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Interview   

Avatar et le sens de la flexibilité


Depuis mars 2020, pour les musiciens, la grande question a été de savoir comment continuer à être un artiste tout en gérant l’incertitude de la situation sanitaire qui, on l’a bien vu, est imprévisible et n’a de cesse de changer. Une question qui pousse à la flexibilité et à l’expérimentation. Avatar, qui est revenu d’une tournée aux Etats-Unis, avortée sur la fin en raison de la contamination du chanteur Johannes Eckerström au Covid-19, et qui est censé retrouver les scènes européennes dès le mois de février, avec la date parisienne servant de coup d’envoi le 12 février (suivi de Lyon et Bordeaux les 16 et 21 février), après quatre live streams spéciaux, a eu l’idée de sortir sur internet une série de singles indépendants entre septembre et janvier. Une approche résolument moderne ? Peut-être pas tant que ça, comme nous l’explique le frontman…

Au menu de l’entretien, on retrouve une variété de sujets, de cette incertitude à laquelle le groupe, comme les autres, est confronté, à sa programmation à l’affiche du Hellfest 2022 juste avant Metallica, en passant par cette nouvelle fournée musicale, ses ambitions, ce qu’est être un groupe en 2022, Satan… Des questions auxquelles Johannes répond avec toujours autant de générosité.

« Quand je me sens au plus mal, quand je suis dans mes moments les plus sombres, c’est là que les formes d’art les plus sombres m’attirent, car on recherche des miroirs dans le monde. »

Radio Metal : Hunter Gatherer est sorti en août 2020, donc en pleine pandémie. Nous avions parlé du fait que vous vouliez faire un album sans aucun humour pour contraster avec Avatar Country, en traitant de l’obscurité, de la tristesse, du détachement, de l’aliénation et de l’anxiété. D’un autre côté, cet album n’est-il pas sorti à une période où les gens auraient justement pu profiter d’un peu d’humour ou, au contraire, penses-tu que les circonstances ont donné encore plus de poids à cet album ?

Johannes Eckerström (chant) : Oui, j’imagine que ça lui a clairement donné plus de poids. C’est encore un peu tôt pour pleinement analyser ce que l’on traverse tous mentalement, mais la sortie d’Hunter Gatherer est devenue encore plus raccord que nous l’aurions imaginé, car évidemment, tout a été écrit avant la pandémie. Bien sûr, les gens auraient profité d’un peu d’humour, mais il y a plein de choses dont ils auraient pu profiter et je pense même qu’ils l’ont fait. Quand je me sens au plus mal, quand je suis dans mes moments les plus sombres, c’est là que les formes d’art les plus sombres m’attirent, car on recherche des miroirs dans le monde, on recherche quelque chose qui nous parle, quelque chose chez autrui qui reflète où on en est, et au travers des œuvres que les gens créent, je suppose que l’on trouve des bouts de nous-mêmes – c’est une manière poétique de le dire. Je pense que ça n’a pas fait de mal d’avoir un peu d’art obscur en ces temps obscurs. Les deux vont de pair, ça fait aussi partie de la guérison.

Vous êtes récemment revenus d’un mois et demi aux Etats-Unis, en septembre et octobre. C’était la première véritable tournée en soutien d’Hunter Gatherer, plus d’un mois après sa sortie. Même si vous avez dû arrêter en cours de route car tu as été testé positif au Covid-19, comment c’était de retrouver la scène dans ces circonstances ?

Sur scène, les circonstances n’étaient pas aussi tangibles qu’en dehors de la scène. On voyait des masques dans le public et ce genre de chose. L’énergie dans la salle était légèrement différente. On pouvait se rendre compte que les gens étaient venus avec un autre état d’esprit. Je pense que nos concerts, d’une certaine façon, ont répondu à un besoin de s’amuser. Je mettais un point d’honneur tous les soir à dire, un peu en plaisantant au début : « Alors les gars, qu’avez-vous fait dernièrement ? Vous voulez en parler ? » Puis : « Non ! On a d’autres choses à faire ce soir. Ce soir n’est pas le soir pour en parler. Mais ça fait du bien de vous voir ici. C’est bien que vous ayez pu venir » et ensuite nous faisions la fête. Voilà dans quelle mesure nous traitions le sujet et je suppose que ça avait une fonction thérapeutique. Mais la plus grosse différence était en dehors de la scène. Nous avons pu en profiter, dans le sens où, quand nous partons en tournée, il y a des amis, des collègues, des partenaires et autres dans différentes parties du monde à qui nous disons bonjour, or cette fois, nous pouvions seulement les mettre sur la liste des invités, ils pouvaient venir au concert, mais nous ne les avons pas vus. Nous sommes restés dans notre petite bulle en coulisse. Nous avons même voyagé séparément du reste de l’équipe et nous avons minimisé tout ce que nous pouvions minimiser, et tu vois, je suis quand même tombé malade, mais je suis tombé malade tard dans la tournée et je pense que c’est en partie grâce à ça. Mais ça faisait tellement longtemps que nous n’avions pas passé du temps ainsi ensemble, tous les cinq, à cause de la pandémie, que c’était sympa d’être dans cette bulle. Nous faisons partie de ces groupes qui s’adorent, je le crois sincèrement. C’était agréable.

Il est prévu que vous veniez en France en février. Il y a évidemment beaucoup d’incertitudes autour de ces concerts quant à leur maintien : comment gérez-vous, en tant que groupe, cette incertitude générale ?

Ma manière de le gérer est probablement que je ne le gère pas. Dans mon esprit, nous y allons et c’est tout. C’est la seule chose à laquelle je peux penser aujourd’hui. Ça veut dire que je dois travailler mes abdos, exercer mes gammes et me préparer, et nous devons planifier les choses, vendre nos billets, et c’est ce que nous faisons. Nous venons. Si au final ça ne se fait pas, ça ne se fait pas, mais nous n’avons pas du tout la main dessus. Evidemment, durant ces deux dernières années il y a eu plein de périodes déprimantes, mais globalement il s’agissait vraiment d’essayer de s’entraîner à l’acceptation et à la patience, et d’internaliser le fait que je ne peux pas stopper l’épidémie. Je peux faire ma petite part. Je peux essayer de prendre soin de moi, de ne pas devenir fou et de prendre soin de ma petite famille, et espérer que nous ne perdrons pas tous la boule et ne tomberons pas malades. J’ai fait exactement ça. La France me manque autant que n’importe quel autre endroit. Vous les Français avez été très bons avec nous, très tôt dans notre carrière, et j’ai tellement de grands souvenirs, d’amis, de collègues et tout en France fait que j’ai envie de faire cette première date de notre tournée européenne à Paris. J’en ai déjà le goût en bouche, car je me souviens comment c’était la dernière fois. Tout d’un coup, à cause de la pandémie et même avant ça avec le timing des choses, le fait que nous ayons enregistré un album et tout, beaucoup de temps s’est écoulé, comme ça, d’un claquement de doigts, les années ont filé à toute vitesse. Mais la dernière fois, avec l’aide des gens présents, nous avons vraiment mis le boxon dans salle, le sol tremblait, et nous voulons le refaire encore et encore. Voilà ce sur quoi se focalise mon cerveau. Si ça n’arrive pas, je ne peux rien y faire, mais je peux m’assurer d’être dans l’état d’esprit où j’y vais, de faire en sorte que ça se fasse au mieux de mes capacités et de faire vraiment mal aux gens comme ils aiment.

« Si tu veux être dans un groupe et poursuivre une carrière dans la musique, il faut être un petit peu fou. Tu ne peux pas être totalement fou, parce que sinon tout s’effondre, mais il y a une part de toi qui doit céder à la folie, et cette folie c’est de parier sur toi. »

N’y a-t-il pas des conséquences financières importantes pour un groupe comme Avatar ?

Oh oui, bien sûr ! [Rires] La seule façon de se protéger contre ça serait de ne pas tourner, d’attendre cinq ans, mais non ! De même, franchement, si ça continue et qu’on ne peut rien faire, avec un peu de chance, il y aura une autre série d’aides gouvernementales pour nous les gens qui travaillons dans la culture, ou alors nous pourrons nous remettre à essuyer des culs ou à faire autre chose pendant un petit moment. Que peut-on faire ? Ça fait partie de la mentalité : nous parions toujours sur nous-mêmes. Si tu veux être dans un groupe et poursuivre une carrière dans la musique, il faut être un petit peu fou. Tu ne peux pas être totalement fou, parce que sinon tout s’effondre, mais il y a une part de toi qui doit céder à la folie, et cette folie c’est de parier sur toi et sur le fait que les choses vont se faire, que de bonnes choses vont arriver, « je vais faire en sorte que ça arrive », de façon absurde. Donc bien sûr, nous prenons le risque. Je veux dire que même si nous ne pouvons pas partir et que nous perdons un tas d’argent, personne ne mourra, nous trouverons un moyen et ça vaut la peine, ça vaut le coup de parier là-dessus.

Beaucoup de groupes ont profité du temps mort pour avancer leur planning avec leur prochain album, mais vous avez eu une autre approche en publiant en ligne des chansons indépendantes au cours des derniers mois. Quels étaient votre plan et vos attentes avec cette manière de procéder ?

C’était un petit peu expérimental. C’était une manière de faire des choses sans que ce soit un album complet. Il y a beaucoup de compositeurs dans le groupe qui composent beaucoup de musique. La difficulté dans ce processus c’est en grande partie d’essayer de comprendre collectivement : qu’est-ce qu’Avatar dans tout ça ? Qu’est-ce qui colle ? Qu’est-ce que cet album ? Parfois, tu as un paquet de trucs super, mais tu as l’impression que ça ne correspond pas à cet album, mais alors qu’est-ce que c’est ? Nous avions ces chansons : « Going Hunting », « Barren Cloth Mother », « So Sang The Hollow » et ainsi de suite. Ces chansons étaient très bonnes, elles nous tenaient à cœur, mais en confectionnant l’album Hunter Gatherer, elles ne semblaient pas en faire partie. Nous avons donc essayé de faire ça à la place, et j’aime beaucoup. J’adore le format album aussi, et nous continuerons à faire des albums, car c’est ce que nous avons toujours voulu faire et ce que nous aimons encore faire. Ceci étant dit, quand les Beatles ont sorti « Strawberry Fields Forever », ce n’était pas un single présent dans un album. Donc la démarche est aussi old school. Quel est le meilleur album d’Elvis Presley ? Quel est le meilleur album de Johnny Cash dans les années 60 ou 50 ? Bon, dans les années 60, je suppose que c’est At San Quentin. Mais au tout début de l’histoire de l’enregistrement musical, personne ne faisait d’albums. C’est arrivé ensuite au milieu des années 60. Il y a donc là-derrière aussi une approche old school qui donne aux chansons indépendantes un poids différent, un autre niveau d’importance que je trouve très séduisant. Toutes ces choses se sont alignées au point que ça avait du sens d’essayer, pendant un temps, de sortir des morceaux de cette façon, et j’aime bien ça.

Ces chansons datent donc des sessions d’Hunter Gatherer…

En gros, oui et nous les avons terminées un peu plus tard. Quel que soit le moment, nous balançons toujours plein de choses, ce qui veut dire qu’il y a toujours des chansons qui peuvent être assez vieilles une fois qu’elles sont finalisées et placées sur un album. Il y a eu un tas de documentaires sur les Beatles cette année, toutes mes références viennent donc de là et je ne pense qu’aux Beatles en ce moment, mais quand ils ont fait l’album Let It Be, l’une des chansons s’intitulait « One After 909 », et c’est une des premières chansons que John [Lennon] et Paul [McCartney] ont composées ensemble quand ils étaient adolescents, et nous faisons un peu ça presque à chaque fois, sur chaque album. Donc c’est dur de savoir vraiment quand nous avons commencé à écrire certaines chansons. Nous savons quand nous avons terminé de les écrire et c’est là que nous les sortons.

A quel point est-ce différent de travailler sur des chansons indépendantes par rapport à des chansons qui rentrent dans le cadre d’un album ? Est-ce plus facile parce qu’il y a moins de contraintes ou est-ce plus dur parce qu’il faut que l’impact de ces chansons soit instantané ?

Je ne sais pas si j’ai pensé ça en termes de ce qui est plus facile ou plus dur. Evidemment, ça représente un plus petit volume de travail, mais on veut quand même une forme d’identifiant visuel, on veut quand même une pochette ou il faut quand même quelque chose sur YouTube, on doit quand même t’annoncer ainsi qu’à tes collègues que ça arrive… Plein de choses sont similaires, je suppose. Je ne sais vraiment pas lequel est le plus dur ou le plus facile. Evidemment, dès que nous faisons un album, c’est aussi là que nous concevons le design de nos spectacles, des nouveaux costumes, que nous prenons dix mille nouvelles photos de groupe et que nous faisons un tas d’autres choses. Maintenant, quand ce n’est qu’une chanson, c’est juste la chanson. Donc c’est plus facile à cet égard. Mais ça n’a rien à voir avec la musique en tant que telle, c’est tout ce qu’il y a autour.

« Simon And Garfunkel est une super inspiration pour faire du bon death metal, et du bon death metal est une super source d’inspiration pour créer de la belle musique d’auteur-compositeur. »

Dernièrement, vous avez sorti des albums très conceptuels à leur manière – Feathers & Flesh et Avatar Country – qui offrent une expérience très complète, alors que maintenant, avec ces singles, l’approche est tout l’opposé. D’après toi, quelle est la place de l’expérience d’album dans ce monde numérique ?

Je pense qu’elle a à peu près la même place qu’elle a toujours eue. Je pense qu’une partie du public a l’impression que quelque chose a été perdu, mais je ne sais pas, j’écoute des albums – des nouveaux comme des anciens – tout le temps, mais c’est aussi vrai que le plus important a toujours été la chanson. L’un des plus grands et plus importants albums conceptuels de tous les temps est, bien sûr, The Wall de Pink Floyd, qui est un album extraordinaire. Je pense que c’était mon introduction aux concepts-albums quand j’étais gamin, ou en tout cas c’est l’un des premiers que j’ai eus, mais c’est aussi « Comfortably Numb » pour la plupart des gens. C’est une magnifique ballade qui a fini par dépasser l’album lui-même. Peu importe l’album ou le contexte, il y aura toujours ces chansons qui seront même plus grandes que l’artiste. Comme « Smoke On The Water », on la trouve sur l’album Machine Head, et c’est un super album, mais le monde parle plus de « Smoke On The Water ». Ma mère connaît « Smoke On The Water » plus que le reste de Machine Head. Ça a donc toujours été une question de chanson, je pense. Ceci étant dit, j’adore l’album. J’adore un recueil de musique bien pensé, bien conçu de quarante à cinquante minutes et fait avec amour. C’est une bonne durée pour le genre de choses que nous faisons. Je trouve que c’est un super format pour ça. On peut mettre tout ce qu’il faut pour qu’à la fin tout ait du sens, et ça n’est pas près de disparaître non plus. Comme ça a été longtemps le cas, il y a de la place pour les deux. Ce que je veux dire, c’est que les gens oublient parfois que le format album est quelque chose de relativement nouveau dans notre manière d’écouter la musique et de relativement artificiel, car avant ça, c’était des singles, c’était la radio, ou c’était quelqu’un qui connaissait une chanson au violon dans les bois ou je ne sais où ou qui chantait une chanson à l’église ou en travaillant dans les champs, et c’était là toute la musique qu’on avait. C’est l’état naturel de la musique et je suppose qu’un single est en fait plus proche de ça qu’un album, mais j’adore les albums !

Dirais-tu qu’avec la situation de l’industrie du divertissement durant cette crise, le fait de penser sa carrière en essayant de sortir des sentiers battus est une question de survie ?

Oui, clairement, mais il faut se dire aussi que quelqu’un est sorti des sentiers battus en faisant un live stream et ensuite, le reste d’entre nous a aussi essayé et certains ont été plus proches de faire quelque chose de cool avec que d’autres. Le gros défi semble avoir été de rester motivé. On parle de faire des live streams et tout, de survivre économiquement, bien sûr, mais je pense que ce qui était encore plus important, c’était de faire quelque chose pour se sentir mentalement comme un groupe. Je pense que c’était très dur pour les gens de se dire : « D’accord, on n’a aucun concert, donc je suppose qu’on n’a pas besoin de répéter » et alors ils perdaient un peu de leur élan. Je pense que c’est arrivé à pas mal de groupes, et probablement des petits groupes, malheureusement. Quand tu es coupé du live, il y a moins de travail, alors que quand tu es dans un énorme groupe, tu peux juste prendre de longs congés. Ensuite, il y a nous et tous ces groupes au milieu. Nous ne sommes pas Iron Maiden, mais nous ne sommes pas non plus complètement inconnus. C’était un projet pour rester motivé, et c’est ce que nous avons fait. Nous avons écrit un million de chansons, nous avons fait du live stream, nous sommes restés en contact et nous avons commencé à préparer la tournée, juste à essayer de mettre les choses en place comme ça. Je suppose que ça a fonctionné, nous sommes toujours là.

Concernant la chanson « So Sang The Hollows », tu as dit qu’elle répondait « à la question : comment sonnerait Simon And Garfunkel s’ils avaient grandi en écoutant Black Sabbath ? » Est-ce la « recette secrète » d’une chanson d’Avatar : être un monstre de Frankenstein constitué d’un mélange d’éléments d’autres groupes très différents ?

Oui, ça a toujours été une part importante de la recette. Quand j’ai rejoint Avatar quand j’étais un jeune adolescent, j’adorais, disons, Cryptopsy, un groupe de death metal canadien légendaire, super extrême, et l’album None So Vile, mais j’adorais aussi Crystal Empire de Freedom Call, le groupe de power metal allemand le plus léger et bête qui soit. D’une certaine façon, Avatar est censé être cet entonnoir dans lequel nous déversons tous nos trucs metal en essayant de leur donner du sens. Au début, c’était genre : « D’accord, nous aimons les trucs mélodiques et les trucs extrêmes », et c’est devenu un genre de death metal mélodique, mais avec le temps, ça s’est transformé en défi consistant à mélanger les choses librement, à se laisser inspirer par tout ce qui nous inspire et à suivre nos pulsions créatives, quelles qu’elles soient – il faut les mener à bien et en tirer le meilleur parti, mais il faut aussi que ça ait du sens. Car, clairement, il y a quelque chose qui sonne comme Avatar. Je ne sais pas exactement ce que c’est, mais je sais que les gens disent : « On ne sait pas avec quel groupe vous devriez partir en tournée ou pour lequel vous devriez ouvrir, parce qu’il n’y a personne comme vous. » Je ressens la même chose, et notre musique sonne comme nous. Mais oui, Simon And Garfunkel est une super inspiration pour faire du bon death metal, et du bon death metal est une super source d’inspiration pour créer de la belle musique d’auteur-compositeur. Quand tu penses comme ça, tu te permets d’être plus créatif et avec un peu de chance, tu aides le style, la scène, le genre musical à aller de l’avant, car c’est une autre chose que nous voulons faire. C’est aussi important, nous aimons toutes ces choses et nous aimons le heavy metal, c’est la base de tout, il y aura du heavy metal, mais nous ne voulons pas sonner comme un groupe de reprise de Judas Priest.

« Iron Maiden en particulier, ils sont tellement vieux, tellement légendaires et toujours tellement bons, et ils sont tellement aimés que tu es mort. Tu es mort à l’instant où tu montes sur scène, parce que c’est Iron putain de Maiden ! Mais pas de souci, et j’irai. J’irai me faire tuer. J’irai pour saigner et ensuite me relever. »

La chanson « Construction Of Souls » est assez intéressante avec cet emploi de chœurs qui sonnent un peu comme les Chœurs de L’Armée Rouge…

C’est exactement ça, tu as tapé dans le mille. C’est ce que j’avais en tête. Je ne connais pas le titre russe, mais mon morceau fétiche des Chœurs de L’Armée Rouge s’appelle « Fields, My Fields » en anglais. C’est le son d’un chœur d’hommes costauds que j’aime beaucoup. Ce son colle très bien au thème de la chanson, car il y a un genre d’histoire sombre de science-fiction derrière. C’est une idée que j’ai eue à l’origine de John [Alfredsson], notre batteur. Il était convaincu que la prochaine étape dans l’évolution de l’homme est que les robots que l’on construit vont finir par prendre le pouvoir, que la prochaine génération, le prochain roi aux commandes, pour ainsi dire, ce sont les machines. Nous sommes en train de construire la prochaine génération, au lieu de lui donner naissance. Dans la chanson, c’est décrit sous la perspective de ces machines qui continuent à mener à bien la mission qui leur a été léguée par leurs ancêtres dieux, les humains, en gros. Ensuite, il y a ce ton de propagande, genre : « On travaille ensemble pour construire des trucs extraordinaires », quelque chose qui aurait pu être chanté par l’Union soviétique ou un lieu semblable. Il y a donc cette facette. Evidemment, cette esthétique va bien avec les Chœurs de L’Armée Rouge.

Curieusement, tu l’as qualifiée de « chanson de Noël »…

C’est aussi ce qui est beau quand on sort une chanson à la fois : on peut jouer avec. Car, d’accord, ce sont des machines qui construisent ces structures et peu importe quoi dans le futur, ou alors est-ce des elfes dans l’atelier du Père Noël ? Est-ce une sombre histoire dystopienne dans l’atelier du Père Noël que l’on a écoutée ? Et ça a fonctionné ; en tout cas, suffisamment pour que nous nous amusions avec et faisions le lien. Ensuite, quand nous avons trouvé l’illustrateur, Salem Yaeger, ça s’est parfaitement imbriqué. Il a pu communiquer cette vision que nous avions de ces deux choses, ces deux mondes entrant en collision, l’histoire des paroles et l’histoire de l’atelier du Père Noël. Nous nous sommes donc beaucoup amusés avec ça.

La dernière chanson de la série s’intitule « Cruel And Unusual » : est-ce que ce pourrait être votre devise ?

Certains jours ! C’est une chanson très sexy. C’est très brutal, groovy, intense et impitoyable. C’est assez facile à chanter et très dur à jouer à la guitare. D’ailleurs, à la basse et à la batterie aussi, c’est vachement dur. C’est aussi sale, dérangé, plutôt violent, mais tout en ayant une étrange intimité et, encore une fois, en étant très sexy. Nous sommes assurément insolites et je suis content que nous soyons un groupe insolite, parce que, pas tous, mais de nombreux groupes n’ont pas l’air aussi heureux que nous quand on traîne dans un festival et ce genre d’endroit. Notre plus grande réussite en tant que groupe est que nous existons toujours et que nous aimons toujours nous côtoyer. C’est cette sorte d’hydre, ce monstre à cinq têtes, ce mariage, et nous nous soucions profondément les uns des autres. C’est la plus grande mesure du succès que je peux imaginer, et c’est inhabituel. Nous sommes contents que nous voulions faire les choses différemment des autres, c’est toujours notre devise.

Vous allez jouer sur la Mainstage du Hellfest juste avant Metallica en juin. A quel point est-ce excitant, motivant ou intimidant ?

Voyons, excitant. C’était très excitant de le découvrir et ce sera très excitant le jour J. Entre-temps, je pense à plein d’autres choses. Je suis chaque jour extrêmement content de ça. De façon générale, le Hellfest, avant que nous ayons joué là-bas pour la première fois, est l’un de ces festivals où il était très important d’aller un jour en tant que fan. C’est l’un de ces rêves qu’on veut réaliser. Puis y retourner et avoir pu faire plus de bruit que jamais dans notre cas, c’est très spécial, bien sûr. Intimidant… Je pense que c’est différent en festival. Je n’y songe pas comme ça. A cause de la pandémie, nous n’avons pas pu le faire, mais nous étions censés ouvrir pour Iron Maiden sur leurs propres concerts, y compris à Paris. Nous avons ouvert pour de gros groupes avant et j’ai adoré, mais ce n’est pas aussi marrant. Nous n’avons jamais ouvert pour Iron Maiden, mais je le ferai sans hésiter, je serai heureux de le faire, je relève le défi, mais c’est un défi. Iron Maiden en particulier, ils sont tellement vieux, tellement légendaires et toujours tellement bons, et ils sont tellement aimés que tu es mort. Tu es mort à l’instant où tu montes sur scène, parce que c’est Iron putain de Maiden ! Mais pas de souci, et j’irai. J’irai me faire tuer. J’irai pour saigner et ensuite me relever. Bien sûr, on retrouvera ça avec Metallica, parce que Metallica, c’est Metallica. « Tu as entendu Metallica ? » « Ouais, moi aussi. » Tout le monde a entendu Metallica, parce que c’est Metallica. Il y a donc ça, mais nous devons quand même y aller et dire : « D’accord, on est des gladiateurs, on va saigner. On sera victorieux. On va tout détruire. » Nous serons dans cet état d’esprit en montant sur scène. Mais ce n’est pas aussi fort sur un festival parce que, surtout au Hellfest, il y a énormément de super groupes, grands comme petits, et plein d’artistes qui sont parmi nos préférés, des anciennes découvertes et des nouvelles. Il s’y passe tellement de choses que tu as l’impression de faire partie de quelque chose. Donc ce n’est pas aussi flagrant. Pour faire court, je suis moins intimidé parce que c’est un festival.

« J’étais dehors en train de courir sur une longue distance pendant la pandémie et j’ai été frappé d’une extraordinaire ivresse du coureur. Durant cette ivresse, j’ai su que j’étais Satan et que j’étais là pour punir le monde. »

Dans le rock, les gens aiment opposer les Rolling Stones et les Beatles, et je pense que, dans une certaine mesure, on a un petit peu la même chose dans le heavy metal avec Metallica et Iron Maiden : du coup, es-tu plus Metallica ou Iron Maiden ?

Ça va et vient. Actuellement, c’est Judas Priest pour moi, plus qu’autre chose, si je devais en choisir un gros. En grandissant, j’avais plus de CD d’Iron Maiden et mon frère avait plus de CD de Metallica, mais nous écoutions beaucoup les CD de l’autre. C’est variable. Ça dépend des périodes. Durant la pandémie, j’ai commencé à courir de plus longues distances. Quand je fais de la musculation, j’écoute des podcasts. Quand je fais du cardio, j’écoute de la musique. J’ai eu tout un été où je n’ai écouté que des classiques de thrash metal, Ride The Lightning et ce genre de truc. C’est super. D’accord, je donne de très longues réponses à des questions simples. Si je devais choisir entre ces deux-là, au final, ce serait probablement Iron Maiden, mais la vraie réponse, c’est Judas Priest.

J’imagine qu’en tant que groupe, vous avez plus pris chez Iron Maiden en termes de scénographie.

Oui. A un niveau très fondamental, en tant que frontman, je ne porte pas d’instrument sur scène. Donc je me tourne vers des chanteurs et chanteuses qui eux-mêmes ne portent pas d’instrument en tant que source d’inspiration et pour ma manière de bouger. Et nous adorons la théâtralité. Metallica a sa propre nuance de théâtralité, bien sûr, mais Iron Maiden est à un autre niveau et ça fait beaucoup écho à ce que nous voulons également faire. Mais aussi, le type de jeu mélodique chez Iron Maiden… Quand nous avons commencé à jouer, nous avons eu un parcours similaire à celui que les gamins de Göteborg ont eu dix ans avant nous, nous avons abouti un peu aux mêmes conclusions, genre : « J’adore Cannibal Corpse ! » « Ouais ! » « Et j’adore Iron Maiden ! » « Ouais ! » « Alors jouons du death metal avec plus de mélodie. » « Oh ouais. » « C’est du death metal mélodique ! » « Quoi ?! » C’était aussi notre conclusion et Iron Maiden a joué un rôle important là-dedans. Le fait d’avoir plusieurs guitaristes lead dans un groupe est aussi un aspect très important. Iron Maiden était un bon exemple pour leur manière de faire des riffs où les deux guitaristes travaillent vraiment ensemble de façon différents. Metallica a un peu de ça, mais évidemment, ce n’est pas pareil. Le style des leads d’Iron Maiden est plus lié à UFO ou Thin Lizzy, et toutes les choses qui étaient là avant, et je pense que nous avons toujours été plus proches de ça dans la façon dont nous voulons que nos guitaristes travaillent en symbiose. Ils sont tous les deux des guitaristes rythmiques et lead.

Ce sont évidemment des groupes de metal énormes : est-ce qu’atteindre ce genre de stature est ton ambition ou penses-tu, comme beaucoup de gens le pensent, que l’époque où les groupes pouvaient se construire une telle carrière et avoir un tel impact est révolue ?

Je pense que c’est impossible à dire, vraiment. Il y a de grandes chances pour que rien de tel ne se reproduise, à cause aussi du rôle qu’a la musique dans notre culture. Pour devenir aussi gros dans la culture populaire, il faut être ce que les gamins font et que les parents ne comprennent pas. C’est bien sûr l’ambition de tout bon artiste, mais la position du metal dans la société a changé à bien des niveaux, et ça vaut aussi pour la musique au sens large, parce que ce qui remplace le rock n’ roll, ce que les gamins font aujourd’hui et que les parents ne comprennent pas, c’est jouer aux jeux vidéo et faire des vidéos sur TikTok. C’est avec ça qu’on déroute et effraie les parents. C’est avec ça qu’ils ont une panique morale : « Qu’est-ce qu’il se passe ? Ça corrompt toute une génération ! » J’ai essayé très fort d’être une force corruptrice dans la vie des jeunes gens, mais c’est difficile. Rien n’est impossible. De même, ma description de poste est que nous, en tant que groupe, voulons écrire, enregistrer, jouer notre propre musique. C’est ce qui nous intéresse de faire. Nous voulons emmener ce job aussi loin que nous pouvons, mais nous ne voulons pas faire de compromis et nous trahir pour ça. Cet état d’esprit est soit ce qui vous permettra de conquérir le monde, soit ce qui vous limitera. C’est impossible de le savoir à l’avance. L’ambition principale est de trouver des moyens pour améliorer ça, et améliorer son importance est une manière de voir les choses, mais je ne sais pas, j’ai juste envie, à chaque fois, de me rapprocher un peu plus de l’expression d’une vérité artistique et de continuer à explorer l’obscurité, d’y rentrer un peu plus en profondeur. C’est l’aspect le plus important, je pense.

Tu as dit avoir « essayé très fort d’être une force corruptrice dans la vie des jeunes gens ». Y parviens-tu parfois ?

Tout dépend de ce qu’on considère comme corrupteur. Je suppose qu’on a tous eu beaucoup de temps pour réfléchir durant cette pandémie et ce que moi et ma femme avons découvert est que nous avons bouclé la boucle sur plein de choses, notamment sur notre vision du monde, si bien que nous nous sommes dit : « Oh, on a de nouveau quatorze ans ! » Je commence à redéfinir ma relation à la spiritualité. Je suis toujours aussi athée, mais à la fois, l’idée de l’esprit compte, les symboles comptent, les rituels comptent, l’histoire qu’on raconte sur soi-même et sur le monde compte, la façon dont on affronte le monde compte… J’étais dehors en train de courir sur une longue distance pendant la pandémie et j’ai été frappé d’une extraordinaire ivresse du coureur. Durant cette ivresse, j’ai su que j’étais Satan et que j’étais là pour punir le monde. Au final, je ne sais pas ce que ça peut vouloir dire, mais j’ai réalisé que le symbole de Satan commençait à prendre plein de significations différentes que jusqu’à récemment il n’avait pas pour moi. J’essaye encore de comprendre exactement ce que c’est, mais je réalise que je suis en train de revisiter les sentiments et les pensées de non-conformité de mes jeunes années avec les yeux d’un adulte plus posé et je découvre plein de choses qui ont beaucoup de sens aujourd’hui, y compris que le serpent dans le jardin d’Eden est le gars le plus sympa dans toute la Bible après le diable lui-même. Ça fait partie de ces choses pour lesquelles il me faut soit cinq minutes, soit cinq années pour vraiment en parler, et tous les détails font que c’est simplement trop compliqué. Mais oui, ce qui est une force corruptrice pour quelqu’un d’autre, c’est peut-être plus une force purificatrice ou une force qui énonce la vérité. Quand on est au pouvoir, un tas de mouvements ressemblent à des forces diaboliques quand ce sont en réalité des forces du bien.

« L’artiste va continuer à se faire baiser, mais ça on le savait, on a lu les livres ! »

J’ai l’impression que ce pourrait être une inspiration pour un futur album d’Avatar…

Absolument ! Nous sommes en train de travailler sur des chansons et toutes les chansons sont… Tu sais, tu écris ta vie, ce qui s’est passé, ce qui est en train de se passer, ce que tu veux qu’il se passe ou ce que tu as peur qu’il se passe. Tu mets tes pensées et tes émotions là-dedans. Donc oui, il y a assurément une plus grande présence démoniaque dans la musique en ce moment. Et elle est aussi super pour danser dessus !

Le groupe a annoncé son départ de la maison de disques eOne et la création de son propre label, Black Waltz Records. Vous n’êtes pas le seul groupe à avoir fondé un label ces deux dernières années, je pense notamment à Kadavar et à Cult Of Luna. Dirais-tu que la pandémie a été source d’introspection pour les groupes et peut-être leur a ouvert les yeux sur leur situation ?

Oui. Mais nous avons toujours un partenariat avec une licence, en nous faisant aider par Thirty Tigers, donc nous ne faisons pas complètement ça tout seuls. Mais oui, absolument, on commence à repenser les choses. De même, je suppose qu’on a eu du temps pour faire de plus longues réunions pour parler d’autres choses et pour tirer des conclusions sur ce qui peut être fait autrement. Je n’ai pas de véritable reproche à faire à eOne. Ça a été crucial pour nous de signer chez eux et d’enfin voir nos albums sortir aux Etats-Unis. Tout ce qui a vraiment commencé à arriver à Avatar a commencé aux Etats-Unis. Ensuite, nous avons lentement fait le voyage retour vers l’est, vers l’Europe. Il est clair qu’eOne a été essential à cet égard, pour nous faire connaître. Mais on vit dans un monde très différent d’il y a vingt, trente ou quarante ans, et ce que ça signifie de sortir de la musique, comment c’est fait, par qui et tout, c’est très différent. Nous avons eu beaucoup de temps pour y réfléchir, clairement à l’instar d’autres groupes. Je ne suis pas du tout surpris qu’un tas d’autres gens l’ont fait aussi.

A propos de Thirty Tigers, tu as déclaré que « ça fait du bien de travailler avec des progressistes qui comprennent véritablement ce que ça signifie d’être un artiste dans ce millénaire ». Du coup, qu’est-ce que ça signifie d’être un artiste dans ce millénaire ?

Ça signifie la même chose que ça a signifié pendant des centaines d’années : quelqu’un est en train d’essayer de te baiser et de te voler ce qui légitimement t’appartient. Ça a toujours été la vérité. Beethoven a aussi eu des problèmes de piratage, des gens faisaient des copies illégales de ses partitions pour les vendre sur le marché noir. Des gens ont toujours essayé de baiser les artistes dans n’importe quelle forme d’art, pas seulement dans la musique. Ça n’a pas changé et ça ne changera jamais. Parce que c’est plus dur de toucher le jackpot aujourd’hui, peut-être que ça décourage certains requins et peut-être que ça nivelle le terrain. Peut-être que notre accès aux auditeurs est plus démocratique, ce qui nous ramène à ce que tu as demandé tout à l’heure, à savoir si quelque chose peut à nouveau devenir énorme : je pense que c’est plus dur parce que maintenant, on a accès à beaucoup plus de choses différentes et peut-être que les gens trouvent exactement ce qu’ils aiment. Il y a donc plus de groupes qui ont une carrière correcte, au lieu de quelques groupes qui ont une méga carrière. C’est juste une pensée sur le sujet. Je pense qu’il y a un peu plus de moyens pour ceux qui s’intéressent à comprendre les choses. On peut résoudre soi-même la problématique de la distribution. On peut enregistrer de la musique qui sonne correctement pour bien moins cher que dans le temps. C’est numérique, mais ça fait longtemps maintenant que ça l’est, donc désormais, on commence à avoir des artistes qui n’ont connu que le marché numérique, pour ainsi dire. Je suppose qu’on est en train d’apprendre pour de vrai à vivre dans ce monde maintenant.

Penses-tu qu’au final, les labels sont voués à disparaître ou, au moins, à voir leur métier profondément transformé ?

Profondément transformé, oui. Thirty Tigers est un exemple moderne de gens qui ont compris comment on peut faire ça aujourd’hui. On a encore besoin de partenaires avec qui travailler. On a encore besoin de coopérer avec quelqu’un. On a encore besoin de se promouvoir d’une certaine manière. On a encore besoin d’un budget initial pour avancer. On a encore besoin de gens disposés à investir en nous à un moment donné. Il y a de la place pour tous ces gens qui sont bons dans ces domaines pour contribuer et créer une industrie musicale saine. Mais comment ils touchent de l’argent, la quantité qu’ils gagnent, et le nombre de personnes qu’ils doivent embaucher pour faire ça, c’est évidemment très différent et j’imagine que ça va continuer de changer petit à petit. Ça signifie que l’artiste va continuer à se faire baiser, mais ça on le savait, on a lu les livres !

« Black Waltz était le premier où nous avons dit : ‘C’est notre dernier album, quelle importance ?’ Chaque album depuis lors a été notre dernier album et nous nous en fichons. »

Vous avez fait quatre live streams spéciaux il y a un an. Vous avez remonté l’histoire d’Avatar, jusqu’aux trois premiers albums qui sont connus surtout des fans hardcore d’Avatar. Comment c’était de revenir à ces premières années ?

C’était mon concert préféré des quatre. C’était vraiment une plongée dans de vieux souvenirs. En ce qui concerne Black Waltz et les albums suivants, nombre de ces chansons sont restées pertinentes dans nos sets live, ce qui signifie qu’elles continuent constamment de muter un petit peu avec nous. « Paint Me Red », cette chanson n’est vieille que de quelques mois parce que nous l’avons jouée sur scène pour la dernière fois il y a seulement quelques mois. Mais ensuite, il y a tout le reste qui était un peu figé dans le temps. On crée constamment de nouveaux souvenirs avec les chansons présentes sur les setlists qu’on emmène avec soi, alors que celles qu’on n’a pas jouées en tournée depuis une éternité restent figées dans le temps. En conséquence, c’est devenu très nostalgique. On n’a pas le temps de faire ça habituellement en tant que groupe. Ça nous a vraiment poussés à repenser à notre jeunesse. Le fait de s’habiller comme ça, de se comporter comme ça, de faire ces chansons, tout en pensant à Simon [Andersson] qui a quitté le groupe et qui était là pendant toutes ces années, aux moments où nous dormions sur le plancher du van en espérant qu’on n’ait pas d’accident cette nuit-là, en vivant essentiellement comme des sans-abris, sans jamais avoir d’argent pour une location, sans jamais avoir d’argent pour acheter à manger, mais en ayant toujours de l’argent pour de la bière… C’était vraiment cool de revire tout ça. C’était aussi le dernier concert que nous avons fait des quatre, donc c’est aussi devenu ce résumé fou de toute cette expérience. C’était très sentimental, d’une façon que nous ne sommes pas habituellement.

Avec le recul, dans l’histoire d’Avatar, comment analyses-tu le changement musical qui a eu lieu avec Black Waltz ?

Je sais exactement ce qui s’est passé pour aboutir à Black Waltz, car Black Waltz était censé être notre dernier album, car nous étions frustrés et mécontents de ce qu’étaient devenues nos vies. Nous avions atteint le milieu de notre vingtaine et nous voyions nos amis qui étaient allés directement à l’université être formés et obtenir des boulots. C’était la première fois que nous voyions des gens grandir autour de nous, tandis que nous avions choisi une voie qui semblait être une impasse à ce moment-là. Dans cette frustration, nous nous sommes dit : « Merde, on a envie d’en faire un de plus, mais on se fiche de ce que peuvent dire les gens, pour de vrai cette fois. » Nous avions commencé tellement jeunes que, bien sûr, nous étions un petit peu contrôlés par les avis de gens qui nous voulaient du bien, mais à présent, c’était : « D’accord, maintenant on fait notre album, à notre façon et on crame le peu d’argent qu’on a sur nos comptes en banque là-dessus, et c’est tout. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas, on rentre à la maison, on trouve un vrai boulot. » C’est devenu très passionné et il est possible que ça nous ait forcés, musicalement, à vraiment comprendre plein de choses. Nous avons toujours voulu faire quelque chose de plus grand visuellement que ce que nous finissions par faire au fil des années, mais maintenant, comme la musique était plus focalisée, c’était plus facile de comprendre à quoi elle ressemblait. Cette époque, avec Black Waltz, la peinture sur le visage et tout, c’est là que nous sommes enfin devenus nous-mêmes. Ça a lancé l’aventure dans laquelle nous sommes encore aujourd’hui. Le secret de ce que nous sommes aujourd’hui, ce n’est pas de continuer à être un clown de cirque et tout ça, c’est toujours une partie du concept, mais toute l’idée c’est que je dois continuer à m’assurer que nous sommes nous-mêmes, à tout moment, que je sois un clown, Satan ou peu importe ce que je ressens quand je suis en train de courir dehors. Il faut faire confiance à ça, être ça, suivre ça.

Comme tu l’as mentionné plus tôt, les albums précédents étaient très ancrés dans le son du death metal mélodique de Göteborg…

Sur les deux premiers, c’est un peu le résultat, je suppose. Nous adorions le death metal mélodique. The Haunted était le meilleur groupe de tous les temps – et c’est toujours un peu le cas. Nous adorions le death metal technique. Nous adorions les mélodies. Nous aimions le metal extrême. Nous adorions ce genre de riff où on joue la fondamentale et une mélodie sur la même guitare, le style de jeu à la At The Gates, The Haunted, etc. Tout ça a fini par devenir cette version de death metal mélodique technique et hyper ambitieuse qui a atteint une conclusion naturelle et extrême déjà sur Schlacht. Les chansons sont devenues très rapides, très courtes, très intenses, un peu accrocheuses mais quelque peu non conventionnelles dans leur vitesse et leur brièveté. C’est un album légèrement étrange. Ensuite, nous nous sommes demandé : « Quelle est la prochaine étape à partir de là ? On n’a pas envie de continuer à ne faire que ça. » Nous avons alors fait le troisième album, celui sans titre, avec lequel c’était : « J’aime le rock n’ roll. » « Ouais, moi aussi. » « D’accord, alors comment on donne du sens à cette partie du puzzle ? » C’était notre première tentative à faire ça. Je suppose que le troisième album est probablement celui qui était un peu plus, du genre : « J’espère vraiment que les gens aimeront ça. » Et après cet album, je ne me suis plus jamais dit ça. Maintenant, à chaque fois que nous sortons un album, l’idée c’est : si quelqu’un le déteste et nous renvoie chez nous, est-ce que ça va ? Est-ce que nous le supporterons ? Oui, parce que nous avons fait l’album que nous pensions devoir faire, en lequel nous croyons et que nous aimons. C’est ce que nous avons appris avec Black Waltz. Black Waltz était le premier où nous avons dit : « C’est notre dernier album, quelle importance ? » Chaque album depuis lors a été notre dernier album et nous nous en fichons.

Est-ce que ces expériences avec les live streams vous ont donné des idées sur la manière dont vous pourriez approcher les concerts d’Avatar dans le futur ?

Eh bien, ça m’a donné confiance pour jouer du piano en concert et peut-être que ça nous a ouvert un peu plus l’esprit pour utiliser des murs de LED et ce genre de chose. En dehors de ça, la majorité de ce que nous avons fait jusqu’à présent sur la tournée Going Hunting a été développée avant la pandémie. La plupart de ces idées étaient déjà là.

Interview réalisée par téléphone le 17 décembre 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Johan Carlen.

Site officiel d’Avatar : avatarmetal.com

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