui ou du monde réel. Nous voulons offrir aux gens une échappatoire. Avatar devrait être comme un fi… un film… Quel con, j’emmerde James Cameron [rires]. Avatar devrait être une expérience et jouer avec votre imagination. Donc il joue avec l’enfant en vous. Tout le monde a un enfant en lui.

Johannes : Ouais mais ce n’est pas nécessairement conscient, comme si c’était un but en soi, mais je pense que ça me vient naturellement d’utiliser ce genre d’outils pour raconter les histoires. Depuis toujours, en parallèle du groupe, mon occupation principale a été de travaillé avec des enfants et donc de constamment revisiter ce genre de chose, et encore à ce jour, mon auteur préféré est Astrid Lindgren. Donc, je pense que c’est une part importante de moi et une énorme part de ce que nous faisons dans Avatar. Et la façon dont j’écris a toujours été de nature plutôt psychologique, comme le fait d’ouvrir des portes dans nos esprits vers des pièces plus sombres. Et je crois que lorsque tu commences à établir une connexion avec ce côté sombre, pour nombre d’entre nous, je suppose, ça revient aussi à regarder dans le passé et d’où nous venons et en conséquence, explorer notre enfance. Donc ouais, il y a plusieurs niveaux de lecture.

En fait, as-tu une formation en psychologie ?

Absolument pas, non, non. C’est juste un talent naturel ! [Petits rires] Ouais, c’est de la psychologie amateur.

As-tu quand même lu des livres sur la psychologie ?

Ouais, tu sais, j’ai pris des cours dans un lycée, j’ai cherché de l’aide de façon générale et je m’y suis intéressé mais au-delà de ça, je m’intéresse à l’art, l’art d’écrire des chansons et de raconter des histoires, et je m’intéresse davantage à, encore une fois, entrer dans des pièces obscures plutôt que celles qui sont vivement éclairées. Donc je pense que ça vient plutôt de l’intuition que d’une ambition académique spécifique.

Tu as déclaré que cette « fable raconte l’histoire d’une chouette qui part en guerre pour empêcher le soleil de se lever. C’est une histoire tragique sur quelqu’un voué à l’échec. » Pourquoi avoir choisi une chouette comme personnage principal de cette histoire ?

Tout a commencé lorsque nous avons planté cette graine d’idée dans nos esprits comme quoi le prochain album pourrait être un album conceptuel. L’idée de faire des fables est venue très tôt dans le processus mais le premier brouillon de cette idée était que j’utiliserais des fables spécifiques préexistantes pour les paraphraser ou les réécrire ou simplement les mettre en musique. Ensuite, au cours du processus, nous avons commencé à nous rendre compte que ce que je voulais écrire était une seule histoire à travers tout l’album. Dans les fables tu as toujours ces archétypes, du genre le renard futé ou le grand méchant loup, ce sont des caractéristiques récurrentes pour chaque animal qui les représentent, et une grande partie des thèmes de l’album vient de ces idées de bon et de mauvais, et tout ce qu’il y a entre, souvent, c’est surtout une question de perspective. En conséquence, afin de raconter une histoire où l’obscurité, les créatures de la nuit ne jouent pas nécessairement le rôle des méchants, je recherchais un animal qui pourrait incarner ça. Et la chouette étant un chasseur nocturne et une créature qui, dans le folklore nordique, a souvent été dépeint comme un messager de Satan et de choses diaboliques, je voulais au lieu de ça en faire un protagoniste. Aussi, dans d’autres contextes à travers le monde, la chouette a été perçue comme une créature sage, quelque chose dont les gens se moquent même, comme dans Winnie L’Ourson, la chouette sage qui, dans notre cas… L’une des caractéristiques de notre histoire est le fait qu’elle manque de sagesse et ne parvient pas à transformer ses expériences en bon sens utile. C’est une question de tordre et changer les archétypes et trouver quelque chose qui fonctionne pour pouvoir raconter l’histoire dans un contexte nocturne, sous un aspect sombre, mais sans que ce soit diabolique. Comme je l’ai dit, l’une des grandes idées, c’est que tout est une question de perspective.

La chouette est une femelle. Il y a une raison particulière à ça ?

Si tu es un gars et que tu créés des personnages pour raconter une histoire, il est facile de finir avec un paquet de mecs et de façon très basique, lorsque je me suis rendu compte de ce que je faisais, ça a commencé à me paraître ennuyeux et je me suis dit que si c’était une femelle, ça pourrait apporter un plus à l’histoire, elle pouvait par exemple être mère, ce qui joue un rôle dans ce qui se passe dans l’histoire. Et puis, encore une fois, pour revenir aux archétypes, le rôle qu’elle joue aurait dans de nombreux cas typiquement été un rôle masculin, [comme si les gens pensaient] qu’une femme ne pouvait pas être mégalomane, qu’elle ne pouvait pas avoir la grosse tête, qu’elle ne pouvait pas faire cet énorme voyage… Encore une fois, j’aime jouer avec les perspectives et il m’est apparu naturel de créer une fausse image de Yin et Yang entre elle et l’aigle. Il y a tant de façon, à travers l’histoire, de donner l’impression que ce sont des opposés mais au final, tout comme nous les humains sont plus ou moins les mêmes sacs à viande, l’aigle et la chouette sont deux fortes créatures constituées de plumes et de chair.

Avatar - credit Johan Carlen

« Il m’est apparu naturel de créer une fausse image de Yin et Yang entre [la chouette] et l’aigle. […] Mais ce que l’on voit, c’est comment deux extrêmes opposés finissent par se rejoindre. »

Cette chouette rencontre plein d’autres créatures qui ont leurs propres idées. Peux-tu nous parler un peu de ces créatures et ce qu’elles représentent en termes de psychologie humaine ?

Donc tu as la chouette qui est une grande individualiste. Elle vit pour elle-même et ses propres ambitions. Elle se voit au sommet de la chaîne alimentaire et c’est la reine de la nuit. Elle fait face aux abeilles et lorsqu’elle les rencontre, elle veut qu’elles rejoignent sa cause. Mais les abeilles représentent le contrepoids à son individualisme. Elles représentent le collectivisme et ne voient strictement aucun intérêt à se battre pour cette cause individuelle, elles trouvent ça inutile alors qu’il y a de meilleures choses pour lesquelles se battre dans l’intérêt de la ruche. Elles portent l’idée de glorification du collectif, le sens de l’appartenance et le fait d’avoir un plus grand but, lorsque tu trouves un but commun.

Ensuite nous rencontrons le loup. Encore une fois, habituellement, dans les contes de fées on se retrouve avec le grand méchant loup mais notre loup est un vieux loup fatigué. C’est quelqu’un qui a traversé ce que la chouette a traversé et qui a confondu le cynisme et la sagesse. Il est donc à un stade où ses ambitions sont en phase avec ceux de la chouette. En fait, il est davantage capable d’apprendre et se rendre compte des choses que la chouette, car à un moment donné de l’histoire, elle tombe dans la tourbière, elle plonge dedans et y reste, rencontrant le brochet qui symbolise sa dépression. Et d’après ma compréhension des choses ou mes connaissances, un état d’esprit sombre comme celui-ci peut devenir une enveloppe. Même si c’est un sentiment sombre et mauvais, la dépression reste un état d’esprit reconnaissable dans lequel, je suppose, de nombreuses personnes se blottissent sans être capable d’en sortir, et ce brochet chante à la chouette : « Reste avec moi, je te connais mieux que quiconque, rien ne peut te faire de mal tant que je suis là, je suis ta couverture. » Donc ça, c’est le brochet.

Evidemment, nous avons l’aigle qui, comme je le disais, paraît être l’opposé de la chouette, étant celui qui apporte la lumière, le chasseur diurne, etc. Mais ce que l’on voit, c’est comment deux extrêmes opposés finissent par se rejoindre quelque part à l’autre bout. C’est comme un cercle vicieux où lorsqu’un bord se montre suffisamment extrême, il devient la même chose que son opposé. Je veux dire que si tu as des extrémistes de droite et de gauche qui deviennent dingues, sous une perspective extérieure, aux yeux de ceux qui évoluent au centre, ils ont l’air d’être la même chose.

Ensuite, nous avons les corbeaux. Encore une fois, dans la mythologie nordique, les corbeaux sont Huginn et Muninn qui sont les yeux d’Odin dans les cieux mais dans notre histoire, ils représentent la décadence et l’indulgence inconsidérée, quelqu’un qui se fait plaisir sans tenir compte de la souffrance d’autrui, les carcasses sur le champ de bataille.

Et nous avons la fourmi et la sauterelle, qui sont inspirées par une vraie fable. La première ébauche de cette chanson était plus vieille que le concept dont elle fait désormais partie. En partie, la fourmi représente les pertes civiles, étant là au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais aussi, tu as la sauterelle qui a joué du violon pendant tout l’été, à faire la fête, sans se préparer à l’hiver, malgré l’avertissement de la fourmi. Dans l’histoire originale, l’hiver arrive et quand la sauterelle est sur le point de périr, la fourmi l’accueille et s’occupe d’elle, et avec un peu de chance, on apprend dans cette fable la gentillesse mais aussi à se préparer à l’hiver, à anticiper le futur, à ne pas rester coincé dans le moment présent et à penser aux conséquences. Mais lorsque nous rencontrons la fourmi et la sauterelle, en gros l’année suivante, la fourmi est une victime civile de la guerre et cet été la sauterelle ne s’est toujours pas préparée, l’hiver arrive, maintenant il est trop tard et elle souhaite du fond du cœur – et je pense que nombre d’entre nous pouvons nous y identifier – pouvoir tout changer une fois que c’est trop tard. Il comprend ce que la fourmi voulait dire quand c’est déjà terminé et qu’il est trop tard pour faire quoi que ce soit.

Ensuite nous avons les yeux de la forêt, qui sont de multiples créatures indéfinies qui représentent un peu la mentalité de la populace, ceux qui accusent facilement et sortent dans la rue pour en découdre. Pour les définir sous un slogan accrocheur, je dirais qu’il s’agit de l’humanité dans ce qu’elle a de pire, lorsque nous sommes la masse anonyme. Ils partent tout d’abord en guerre aux côté de la chouette contre l’aigle mais lorsqu’ils échouent, ils se retournent immédiatement contre la chouette avec cette mentalité de foule.

Et je pense bien avoir fait le tour des créatures… [Petits rires] Ouais, il se passe beaucoup de choses et je pense que je connaîtrais bien mieux l’histoire dans un an. C’est intéressant maintenant que je donne des interviews parce que la façon dont nous écrivons et dont moi-même j’écris est très dirigée par les émotions, je fais confiance à mon instinct et j’essaie d’en retirer quelque chose de bon. Evidemment, l’histoire avait un but, elle avait une raison d’être, mais je fais aussi beaucoup confiance à l’intuition et toutes ces pièces s’emboîtent bien mieux que si j’avais essayé de forcer les choses. C’est intéressant ces questions ! [Petits rires]

Dans l’épilogue du livre qui accompagne l’album, tu as écrit : « Ceci est la fin. Elle n’a que peu à offrir car demain à nouveau, tu continueras à souffrir. » Et tu as aussi déclaré que « au final, il faut se demander si quoi que ce soit a été appris. » Habituellement, dans les fables et notamment celles de Jean De La Fontaine, il y a toujours une morale. Donc, es-tu en train de dire que dans ta fable il pourrait bien n’y avoir aucune morale ?

La morale de l’histoire, c’est l’absence de morale et en ce sens, toute l’idée est de proposer un récit de mise en garde. Encore une fois, on a cette chouette qui rencontre tous ces personnages différents, plein de perspectives sont offertes via différentes voix et elle aurait pu apprendre énormément et, d’une certaine façon, c’est le cas mais au final, elle n’est pas plus sage. C’est un peu ainsi que nous vivons aujourd’hui. Nous avons accès à tellement d’information sur internet ou dans le monde occidental. Nous avons des bibliothèques, nous avons Wikipedia, nous nous avons les uns les autres, nous avons des débats instantanés et nous avons des forums de discussion et tout ça qui nous donnent plein de connaissance sur ce qui se passe dans le monde mais ça ne veut pas dire pour autant que nous sommes plus sages. Même si nous avons accès à la connaissance pour apprendre l’Histoire, apprenons-nous vraiment de l’Histoire ? Car dès que les choses commencent à tourner un peu mal, nous retombons dans nos vieux comportements, nos vieux schémas qui n’ont de toute évidence pas marché avant, et donc pourquoi ça marcherait aujourd’hui ? Donc, en un sens, nous, en tant que race humaine, peut-être même encore plus qu’en tant qu’individus, mais quand même aussi à un niveau individuel, nous ne sommes pas très sages, peu importe la quantité de leçons nous apprenons et de vieilles leçons auxquelles nous avons accès. Donc, en ce sens, c’est un récit de mise en garde. Et tout ce qui arrive à la chouette à un niveau individuel aurait dû l’inciter à prendre un chemin où au final elle aurait pu mourir en paix, ce qu’elle ne fait pas, elle se bat jusqu’à la fin, elle est plein de remords, ce qui est, tu vois… Nous commençons l’histoire avec un anachronisme – je crois que c’est comme ça que ça s’appelle : ça commence avec la fin et elle est plein de remords, incapable de passer sereinement à autre chose et la seule chose qui lui redonne sa sérénité, c’est qu’au bout du compte elle meure. Et ensuite, ça s’arrête là. Mais ouais, j’espère apprendre à éventuellement transformer la connaissance en sagesse, et c’est ça la morale.

Avatar - Feathers & Flesh

« C’est comme ça que nous fonctionnons dans ce groupe : si c’est trop dur à faire, alors nous le faisons ! »

Comme je l’ai mentionné plus tôt, tu as écrit tout un livre qui raconte l’histoire pour accompagner l’album. Tu as dit : « Ça faisait trop de mots pour un livret de CD. » Est-ce que ça signifie que la façon dont s’est développé le concept de cet album vous a pris un peu par surprise ou était-ce l’idée depuis le départ d’avoir un livre accompagnant l’album ?

John : Non, ce n’était pas le cas. L’idée n’a en fait jamais été de faire un livre. Ça, c’est une idée qui est arrivée en cours de route. C’était peut-être un an avant l’enregistrement que nous avons décidé : « Eh merde, faisons un album conceptuel ! Il faut qu’on le fasse ! » Car c’était un beau challenge. Nous avons l’habitude de faire des chansons avec des riffs sympas, des paroles sympas, des solos sympas et tout mais ça paraissait un peu trop facile, nous l’avions déjà fait trop de fois. Car dans ces conditions, au final, tu peux toujours parcelliser, jusqu’aux derniers jours en studio, du genre : « Mettons cette chanson en premier et ensuite on peut faire ci ou ça. » Alors que si tu fais un album conceptuel, tout doit être écrit et à sa place et tu ne peux rien changer ; tu ne peux pas mettre « Sky Burial » en chanson numéro trois parce que ça foutrait la merde dans toute l’histoire. Voilà donc comment est venue l’idée de faire un album conceptuel et ensuite Johannes a eu l’idée de faire une fable. En cours de route, à mesure que nous plongions dans le projet, nous tous, et surtout Johannes, nous sommes rendus compte qu’il y avait tellement plus à dire entre les lignes de l’histoire. Il y a tellement plus qui pouvait être raconté et, en fait, j’ai eu des idées et j’ai dit : « Bordel, racontons toute l’histoire et faisons un livre ! Pourquoi devrions-nous nous limiter à un livret ? » Et Johannes a vraiment aimé l’idée.

Johannes : L’idée de départ n’était effectivement pas d’avoir un livre mais d’écrire toute l’histoire. Le format était que l’histoire où il se passait ceci et cela serait écrite entre les chansons et ensuite, les chansons se concentreraient sur les dialogues et monologues. Tout ce qui est dans une chanson correspond à ce que quelqu’un dit dans l’histoire. Et entre, pour tout relier via de la poésie, de façon plus rigide et vieille école, écrire ce qui mène d’une chanson à l’autre. Cette idée a toujours été là mais ensuite, je pense qu’aucun d’entre nous n’a anticipé quoi que ce soit ; la façon dont le livret aurait l’air était secondaire par rapport au fait de créer une super histoire et un super album. C’était donc vers la fin du cycle d’enregistrement que nous avons commencé à y réfléchir comme il faut et il y a eu cette suggestion de… Tu sais, le livret aurait été surchargé et ça aurait dévalué l’histoire, et la bonne façon de faire était d’en faire un livre car c’est exactement ce que c’est. Esthétiquement, ça n’aurait pas été agréable de tout mettre dans le livret.

John : Donc ce qui est dans les chansons, c’est effectivement les dialogues des animaux et dans le livre de la fable, c’est l’histoire de ce qui se passe entre les chansons sous forme poétique. Ensuite nous avons passé quelques coups de fils et avons fait en sorte que ça se fasse. C’était énormément de travail ! Nous n’avons jamais entendu parler d’un autre groupe qui ait fait une fable et un livre auparavant, du coup nous devions le faire ! C’est comme ça que nous fonctionnons dans ce groupe : si c’est trop dur à faire, alors nous le faisons !

Johannes : Et aussi, maintenant, j’aime l’idée que ça accroît la valeur de l’album en format physique auprès des gens qui aiment écouter en streaming plutôt que d’acheter un exemplaire physique. Un livre physique, je trouve, est quelque chose qui peut intéresser plein de monde et te rappeler le bon vieux temps où on achetait les albums, en tant que culture.

J’imagine que réaliser un tel album a dû être très différent. Concrètement, comment avez-vous procédé pour que la musique colle à l’histoire ? Est-ce que Johannes a dû se poser avec les gars pour expliquer ce dont il avait besoin en termes d’émotions et d’humeur ?

John : Pas vraiment. Nous écrivons tous ensemble. Nous avons une petite maison dans les bois, dans une petite ville quelque part en Suède, où nous avions l’habitude d’aller pendant peut-être une semaine çà et là, et ensuite, nous nous posions ensemble pour écrire de la musique. En gros, les guitaristes écrivent un paquet de riffs, je m’assoie et je fais des parties de batteries pour ces riffs, ensuite nous parlons tous ensemble et commençons à assembler le puzzle.

Johannes : En fait, cette partie était assez similaire [aux albums précédents]. Nous avons fait en sorte de ne pas nous prendre la tête, dans le sens où… Tu sais, tout le monde écrit, surtout moi, Jonas [« Kungen » Jarlsby] et Tim [Öhrström]. Cette fois, j’étais tellement occupé avec les textes qu’il s’agit de notre projet d’album sur lequel j’ai apporté le moins de riffs. Donc les gens crachaient des idées et moi j’allais faire mes courses dans le magasin de confiseries, du genre : « Oh, ici ! Ce riff, c’est mon poisson » ou « Voici le loup que je recherchais. » J’avais donc très tôt l’histoire en tête et sur de petites notes où étaient inscrit qu’il se passerait ci et ci à cause de ça et ça. Ensuite, je cherchais simplement de la musique qui conviendrait et les quelques chansons qui me permettaient de démarrer avec mes idées, car nous écrivons les chansons en tant que collectif mais il faut bien que quelqu’un trouve une première idée. Dans mon cas, c’était « Sky Burial » et « New Land » qui ont tout enclenché. A partir de là, peut-être dès le premier accord, je savais clairement que ce serait tel truc dans l’album, que c’était la dernière chanson, mais dans d’autres cas, j’avais le luxe de pouvoir travailler avec de très bons compositeurs. Lorsque j’écoute ce qu’ils font, je peux entendre quelque chose et expliquer ce que je compte faire avec, et c’est quelque peu semblable à la façon dont nous avons procédé avec les anciens albums. Je commence toujours par chanter et faire les paroles et les lignes de chant sur ce que je préfère parmi ce qu’ils ont composé. J’ai le luxe de pouvoir faire ça, mais ça fait partie de cet état d’esprit qui consiste à tirer le meilleur du processus. Donc ça c’était assez similaire. Une chose qui était différente, c’est qu’une fois que nous avons commencé à travailler sur une chanson que nous aimions, par le passé, si ça ne fonctionnait pas, nous pouvions la jeter assez rapidement et choisir autre chose sur laquelle travailler à la place, car ce n’est qu’un paquet de chansons. Mais dans le cas présent, tout d’un coup, tu ne pouvais pas jeter les choses si vite parce que nous avions besoin de cette chanson dans laquelle telle chose se passe, donc nous devions travailler dessus jusqu’à ce qu’elle soit super, même si certains jours il était très tentant de tout balancer par la fenêtre. Ca faisait donc une grande différence. Et l’ordre des chansons est intervenu bien plus tôt. Nous avons toujours voulu être capables de faire ceci mais sur les albums passés, l’ordre des chansons était la dernière chose que nous décidions. Là, c’était bien plus clair, tout du moins à quatre-vingt pour cent, nous avions une idée assez claire des choses avant d’entrer en studio.

John : Evidemment, l’histoire a évoluée ; l’intro et la fin restaient les mêmes mais la façon d’aller d’un bout à l’autre a changé et évolué pendant que nous y travaillions. C’est comme avec n’importe quel livre ou scénario de film, plus tu t’y plonge, plus ça change et évolue vers quelque chose d’encore meilleur et plus grand que ce que tu pouvais imaginer au départ.

Johannes : C’est donc à cinquante pour cent un nouveau challenge et à cinquante pour cent le même bon vieux processus, ce qui je trouve est un bon ratio. Tout est une question de prendre avec toi ce que tu as appris et développé par le passé et ensuite trouver de nouveaux défis sans rien perdre de notre identité première.

Avatar - credit Johan Carlen

« Le clown permet d’englober, à la fois, l’horreur, le divertissement et une tentative de dire la vérité. »

Pensez-vous que cette histoire et tous ces personnages vous ont poussé à développer encore plus vote côté théâtral et votre diversité ?

Ouais mais je crois qu’en partie, en tant que chanteur, j’aurais de toutes manières fait ça. Ça correspond simplement à la façon dont j’aime écrire et faire les choses, tu sais, ne pas faire deux fois la même chanson et musicalement, aller là où nous n’avons pas encore été. Ça peut en partie être sur un plan technique, en gros jouer ou chanter avec une technique que nous n’avons pas essayé auparavant, mais c’est généralement davantage une question pour nous de trouver une façon d’exprimer une nouvelle émotion ou une émotion d’une nouvelle façon. Donc tout ça fait de toute façon partie du processus mais, bien sûr, c’est devenu un album extrême qui est très long et diversifié. C’est un album très multi-faces.

John : Musicalement, en racontant une histoire, tu es obligé de faire un album plus varié, de façon à maintenir l’intérêt et le côté vivant du récit. C’est peut-être de cette façon que l’histoire affecte un peu plus la musique. Il te faut une chanson comme « Fiddle’s Farewell » quelque part pour conserver la dynamique de la narration. Une chanson comme « For The Swarm », qui est une chanson plus heavy, c’est quelque chose dont tu as besoin aussi. Théâtralement, nous avons plein de portes ouvertes aujourd’hui. Nous devons choisir laquelle emprunter et il faudra que ce soit celle qui représentera le plus grand défi. Là tout de suite, pour être honnête, nous ne savons pas. Dans un mois, nous commencerons une tournée et nous n’avons aucune putain d’idée de quoi faire. Il faut que nous le déterminions ! Il y a plein de possibilités. Il faut que nous choisissions le challenge le plus important mais il y a plein de choses que nous pouvons faire. Pour les clips vidéos, par exemple, nous avons veillé jusqu’à deux heures du matin la nuit dernière, à enregistrer un nouveau clip vidéo pour « The Eagle Has Landed ». Vous avez probablement déjà vu « For The Swarm » mais « The Eagle Has Landed » sera une vidéo très, très théâtrale, d’une façon que nous n’avions jamais fait et dont nous n’avions jamais vu quiconque faire auparavant, surtout pas dans le metal. Donc nous avons clairement opté pour un joli défi avec ça. Mais transposer le côté théâtral sur scène, c’est un projet complètement différent en comparaison du clip vidéo. Et nous allons nous pencher là-dessus demain. Nous en avons terminé avec la vidéo pour le moment, donc c’est le moment de s’inquiéter du show. Mais nous allons assurément mettre quelque chose de spécial en place. Ca a toujours été l’objectif par rapport à la façon dont nous avons écrit cet album.

Vous avez travaillé avec la productrice Sylvia Massy. Elle a travaillé avec de très grands noms, comme Tool et System Of A Down, sur leurs premiers albums respectifs, mais aussi avec des artistes comme Prince. Est-ce ce qui vous a attiré vers elle, le fait qu’elle ait travaillé avec des artistes qui ont réussi à créer un son qui leur est propre ?

Ouais, c’était un important facteur. Ce n’est pas si facile de choisir un producteur. Ce n’est pas comme si tu avais plusieurs producteurs alignés face à toi et tu en choisissais un. Tu dois les trouver par toi-même. Et ils jouent un rôle très important. Donc si tu choisis le mauvais producteur, tout peut partir de travers, genre tu peux te retrouver avec un album ennuyeux ou peu importe. La raison pour laquelle nous avons choisi Sylvia, c’était en grande partie parce qu’elle semblait avoir fait des choses très variées par le passé : comme tu l’as dit, elle a travaillé avec toutes sortes d’artistes, de System Of A Down à Prince, en passant par plein d’autres choses, comme Johnny Cash. C’était donc très, très attrayant pour nous parce que nous sommes un groupe varié. Nous avons compris qu’elle avait une très bonne compréhension musicale, et pas seulement sur le metal. C’était l’un des facteurs.

Johannes : En fait, son CV nous a rendus un peu sceptique au début. Nous avons parlé à de nombreux producteurs qui ont de grands noms sur leurs listes et ça, parfois, c’est un problème parce que nous avions besoin de quelqu’un qui se sentirait très impliqué et intéressé par nous. Et dans la plupart des cas, ils avaient déjà eu de gros succès avec des disques de platine et ils étaient là : « Ok, oh, un nouveau groupe suédois, peu importe. Venez, donnez-moi de l’argent et je ferais ce que j’ai fait la dernière fois. » Sylvia, nous avons pu la rencontrer en Amérique et lui parler, et la raison pour laquelle nous avons fini par opter pour elle, c’est parce que, de bien des façons, elle est vraiment brillante. Evidemment, c’est par son CV que nous avons entendu parler d’elle. Mais c’était via nos conversations, lorsque nous avons pu lui parler de notre idée, qu’elle s’est enthousiasmée, qu’elle a commencé à nous expliquer comment elle aime travailler que nous nous sommes enthousiasmés.

John : Nous nous sommes immédiatement bien entendus. Elle était complètement folle et étrange, et on était tous là : « Putain, mais c’était quoi ça ?! » Elle était l’une des personnes les plus bizarres que nous ayons jamais rencontré dans toute notre vie, donc nous avons dit : « Nous devons faire un album avec elle parce que ce sera marrant, créatif et inspirant ! » C’est une femme très, très inspirante.

Du coup, comment c’était de travailler avec elle ? Qu’a-t-elle apporté au son d’Avatar ?

Énormément de choses, je dois dire, dans tous les aspects. D’un point de vue technique, la façon de placer les micros de la batterie et de faire des trucs bizarres, comme enregistrer plusieurs kits de batterie et différentes pièces. Nous avions une petite pièce où nous avons enregistré un petit kit, que nous avons complété avec un grand kit dans une grande pièce, avec des placements de microphones que nous n’imaginions pas possible ; c’était marrant ! Ça, c’était le côté technique. Ensuite, elle fait partie de ces personnes très, très inspirantes et créatives. Pendant que nous enregistrions dans le studio, elle était assise dans la salle de contrôle en train de faire des dessins. Elle est très inspirante et très, très bizarre et ça a beaucoup fait pour Feathers & Flesh. C’est devenu un album assez étrange.

Johannes : Elle a plein de facettes dans sa façon d’aborder la production et qui sont difficiles à trouver en une seule personne, le fait qu’elle puisse être très excentrique, groovy, folle et expérimentale et simplement essayer un tas d’idées pour voir ce qui fonctionne. A la fois, elle est très astucieuse techniquement. Elle connaît son studio, elle en connaît les moindres recoins, les boutons et les fréquences et tous ces trucs compliqués, et elle sait comment utiliser ça afin d’obtenir le meilleur son possible. Elle comprend la musique et elle nous comprend aussi en tant que musiciens, si bien qu’elle peut instruire et donner son avis, échanger des idées avec nous de façon géniale. C’est un producteur très complet et c’était la chose la plus importante.

Avatar

« A partir de [l’album Black Waltz], nous avons commencé à traiter et aborder tous les aspects qui font le groupe comme faisant partie de l’œuvre d’art. »

L’album a été enregistré en Allemagne, Finlande et Suède. Ça paraît assez peu pratique, donc pourquoi avoir choisi de découper les sessions d’enregistrement entre trois studios dans trois pays différents ?

Il y a plusieurs raisons à ça mais il s’est avéré que c’était une très bonne chose. Nous avons commencé en Allemagne et il y a eu cette période où nous avons enregistré les batteries et la basse, nous étions tous là et nous jouions tous ensemble, même si… Tu sais, Hail The Apocalypse avait été enregistré live, avec tout le groupe. Cette fois, nous n’avons pas enregistré et conservé tout ce que tout le monde a fait. Nous nous sommes concentrés sur les bonnes prises de batterie et ensuite les bonnes prises de basse mais ça restait aussi une façon de travailler sur les arrangements des chansons, de jammer et d’écrire en même temps. Et pour cette partie, tu as besoin d’environ deux semaines d’isolation pour te concentrer sur le travail du groupe, et l’Allemagne nous as permis de le faire dans un nouvel environnement. C’était palpitant et inspirant. Car, bien sûr, c’est un rêve d’enfance : Black Sabbath a enregistré dans un château, The Rolling Stones a enregistré dans un château et maintenant Avatar l’a également fait [petits rires], c’est carrément génial ! Et ensuite, nous avons fait le chant en Finlande parce que pour moi, c’était très bénéfique d’être proche de chez moi, [dans la mesure où je vis] en Finlande maintenant. Qui plus est, c’était aussi un studio dont l’environnement était très inspirant pour enregistrer, dans l’archipel, construit dans une vieille forteresse. Et c’était aussi une bonne chose parce que les guitaristes sont restés en Allemagne pour faire les solos de guitare, finir ce travail, pendant que nous démarrions le chant. C’était aussi une façon de paralléliser les tâches. Et ensuite, nous avons été à Lindome où j’ai grandi et qui est proche de là où habitude le reste du groupe, à la périphérie de Göteborg. C’est là où résidait l’organiste d’église, donc nous avons pu avoir un authentique orgue d’église sur l’album. C’est aussi là où nous connaissions des gens pour rapidement monter une chorale. Ces choses auraient été difficiles à faire en Allemagne où nous ne connaissions personne. Et à Helsinki, je ne connais pas assez de personnes. Mais là, en Suède, je pouvais appeler mes sœurs et nos professeurs de musique. Nous avons utilisé tous ces studios pour de bonnes raisons et ils ont chacun offert des atmosphères particulières à l’album. C’était vraiment super.

John : Si tu fais les choses de façon pratique, ça signifie que tu fais les choses de façon confortable et si tu fais les choses de façon confortable, tu peux te retrouver avec un album confortable. Nous ne voulons pas faire un album confortable. Nous ne voulons pas être à l’aise. Nous voulons nous stimuler, tout comme la dernière fois lorsque nous avons enregistré en Thaïlande. Lorsque tu réserves un studio pendant un certain temps et qu’il y a une date de fin, une fois que cette date arrive, il faut que tu aies fini, autrement tu es dans la merde. Ça met donc une pression, ça te met un couteau sous la gorge, et ça te pousse à travailler plus dur. Si tu fais tout ça dans ton studio personnel et chez toi à Göteborg, tu peux te retrouver à travailler pendant sept putain de mois sur quelque chose et ça ne signifie pas forcément que ce sera bon. Nous avons été en Finlande et en Suède pour des raisons pratiques, car Johannes vit à Helsinki, là où il a fait le chant, et la majorité du reste du groupe vit à Göteborg, où nous avons fait les finitions. Mais la première partie, c’est la partie la plus critique, c’est-à-dire lorsque tu enregistres les fondations de chaque morceau. En gros, c’est dans les deux premières semaines que tu fais l’album et pour se faire, il faut que tu t’éloignes de chez toi, là où tes amis ne peuvent pas venir te rendre visite. Tu dois laisser tous tes problèmes derrière toi à Göteborg et dire « j’emmerde tout ça, partons ailleurs tous ensemble, » pour se retrouver à chier, manger, dormir au même endroit et enregistrer de la musique, et voilà tout. C’est pour ça que nous avons choisi d’ailler ailleurs – en Allemagne dans cet incroyable studio qui est un château possédant plein d’instruments bizarres et tout – pendant les deux premières semaines.

Feathers & Flesh est un album conceptuel mais diriez-vous que ça fait partie d’un plus grand concept, qui est le groupe lui-même ?

Johannes : Ouais, c’est exactement l’idée. C’était donc aussi un défi de trouver quelque chose d’inspirant et de frais mais aussi qui avait du sens vis-à-vis du groupe. Mais j’ai le sentiment, si tu regardes ce que le clown a fait par le passé, que le format du conte de fées pour raconter une histoire sombre comme celle-ci convient bien à ce que nous sommes visuellement et artistiquement. Et, ouais, le concept de l’album fait partie d’un plus grand concept encore qui est le groupe Avatar.

Comment voyez-vous le concept évoluer à l’avenir, surtout le personnage du clown ?

Tant que ça représentera un atout pour moi d’être un clown, tant que ça aura du sens avec ce que nous écrivons et ce qu’il sera honnête pour nous de faire… Car, musicalement, l’honnêteté a été très gratifiante pour nous artistiquement et, franchement, nous aimons toujours faire les choses comme nous le faisons en ce moment, et tant que nous ressentirons ça, nous continuerons à le faire. Si soudainement, un jour, nous avons le sentiment que la chose la plus honnête à faire c’est de faire un album de reggae – ce que je doute arrivera mais quand même -, ce sera ce que nous ferons parce que tu te dois de suivre ta muse. Ceci étant dit, je crois que nous avons encore plein de choses à explorer avec l’Avatar tel que nous l’avons établi jusqu’à présent.

Nous avons mentionné l’aspect psychologique de votre musique et on peut dire qu’un psychologue est quelqu’un qui révèle nos parts cachés, un peu comme un miroir tourné vers notre soi intérieur. Donc, de façon générale, qu’est-ce que cette image de clown que le groupe reflète vers nous nous dit à propos de nous-même ?

Il y a plusieurs facettes à ça qui s’expriment à plusieurs niveaux différents, car le clown représente plein de choses. Dans la cour du roi, le bouffon était le seul qui pouvait dire la vérité au roi. C’est ce bon vieux dicton selon lequel le mec bizarre, le fou dans la rue, est celui qui dit la vérité. Voilà une facette du clown. Le clown est aussi l’amuseur et dans notre cas le chef de bande, ce qui colle bien à cet aspect du groupe, et c’est aussi une façon pour nous de véhiculer notre côté divertissant et mettre en place nos shows. Ensuite, pour une raison ou une autre, le clown est un personnage récurrent dans les cauchemars des gens et leurs plus grandes peurs. Je ne sais pas pourquoi mais c’est ainsi, et le clown permet d’englober, à la fois, l’horreur, le divertissement et une tentative de dire la vérité. Je ne sais pas quel est notre problème pour avoir ainsi peur des clowns mais nous le sommes et c’est fascinant.

Avatar

« Notre but ultime : nous stimuler et tordre ce qu’on a le droit de faire dans le metal. »

Avatar a un grand potentiel en termes visuel pour les concerts. On peut penser à des artistes comme Alice Cooper, par exemple. Quelle est votre ambition par rapport à ça ?

Le truc avec ce que nous avons développé depuis Black Waltz, c’est qu’à partir de là, nous avons commencé à traiter et aborder tous les aspects qui font le groupe comme faisant partie de l’œuvre d’art. Ce n’est pas qu’un groupe de musiciens qui jouent de la musique et ensuite, la musique c’est l’art. Il y a une idée très conceptuelle qui veut que tout doit en faire partie et c’est ça notre plus grand défi aujourd’hui. Donc, en ce sens, nous sommes un groupe théâtral et autant en tant qu’amuseurs qu’artistes, nous voulons visualiser ce qui définit la musique. C’est quelque chose que nous continuerons à faire évoluer. Là tout de suite, c’est une question de budget et de temps. Nous voulons faire pleins de choses sur scène, une fois que la musique est écrite. Nous faisons passer la musique en premier, elle montre la voie, et ensuite, nous construisons autour quelque chose d’encore plus grand. C’est ça notre approche.

Donc essayez-vous de devenir le Alice Cooper de notre époque moderne ?

Ouais, d’une certaine façon, absolument mais il y a d’autres noms sur cette liste. Nous aimons tous les groupes qui sont capables de transposer leur son en visuel et faire un package complet. Ça peut être toutes ces choses théâtrales, comme Alice Cooper et Kiss et, en allant plus loin, je pense à Judas Priest qui le fait également. Et ensuite, tu as Genesis, bien sûr, avec la façon dont ils jouaient et encore aujourd’hui, tu as The Wall de Pink Floyd qui est toujours joué dans un grand contexte théâtral dans des stades. Et, bien sûr, dans le metal, tu as des artistes visuels comme Slipknot ou Rammstein et autre. Il y en a donc plein. Nous avons le sentiment d’appartenir à une culture, de faire partie de cette tradition. Et ensuite, nous en faisons notre version et nous avançons avec ça. Je pense que c’est selon les époques. Suivant quelle veste je porte, on me pose plus ou moins des questions en rapport avec Alice Cooper. Comme pour le dernier cycle d’album, j’avais un manteau rouge, qui est plutôt proche d’Alice Cooper. Maintenant, avec le nouvel album, il y a cet uniforme inspiré par un costume folklorique suédois que nous portons tous et je suis curieux de voir alors quelles seront les questions. Mais ouais, absolument, c’est une énorme source d’inspiration ! Je l’ai vu pour la première fois l’été dernier, enfin ! Je n’ai pas pu le voir lorsque je suis tombé amoureux du metal étant adolescent, sauf via des vidéos de concert et tout, bien sûr, mais ce n’est que maintenant que j’ai enfin eu l’opportunité de le voir en vrai en concert. Et c’était génial, bien sûr.

Et il y a cet autre groupe suédois, Ghost, qui fait preuve de beaucoup d’ambition dans leur visuel également. On dirait qu’il y a un intérêt grandissant pour retrouver cet aspect dans la musique.

Ouais, je suppose. D’une certaine façon, cette ambition était là avant et elle le sera encore après mais c’est un exemple, peut-être, et j’aime croire que nous aussi, de groupe qui a réussi à faire quelque chose qui suscite l’intérêt des gens, qui est frais et excitant et qui est en plus bien fait. Je crois que nous ne sommes ni les premiers ni les derniers, aucun de nous. Je veux dire que ça a existé sous une forme à laquelle nous nous sommes tellement habitué que nous n’y pensons plus mais cette tradition comprend également Dimmu Borgir ou Behemoth ou des groupes comme ça ; tu sais, les musiques plus extrêmes, le black metal et ce genre de choses. Ça existe depuis très longtemps et ça continuera d’exister. Lorsque c’est fait d’une manière particulière, ça refait surface auprès du grand public, donc les gens y pensent davantage, mais Dimmu Borgir et plein d’autres groupes de black metal font ça depuis le milieu des années 90.

Tu as déclaré qu’avec « ce concept et ces morceaux, [vous] voulez [nous] donner le passé, le présent et, plus que tout, le futur du metal tel que [vous] le percevez. » Du coup, comment cet album représente le futur du metal, selon vous ?

Le défi que nous nous imposons, c’est de créer du metal sur l’idée très basique et authentique qui le constitue, c’est dire que c’est une question de riffs et de grooves heavy. Tu trouves quelque chose à la guitare, ensuite tu fais la meilleure partie de batterie possible pour aller avec et après tu le joues vraiment très bien : c’est la recette de base de Black Sabbath et tous les supers trucs qui ont suivis. Lorsque nous travaillons, nous partons sur cette base. Nous commençons toujours à cinq dans la salle de répétition et c’est là que la chanson doit fonctionner, il faut qu’elle nous donne la chair de poule et, en même temps, être quelque chose que nous n’avons pas encore entendu. Bien sûr, c’est davantage bâti sur l’intuition que l’intellectualisation, pour ainsi dire, mais si ça tombe entre ces deux choses – « je n’ai pas entendu cette chanson » et « cette chanson me donne envie de secouer la tête » -, alors j’ai le sentiment qu’avec un peu de chance nous offrons quelque chose de neuf à la scène et à la culture, tout en y restant ancré. Nous voulons simplement garder l’équilibre entre tradition et innovation. Et ceci est fait de plusieurs façons. Jusqu’à quel point peux-tu être groovy et t’amuser avec la brutalité et à quel point peux-tu être agressif avec des choses plus légères ? Ce sont des choses que tu découvres en même temps que tu écris et arranges les chansons. Car je pense qu’il y a une manière de conserver des idéaux classiques tout en abordant ça de façon nouvelle. Je veux dire que j’adore le heavy metal traditionnel et je trouve hallucinant de se dire que British Steel [de Judas Priest], à une époque, a été nouveau. Aujourd’hui c’est un grand classique intemporel, qui a été tellement déterminant, mais il fut un temps, c’était un nouvel album que personne n’avait entendu et qui a mis les gens sur le cul parce que c’était le nouveau truc qui sortait cette semaine avec du super, super, super heavy metal qui ne sonnait pas comme l’année d’avant. Il ne sonne pas comme ce qui était sorti avant lui, comme Bomber de Motörhead ou les trucs de Black Sabbath qui datent d’avant cet album ou même les premiers trucs de Priest. C’était nouveau ! Et nous voulions retrouver ce sentiment, le poing en l’air, les cornes du diable en l’air, en criant, buvant dans cette corne à hydromel et toutes ces choses qui font le metal mais avec des chansons qu’on n’a pas entendu, en utilisant des outils et sources d’inspiration auxquels nous avons accès aujourd’hui, et qui n’auraient pas pu être faites il y a trente ou quarante ans. Avec un peu de chance, en faisant ça, nous offrons quelque chose de neuf. Et il y a des influences évidentes sur l’album, avec des choses comme, je ne sais pas, Helloween ou, laisse-moi réfléchir… Amon Amarth et tout ce qu’il y a entre mais, à la fois, tu n’entends pas vraiment une chanson de Helloween ou d’Amon Amarth. Donc, ouais, c’est tout, vraiment, et avec le résultat en main, j’ai le sentiment que nous avons accompli quelque chose dans cet ordre d’idée.

John : D’après moi, ça représente le futur du metal en étant différent de ce que font plein d’autres groupes de metal de nos jours. Il y a tellement de groupes de metal modernes qui, à mon avis – c’est peut-être que je suis vieux, je ne sais pas -, sonnent pareils et se ressemblent visuellement. Nous sommes constamment en train d’essayer de faire quelque chose de complètement différent de ce que font tous les autres. C’est notre but ultime : nous stimuler et tordre ce qu’on a le droit de faire dans le metal, comme : « Est-ce qu’on peut vraiment mettre ces vêtements ? Est-ce qu’on peut vraiment faire ça ? Est-ce qu’on peut vraiment mettre un riff de surf music, comme dans « Tooth, Beak & Claw », dans une chanson de metal ? » Nous voulons repousser ces frontières et redéfinir ce qui est autorisé ou pas de faire. Car il y a plein de choses qui ne sont, en général, pas admis dans le metal de nos jours et ne l’ont jamais été, et pas seulement dans le metal mais aussi dans n’importe quel type de musique. C’est donc en ce sens que je dirais que nous redéfinissons en partie ce que le metal pourra devenir.

Interview réalisée en face à face et par téléphone les 4 et 12 avril 2016 par Valentin Istria et Nicolas Gricourt.
Retranscription : Céline Hern & Nicolas Gricourt.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Johan Carlen.

Si officiel d’Avatar : avatarmetal.com



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  • Chouette interview.

    [Reply]

  • « Dans l’histoire originale, l’hiver arrive et quand la sauterelle est sur le point de périr, la fourmi l’accueille et s’occupe d’elle, et avec un peu de chance, on apprend dans cette fable la gentillesse mais aussi à se préparer à l’hiver, à anticiper le futur, à ne pas rester coincé dans le moment présent et à penser aux conséquences. »

    Ils ont dû traduire la fable de façon étrange, à la Disney, en rajoutant un happy ending débile 😀

    [Reply]

  • « Avatar devrait être comme un fi… un film…  »

    😀 😀 😀

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